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Gilbert Pestureau (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253140872
Éditeur : Le Livre de Poche (05/06/2002)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.89/5 (sur 7770 notes)
Résumé :
Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un « nénuphar » qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme « le plus poignant des romans d'amour contemporains. »
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Critiques, Analyses & Avis (392) Voir plus Ajouter une critique
Ptitgateau
  05 juin 2013
Vian à été et reste l'un de mes auteurs préférés : je me suis toujours délectée de ses fantaisies littéraires, et je m'aperçois en le lisant, quelques trente ans après la première lecture de cette oeuvre grandiose que mon attitude face à ce texte, n'a pas changé, je reste à l'affût du moindre jeu de mot, de la moindre situation cocasse, de la plus petite invention de ce génie du surréalisme, de ce "Picasso littéraire" qui, à l'instar du grand peintre dont la peinture doit être décryptée, interprétée, analysée, ne se prive pas de bousculer les habitudes du lecteur, peut se permettre des extravagances qui ne sont pas données à n'importe quel écrivain qui ne se serait pas réclamé du surréalisme et qui ne serait pas parvenu à cette maîtrise de la langue permettant ces prouesses (...)
Pourquoi j'aime Vian ? je répondrai à cette question par une question : pourquoi j'apprécie tout autant Queneau, Caroll, Italo Calvino : parce que j'aime en les lisant, partir dans un monde ou l'imagination permet tout, les histoires n'ont que faire de la réalité, ou les objets, les animaux ne sont pas différents de nous, ou les mots prennent la valeur qu'on veut bien leur donner.
Que voir dans l'écume des jours ? des représentations Vianesque de la vie, de l'amour, de la mort : le travail est envisagé comme une exploitation des individus et le côté inhumain en est dénoncé, la religion est l'affaire d'hommes cupides qui déploient leur énergie dans le cas du mariage de Chloé et Colin qui dispose de richesses suffisantes pour satisfaire les hommes d'Eglise.
L'amour est envisagé sous des aspects divers : amour incestueux entre Nicolas et Isis, amour platonique voir impossible entre Chick et Alise, Amour avec un grand A entre Colin et Chloé, On peut d'ailleurs y voir un certain pessimisme de Boris Vian puisque cet amour vrai sera détruit par la mort.
La mort : elle est invincible, destructrice, inéluctable, elle vient détruire ce qui est beau, l'atmosphère du roman change lorsqu'elle devient omniprésente et étend son action sur l'environnement : les carreau se ternissent, l'escalier devient de plus en plus étroit, le plafond descend, un personnage se met à vieillir. Elle est aussi envisagée en fonction de la relation que les personnages ont créée entre eux : La mort du quidam de la patinoire,du chef d'orchestre, des libraires ou même de Jean Sol Partre considéré du point de vue d'Alise devient banale et sans intérêt.
Je comprends les personnes qui peuvent avoir des difficultés pour rentrer dans ce genre de roman, le surréalisme, ça passe ou ça casse, il faut chercher au-delà des faits, des descriptions, des fantaisies, je dirais même pour venir à bout d'une telle oeuvre, il faudrait la lire et la relire afin de maîtriser tous ses aspects.
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Ode
  31 mars 2013
Que dirait Boris Vian en apprenant que "L'écume des jours" figure désormais parmi les classiques de la littérature française que l'on étudie en classe ? Quelle ironie du sort pour celui qui tenait tant à s'en démarquer !
Replaçons-nous dans le contexte de l'époque. En 1947, "L'écume des jours" tombe comme un ORNI* dans le paysage littéraire : une histoire farfelue mettant en scène des duos amoureux étonnamment modernes pour l'après-guerre, des néologismes à foison et une caricature outrée des structures sociales et des courants de pensée de l'époque. Les personnages évoluent dans une ambiance tour à tour lumineuse ou glauque, mais toujours étrange, selon une chorégraphie aussi imprévisible qu'un solo de jazz.
Certes, ce n'est pas le roman le plus contestataire ni le plus choquant de Boris Vian ; "l'Arrache-Coeur", ou "J'irai cracher sur vos tombes", par exemple, sont en ce sens plus marquants. Ici, l'auteur cultive l'absurde pour lancer diverses piques sur l'organisation du travail, la religion, le pouvoir de l'argent et la société de consommation. Citons pour cela le personnage de Chick, l'ami de Colin : tellement obsédé par son adoration compulsive pour Jean-Sol Partre (l'avatar romanesque de Sartre), il en oublie tout le reste, au grand désespoir de sa fiancée Alise qui n'hésitera pas à se venger dans les grandes largeurs.
Or avec le temps, l'étrangeté des situations a pris une dimension onirique et le vernis de rébellion s'est écaillé au profit d'une poignante histoire d'amour et d'amitié. Ce thème universel a créé la légende du roman, suscitant par la suite l'engouement croissant des lecteurs. Car ce dont on se souvient toujours, même des années après la lecture, c'est bien que Colin aime Chloé, et réciproquement !
On ne peut qu'être touché par ce premier amour, pur, débordant et malheureux, car ravagé par la maladie et la présence oppressante de la mort. le nénuphar qui dévore les poumons de Chloé étouffe en même temps leur bonheur. Colin se ruine pour acheter les fleurs censées la soigner, tandis que le chagrin rétrécit et assombrit inexorablement leur logement. Les adolescents se reconnaîtront dans ce parcours initiatique qui mène à l'âge adulte, à ses responsabilités et à ses drames face à la cruauté de l'existence.
Comme un fauve qui se laisse apprivoiser, ce roman fantasque est ainsi devenu un classique malgré lui. Joliment rééditée en poche pour quelques "doublezons", cette Love Story extravangardiste** n'a pas fini de remuer ses lecteurs.
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(*) Objet Romanesque Non Identifié
(**) Extravagante et avant-gardiste
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Myriam3
  03 janvier 2015
Ah qu'on aimerait vivre la vie de Colin et Chloé, s'aimer, déjeuner dans un rayon de soleil, s'aimer, danser, s'amuser, planer sur un beau nuage, s'aimer... Comment résister à cette saine oisiveté et à l'enthousiasme de nos jeunes héros?
Malheureusement, voilà que le ciel s'assombrit, que les coins de la maison s'obscurcissent et que les rayons de soleil ne peuvent plus pénétrer. Les sous s'envolent, Chloé est malade.
L'Ecume des Jours fait partie maintenant des classiques des romans d'amour et a sans aucun doute transporté des milliers d'adolescents comme moi à leur première lecture. Mais ce n'est pas que ça: c'est aussi la découverte de tout ce que l'écriture permet, de cette liberté de l'écrivain, de cette imagination sans limite et qui donne des ailes.
Lu et relu, ce livre me touche toujours autant, même quand je le commence blasée. Quant au film, je ne l'ai pas trouvé si mal, mais de toute manière j'accepterais tout de Gondry. Il m'a replongé dans l'atmosphère de l'Ecume des Jours dès les premières images avec un grand plaisir.
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Siabelle
  21 décembre 2016

Après 356 critiques, je vais quand même donner mes impressions. C'est un livre, que Bernacho m'a choisi, pour la pioche de décembre, dans ma bibliothèque. C'est une pioche, juste entre nous. Je suis contente depuis le temps, que je veux aller à la rencontre de cet écrivain connu, qu'est Boris Vian.

Créatif, Innovateur, Philosophique
Un petit peu de biographies:
J'apprends que «L'écume des jours» est plus un conte enchanteur, qu'un roman. Je découvre qu'il est classé à la dixième place des cent meilleurs livres du XXe siècle.
Il est publié en 1947, il obtient l'appui de Jean-Paul Satre et ce n'est qu'à sa mort, que son conte est reconnu. C'est également incroyable, que son oeuvre prend le chemin aussi d'une adaptation cinématographique, malgré le peu d'intérêt qu'on lui portait à sa publication.
En lisant sa biographie, je m'aperçois que c'était un auteur polyvalent, il avait plusieurs cordes à son arc.
Qu'est-ce que l'écume des jours ?
C'est un univers à part, où vivent des personnages attachants, où même les souris, les chats ont place à la parole également. Chaque personnage raconte sa propre histoire, et il fait ce qu'il peut, selon leur moyen. L'auteur aborde inévitablement des sujets importants tels que : l'amitié, l'amour, la famille, le travail ainsi que la santé.
Mes ressentis :
Je découvre une plume à la fois douée, éveillée et raffinée. Au cours de l'histoire, je sens l'intérêt grandir et je m'attache aux personnages. Ils se considèrent, comme une famille, malgré le statut de chacun. C'est une histoire émouvante, que je découvre au fil des pages. L'auteur Boris Vian réussit à maintenir mon attention, tout au long du récit. Je me laisse émouvoir par ce que les personnages vivent. Je suis également surprise de voir comment les événements se déroulent.
Je me laisse alors transporté dans le quotidien de nos personnages.
Quand je termine la dernière page, je me sens émotive. Je constate donc que l'auteur Boris Vian fait très bien passer ses messages et il sait transmettre des émotions au lecteur. Je remarque aussi qu'il sait donner une vie propre à la nourriture, aux habitats, et aux objets selon la situation.
Je dois avouer que je me suis laissé subjuguer par l'intrigue, et qu'au final, ce que je perçois, c'est qu'on ne peut pas se fier aux apparences. On ne connait jamais bien une personne. Une question que je me pose : «Est-ce qu'il faut toujours être sur nos gardes ?»
Je relève quelques passages qui me marquent :
- Je me rends compte que les fleurs sont également importantes dans le récit. On peut l'interpréter de différentes façons tout dépendant si elles sont reliées aux joies ou aux maladies.
- Quand il aborde la passion, voilà comment je l'interprète : «C'est beau d'avoir une passion mais il ne faut pas que celle-ci te dévore et qu'il ne te reste que celle-ci dans ta vie.»
- Il s'exprime aussi sur le travail, on voit qu'il traite le sujet autant d'une manière positive que négative.
- Lorsqu'il mentionne la maladie, et qu'elle touche la femme : «Quand une femme est malade, elle ne sert plus à rien.»
Voilà quelques citations, je les cache :

Pour terminer, je découvre Boris Vian, un auteur d'une autre époque, c'est un conte enchanteur que j'ai pris plaisir à découvrir. À travers son histoire, il véhicule effectivement ses idées, il peut y avoir des passages également qui peuvent choquer. Mais si on regarde, quand il a écrit son texte, on peut alors comprendre mieux le contexte.
Je confirme alors, que je garde une très bonne impression de ma lecture. Je souhaite découvrir d'autres livres de cet auteur renommé.
Isabelle
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claudia_tros_cool
  16 septembre 2012
L'Écume des Jours cet ovni littéraire qui a conquis et bouleversé tant de personnes...je l'ai enfin lu. Après une préparation mentale conséquente j'ai réussis à me décider. Sachant que ce roman était plus que simplement surréaliste je me suis dit que je prendrai au troisièmes degré les choses bizarres qui arrivent. Quand on arrive à comprendre et à voir plus loin que ce monde burlesque ou tout est différent et surréaliste on peut se plonger dans une belle et tragique histoire. 
On a Colin un jeune homme riche qui n'a jamais travaillé et possède beaucoup de bien qui tombe amoureux du jour au lendemain de Chloé. 
Il y a Chloé la femme douce et  rêvé de Colin qui revête le visage de l'amour. 
Il y aussi Chick amoureux de Jean-Sol Partre qui dépense tous ses biens pour ses oeuvres. 
Et Alise adoratrice de Partre aussi mais raisonnée qui décide d'aimer Chick malgré son obsession. 
On a aussi Isis et Nicolas un personnage assez étrange, un fidèle cuisinier un peu trop respectueux des civilités. 
Tout aurait été bien dans le meilleure des mondes et dans chacune des vie si Chloé n'était pas tombé malade pendant sa lune de miel. À partir de la le titre de l'oeuvre prends toute son importance. 
La mort, le cancer, prend la forme d'un nénuphar juché dans les poumons de Chloé. Colin le mari parfait qui aime Chloé comme peu d'homme aimerait leur femmes fait tout pour qu'elle guérisse il perds son argent dans l'achat des fleurs, doit travailler, vendre ses biens. 
À partir du moment ou Chloé tombe malade tout chavire pour tout le monde, l'écroulement des lieux qui ne cessent de changer en est le symbole. 
Dans un monde étrange surréaliste ou les poulpes sortent du lavabo, les piano font des cocktails, les gens meurt sur la glace, les airs de Jazz prennent vies, les crimes sont impunis et naturelles, les animaux parlent , les aliments sont tout à fait étrange, les technologies et la médecines sont d'un tout nouveau genre, les maladies sont des nénuphars, les pièces se transforment...
Dans ce monde la seul l'amour absolu persiste malgré toutes les horreurs. Voilà ce que l'on retiendra de ce livre. 
Je ne sais pas si l'auteur y avait pensé - autant dire qu'avec un livre aussi spéciale chacun peut en avoir son interprétation - il a décrit aussi le caractère obsessionnelle de la passion qui ne peut que mal tourner. Pour Chick- Partre- Alise cela me semble évident. Chick est si obssedé par la collection de tous les Jean Sol Partre qu'il en oublié d'aimer Alise et de payer ses impôts. Alise devient folle et commet des actes fou et irréfléchis. 
Quant à Colin c'est son amour fort et obsédé pour Chloé qui va le ruiner, le faire vieillir et puis à la fin le rendre malheureux. 
La critique des instituions religieuse à la fin est cinglantes pire que dans tout ce que j'avais pu lire auparavant sur les prix des enterrements. 
La fin est d'ailleurs bouleversantes pour tous les éléments cités mais surtout le dernier, c'en est tragiquement écoeurant. 
 En somme Boris  Vian à écrit une histoire d'amour tragique et inoubliable que j'ai apprécié et lu très vite. J'aurais sûrement préféré et classé ça dans mes chef d'oeuvre si l'aspect surréaliste-fantastique-Étrange n'avait pas été si présent. À vrai dire je ne suis pas très à l'aise avec ça, je trouve aussi que ça enlève du sérieux à l'histoire pourtant si touchante. En tous cas pour un premier Boris Vian je crevais de peur de ne pas aimé, j'ai e tord. Je compte bien en lire d'autres comme l'arrache-coeurs et J'irai Cracher Sur Vos Tombes
Ps : une adaptation est prévu pour avril 2013 avec Audrey Tautou, Romain Duris, Omar Sy, Gad Elmaleh...je ne sais ce que ça donnera sur l'écran, à découvrir.
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Citations & extraits (323) Voir plus Ajouter une citation
26052605   20 septembre 2012
— Vraiment, dit le chat, ça ne m’intéresse pas énormément.
— Tu as tort, dit la souris. Je suis encore jeune et jusqu’au dernier moment, j’étais bien nourrie.
— Mais je suis bien nourri aussi, dit le chat, et je n’ai pas du tout envie de me suicider, alors tu vois pourquoi je trouve ça anormal.
— C’est que tu ne l’as pas vu, dit la souris.
— Qu’est- ce qu’il fait ? demanda le chat.
Il n’avait pas très envie de le savoir. Il faisait chaud et ses poils étaient tout bien élastique.
— Il est au bord de l’eau, dit la souris, il attend et quand c’est l’heure, il va sur la planche et il s’arrête au milieu. Il voit quelque chose.
— Il ne peut pas voir grand-chose, dit le chat. Un nénuphar, peut-être.
— Oui dit la souris, il attend qu’il remonte pour le tuer.
— Quand l’heure est passée, continua la souris, il revient sur le bord et il regarde la photo.
— Il ne mange jamais ? demanda le chat.
— Non, dit la souris, et il devient très faible, et je ne peux pas supporter ça. Un de ces jours, il va faire un faux pas en allant sur cette grande planche.
— Qu’est-ce que ça peut te faire ? demanda le chat. Il est malheureux alors ?...
— Il n’est pas malheureux, dit la souris, il a de la peine. C’est ça que je ne peux pas supporter. Et puis il va tomber dans l’eau, il se penche trop.
— Alors, dit le chat, si c’est comme ça je veux bien te rendre ce service, mais je ne sais pas pourquoi je dis « si c’est comme ça », parce que je ne comprends pas du tout.
—Tu es bien bon, dit la souris.
— Mets ta tête dans ma gueule, dit le chat, et attends.
— ça peut durer longtemps ? demanda la souris.
— Le temps que quelqu’un me marche sur la queue, dit le chat ; il me faut un réflexe rapide. Mais je la laisserai dépasser, n’ai pas peur.
La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
— Dis-donc, dit-elle tu as mangé du requin ce matin ?
— Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t’en aller. Moi, ce truc-là, ça m’assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
— Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérés sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris de mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l’orphelinat de Jules L’Apostolique.


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kathykathy   14 janvier 2012
Devant l'église, on s'arrêta, et la boîte noire resta là pendant qu'ils entraient pour la cérémonie. Le Religieux, l'air renfrogné, leur tournait le dos et commençait à s'agiter sans conviction. Colin restait debout devant l'autel.
Il leva les yeux : devant lui, accroché à la paroi, il y avait Jésus sur sa croix. Il avait l'air de s'ennuyer et Colin lui demanda :
- Pourquoi est-ce que Chloé est morte?
- Je n'ai aucune responsabilité là-dedans, dit Jésus. Si nous parlions d'autre chose...
- Qui est-ce que cela regarde? demanda Colin.
Ils s'entretenaient à voix très basse et les autres n'entendaient pas leur conversation.
- Ce n'est pas nous, en tout cas, dit Jésus.
- Je vous avais invité à mon mariage, dit Colin.
- C'était réussi, dit Jésus, je me suis bien amusé. Pourquoi n'avez-vous pas donné plus d'argent, cette fois-ci?
- Je n'en ai plus, dit Colin, et puis, ce n'est plus mon mariage, cette fois-ci.
- Oui, dit Jésus.
Il paraissait gêné.
- C'est très différent, dit Colin. Cette fois, Chloé est morte... Je n'aime pas l'idée de cette boîte noire.
- Mmmmmmm... dit Jésus.
Il regardait ailleurs et semblait s'ennuyer. Le Religieux tournait une crécelle en hurlant des vers latins.
- Pourquoi l'avez-vous fait mourir? demanda Colin.
- Oh!... dit Jésus; N'insistez pas.
Il chercha une position plus commode sur ses clous.
- Elle était si douce, dit Colin. Jamais elle n'a fait le mal, ni en pensée, ni en action.
- Ca n'a aucun rapport avec la religion, marmonna Jésus en bâillant.
Il secoua un peu la tête pour changer l'inclination de sa couronne d'épines.
- Je ne vois pas ce que nous avons fait, dit Colin. Nous ne méritions pas cela.
Il baissa les yeux. Jésus ne répondit pas. Colin releva la tête. La poitrine de Jésus se soulevait doucement et régulièrement. Ses traits respiraient le calme. Ses yeux s'étaient fermés et Colin entendit sortir de ses narines un léger ronronnement de satisfaction, comme un chat repu.
A ce moment, le Religieux sautait d'un pied sur l'autre et soufflait dans un tube, et la cérémonie était finie.
Le Religieux quitta le premier l'église et retourna dans la sacristoche mettre de gros souliers à clous.
Colin, Isis et Nicolas sortirent et attendirent derrière le camion.
Alors, la Chuiche et le Bedon apparurent, richement vêtus de couleurs claires. Ils se mirent à huer Colin et dansèrent comme des sauvages autour du camion. Colin se boucha les oreilles mais il ne pouvait rien dire, il avait signé pour l'enterrement des pauvres, et il ne bougea même pas en recavant les poignées de cailloux.
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RekaReka   21 février 2009
Je lui ai demandé si elle aimait Jean-Pol Partre, elle m'a dit qu'elle faisait collection de ses oeuvres... Alors je lui ai dit "Moi aussi..." et chaque fois que je lui disais quelque chose, elle répondait "Moi aussi...", et vice-versa... Alors, à la fin, juste pour faire une expérience existentialiste, je lui ai dit : - "Je vous aime beaucoup" et elle a dit "Oh !"
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UglyBettyUglyBetty   05 avril 2015
L'écume des jours (extraits)



*** Colin se présente pour un emploi ***
- Alors?... dit le directeur.
- Eh bien, voilà!... dit Colin.
- Que savez-vous faire? demanda le directeur.
- J'ai appris des rudiments..., dit Colin.
- Je veux dire, dit le directeur, à quoi passez-vous votre temps?
- Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l'obscurcir.
- Pourquoi? demanda plus bas le directeur.
- Parce que la lumière me gène, dit Colin.
- Ah!... Hum!... marmonna le directeur. Vous savez pour quel emploi
on demande quelqu'un, ici?
- Non, dit Colin.
- Moi non plus..., dit le directeur. Il faut que je demande à mon
sous-directeur. Mais vous ne paraissez pas pouvoir remplir l'emploi...
- Pourquoi? demanda Colin à son tour.
- Je ne sais pas..., dit le directeur.
Il avait l'air inquiet et recula un peu son fauteuil.
- N'approchez pas!... dit-il rapidement.
- Mais... je n'ai pas bougé..., dit Colin.
- Oui..., oui..., marmonna le directeur. On dit ça... Et puis...
(...)
*** Entre le sous-directeur portant un dossier sous le bras ***
- Vous avez cassé une chaise, dit le directeur.
- Oui, dit le sous-directeur.
Il posa le dossier sur la table.
- On peut la réparer, vous voyez...
Il se tourna vers Colin.
- Vous savez réparer les chaises?
- Je pense..., dit Colin désorienté. Est-ce très difficile?
- J'ai usé, assura le sous-directeur, jusqu'à trois pots de colle
de bureau sans y parvenir.
- Vous les paierez! dit le directeur. Je les retiendrai sur
vos appointements...
- Je les ai fait retenir sur ceux de ma secrétaire, dit le sous-directeur.
Ne vous inquiétez pas, patron.
- Est-ce, demanda timidement Colin, pour réparer les chaises que vous
demandiez quelqu'un?
- Sûrement! dit le directeur.
- Je ne me rappelle plus bien, dit le sous-directeur. Mais vous ne
pouvez pas réparer une chaise...
- Pourquoi? dit Colin
- Simplement parce que vous ne pouvez pas, dit le sous-directeur.
- Je me demande à quoi vous l'avez vu? dit le directeur.
- En particulier, dit le sous-directeur, parce que ces chaises sont
irréparables, et, en général, parce qu'il ne me donne pas l'impression
de pouvoir réparer une chaise.
- Mais, qu'est-ce qu'une chaise a à faire avec un emploi de bureau? dit Colin.
- Vous vous asseyez par terre, peut-être, pour travailler? ricana le directeur.
- Mais vous ne devez pas travailler souvent, alors renchérit le sous-directeur.
- Je vais vous dire, dit le directeur, vous êtes un fainéant!...
- Voilà..., un fainéant... approuva le sous-directeur.
- Nous, conclut le directeur, ne pouvons, en aucun cas, engager un fainéant!...
- Surtout quand nous n'avons pas de travail à lui donner..., dit le sous-directeur.
- C'est absolument illogique, dit Colin abasourdi par leurs voix de bureau.
- Pourquoi illogique, hein? demanda le directeur.
- Parce que, dit Colin, ce qu'il faut donner à un fainéant, c'est justement
pas de travail.
- C'est ça, dit le sous-directeur, alors, vous voulez remplacer le directeur?
Ce dernier éclata de rire à cette idée.
- Il est extraordinaire!... dit-il.
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coco4649coco4649   08 septembre 2014
XVII

Les frères Desmaret s’habillaient pour la noce. Ils étaient très souvent invités comme pédérastes d’honneur, car ils présentaient bien. Ils étaient jumeaux. L’aîné s’appelait Coriolan. Il avait les cheveux noirs et frisés, la peau blanche et douce, un air de virginité, le nez droit et les yeux bleus derrière de grands cils jaunes.
Le cadet, nommé Pégase, avait un aspect semblable, à cela près que ses cils étaient verts, ce qui suffisait, d’ordinaire, à les distinguer l’un de l’autre. Ils avaient embrassé la carrière de pédéraste par nécessité et par goût, mais, comme on les payait bien pour être pédérastes d’honneur, ils ne travaillaient presque plus, et malheureusement, cette oisiveté funeste les poussait au vice de temps à autre. C’est ainsi que, la veille, Coriolan s’était mal conduit avec une fille. Pégase le tançait d’importance, tout en se massant la peau des reins avec de la pâte d’amandes mâles, devant la grande glace à trois faces.
– Et à quelle heure es-tu rentré, hein ? disait Pégase.
– Je ne sais plus, dit Coriolan. Laisse-moi. Occupe-toi de tes reins.
Coriolan s’épilait les sourcils au moyen d’une pince à forcipressure.
– Tu es obscène ! dit Pégase. Une fille !… Si ta tante te voyait !…
– Oh !… Tu ne l’as jamais fait, toi ? hein ? dit Coriolan menaçant.
– Quand ça ? dit Pégase un peu inquiet.
Il interrompit son massage et fit quelques mouvements d’assouplissement devant la glace.
– Ça va, dit Coriolan, je n’insiste pas. Je ne veux pas te faire rentrer sous terre. Boutonne-moi plutôt ma culotte.
Ils avaient des culottes spéciales, à braguettes en arrière, difficiles à fermer tout seul.
– Ah ! ricana Pégase, tu vois ! Tu ne peux rien dire !…
– Ça va, je te dis ! répéta Coriolan. Qui est-ce qui se marie, aujourd’hui ?
– C’est Colin qui épouse Chloé, dit son frère avec dégoût.
– Pourquoi prends-tu ce ton ? demanda Coriolan. Il est bien, ce type-là.
– Oui, il est bien, dit Pégase, avec envie. Mais, elle, elle a une poitrine tellement ronde, qu’on ne peut vraiment pas se figurer que c’est un garçon !…
Coriolan rougit.
– Je la trouve jolie… murmura-t-il. On a envie de lui toucher la poitrine… Ça ne te fait pas cet effet-là ?...
Son frère le regarda avec stupeur.
– Quel salaud tu fais ! conclut-il avec énergie. Tu es plus vicieux que n’importe qui… Un de ces jours, tu vas te marier avec une femme !…

p.49-50
Extraits Boris Vian, L'écume des jours, Union générale d'édition, J.-J. Pauvert, 1963, le monde en 10/18, 115
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Vidéo de Boris Vian
Le Goûter des Généraux, de Boris Vian, enregistrée en 1965, au théâtre de la Gaité Montparnasse. Rire jaune, rire noir, franc rire. Le général James Audubon Wilson de la Pétardière-Frenouilloux est un grand militaire. Un homme si bien : il habite encore chez sa maman
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