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Critiques sur Butcher's crossing (64)
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Kirzy
  04 juillet 2020
Ce roman paru en 1960 se lit comme un anti western tellement John Williams a épuré les codes de ce genre. Il y a bien des hommes rugueux, des prostituées perdues dans un saloon miteux, du whisky bu sec, le cadre somptueux du Colorado ... mais c'est à peu près tout. Les Amérindiens, figures incontournables des westerns, sont ainsi évacués en une phrase.

Surtout, sans aucune bande-son hollywoodienne, l'intrigue en elle-même est resserrée sur une ligne très intimiste, quasi introspective, centrée sur un personnage principal en quête de sens à donner à sa vie. le jeune Will Andrews a fui Harvard et ses promesses d'une vie confortable, littéralement aimanté par l'Ouest sauvage. Il tente alors la grande aventure en partant dans une chasse aux bisons annoncée comme phénoménale avec trois hommes qui ont l'expérience de ces expéditions.

Et là encore, l'auteur propose une torsion de l'attendu, cette fois, du genre roman initiatique. Bien sûr, Andrews va devoir affronter une Nature déchaînée, la faim, la soif à rendre fou, le blizzard à la Jeremiah Johnson. Mais avant tout, ce sont ses fantasmes de régénération loin du monde qu'ils voient exploser à la confrontation de la réalité. C'est face à lui-même qu'il va se mesurer pour savoir ce qu'il a dans les tripes, dans le coeur et dans la tête pour se construire en tant qu'homme, sans dérobade possible.

« Il comprit qu'il n'avait pas fui parce qu'il était écoeuré par le sang, la puanteur et les entrailles visqueuses. Il comprit que ce qui l'avait rendu malade, c'était le choc de voir le bison, si fier et noble quelques moments auparavant, désormais nu et impuissant morceau de viande inerte qui se balançait, grotesque et moqueur, devant ses yeux, dépouillés de son identité, ou plutôt de l'identité qu'Andrews lui avait prêtée. Cette identité avait été tuée ; et Andrews avait senti dans ce meurtre la destruction de quelque chose en lui, auquel il ne parvenait pas à faire face. Voilà pourquoi il s'était détourné.
Encore une fois, dans l'obscurité, sa main se faufila hors des couvertures pour tâter son visage, étudiant le renflement froid et rêche du front, suivant le nez, effleurant les lèvres gercées frottant la barbe épaisse à la recherche de ses traits.
Lorsque le sommeil l'envahit, sa main reposait encore sur son visage. »

Butcher's crossing est un roman empli de scepticisme, profondément mélancolique et désenchanté. Pas un hasard si John Williams choisit de situer son roman dans les années 1870, un point de bascule pour l'Ouest, les gigantesques hardes de bisons ont déjà été décimées par exemple. Dans cet Ouest en pleine mutation, ce n'est pas le pouvoir rédempteur de la Nature virginale qui est mis en avant, c'est la Nature en tant qu'expérience transcendante qui va bouleverser Will , mais pas comme il le pensait.
Un western révisionniste au souffle intemporel et à la beauté singulière. La fin est très puissante tout étant une large part de projection et d'imaginaire au lecteur.
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Crossroads
  19 octobre 2016
Moi, des bisons, j'en connais qu'un.
Mais en des temps reculés, ils se comptaient, paraît-il, sur les doigts d'une famille polygame de mille-pattes, c'est dire le nombre de bestiaux au mètre carré, loi Carrez pour les puristes.

An de grâce les seventies de 1800.
Le jeune Will végète dans une vie de petit bourgeois qui lui pèse.
Seul remède à ses yeux, ne plus faire qu'un avec mère nature.
C'est avec son p'tit baluchon qu'il débarque donc à Butcher's Crossing, troisième corne d'auroch à droite, in the Kansas, pour tenter l'aventure de sa vie.
Se trouver un sens en oblitérant l'unique et l'interdit.
Le temps de se faire deux-trois connaissances de comptoir et le voilà à l'origine de la plus grande chasse de bisons jamais promise.
Une expédition épique, sous les ordres aguerris de Miller le chasseur qui voit en ce pubère mécène l'opportunité de toucher du flingue son rêve, décimer du bison jusqu'à l'overdose.

Pffffuiiiiiitttttt.
Ouais, je me rends bien compte que pour retranscrire le souffle épique d'un tel roman, je touche pas vraiment ma bille mais diantre, quelle aventure !

Butcher's Crossing est un western crépusculaire retraçant parfaitement la fin d'une époque.
Initiatique et sauvage, il vous confronte à la dure réalité des hommes de l'Ouest, grands pourfendeurs de Buffalo devant l'éternel.
La faim, le froid, les confins de la folie ne sont jamais très éloignés de ces bipèdes obstinés et coriaces, ultimes représentants d'une espèce en voie d'extinction.

Recette d'une chasse mémorable pour quatre personnes :
- Quatre personnes.
- Un troupal, heu, troupeau innombrable.
- Un fait de jeu inopportun qui viendra méchamment perturber nos protagonistes. Pas de raison qu'il n'y ait que les bisons qui en chient des ronds de chapeau.
- Un temps pourri que même Catherine Laborde elle a jamais vu ça en douze décennies de présentatrice météo.

Vous mixez le tout en vous laissant porter par la plume aussi précise qu'évocatrice d'un John Williams maîtrisant parfaitement son sujet.
Il serait étonnant que le plaisir de lecture ne soit pas au rendez-vous pour peu que vous soyez amateur d'aventure avec un H majuscule.
Puissamment addictif !

Merci à Babelio et aux éditions Piranha pour cette morsure salutaire.
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le_Bison
  25 mars 2020
Un nuage de poussière, les portes battantes d'un saloon, un homme seul au comptoir, une bière un bourbon, l'évocation d'un majestueux troupeau de bisons quelque part dans l'ouest sauvage... le tout dans les trente premières pages. Il y a même une putain qui regarde mon regard vide, au fond de la salle. C'est dire que je suis d'entrée plongé dans mon élément, la grande littérature de la conquête de l'ouest, parmi les trappeurs de castors, les chasseurs de bisons et les ivrognes qui ont perdu leur fortune autour de quelques bouteilles de whisky frelaté.

A Butcher's Crossing, patelin du Kansas couvert de poussière et de désespoir, je ne suis que de passage pour croiser la route d'un de ces vieux loups solitaires qui se souvient d'un troupeau de bisons de plusieurs milliers de têtes aperçu il y a une dizaine d'années. A quatre, quelques chevaux et deux boeufs pour tirer le chariot chargé de haricots secs, de poudre à fusils et de tonneaux remplis de whisky, ils partent au-delà des collines, au delà des rivières et des montagnes, vers les terres inconnues et les profondeurs de l'Ouest, un endroit encore à l'état sauvage, terre vierge des hommes, terre du bison solitaire. Ils affronteront la chaleur, la sécheresse, l'épuisement, puis le froid et la solitude de ces contrées hostiles. Ils ne se nourriront que de haricots blancs, de café bouilli et de quelques tasses de whisky. Ils tueront un bison, puis deux, puis cent, puis mille, puis plus encore, plus qu'il n'en faut, des peaux qui s'entassent, des kilos de chair qui pourrissent, quelques charognards qui rodent, la fin triste du bison.

La grande aventure, into the wild, l'ouest sauvage comme quand gamin, j'en rêvais déjà. Maintenant, des soleils se sont élevés, des lunes se sont enfuies, des saisons ont tourné les pages, ma jeunesse a trépassé. Devenu aussi vieux qu'un bison mort, j'en rêve encore du grand ouest, des santiags et d'un whisky poussiéreux qui râpe la gorge autant qu'une barbe de trois jours qui se frottent entre les cuisses d'une putain pétillante. C'est une grande expédition dont on ne ressort pas si indemne que ça (encore moins si on est un bison), bravant le froid, le sang et la chair en putréfaction.

Merci encore pour cette littérature de bisons morts. le massacre de bisons a encore de beaux jours dans la littérature américaine et d'un vieux bison aimant la littérature américaine.
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nadiouchka
  17 avril 2019
Vous voulez voir des bisons ? Eh bien, en passant par « Butcher's Crossing » de John Williams, c'est par centaines, par milliers que vous en verrez. Mais n'oublions pas que la traduction française de « butcher » est « boucher » Et là…. !
J'ai pu avoir cet ouvrage en poche et la photo de couverture, avec ce bison solitaire qui m'observait, m'a vraiment attirée. Je ne vais pas dire qu'il me « faisait de l'oeil », tout de même pas, mais il avait l'air d'attendre que je m'approche de lui, ce que j'ai fait tranquillement.

Si c'est le premier roman de John Williams, il a frappé fort avec du lourd. D'après Wikipédia (je n'aime pas trop le consulter mais ici j'espérais quelque chose d'intéressant sur ces grosses bêtes). Résultat : il existe deux espèces vivantes : le bison d'Europe et le bison d'Amérique du Nord. Cela m'a suffi.
Dans ce roman, c'est du véritable nature writing, de l'aventure, des paysages magnifiques, de la chasse jusqu'à n'en plus vouloir.

On suit le jeune William Andrews (Will), dans les années 1870, qui a décidé de quitter Harvard et de partir à l'aventure dans l'Ouest sauvage de l'Amérique, dans le Kansas, et le récit commence ainsi : « La diligence entre Ellsworth et Butcher's Crossing était une calèche adaptée au transport de passagers et de menu fret. (…) Butcher's Crossing, droit devant. » (p.11)

Il tente d'obtenir des contacts pour s'intégrer mais tout ce qu'on lui propose c'est un job de bureau tandis que lui répond : « Je suis venu voir du pays. Je veux en découvrir le plus possible. C'est important pour moi. » (p.29) « Il aspirait à retrouver la source et l'essence même du monde, un monde qui par peur semblait se détourner de sa source alors même que l'herbe de la prairie autour de lui plongeait ses racines fibreuses dans l'humidité sombre et riche, dans la nature sauvage, se régénérant ainsi année après année. » (p.28)

Il finit par tomber sur Miller (un chasseur expérimenté) qui lui propose, moyennant finances (of course), de monter une expédition à laquelle participeront aussi Charley Hodge (qui fera surtout la cuisine car il est handicapé) et Fred Schneider (un écorcheur averti). Miller s'entête à retourner dans un lieu plutôt méconnu où normalement des bisons pullulent. Malgré de nombreux déboires mais grâce à leur entêtement, ils vont affronter une nature d'abord agréable puis hostile.
Pour Will, cette vie est une grande nouveauté et il arrive à s'y faire tant bien que mal. Mais chemin faisant, ils ont beau aller de l'avant, de bisons, point. Malgré tout Miller s'acharne : avant (mais il y a combien d'années ?) il y avait de nombreux bisons, alors il faut les retrouver. Un point c'est tout !
« Au sixième jour de leur voyage, ils arrivèrent au bout de la piste de Smoky Hill. » (p.114) « La piste et la rivière tournent là, indiqua celui-ci. Elles se suivent jusqu'en Arkansas. On peut rester sur la piste pour être sûrs d'avoir suffisamment d'eau, mais on perdrait près d'une semaine de retard. » (p.115)
Victoire, enfin les voilà ces fameux bisons et « l'abattage » commence. Je ne trouve pas d'autre mot. C'est une vraie tuerie et les carabines chauffent. On entasse les peaux en énormes tas – on les protège car les jours et les mois passent. Mais tant qu'il y aura des bisons, Miller restera et peu importent les conditions de vie.
C'est d'ailleurs une question de survie avec pour toile de fond l'herbe verte des grandes plaines. Mais c'est aussi la transformation de Will qui, d'un mythe et demandeur d'aventure, se heurte de plein fouet à la réalité si cruelle. C'est un apprentissage à la dure et Dieu sait qu'il a mal partout…

Je dois dire aussi que c'est carrément du western tandis que la ruée vers l'Ouest a pris du plomb dans l'aile.
Les hommes vont donc se retrouver coupés du monde mais sans Miller, ils ne pourraient pas s'en sortir. Quant à Will, il garde confiance, il apprend tout doucement mais sûrement après quelques mésaventures.

John Williams a raconté cet appel à Dame Nature avec une écriture implacable. Il s'en tient aux émotions de Will et il ne faut pas oublier que la Nature est imprévisible (elle a ses caprices). Dans ce rythme de changement de saisons – de nombreux événements – on partage le quotidien de ces hommes, leurs doutes, leurs espoirs – on a faim et froid avec eux.
En lisant ce récit sauvage et passionnant, j'ai eu l'impression de voir défiler des scènes de western – d'entendre les coups de fusils – de voir ces bisons qui ne savent plus quoi faire quand ils perdent leur chef – de suivre le nouveau qui se détache du troupeau.

A présent, raconter comment se déroulent le dénouement et tout ce que j'ai tu volontairement, ce n'est pas possible. Par contre je peux vous révéler que c'est un suspense garanti jusqu'à la fin car, de retour à Butcher's Crossing, d'autres surprises attendent ces aventuriers qui sont devenus crasseux durant tous ces mois où ils n'ont guère pu se laver convenablement, puant le sang séché du bison, écoeurés d'en avoir fait leur principale nourriture…

On reste fasciné devant toutes les descriptions mais il ne faut pas oublier, non plus, que s'il reste si peu de bisons à présent, c'est bien la faute de l'Homme.
Alors, entre histoire magnifique et réflexions sur ce sujet, on garde tout de même la beauté du livre pour lequel Bret Easton Ellis a écrit : « … un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur. »Et je rajoute que l'on se prend une grande claque durant la lecture : du nature writing certes, mais pas que… To be continued..
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lafilledepassage
  11 août 2019
Butcher's crossing, c'est littéralement le carrefour du boucher. Et en termes de boucherie, les amateurs d'hémoglobine seront gâtés. Âmes sensibles et amis des animaux, s'abstenir …

Butcher's crossing, c'est dans cette bourgade de l'Ouest américain qu'échouera le jeune Will, tout juste débarqué de Harvard. Butcher's crossing, ce sont quelques maisons le long d'une piste de sable et de poussière, avec un saloon, un hôtel et bien sûr un bordel où les chercheurs d'or et les chasseurs de bisons dépensent leur salaire.

Le jeune Will, gavé des écrits du poète transcendantaliste R.W. Emerson, gonflé à bloc de rousseauisme, empêtré encore dans l'innocence de l'enfance, et pétri aussi de puritanisme (on est aux Etats-Unis quand même), veut vivre en symbiose avec la nature inviolée, trouver sa véritable nature profonde (ça sonne presque comme une promesse New Age avant l'heure, le roman datant de 1960), et rencontrer le monde sauvage. Il va être servi, le gamin.

Bon c'est très bien écrit. Tout est fluide, calculé au millimètre près, sans accrocs, et on est très vite emporté par l'histoire et les personnages. Une mention spéciale pour ce Miller, une espèce de fou sanguinaire, obsédé par la chasse, exterminateur hors pair, qui s'enfermera au fil des pages de plus en plus dans son silence et dans sa folie.

Au fil du roman, les motivations de Will deviendront de plus en plus obscures, comme dénaturées par l'épreuve de la vie, par l'expérience partagée avec les aventuriers du Far West.

Le roman se termine par un triste constat: «Il ne savait pas où il allait ; sa destination lui viendrait à l'esprit plus tard dans la journée. Dans son dos, il sentit le soleil se lever lentement et l'air devenir palpable. ». Frustrant, cynique mais … cruellement universel. Et nous, où allons-nous ?
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ghislainemota
  30 septembre 2020
Le rêve de l'ouest américain a un goût de ruine et d'amer dans cet ouvrage de John Williams.
Butcher's crossing est le roman par excellence de nature-writing paru en 1960. Des paysages admirables défilent devant vos yeux , les couleurs éclatent dans les plaines et les montagnes du Colorado et tout ceci à chaque nouvelle saison. Mais cette beauté sauvage est bien cruelle pour Will Andrews, jeune homme de 23 ans sorti de Harvard pour donner sens à sa vie. Il ressent un besoin de nature pour être pleinement un être humain dans sa complétude.
Avec Miller, un chasseur de bisons expérimenté et obsessionnel, Scheiner l'écorcheur et Hoge un taiseux conducteur de chariot, ils partent en quête de peaux.
Mais l'expédition est jalonnée d'épreuves et de mésententes.
Les quatre cow-boys vont affronter la soif, la faim et le froid mordant les obligeant à passer l'hiver sous des peaux de bisons pour ne pas mourir gelés. Et lentement l'auteur déploie la puissance de la nature face à des hommes rudes et tannés par la vie extérieure. Dans ce milieu hostile, Will fera l'apprentissage d'une vie sauvage que l'on ne peut maîtriser complétement.
Mais après la chasse aux bisons, le retour à Butcher's crossing sera dramatique. Les désillusions sont au bout du chemin avec des peaux laissées sur les terrains de chasse ou dans le torrent avec le corps de Schneider.
Entre temps le marché des peaux s'est effondré et les chasseurs se retrouvent comme des loques, démunis et appauvris.
Ce page-turner m'a enchanté avec les personnages aux caractères forts et tendres à la fois, avec une nature splendide et des vies tragiques.
Survivre , voilà le combat de l'homme dans cette odyssée terrestre anxiogène.
Butcher's crossing est une mise en abîme qui a le charme de la nature et le goût de l'humain. Un régal pour les amateurs de western et les autres.
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Flaubauski
  04 février 2020
Butcher's Crossing est un roman comme je les apprécie, autant parce qu'il nous mène dans des contrées sauvages permettant de prolifiques descriptions de la Nature dans toute sa force et sa splendeur, que parce qu'il nous conte une aventure humaine démesurée et cruelle parmi tant d'autres, aventure dans laquelle l'Homme veut à tout prix se frotter à cette nature pour s'en montrer tout puissant, et qui finalement va en payer le prix fort.

Dans une première partie, John Williams plante le décor de cette aventure humaine en devenir : ce décor, c'est celui de Butcher's Crossing, ville de chasseurs de bisons édifiée il y a peu dans le Kansas, qui connaît déjà pourtant une pénurie de gibier, et dans laquelle Will, jeune étudiant en quête d'un sens à son existence, va rencontrer Miller, chasseur chevronné, obsédé par une vallée du Colorado qui, selon lui, renfermerait un nombre incroyable de bisons. Cette rencontre, l'un par son expérience, l'autre par son argent, va les mener après quelques semaines dans cette expédition, accompagnée de deux autres acolytes. Que ce soit de la ville en elle-même et de ses habitants, ou encore des préparatifs de l'expédition, tout y décrit dans les moindres détails, jusqu'à nous donner l'impression de remonter le temps et de vivre tous ces instants aux côtés de Will, de plus en plus ivre à l'idée de partir à l'aventure.

Dans une deuxième partie, c'est l'expédition proprement dite qui est racontée et décrite dans les moindres détails, du trajet jusqu'au but de la quête pour nos quatre hommes : rencontres humaines ou animales, aléas des conditions climatiques, difficultés rencontrées… de l'apothéose d'horreur et de cruauté auxquels se livrent l'équipée sauvage dans sa quête jusqu'aux divers drames qui la bouleverseront, drames racontés par l'intermédiaire d'un certain souffle épique qui montre la toute-puissance de la Nature reprenant implacablement ses droits sur l'Homme, il n'y a qu'un pas… qui va être franchi et va émailler la fin de l'aventure jusqu'au retour chaotique pour Butcher's Crossing dans une troisième partie – je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher l'intrigue.

D'une partie à l'autre du roman, comme vous l'aurez sûrement compris, j'ai été complètement embarquée par l'histoire, et fortement émue par la capacité de John Williams à raconter le Far West sans fard, dans toute sa bestialité la plus primale, en prenant ici en exemple les chasseurs sans vergogne qui ont décimé en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire les bisons aux Etats-Unis. Une découverte que je ne regrette pour rien au monde en tout cas !
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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Allantvers
  13 février 2017
Voilà une plume américaine du western que je suis ravie d'avoir découvert au hasard d'un coup d'oeil sur sa couverture ensorcelante : une intrigante tête de bison sur fonds noir, l'oeil rond d'une douleur interrogative.
Le bison, les milliers de bisons du grand ouest décimés dans le dernier quart du 19ème siècle sont bien au centre de ce roman initiatique, lent, naturaliste ; mais l'ahurissante brutalité de leur extermination, c'est à l'homme d'en porter toute l'absurdité.
En l'occurrence, Andrews, jeune étudiant bien né de la côte est qui quitte Boston pour chercher le sens de la vie dans cet ailleurs encore en construction à l'autre bout du pays. Rendu au Kansas, le voilà embarqué dans une petite équipée de quatre hommes aguerris au-delà des montagnes du Colorado pour traquer les derniers troupeaux sauvages de bisons afin d'en ramener les peaux : ils sont là, plus de cinq mille têtes…
Au-delà du récit passionnant et immersif des aventures de ces quatre hommes en chasse et en proie aux éléments, Butcher's Crossing est un roman d'apprentissage fascinant où ce que l'on apprend au bout du chemin n'est pas ce à quoi on s'attendait.
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belette2911
  12 septembre 2020
Voilà un western qui en est un sans vraiment en être un car tous les codes sont absents et ce n'est pas le saloon, les poivrots et la prostituée que l'on croise au début du roman qui feront l'atmosphère western du roman.

Même les Amérindiens sont absents ! Pas d'attaques, pas besoin de faire le cercle, pas de vengeance pour la tuerie des bisons.

Non, juste Will Andrews; un jeune homme frais émoulu de Harvard qui veut découvrir l'Ouest sauvage en participant à une chasse aux bisons.

Miller, le chasseur, connait justement un coin secret où ces grands herbivores pullulent, un coin connu de lui seul qu'il n'a jamais su exploiter parce que le nerf de la guerre c'est l'argent. Là, il a un bleu-bite qui a du fric et qui veut vivre à la dure.

Si en plus Miller lui promet une chasse de dingue, avec des milliers de peaux à vendre et du pognon à se faire, notre gamin est encore plus tenté et deux autres hommes se joindront à eux, Charley Hodge le conducteur de char à boeufs et Schneider, l'écorcheur.

Le baptême sera violent car notre jeune homme verra un fier bison mâle passer de la noblesse de sa masse en marche à une carcasse vide de vie. Hé oui, on croit que…

On souhaite voir la vie sauvage, mais quand tu la prends dans la gueule, la vie sauvage, dans le sang, les viscères et ensuite la puanteur, tu rigoles moins, petit homme des villes. La réalité est dure et cruelle. L'apprentissage se fera dans la douleur.

On ne lit pas Butcher's crossing pour avoir de l'action, oubliez les courses-poursuites, d'ailleurs, le char à boeufs ne se prête pas à la chose et le relief non plus.

On ne lit pas non plus ce roman pour s'extasier sur les paysages et la nature, ici, elle est indomptée, le relief est montagneux, encaissé, le soleil tape dur et si tu traînes trop et que tu te prends l'hiver dans la gueule, tu vas geler sur place.

Et nos quatre hommes vont devoir rester des mois, coincé là-haut, à attendre que le printemps revienne et que la neige fonde… Survivalistes, ils vont devoir l'être.

Entre un jeune homme qui a fantasmé cette chasse au bison, cet Ouest sauvage, cette nature libre de tout et un chasseur qui ne rêve que de flinguer, jusqu'à plus soif, des milliers de têtes de bisons, ça ne pouvait que mal tourner.

La gabegie de ce massacre est superbement retranscrite, on voit les carcasses pourrissantes sous le soleil, juste dépouillées de leur pelisses, la scène du film "Danse avec les loups" est gravée dans la mémoire et ça fait mal au bide un tel gaspillage.

L'écriture est belle, lente, descriptive et évocatrice. Vous aurez chaud, soif, faim et froid avec les personnages. le confinement fut long et dur ? Imaginez un de plusieurs mois, enfermé dans une cabane en peaux de bisons, avec le froid qui s'infiltre et les mêmes vêtements à garder sur le dos…

Vanité, tout n'est que vanité… À force de vouloir gagner un max de fric, d'être celui qui a le plus abattu de bisons, Miller oublie une chose importante : une leçon sur la loi du marché que l'on a apprise avec Caius Saugrenus, dans "Obélix et compagnie"… Une loi basée sur l'offre et la demande.

Bardaf, c'est l'embardée.

Un roman d'aventure qui va au rythme du pas des boeufs, un western qui n'en possède que peu de codes, un nature-writing beau et violent, qui se déroule au milieu des grands espaces, une réflexion sur la vanité des Hommes et la vacuité de certaines choses, comme ces chasses aux bisons juste pour leurs peaux alors que dans le bison, tout est bon.

L'Homme Blanc aime gaspiller ce qu'il pense avoir en quantité, mais à tant va la cruche à l'eau qu'à la fin le puits est vide (oui, j'invente des expressions).

À méditer…

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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Bislys
  14 juin 2018
Après avoir eu un gros coup de coeur pour Les bisons de Broken Heart, je suis retournée auprès d'eux avec Butcher's crossing. Et si Les bisons... tentaient de réintroduire cette espèce dans les Grandes Plaines, ce roman ci s'intéresse à ce qui a conduit à leur quasi disparition, le massacre des grands troupeaux au XIXème siècle. Car c'est bien de ça dont il est question dans ce roman, bien loin de ce que peut raconter le résumé de la 4ème de couverture. J'ai néanmoins apprécié ma lecture qui s'apparente à un récit d'aventure dans la 1ère et la 3ème partie. Comme son nom l'indique, le 2ème partie est une boucherie: écoeurante, horrible, à la limite du supportable pour moi, surtout à cause du personnage de Miller qui décharge son fusil aussi vite qu'un Lucky Luke, et de Will, personnage principal et initiateur de l'expédition dont on ne sait pas trop ce qu'il pense de tout ça et qui reste passif face à ce débordement de sauvagerie.
Une bonne lecture, mais une lecture difficile par certains moments.
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