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ISBN : 2413005404
Éditeur : Delcourt Littérature (29/08/2018)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 55 notes)
Résumé :
Le jeune suédois Hakan Söderström débarque en Californie, sans le sou, avec pour seul objectif de retrouver son frère Linus à New York. Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied, remontant à contre-courant le flot des migrants qui se ruent vers l’ouest. Hakan croisera la route de personnages truculents souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  11 décembre 2018

« Un formidable roman, intense, aux allures de western vraiment original, une épopée vécue par un jeune garçon qui deviendra un homme fort, solitaire, incroyablement courageux et plein d'humanité sous ses airs sauvages. Une aventure à ne pas manquer ! » (Voici ce qu'a écrit La Librairie des Mots – Mortagne-au-Perche). Ou : « Tout récent lauréat du Prix America 2018, ce premier roman est une merveille. Il y a tout, un personnage qui devient une légende, des rencontres bonnes et mauvaises qui lui feront choisir une vie de solitude, les grands espaces du Far West, l'écriture, tout, vous dis-je ! » (Librairie La Parenthèse – Annonay). Et j'en reste là car autrement ma chronique pourrait n'être qu'une suite sans fin d'hommages à ce livre de Hernán Diaz : « AU LOIN » (traduction de Christine Barbaste).
L'histoire commence avec un homme qui émerge de l'eau glacée – il a de longs cheveux blancs – une douzaine d'hommes le regardent depuis le pont de la goélette « L'Impeccable », dirigée par un jeune et inexpérimenté capitaine, Whistler, au point qu'elle se retrouve piégée dans les glaces, ce qui donne lieu à une remarque ironique de la part d'un passager qui dit qu'un bateau à glace, prisonnier des glaces, ce n'est tout de même pas banal.
On va suivre l'histoire de Håkan Söderström qui a quitté son pays natal, la Suède, avec son frère Linus. Ils décident de fuir leur misère, partir vers des terres qu'ils espèrent plus riches et d'y découvrir toutes les merveilles qui les attendent en Amérique. Comme tous les deux ne parlent pas anglais, ils nomment New York : « Nujark ». Mais lors d'une escale à Portsmouth, ils se perdent de vue et Håkan, se trompant de bateau, se résigne à partir tout seul en espérant retrouver son frère là-bas, dans le Nouveau Monde.
Dès les premières pages j'ai été envoûtée par cette histoire – ce nature writing – ce livre qui me vient du dernier Festival America 2018 et qui a été finaliste du Prix Pulitzer 2018 - ces pionniers – ces Indiens – la grande solitude du héros – cet immense périple qu'il veut accomplir à partir de la Californie (où il se retrouve) vers New York.
C'est un très long voyage effectué tant bien que mal (et plutôt mal que bien) mais c'est aussi un voyage dans l'esprit de Håkan, un voyage initiatique donc. Quand il rencontre d'autres personnages, on le surnomme « Hawk » (« Le Faucon »). Il ne se doute pas que son aventure va devenir une véritable épopée qui va lui demander de nombreuses années. En effet, très longue est cette route semée d'embûches, de découvertes, de nombreuses blessures mais aussi de certaines victoires.
Pendant ce temps, une légende court sur lui car il est hors du commun, hors normes, non seulement par sa grande taille mais aussi par sa différence. D'ailleurs, il fait souvent peur par son apparence : vêtu de peaux de bêtes qu'il a travaillées lui-même en regardant faire des Indiens. Il découvre des bisons et croit avoir fait le tour de la terre quand on lui apprend qu'elle est ronde…
Parmi tous les personnages rencontrés, il y a des aventuriers, des chercheurs d'or ou des pionniers solitaires, des personnages souvent forts mais parfois faibles et dont le but commun est d'atteindre l'Eldorado.
Pendant la lecture, on découvre les déserts traversés, les hallucinations… Quand je remarque que Hubert Artus de « Lire » a écrit que Hernán Diaz  a revisité le western et le récit initiatique pour nous offrir un premier roman subjuguant, je ne peux qu'acquiescer.
On voit « l'envers du décor des mythes des pionniers » mais également de magnifiques descriptions des paysages.
« AU LOIN » est tout simplement un chef-d'oeuvre, un premier roman fantastique d'une magnifique écriture. Et que fait Håkan devant la petitesse des êtres ? Il grandit et grandit…
Je suis tombée sous le charme de cet ouvrage, « j'ai vu » cet Homme et ressenti beaucoup d'empathie devant son existence faite de débrouille et d'un immense courage.
Le dénouement nous laisse songeurs et surpris en nous faisant réfléchir.
Hernán Diaz  a donc écrit un magnifique livre que j'ai dévoré car il me tardait, à chaque page, de savoir ce que me réservait le reste.
A découvrir et à savourer ce grand coup de coeur !💕
💕💕💕💕💕
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kateginger63
  17 septembre 2018
Une épopée dans le grand ouest américain
*
Je m'intéresse de très près au genre littéraire de nature writing. Un premier roman d'un jeune auteur argentin-suédois. Finaliste du prix Pulitzer qui plus est! Tentant.
*
Le roman s'ouvre sur un paysage glacial, isolé et enneigé. Un homme nu sort de l'eau froide. Et se drape dans un manteau fait de peaux d'animaux. Plus tard, sur un bateau-baleinier, ce même homme bien mystérieux est entouré de passagers curieux. Qui vont donc écouter son récit. SON histoire.
Des aventures débutées il y a fort longtemps, loin de cet Alaska.
Plus précisément en Suède. Hakan accompagné de son frère Linus, va embarquer pour le Nouveau-Monde, cet eldorado promis à tout européen désireux de tenter sa chance.
Les voilà propulsés dans une contrée faite de dangers.
Pauvre Hakan, ayant perdu son frère dès le début, démuni, devra affronter mille et un dangers.
De la Californie jusqu'à New-York, le sens inverse des chercheurs d'or, Hakan croisera de nombreuses personnes, malveillantes et d'autres plus sympathiques. Des personnages parfois caricaturaux, mais aussi des figures héroiques bien abimées. Une grande fresque sociale s'ouvre devant nos yeux : l'émigration de ces pionniers venus chercher asile et richesse, le mythe fondateur du rêve américain. On est bien loin de l'image d'Epinal.
J'ai rapidement rapproché Hakan de Forrest Gump, un homme très banal qui rencontre des personnages emblématiques de l'histoire américaine avec naiveté et incrédulité.
Hakan fait partie de ces être invisibles et dénués de tout matérialisme. Il se terre dans le désert jusqu'à s'oublier. Un long moment de solitude voulue. Le temps passe, les saisons se succèdent. Hakan est perdu dans cette immensité de ces grands espaces. Puis une rencontre fortuite (!) l'entraîne à nouveau dans une région aride et sèche. Jusqu'au point de non-retour.
*
Tout d'abord un roman initiatique puis une écriture d'osmose entre la Nature et l'homme. Une solitude considérée comme une absolution, une punition éprouvée que par lui-même, il ressortira non pas vainqueur mais lucide et désabusé. Restera-t-il orphelin de ce pays gigantesque et hostile?
Une question trouvant sa réponse à la fin du récit.
*
Le narrateur est Hakan, celui qui nous prend par la main et nous entraîne dans son aventure. Un peu de mal au début, surtout pour des repères spatio-temporels. Une vision souvent floue qui nous déboussole. Peut-être voulu. Comme si nous étions nous-mêmes un émigrant perdu dans ce vaste continent. Dans une nature écrasante.
Une lecture âpre, parfois difficile tant les émotions submergent Hakan (et le lecteur!) .
L'auteur réinvente son western en nous contant une magnifique épopée doublée d'une incroyable et imparfaite humanité. Ca se savoure lentement.
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Allantvers
  27 septembre 2018
Un western "à l'envers" mettant en scène un émigrant suédois "allant vers" l'est, à rebours de la conquête de l'ouest : vu mon pseudo et mon goût prononcé pour la littérature américaine et notamment le western, Au loin ne pouvait que m'attirer.
L'attraction a été totale, immédiate, symbiothique avec ce livre. A l'instar de Hakan qui dans la scène inaugurale coule son vieux corps puissant dans les eaux froides de l'Atlantique nord, je me suis coulée dans son récit dès la première page et l'empathie ne m'a pas quittée d'une ligne.
J'ai tout aimé de ce livre : la puissance évocatrice de la langue qui immerge de façon quasi réelle dans une nature de grands espaces, déserts, prairies, canyons; l'originalité de l'histoire qui comme dans "The big sky" d'AB Guthrie offre à la fois une perspective distanciée sur la construction américaine et une parabole universelle sur l'identité dans la migration; et surtout le personnage d'Hakan, sa pureté, son mutisme, l'absolue intégrité de ses rapports à l'autre, la façon dont ses expériences de vie se sédimentent en lui.
Gros coup de coeur donc pour ce roman finaliste du Pulitzer 2018 qui laisse une empreinte chaude et profonde après la lecture.
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JIEMDE
  03 novembre 2018
Quand le rêve migratoire américain se transforme en épopée de la désillusion, il ne reste plus qu'à se concentrer sur l'essentiel : survivre et se replier sur soi-même, loin des autres, loin du monde. C'est la destinée d'Hakan Söderström, très joliment racontée dans Au loin par Hernan Diaz, traduit par Christine Barbaste.
Au loin, c'est l'anti-histoire de l'émigration réussie de deux jeunes frères suédois envoyés par leur parents miséreux à l'assaut d'une vie meilleure dans le nouveau monde. Une anti-histoire sur fond de western et de nature writing où rien ne se passe comme attendu : les frères séparés dès l'embarquement, une sulfureuse captivité à l'arrivée en Californie, une confrontation incessante avec la violence, et une longue marche migratoire inversée qui conduit Hakan dans le désert et les montagnes, parsemée de rencontres initiatiques.
Comme l'a dit Yann dans son excellente critique d'Unwalkers, Hakan, c'est Candide en Amérique, un roman initiatique sur la perte des illusions, la construction d'une identité propre et l'apprentissage philosophique du monde tel qu'il est et non tel qu'on nous l'a décrit. Tel un John Rambo du XIXe siècle, Hakan, doté d'un physique hors norme, entre dans la violence sans l'avoir recherché, devenant un mythe de l'ouest américain dont la légende se propage par bouche-à-oreille le long des caravanes de migrants. Sauf que cette légende est à l'inverse des souhaits de l'intéressé, plus passionné par ses rencontres avec la biologie, la médecine, les sciences et la théologie auxquelles l'éveillent Lorimer, Asa ou le vieil indien.
Incapable de décoder cet environnement étonnement hostile, Hakan se réfugie dans la nature et la solitude, pour mieux s'abandonner, se reconstruire, et repartir. Bouclant à l'issue d'une vie passée à errer une boucle migratoire revenant à son point de départ.
Faisant de Hakan le pivot de son roman et grâce à une écriture riche et imagée, Hernan Diaz réussit à tenir son lecteur jusqu'au bout malgré les longueurs - voulues - de plusieurs chapitres, malgré la quasi-absence de dialogues et malgré une impression régulière de redites ici ou là. Et ces éléments - assumés répétons-le - qui seraient autant de défauts dans un autre livre, donnent ici assemblés toute la force de ce récit et de ce personnage qu'on ne pourra facilement oublier.
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Zephyrine
  15 décembre 2018
Belle épopée dans l'ouest américain, à l'époque de l'arrivée massive des colons et de la ruée vers l'or.
L'auteur, avec brio, nous fait suivre le destin d'un jeune suédois, Håkan, qui devait faire le voyage vers les Etats-Unis, et plus particulièrement vers New-York, avec son frère aîné. A Plymouth, leurs mains se séparent, ils se perdent et Håkan prend le chemin de la Californie. de là, il n'a plus qu'un objectif, atteindre New-York, et donc partir à l'est.
Chercheurs d'or, personnages étranges de saloon, colons, mormons, nouveaux riches, feront partie de l'aventure et de la galerie de personnage rencontrée par le héros.
C'est riche, il y a du rythme, c'est sensible, le personnage principal amène à la réflexion sur la solitude, sur le contact avec l'autre, c'est bien écrit, bref c'est à lire !
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critiques presse (2)
LeMonde   27 décembre 2018
Etats-Unis, XIXe siècle. Hakan, immigrant suédois, se perd dans les désertes étendues américaines, et en lui-même. Roman enchanteur d’un écrivain argento-américain.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   06 septembre 2018
Il est de ces romans qui accrochent dès les premières lignes. Au loin est de cet acabit, s’ouvrant dans le silence d’une vaste banquise, figurée littéralement par un espace blanc sur la première page.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
AllantversAllantvers   25 septembre 2018
La boule dans sa gorge se remit à grossir. La douleur se réveilla. Il toussa et eut la sensation que ses poumons allaient jaillir de l'entaille dans son bras. Mais la souffrance libéra les larmes.
- Laisse-moi te redresser, dit Asa en lui soutenant les reins pour glisser une couverture pliée derrière son dos.
- je suis fatigué, gémit Hakan à mi-voix, les traits déformés par les larmes.
Asa le maintint avec plus de fermeté.
- Je suis fatigué.
Hakan appuya la tête sur l'épaule d'Asa, et se mit à sangloter.
- Si fatigué.
Asa referma son autre bras autour du torse de Hakan.
- Si fatigué.
C'était la première fois que quelqu'un le prenait dans ses bras.
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GabySenseiGabySensei   26 août 2018
Le lièvre, à l'instar d'un brin d'herbe ou d'un morceau de charbon, n'est pas simplement une petite fraction du tout - il contient le tout. En vertu de quoi nous sommes un. Ne serait-ce que parce que nous sommes tous fait de la même matière. Notre chair est constituée de débris d'étoiles mortes, et c'est vrai aussi pour les pommes ou le bois du pommier, les poils sur la patte d'une araignée ou la roche en train de rouiller sur la planète Mars. Chaque être, aussi minuscule soit-il, est comme le moyeu d'une roue, dont les rayons pénètrent l'ensemble de la création. Parmi les gouttes de pluie qui arrosaient les plants de pommes de terre, dans ta ferme, en Suède, certaines se trouvaient autrefois dans la vessie d'un tigre. D'une forme de vie, on peut prédire les propriétés de n'importe quelle autre. Si on scrute une particule avec assez d'attention, et si on suit la chaîne qui lie toutes choses ensemble, nous pouvons embrasser l'univers tout entier - les correspondances sont là, pour l’œil exercé qui sait les détecter. Les entrailles du lièvre disséqué rendent fidèlement compte de la totalité du monde. Et parce que le lièvre est tout, il est également nous. Une fois cette merveilleuse concordance observée, l'homme ne peut plus regarder son environnement comme une simple surface où sont éparpillés des objets et des créatures d'une nature étrangère à la sienne, uniquement reliés à lui par l'utilité qu'il en a. Le menuisier qui ne voit que des plateaux de table quand il traverse une forêt, le poète qui sait uniquement se lamenter sur les tourments de son âme lorsqu'il regarde tomber la neige, le naturaliste qui se contente d'étiqueter chaque feuille et d'épingler chaque insecte - tous autant qu'ils sont, ils dégradent la nature en la transformant en entrepôt, en la réduisant à des symboles ou à des faits. Connaître la nature, disait souvent Lorimer, cela signifie apprendre à être. Et pour cela, il nous faut écouter le perpétuel sermon des choses. Notre plus haute mission consiste à forger les mots qui nous permettront de mieux participer à l'extase de l'existence.

(P85-86)
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AllantversAllantvers   27 septembre 2018
Hakan avait l'impression de distinguer leur odeur. Celle de la puanteur humaine. A quelles brutalités allait-il être soumis? Car ces hommes étaient de l'engeance des sauvages et des cruels - il le voyait à leur cicatrices, il l'entendait à leurs ricanements, et surtout il le pressentait à leur calme - le calme de ceux qui savent pouvoir compter sur la violence absolue.
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AllantversAllantvers   26 septembre 2018
Il avait beau ne plus penser à rien, ce néant réclamait encore toute son attention. Il découvrait que le vide exigeait qu'elle soit sans partage - la fraction d'un atome (ou la lueur vacillante d'une pensée) suffit à abolir un néant universel.
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GabySenseiGabySensei   26 août 2018
Simplement, il n'avait plus ni objectifs ni destinations. Il n'avait plus même le désir de mourir, comme cela avait été le cas après les tragédies les plus dévastatrices de sa vie. Il était juste une chose qui continuait d'exister. Non parce qu'elle le voulait, mais parce qu'elle avait été ainsi conçue. Continuer d'exister avec le strict minimum était la ligne de moindre résistance. C'était naturel et par conséquent involontaire. N'importe quoi d'autre aurait requis une décision. Et la dernière décision qu'il avait prise avait été de creuser son abri. Et il continuait à creuser parce que, tout bêtement, décider d'arrêter était au-dessus de ses forces.

(P274)
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