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Anna Gavalda (Traducteur)
EAN : 9782842636449
380 pages
Éditeur : Le Dilettante (31/08/2011)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 292 notes)
Résumé :
Fils de paysan, William Stoner débarque à l'université du Missouri en 1910 pour y étudier l'agronomie. Délaissant ses cours de traitement des sols, il découvre les auteurs, la poésie et décide de se vouer à la littérature, quitte à décevoir les siens. Devenu professeur alors que la Première Guerre mondiale éclate, cet homme solitaire et droit traversera le siècle et les tumultes de sa vie personnelle avec la confiance de celui qui a depuis longtemps trouvé son refug... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  28 juillet 2019
Stoner, publié sans succès en 1965 et considéré par certains comme un des secrets les mieux gardés de la littérature américaine, est l'histoire de William Stoner, fils unique d'un couple de paysans du Missouri. Alors que l'attend un destin de fermier tout tracé , un concours de circonstances le parachutera à l'université de Missouri pour des études d'agronomie. Il en ressortira professeur de Littérature anglaise.
Située au début du siècle dernier, on y suit la vie ordinaire d'un homme solitaire à travers une vie confinée aux enceintes d'un milieu académique austère et puritain. Il y rencontrera sa femme, et plus.....dans un milieu où les contraintes sociales, les rapports de force, les frustrations et ambitions personnelles inhibent toute possibilité d'amitié, d'amour et de bonheur, et pourtant.....Un homme calme et paisible, stoïque, souvent passif, mais qui prendra quand même des décisions courageuses, même si leurs conséquences deviendront les parois de sa prison. Un homme intelligent que j'ai personnellement beaucoup aimé avec ses faiblesses et ses principes, un personnage réel, humain, qui n'a rien de fictif.
Un livre faussement simple, une narration superbe ( v.o.) où à travers les détails descriptifs, surtout de physionomie, très visuels, comme ceux des traits du visage, des mains, de la position du corps..... on capte l'atmosphère, les personnages dans leurs angoisses, leurs tensions, leurs peurs....Chaque phrase, chaque mot est choisi avec précision et pourtant une prose très naturelle qui ne donne aucune sensation d'être travaillée. Une économie de mots qui simplifie le complexe sans en changer ni le contexte ni le fond, comme la description de la cérémonie de mariage, court et simple avec une scène finale éprouvante, "Ce n'est qu'une fois dans le train qui devait les porter à Saint Louis pour la semaine de leur lune de miel, que William Stoner se rendit compte que tout était fini et qu'il avait une femme".
Stoner c'est aussi une histoire sur l'amour, les divers formes d'amour, amour pour le savoir, la littérature, sa fille, les femmes.....et tout ce que s'y oppose, (“Ce(l'amour) n'était pas une passion ni de l'esprit ni de la chair, mais une force qui comprenait tous les deux, comme s'ils n'étaient pas que la matière de l'amour mais bien sa substance spécifique. À une femme ou à un poème , il disait simplement: Voilà ! Je suis vivant."**).
De tout ses romans, il paraît que, bien que non autobiographique, c'est celui qui est le plus proche de la propre vie et carrière de John Williams ( 1922-1994 ). Il vient aussi d'un milieu rural du Texas et dédiera sa vie aux livres et à l'écriture à l'Université de Denver. Stoner est un livre dense, intemporel, un classique dont il ne faut absolument pas passer à côté.

"Brian Wooley:-Est-ce que la littérature est écrite pour divertir ?
John Williams :-Absolument. Mon Dieu, lire sans joie c'est stupide. "
( Interview donné à Wooley en 1985)
**It was a passion neither of the mind nor of the flesh; rather, it was a force that comprehended them both, as if they were but the matter of love, its specific substance. To a woman or to a poem, it said simply: Look I am alive.
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cicou45
  20 mars 2014
Ne vous laissez pas berner par la couverture, ce livre n'a pas été écrit par Anna Gavalda mais bel et bien par le brillant John Williams - auteur trop peu connu à mon goût -. Anna Gavalda, elle, n'en est que la traductrice ou, comme je me plais a appeler les traducteurs "un passeur de mots". D'ailleurs, je suis très heureuse qu'elle soit l'instigatrice de ce projet car il aurait été extrêmement dommageable pour nous, lecteurs, que cet ouvrage nous glisse entre les doigts et que nous passions à côté de cette superbe lecture, ouvrage que je considère réellement comme un chef-d'oeuvre. D'ailleurs, c'est pour cela que j'ai fait traîner ma lecture le plus possible (alors que je l'avais pratiquement terminé au bout de deux matinées de lecture) pour en savourer le plaisir jusqu'au bout et que je savais, qu'une fois terminé et même s'il m'arrivait de le relire un jour, je ne ressentirai plus jamais cette joie que j'ai eu en le découvrant et en tournant les pages pour savoir ce qu'il allait se passer derrière. Un ouvrage qui m'a pas moments fait penser au film puis à l'adaptation livresque qui en a découlé "Le cercle des poètes disparus".
Bref, parlons maintenant un peu de l'intrigue. Cette histoire se déroule au tout début du XXe siècle à l'Université du Missouri. William Stoner personnage qui a donné son nom au titre de ce livre, fils de fermiers, y ait rentré à l'âge de dix-neuf ans afin d'étudier les bases techniques de l'agriculture, en plus de s'instruire dans d'autres matières, afin, de pouvoir plus tard mieux aider son père, au durs travaux de la ferme et l'aider à améliorer leurs pratiques et ainsi, leur production. Ce qui devait n'être au départ qu'un court cursus universitaire se prolongea finalement bien plus que prévu tant Will (le diminutif de William, je suppose que vous l'aurez tous compris) se passionna pour la littérature anglaise et décida de changer complètement d'orientation. Cela, il le doit à l'un de ses professeurs qui lui donna ce goût-là et à ses deux camarades, David Masters (dit Dave) et Gordon Finch. Ils devinrent rapidement un trio inséparable jusqu'à ce que l'entrée des Etats-Unis s'engagent à leur tour dans la Grande Guerre et que, tous, jeunes et bien trop naïfs, eurent à faire des choix...
Voilà pour la première partie de l'histoire et je ne me risquerai certainement pas à vous en dire plus car ma critique risquerai de s'étendre sur des pages alors que parfois, un simple petit mot suffit à tout dire : Superbe !
L'écriture est fluide et limpide (certes, on ne peut jamais réellement juger d'après une traduction...dans ce cas-là, l'idéal serait de lire tous les ouvrage dans leur langue originale, ce que nous sommes bien entendus bien incapables de faire car nous ne pouvons absolument pas tous parler couramment toutes les langues mais seulement certaines), l'histoire entraînante et passionnée. Attention préparez vos mouchoirs mais c'est une lecture que je ne peux (excusez-moi d'insister) que vous recommander vivement !
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LiliGalipette
  06 juin 2013
Il est rare qu'un roman étranger affiche en première de couverture le nom de son traducteur, d'autant plus à la même taille que celui de l'auteur et dans une couleur plus soutenue. Quand j'ai vu « traduit par Anna Gavalda », j'ai failli partir en courant, mais une petite admonestation personnelle m'a convaincue de laisser sa chance à ce livre qui ne m'avait rien fait. Et bien m'en a pris ! Anna Gavalda a traduit ce roman sans y glisser les tics et les tournures qui m'ont tant agacée dans les quelques romans que j'ai lus de cette auteure. Finalement, c'est un grand merci que j'adresse à la traductrice pour m'avoir fait découvrir ce roman de 1965 qui mérite d'être très largement connu. Mais venons plutôt au roman.
William Stoner est né en 1891 dans une famille de paysans pauvres. Dans l'espoir qu'il reviendra à la ferme mieux armé pour affronter une terre ingrate, ses parents l'envoient à l'université de Colombia, dans le Missouri, pour suivre un cursus en agriculture. Mais rapidement, le jeune Stoner se découvre un intérêt immense pour la littérature et il abandonne l'agriculture pour s'inscrire en licence de lettres. « Ses doigts malhabiles tournaient les pages avec le plus soin, terrifiés qu'ils étaient à l'idée d'abîmer ou de déchirer ce qu'ils avaient eu tant de mal à découvrir. » (p. 25) Stoner est loin d'être un génie, mais il finit par obtenir son doctorat et devient professeur au sein de l'université de Colombia.
Quand survient la Première Guerre mondiale, Stoner décide de ne pas s'engager. « On ne devrait pas demander aux professeurs de détruire ce qu'ils ont, leur vie durant, cherché à édifier. » (p. 54) Cette décision est la première d'une longue liste qui, pour être raisonnable, n'en est pas moins mauvaise puisqu'il la portera toute sa vie avec embarras. Survient Edith Bostwick, jeune fille de bonne famille, et voilà que Stoner s'enflamme et n'envisage plus la vie sans elle. le mariage est rapidement conclu, mais il tourne au vinaigre dès la première nuit. Toute la vie conjugale de Stoner sera alors marquée par le ressentiment et l'inimitié, et ces sentiments amers troubleront durablement l'unique enfant du couple.
Stoner n'a qu'une passion, le savoir. Il enseigne dans l'espoir d'être un passeur, mais une querelle avec un autre professeur entrave sa carrière. Une nouvelle fois, il se résigne et poursuit une vie universitaire studieuse et têtue, comme si le travail était sa seule planche de salut. « Pendant les vacances de Noël, […], William Stoner pris conscience de deux choses : d'une part l'importance et la place cruciale de sa fille dans son existence, d'autre part l'idée qu'il était possible, qu'il lui était possible de devenir un bon professeur. » (p. 152)
Époux raté, père meurtri et professeur frustré, Stoner est un personnage très émouvant qui semble programmé pour ne faire que les mauvais choix et pour battre en retraite quand on attendrait de lui qu'il se batte. « Tout ce qu'il l'émouvait, il l'abîmait. » (p. 153) Il n'a rien d'un lâche ou d'un looser, mais il est sans envergure et il ressent constamment une« absence à lui-même », comme si les évènements se déroulaient sans lui et sans qu'il marquât l'histoire. « Il avait quarante-deux ans. Il n'y avait rien devant qui le motivât encore et si peu derrière dont il aimait se souvenir. » (p. 245) Stoner n'a que la force des faibles, cette patience sans espoir qui permet d'attendre des jours meilleurs.
Quelle tendresse j'ai eu pour cet homme long et courbé, besogneux et habité par une passion désespérée des livres ! « Il n'avait jamais perdu de vue le gouffre qui séparait son amour de la littérature de ce qu'il était capable d'en témoigner. » (p. 152) Ce roman n'est pas flamboyant, il ne s'y passe finalement pas grand-chose, mais il développe une lente réflexion sur la vie de ceux qui ont besoin des livres. Avec l'histoire des États-Unis en filigrane – prohibition, krach boursier de 1929, pauvreté paysanne, modernisation –, la vie de Stoner n'est pas une pièce tragique, c'est une parabole. Amis des livres, ce roman est pour vous !
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SMadJ
  28 juillet 2014
L'écriture est racée, riche, élégante, d'une pureté absolue. Merci à Anne Gavalda pour cette magnifique traduction.
Roman publié en 1965, il reste d'une modernité folle. On pourrait le croire écrit de nos jours tant le style est actuel et percutant.
Ce livre va nous permettre de traverser toute la première moitié du XXème siècle américain, ses avancées, ses folies, ses modes, ses rites et ses deux guerres mondiales.... le tout vu par les yeux de William Stoner, personnage phare du bouquin.
Nous en aurons une vision plus lettrée qu'organique, plus intuitive que viscérale.
En effet, toute action ou événement passera sous le prime de l'université de lettres de Columbia, à travers le microcosme de quelques personnages.
Des points de vue donc. Mais intelligemment construits.
Néanmoins, ces événements auront une influence directe ou indirecte sur les modes de pensées de tout à chacun même si ce n'est pas le point central du livre.
Le livre va surtout nous conter l'histoire de William Stoner, de sa naissance à sa mort.
Jeune fermier à la base, il va très vite se passionner pour la littérature et lui donner sa vie. Un peu comme un moine se donne à Dieu. Et de sacrifices et d'offrandes il sera question tant sa vie sera un abandon quasi-christique à toutes formes de bonheur potentiel. Ses choix hasardeux et surtout ses positions non tenues pèseront sur son âme comme une enclume.
William Stoner est un personnage assez atypique. Plein d'abnégation et de renoncement, il est une figure sacrificielle au nom de la passion de la littérature.
Rentrant en littérature comme on rentre en guerre car à l'université de Columbia la littérature est un combat, âpre et ingrat.
Que l'on soit passeur ou receveur.
La beauté du roman tient beaucoup aussi à cette idée de transmission, de partage et d'amour des lettres.
Et d'ailleurs, John Williams a un talent fou, un maître des mots, un passeur du verbe. Certains passages sont magistralement écrits et résonnent de justesse et de beauté.
Paradoxalement ce livre ne parle pas au coeur, ne caresse pas l'âme mais vise l'intellect, la pensée. À la manière d'un Faulkner.
Ce qui empêche ce bouquin d'être une totale réussite pour ma part, plus sensible à l'émotion dégagée par des lignes ou par des personnages.
Question d'empathie.
Et il est dur d'en avoir pour ce personnage qui laisse la vie lui glisser dessus. Stoner n'est clairement pas un jouisseur.
Il ne livrera quasiment aucun combat, ni pour lui ni pour ceux qu'il aime laissant les fatalités, les épreuves et les contrariétés prendre le dessus sur sa recherche du bonheur, de l'amour, de l'épanouissement de sa famille.
Tout cela aura un prix et le lecteur sentira l'envie de le secouer pour qu'il essaie de changer son destin et prenne sa vie personnelle en main. Peine perdue. 3/5
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Titania
  25 août 2019
Bien des auteurs qui publient pour la rentrée littéraire aimeraient être réédités dans 50 ans comme ce roman de John Williams, que j'ai lu d'une traite.
C'est la chronique géniale de @Bookycooky qui attire notre attention sur ce beau texte. Il vous emmène dans l'esprit de William Stoner, un professeur d'université, fils de paysan comme l'auteur. Je la remercie sincèrement pour ce conseil de lecture . J'ai dû attendre un peu pour le lire avec le calendrier chamboulé de l'été à la médiathèque.
Simplicité, intensité , sincérité , c'est ce qui me vient à l'esprit après les dernières pages bouleversantes de ce roman qui ne triche pas avec l'humanité de son personnage principal.
J'aime beaucoup l'idée que Shakespeare puisse réveiller un mort-vivant, un homme tellement engoncé dans une carapace défensive contre la dureté du monde qu'il se décrit comme absent de lui-même, et détermine ainsi une vocation d'enseignant.
La lecture et l'étude comme refuges, sources d'apaisement, contre les aléas, mesquineries et autres épreuves, je crois bien que nombre d'entre nous ont partagé cette émotion. On souffre avec William Stoner, on ressent son impuissance, sa volonté de ne jamais chercher à envenimer les choses. On apprécie aussi son courage, et son détachement sur la foire aux vanités qui l'entoure chez lui, en famille ou dans le département de littérature .
J'aime aussi cette réflexion complexe et nuancée sur la guerre qui par deux fois fait irruption dans le quotidien de l'université et la désorganise. La grande Histoire qui percute la petite histoire et remet tout en question. Ce microcosme plus ou moins imaginaire est à l'image du monde. Ce sont des conflits lointains pour le Missouri, mais ils glacent le coeur, tuent les amis, transforment l'âme des vivants, rendent le monde plus laid.
Un très grand roman .


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critiques presse (2)
Lexpress   17 octobre 2011
Une magnifique plongée dans l'intimité d'un être qui n'a rien d'un héros spectaculaire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   28 septembre 2011
Du mariage raté à la retraite forcée, le récit de son existence est une poignante chronique de la déception, un drame en mode mineur, illuminé par le passage de joies fugaces - une liaison amoureuse, la proximité d'un enfant -, peintes avec tant de délicatesse et de sobriété qu'elles en deviennent inoubliables.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
santorinsantorin   01 novembre 2019
Son enfance fut excessivement guindée, même dans les moments les plus intimes de la vie familiale. Ses parents se conduisaient l'un envers l'autre avec une politesse distante. Edith ne vit jamais passer entre eux le moindre élan de chaleur, de colère ou d'amour. La colère se traduisait par de longs silences courtois et l'amour était un terme du vocabulaire anglais que l'on employait pour témoigner son affection. Elle était enfant unique et la solitude fut l'une des premières certitudes de sa vie.
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estrella_oscuraestrella_oscura   06 octobre 2011

Bien qu'il fût censé apprendre des bases de grammaire et de composition écrite à un groupe de jeunes étudiants des plus hétérogènes qui soit, il était impatient et enthousiaste de s'atteler à cette mission qu'il abordait avec le plus grand sérieux. Il prépara ses cours pendant la semaine qui précédait la rentrée et ce premier travail de déchiffrage entrabâilla la porte du monde infini qui s'offrait à lui. Il comprenant le rôle de la grammaire et percevait comment, par sa logique même, elle permettait, en structurant un langage, de servir la pensée humaine. De même, en préparant de simples exercices de rédaction, il était frappé par le pouvoir des mots, par leur beauté, et avait hâte de se lancer enfin pour pouvoir partager toutes ces découvertes avec ses étudiants.

[...]

Mais pendant ces semaines loin d'Edith, il lui arrivait, lors de ses cours, de se laisser emporter par son sujet et de s'y perdre si intensément qu'il en oubliait ses doutes, ses faiblesses, qui il était et même les jeunes gens assis devant lui. Oui, il lui arrivait d'être tellement pris par son enthousiasme qu'il en bégayait. Il se mettait à gesticuler et finissait par délaisser complètement ses notes. Au début, il fut décontenancé par ces emportements comme s'il craignait de s'être montré trop familier avec les auteurs ou les textes qu'il vénérait et finissait toujours par s'excuser auprès de ses élèves, mais quand ils commencèrent à venir le voir à la fin des cours et que leurs devoirs manifestèrent enfin quelques lueurs d'imagination ou la révélation d'un amour encore hésitant, cela l'encouragea à continuer de faire ce que personne ne lui avait jamais appris.
Cet amour de la littérature, de la langue, du verbe, tous ces grands mystères de l'esprit et du coeur qui jaillissaient soudain au détour d'une page, ces combinaisons mystérieuses et toujours surprenantes de lettres et de mots enchâssés là, dans la plus froide et la plus noire des encres, et pourtant si vivants, cette passion dont il s'était toujours défendu comme si elle était illicite et dangereuse, il commença à l'afficher, prudemment d'abord, ensuite avec un peu plus d'audace et enfin... fièrement.

[...]

Quand il était très jeune, William Stoner pensait que l'amour était une sorte d'absolu auquel on avait accès si l'on avait de la chance. En vieillissant, il avait décidé que c'était plutôt la terre promise d'une fausse religion qu'il était de bon ton de considérer avec un septicisme amusé ou un mépris indulgent, voire une mélancolie un peu douloureuse. Mais maintenant qu'il était arrivé à mi-parcours, il commençait à comprendre que ce n'était ni une chimère ni un état de grâce, mais un acte humain, humblement humain, par lequel on devenait ce que l'on était. Une disposition de l'esprit, une manière d'être que l'intelligence, le coeur et la volonté ne cessaient de nuancer et de réinventer jour après jour.
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santorinsantorin   01 novembre 2019
Il erra à travers le campus avec la robe et la toque qu'il avait louées sous le bras. Elles étaient lourdes et encombrantes, mais il n'avait nulle part où les poser. Il songeait à ce qu'il devait leur annoncer et prit, pour la première fois, vraiment conscience du caractère irrévocable de sa décision. Il en venait presque à souhaiter pouvoir s'en dédire. Il sentait qu'il n'était pas à la hauteur de ce défi qu'il s'était si imprudemment lancé à lui-même et entendait l'appel plaintif de ce monde qu'il était en train d'abandonner… Il pleurait ce qu'il avait perdu, il pleurait ce que ses parents étaient en train de perdre et il lui semblait que le fait même de connaître ce chagrin l'éloignait d'eux plus encore.
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blandine5674blandine5674   11 décembre 2019
Puis son regard se perdit au loin, au-delà de cette vaste étendue de plaines, en direction de la ferme qui l’avait vu naître et où son père et sa mère avaient passé toute leur vie. Il songea au prix que tous ces gens avaient dû payer, année après année, pour faire fructifier un sol ingrat que leur sueur n’avait jamais rendu meilleur. Rien. Rien n’avait changé. Peut-être même était-il encore un peu plus pauvre et plus avare qu’autrefois...
Leur vie entière avait été sacrifiée à ce labeur accablant, leur volonté avait été brisée, leur intelligence pétrifiée et à présent, les voilà qui dépendaient de nouveau de cette terre à laquelle ils avaient déjà tout donné et qui, lentement, mois après mois, année après année, allait finir par les engloutir tout à fait.
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patrick75patrick75   25 février 2015
Il entendit des rires au loin. Il tourna la tête. Un groupe d'étudiant étaient en train de couper par son jardin pour gagner du temps. Ils marchaient à grands pas. Il les vit très distinctement. Il y avait trois couples. Les jeunes filles étaient fines et gracieuses dans leurs robes légères et les garçons les regardaient avec une sorte d'émerveillement ravi et perplexe. Ils foulaient l'herbe, la touchaient à peine, n'y imprimaient aucune trace. Il les observa tandis qu'ils sortaient du cadre et l'écho de leurs rires insouciants continua de résonner longtemps après qu'ils se furent envolés.
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Laurent Martinet s'est donné une minute pour vous convaincre de lire le classique de John Williams, Stoner, traduit par Anna Gavalda.
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