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ISBN : 2360134949
Éditeur : Riveneuve éditions (31/05/2018)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Depuis 2011, la Syrie traverse un cauchemar. Une guerre atroce, des morts par centaines de milliers, des destructions apocalyptiques et l’exil pour des millions de citoyens. Sous l’apparente revendication démocratique du début se jouait une partie bien plus sournoise : des rivalités régionales sur fond de l’éternel conflit entre sunnites et chiites, tandis que grandissait le monstre djihadiste avec la complicité de pays voisins. Et pourtant la vie n’a cessé de conti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Diabolo44
  18 juillet 2018
Quand j'ai attaqué ce bouquin, je dois dire que je me suis demandé un moment où l'auteur voulait en venir, alors que ces chroniques écrites au jour le jour depuis 2011 formaient un canevas un peu décousu... Et puis, au fil des pages, les pièces du puzzle se sont assemblées pour former, petit à petit, une argumentation choc et une redoutable démonstration géopolitique, qui prend d'ailleurs vraiment toute sa cohérence dans la deuxième partie de l'ouvrage.
Pour être honnête, François Janne d'Othée ne prêchait pas en terrain vierge, car j'étais déjà au courant que la réalité du terrain en Syrie n'est pas celle que les médias "mainstream" (j'utilise à dessein du vocabulaire de complotiste, et pourtant j'en suis tout sauf un !) nous présentent. Pourquoi ? Parce que je côtoie très régulièrement depuis 2016 des Syriens réfugiés et demandeurs d'asile, et que j'en ai parlé avec eux pendant des heures. S'ils se sont enfuis, inutile de vous dire qu'ils ne portent pas Bachar dans leur coeur. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs perdu un ou plusieurs membres de leur famille sous les bombes du régime (ou russes... ou iraniennes.) Pourtant, je vous prie de croire que leur vision des rebelles n'est guère plus reluisante. Plusieurs d'entre eux m'ont dit que l'Armée syrienne soi-disant libre et les djihadistes, c'était bonnet blanc et blanc bonnet. Un m'a dit : "Je suis parti avec ma famille parce que personne n'est pour le peuple syrien. Il n'y avait d'espoir d'aucun côté." Un autre, trop jeune pour avoir une famille, m'a dit : "Je suis parti parce que je devais choisir un camp. J'étais obligé de m'enrôler soit avec Bachar, soit avec l'ASL, soit avec al Nosra, soit avec Daesh. Pas possible de rester neutre, mais il n'y a pas les gentils et les méchants. Ils sont tous méchants."
Quand on a été abreuvé pendant 5 ans de la vision de ce conflit telle que filtrée par les occidentaux et leurs intérêts géostratégiques, on a sans doute l'impression que l'auteur est "pro-Bachar", ou qu'en tout cas il a un parti pris, même s'il s'en défend. Moi-même, si je n'avais pas eu ces longues discussions avec des Syriens, je l'aurais sans doute cru aussi.
Et pourtant, il ne dit rien de tel. Il dit et répète que Bachar est bien un dictateur, sans doute volontiers sanguinaire (beaucoup de despotes le sont), puisque prêt à tout pour sauver son régime. Mais il dit aussi que sur l'échelle dictatoriale, il est sans doute bien en-deçà de ce que proposeraient les "rebelles" qui lui sont opposés, puisque lui au moins a une notion de ce que peut-être une certaine forme de laïcité, de respect des minorités et même... de respect de la femme.
Non, le monde n'est pas noir et blanc. Le manichéisme est un très mauvais conseiller, et même un "dictateur sanguinaire" peut avoir certaines "qualités". Et surtout, surtout : rien n'est simple, mais rien n'est moins simple qu'une guerre, et en particulier une guerre civile. S'il suffisait, pour sauver un peuple martyr, d'intervenir avec nos gros sabots dans un pays étranger pour virer un dictateur et le remplacer par "quelqu'un qui convient mieux à notre vision des choses", cela se saurait, non, depuis le temps qu'on essaye ?
On pourrait reprocher à François Janne d'Othée d'avoir mené l'ensemble de son enquête en zone contrôlée par le régime, et de ne pas avoir, comme d'autres, pénétré en terrain rebelle pour se faire une idée en vis-à-vis. Mais ce serait malhonnête, car comme il l'explique très bien, le régime de Bachar ne donne plus de visa à ceux qui ont franchi le Styx, et son travail était conçu comme un travail dans la durée, avec des témoins qu'il souhaitait revoir régulièrement. Sans doute donne-t-il beaucoup la parole à des gens pour lesquels Bachar est un sauveur, ou un mal nécessaire, et moins la parole à des gens pour lesquels c'est un bourreau. Mais d'une, les premiers n'ont pas eu souvent la parole dans nos chers médias, et de deux, les seconds sont, malheureusement, souvent morts ou en prison, car rappelons-le, Bachar reste un dictateur !
Un livre précieux, donc, un livre courageux parce qu'à contre-courant de la pensée dominante : non, l'auteur ne sert pas la soupe à Bachar, il essaie juste de faire son métier de journaliste, qui, comme il le dit à un moment, "n'est pas de chercher à plaire ou à déplaire à qui que ce soit", mais de tenter de s'approcher d'une vérité nécessairement complexe.
Un livre qui nécessite sans doute de ne pas être complètement profane sur le sujet, mais qui est tout de même accessible à tous ceux qui sont, on va dire, un minimum informés.
Un livre concis, aussi, qui peut donc convenir avantageusement à ceux qui ont envie de mieux connaître les dessous de cette triste affaire sans non plus y passer des dizaines d'heures.
Merci aux éditions Riveneuve et à Babelio pour ce livre lu dans le cadre de la Masse Critique.
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Allily
  27 juin 2018
Voilà un livre que j'ai reçu lors de la précédente Masse critique et je remercie Babelio et les éditions Riveneuve pour cet envoi.
Le livre est constitué de chroniques, comme des chapitres se succédant, mêlant propos rapportés de syriens et de réflexions de l'auteur. Ces chroniques sont entrecoupées de courts filets qui sont autant de rappels bienvenus de la chronologie de ce conflit.
On suit donc le cheminement de l'état d'esprit des gens rencontrés sur place mais aussi de François Janne d'Othée avec cet engrenage infernal qui s'est créée dans ce pays. le journaliste se concentre sur les gens restés sur place et sur la vie qui se poursuit malgré tout.
Si le livre est relativement court, 176 pages avec le lexique, j'ai quand même mis plusieurs jours à le lire, cela n'a rien à voir avec le style du récit mais plutôt sur le ressenti que j'ai eu en lisant ce livre (et si je me trompe, j'en suis désolée, j'avoue avoir hâte de lire d'autres chroniques pour voir si je suis la seule à avoir eu ce ressenti ou pas).
Dans son introduction, l'auteur nous précise « Ce n'est guère facile d'écrire sur ce pays, de laisser parler ses habitants, tant il faut garder la tête froide face à ceux qui considèrent tout nuance comme une allégeance au camp d'en face. Sur le conflit syrien, la position médiane tient du travail d'équilibriste en pleine tempête. »
Je suis complètement d'accord avec cet avis, en effet les belligérants ont tous du sang sur les mains à ce stade du conflit et je veux bien entendre que pour certains Bachar el-Assad soit un héros en lutte contre des terroristes et l'inverse pour d'autres mais j'ai parfois eu l'impression que le travail d'équilibriste prôné par l'auteur se déséquilibrait et qu'il était parfois moins critique pour « un camp » que l'autre si tant est que l'on puisse utiliser cette expression.
Je ne souhaite pas en dire davantage pour laisser à chaque lecteur l'occasion de se former sa propre opinion. Voilà en tous les cas un livre qui ne m'a pas laissé indifférente et qui m'a bousculé ce qui ne m'était pas arrivé depuis un moment et malgré les réserves que émises ci-dessus, je pense qu'il est justement intéressant de se laisser déstabiliser par un livre.
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Steph_K
  28 juin 2018
2011-2018, la Syrie n'en finit pas de faire les unes des journaux. Ce recueil de courtes chroniques raconte la guerre et ses violences, les destructions et les exils, mais va également à la rencontre de ceux qui les vivent au quotidien, musulmans ou chrétiens. On peut cependant regretter un certain parti pris de la part de l'auteur.
Un livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique Babelio.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Diabolo44Diabolo44   17 juillet 2018
La guerre passe inévitablement par la propagande – des deux côtés – et donc par les mots. Depuis le début du conflit, je m'attelle à éviter les sémantiques trop connotées. Ainsi, je m'abstiens de dire "l'armée de Bachar" car un soldat syrien m'a affirmé qu'il ne combattait pas pour Bachar, mais bien pour la Syrie. "Bachar tue son propre peuple" est aussi répété à l'infini, mais évoque erronément un génocide (mot également utilisé...) Quant au "peuple", tous ne sont pas des civils syriens sans défense, puisqu'on trouve dans le camp d'en face des combattants saoudiens, tchétchènes, français, belges... "Le boucher de Damas" est également un qualificatif fort répandu, mais la guerre est toujours une boucherie.
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AllilyAllily   27 juin 2018
Ces chroniques ne sont pas du "journalisme sur la guerre", mais "en temps de guerre". Ce sont moins les belligérants qui importent que les citoyens syriens traumatisés par ce conflit et qui tentent, à leur niveau, de ramener la paix dans leur quartier, leur ville, leurs pays. "Jours tranquilles à Damas", c'est une façon de dire que la Syrie n'est pas toute entière à feu et à sang, contrairement à ce que des images trompeuses peuvent suggérer. Même si la guerre est dans toutes les têtes, la vie quotidienne continue : les marchands ouvrent leurs échoppes, les enfants vont à l'école, les balayeurs nettoient les rues, les familles vont au parc le dimanche...
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Diabolo44Diabolo44   18 juillet 2018
Aujourd'hui, Bachar el-Assad a remporté une cinglante victoire contre tous ceux qui avaient juré sa perte. Son atout est d'avoir pu compter sur une Russie constante et cohérente que les Occidentaux avaient négligée dans leurs calculs. Il a pu s'appuyer aussi sur une armée soudée et sur un soutien populaire non contestable alors qu'en face l'opposition reste éclatée en différentes factions, y compris djihadistes, sans réel projet politique. Des combattants de la liberté ? Je ne suis pas sur place. Mais à entendre la façon dont ils ont géré jusqu'à présent leurs territoires, ce n'est visiblement pas l'esprit des Lumières qui a guidé leur action.
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Diabolo44Diabolo44   18 juillet 2018
Une leçon à retenir, c'est que la morale seule ne suffit pas à régler les malheurs du monde. Cette mythologie n'a fait que prolonger le conflit. Je relis cette stupéfiante phrase dans un édito paru dans un média belge en 2013 : "Nous plaidons depuis longtemps pour que les rebelles soient aidés militairement afin de changer le rapport de force", écrivait la journaliste. Coupable naïveté, car le compteur était alors "seulement" à 70 000 morts. Cinq ans plus tard, il s'approche des 400 000. Le rapport de force n'a jamais changé. Ne valait-il pas mieux plaider dès le départ pour une paix injuste plutôt que pour une guerre sans fin ?
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Diabolo44Diabolo44   18 juillet 2018
En France, le Quai d'Orsay déconseille aux journalistes de se rendre en Syrie. "Cachez cette guerre que nous ne saurions voir", ironisent les syndicats de journalistes qui dénoncent un appel à l'auto-censure et une vision rétrograde d'une profession qui serait condamnée, au nom de la sécurité, à se cantonner aux sentiers bien balisés (...) du journalisme embarqué. (...) Au nom de la sécurité, on déconseille aux journalistes d'aller constater l'épuration ethnique pratiquée par la Turquie à Afrine et de se rendre compte de la vraie nature des rebelles de la Ghouta.
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