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ISBN : 237305051X
Éditeur : Aux forges de Vulcain (04/01/2019)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Grand serviteur de l'état, Claude officie discrètement dans l'ombre d'une présidente vieillissante. Un matin, il décide de se lancer à la conquête du pouvoir. Mais était-il bien judicieux de s'exposer ainsi à la lumière ? Car au même moment, une révolte populaire, attisée par la jeune et charismatique Barbara, monte dans la Douvre, département oublié de tous qui devient la vivante image des colères et espérances du pays tout entier.
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  15 janvier 2019
Voilà un livre qui tombe à pic, au moment où la France est secouée par l'une de ces convulsions qui vient périodiquement prouver que le corps social est malade. Qu'entre les élites pensantes et le bas-peuple le fossé s'est élargi à un point tel qu'il devient même difficile d'établir un dialogue.
L'uchronie, c'est-à-dire la «réécriture de l'Histoire à partir de la modification d'un événement du passé», imaginée par Jean-Baptiste de Froment met en scène un pays arc-bouté sur son conservatisme. Il est dirigé par Simone Radjovic, une Présidente de la République française qui entame son troisième septennat. Une longévité qui s'explique par une volonté farouche de ne surtout rien faire, car elle a vite compris que les réformes étaient d'abord un facteur de déstabilisation.
Aussi pratique-t-elle avec un art consommé la tactique des petites touches cosmétiques ainsi que des arrangements tactiques dans de son appareil administratif.
C'est ainsi qu'elle accède à la demande du «gouverneur» Claude, de muter Barbara Vauvert, préfète de la Douvre intérieure, parce qu'elle avait trop bien réussi dans sa mission de redynamiser une région oubliée de la République. D'une part parce qu'elle fait de l'ombre au Président Farejeaux, le baron local et d'autre part parce que ce succès pourrait lui donner des idées, d'autant qu'elle a réussi à prendre langue avec le groupe des opposants le plus virulent. Mené par Arthur Cann, un philosophe-agronome, il entend jeter les bases d'une société nouvelle, oeuvrer pour «la réconciliation de la Pensée et de la Terre». Ensemble, ils lancent le projet Gaïapolis, la première cité agricole numérique parfaitement autosuffisante. Sébastien, son remplaçant, aura la charge d'enterrer le projet et de faire miroiter aux administrés tous les avantages d'une fusion de deux départements avec la création de la «Richardouvre».
Bien entendu, les choses ne se passent pas aussi bien que prévu. Claude sent que son heure est venue, Barbara ronge son frein, Arthur s'imagine mener la fronde contre la technocratie surpuissante, soutenue par Mélusine, la «moins raisonnable de toutes ses étudiantes» qui s'est installée chez lui dans l'attente du grand soir.
Sans oublier les Douvriens qui se sentent floués. Bref, il y a dans ce cocktail d'ambitions, d'aspirations, de rivalités, tous les ingrédients d'une tragi-comédie aussi féroce que divertissante.
Il faut dire que l'auteur connaît parfaitement le sujet. Jean-Baptiste de Froment est conseiller d'État, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et conseiller LR de Paris. On notera aussi dans son CV une agrégation de philosophie, et un certain Emmanuel Macron parmi ses anciens camarades de khâgne. Sa plume, d'un classicisme teinté d'ironie vient au service d'une intrigue habilement construite et qu'il faut lire non comme un roman à clé – à l'image de «Première dame» de Caroline Lunoir – mais comme l'analyse lucide et un peu angoissante du poids de l'administration et des technocrates sur les politiques qui auraient des velléités de changement.

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Nat_85
  11 janvier 2019
Je tiens à remercier les éditions Aux forges de vulcain pour l'envoi de ce roman. Un roman ? Que dis-je ? C'est bien plus que cela ! S'entremêlent ainsi fiction et réalité, dans ce premier roman visionnaire bien prometteur de Jean-Baptiste de Froment. » État de nature « est paru en cette rentrée littéraire 2019, une lecture déstabilisante et satirique, comme je les aime ! de quoi pousser tout un chacun à la réflexion, croyez-moi !
Claude, la soixantaine, personnage antipathique ô combien, est le bras droit d'une Présidente de la République, aveugle, solitaire et inefficace. Mais Claude a des envies de grandeur, et aspire secrètement à prendre la tête de la France, qui, soit dit en passant, n'est pas vraiment la France.
p. 10 : » le sommet est très proche, nuança-t-il. Mais pour être parfaitement exact, il n'est pas encore atteint. Il y a encore, tout là-haut, cette vieille femme qui m'emmerde… »
En effet, un département fait parler de lui. La Douvre. Composé essentiellement de hameaux dispersés, il représente la France profonde. Barbara, jeune femme candidement intelligente, en est la préfète déchue. Une conspiration des plus hauts dignitaires de l'Etat s'est liguée contre elle. Trop proche du peuple, elle faisait craindre un soulèvement populaire.
p. 119 : » Comment te dire les choses ? Elle te parle et tu te sens… compris. Je vais te faire rire : on me dit qu'elle aime les gens. Ce n'est pas tout à fait rien, cela, d'aimer les gens. «
Mais cette insurrection va être alimentée par un personnage qui semble secondaire à première vue, mais qui va avoir un rôle déterminant. C'est ainsi qu'Arthur Cann, un jeune philosophe-agronome et geek-altermondialiste, a de grands projets pour développer La Douvre. Il souhaite que ce département devienne le lieu d'expérimentation grandeur nature du monde à venir, à la fois numérique et écologique, enraciné et connecté.
p. 86 : » Ce qu'Arthur voyait venir, c'était une nature nouvelle, réconciliée avec elle-même, et dotée, pour ainsi dire, de tout le confort moderne. Une nature, développait-il , que la technique vendrait non plus contredire comme autrefois, mais compléter, parfaire : en substituant à la discorde originelle la communication de toutes choses entre elles, hommes et bêtes, arbres et plantes, lacs et forêts, interconnectées au sein du grand Réseau du monde. «
Le lecteur découvre ainsi pléthore de personnages, tous plus égocentriques les uns que les autres, dont les objectifs personnels sont leur unique aspiration. Sur fond constant de secrets, de trahisons et de suspicions, chacun fomente à qui mieux mieux, quitte à devenir burlesque.
p. 38 : » Lors de ces réunions, il n'était jamais question que d'une chose : de Claude lui-même. Des voies et des moyens de le faire prospérer. de prévenir les coups qui lui seraient portés. de riposter à ceux qui lui avaient été donnés. «
D'une écriture soutenue, l'ensemble est admirablement construit puisque l'intrigue s'accélère dans les dernières pages, révélant un final haletant, aux nombreux et impétueux rebondissements, laissant le lecteur pantois. Fable satirique, Jean-Baptiste de Froment nous fait vivre une expérience inédite. Haut-fonctionnaire de l'Etat, l'auteur s'est incontestablement inspiré de la vie politique française, pour notre plus grand bonheur. Bâtit sur une uchronie, il ébranle totalement son lecteur en alternant faits réels et fictifs. Une caricature de l'état politique de la France actuelle. Entre sourires et questionnements, ce roman est férocement drôle !
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lucia-lilas
  16 janvier 2019
Connaissez-vous la Douvre intérieure ? N'êtes-vous pas passé, cet été, en rentrant de vacances, par cette région « faite de hameaux », « le centre mou de la France » dont Chantaume est la capitale ? Non, ça ne vous dit rien ? Et pourtant, quelle belle région : du vert, du vert à perte de vue, des vallons, quelques maisons ici et là… Ah, on respire là-bas, loin de Paris !
Bon, c'est vrai, il ne s'y passe pas grand-chose, comme si L Histoire avait oublié cet espace et ces gens qui vivent hors du temps… C'est une certaine Barbara Vauvert qui a hérité, on ne sait comment, du titre de préfète de la Douvre : au lieu de s'en plaindre, elle a pris son ouvrage à coeur. Très vite, elle s'est mêlée au peuple, est allée parler aux habitants de ces terres du bout du monde pour tenter de connaître leurs besoins, leurs craintes pour l'avenir, leur façon de voir les choses. Elle a compris qui ils étaient, a voulu connaître leur nom, l'a fait et à merveille. Elle a su se faire aimer et elle a des projets pour eux.
Elle n'est pas la seule : un certain Arthur Cann, une espèce de philosophe écolo, veut se servir de ce territoire pour mettre en oeuvre une entreprise qui lui tient à coeur : il s'agit de créer un « vaste incubateur à ciel ouvert, un lieu d'expérimentation grandeur nature du monde à venir, à la fois numérique et écologique, enraciné et connecté », un espace « agricole numérique autosuffisant. »
Imaginez : « une mutualisation des biens et des services », chaque ferme produisant sa ressource d'énergie. Bon, pour cela, il faut une connexion ultra-haut débit, des panneaux solaires, des éoliennes… Pourquoi ce territoire ? Eh bien parce que selon Arthur, « le système n'a pas de prise sur ces gens de la Douvre, il glisse miraculeusement comme sur les plumes d'un oiseau. Ils ont beau vivre avec leur temps, la vérité est qu'ils n'ont jamais donné leur consentement à ce que les autres ont fait du monde. À leur manière invisible et taiseuse, ils n'ont cessé de résister. »
Donc, la Douvre est « comme l'Arche de Noé de notre temps, celle qui a survécu au déluge intellectuel et moral qui a dévasté le reste du pays. » Un espace protégé, pur d'une certaine façon. Un lieu à l'état de nature qui ne serait pas dépravé par la société ou la politique. D'ailleurs, selon Arthur Cann, dans cet espace autogéré, les hommes politiques n'ont plus de place. Il faut donc se débarrasser de ces gens-là. CQFD
Barbara et Arthur vont-ils s'entendre ? Là est la question !
Mais, là-haut, à Paris, cette préfète adulée par le peuple inquiète un peu les technocrates bien assis sur leur pouvoir… Alors qu'elle est plébiscitée par les habitants de la Douvre et accomplit un travail admirable, elle apprend par un simple coup de fil du ministre qu'elle est VIRÉE. Ciao bella, à une autre fois !
Eh oui, les gens brillants gênent aux entournures dans les hautes sphères…
Pas de souci, répond-elle, très pro. Mais décidée à ne pas se laisser faire.
À Paris, une momie surnommée La Vieille tient lieu de présidente et termine tranquillou son troisième septennat et un certain Claude, gouverneur ou commandeur, appartenant aux hautes sphères politiques, souhaite la renverser au plus vite pour profiter d'un fauteuil bien au chaud.
En attendant, il tente de faire peur aux grands bourgeois parisiens en leur expliquant « qu'il n'y a de pouvoir que s'il y a des gens pour obéir... Retirez cette obéissance, cette soumission, et tout s'écroule comme un château de cartes. L'organisation du pays peut être aussi sophistiquée et complexe que l'on puisse imaginer, cela ne change rien : si, à un moment donné, ceux qui le font fonctionner ne le veulent plus, c'est fini. Game over, hé, hé. »
« À tout moment, les gouvernés peuvent retirer leur consentement. Mes chers amis, n'est-ce pas effrayant de penser que l'ordre social - notre propre tranquillité - est ainsi suspendu au bon vouloir, au caprice de tous ces individus dispersés et qui n'ont pas, pour la plupart, tout leur bon sens ? » Claude évoque donc des « défections spontanées. » « Ce sont des gens sans histoire, des gens normaux, des gens qui, croyez-le bien, ne brillent pas par leur originalité… tout d'un coup… qui partent en vrille. du jour au lendemain, ils cessent d'obtempérer. Ils refusent obstinément de se plier à la moindre consigne, de quelque autorité qu'elle vienne. « Vous me ferez cette note pour demain » - c'est non. « Chéri, tu veux bien tondre la pelouse ? - c'est encore non. « Seriez-vous assez aimable pour me rendre la monnaie ? » - c'est toujours non... Il n'y a pas de conjuration, en aucun cas ils ne se sont passé le mot. Et pourtant, aux quatre coins du pays, ils se comportent exactement de la même manière. C'est tout à fait étonnant. » Les bourgeois s'affolent. Et Claude espère bien un jour ou l'autre récupérer leurs voix… En attendant, on lui a demandé de débarrasser la Douvre intérieure de la jolie préfète charismatique : naïf, il n'imagine même pas les conséquences de son coup de balai… Car les Douvriens, s'ils se sont tus pendant des siècles, pourraient bien soudain avoir leur mot à dire.
Donc, d'un côté, le dangereux binôme Cann/Vauvert (et derrière la charismatique Vauvert, le peuple, ne l'oublions pas!), et de l'autre la clique magouilles-politiciennes-à-gogo des hauts fonctionnaires véreux qui jouent les uns avec les autres, se manipulant constamment à tel point qu'on ne sait même plus qui est la marionnette de l'autre !
Je n'avais lu que quelques pages de ce roman pour le moins prémonitoire et fort documenté sur les rouages de l'État que je m'interrogeais déjà sur l'auteur de cette fable corrosive à la Voltaire : « d'où » écrivait-il , cet auteur qui semblait si bien renseigné sur les méandres du pouvoir, les coups bas, les ruses politiciennes et tout le tralala, jusqu'à quasiment se faire prophète puisqu'il ne vous aura pas échappé que certains termes rappellent les révoltes actuelles des gilets jaunes ?
J'étais bluffée !
Le livre est sorti en janvier, les premières manifs datent du 17 nov… Mais QUAND a-t-il été écrit, ce texte ??? Même si la situation n'est évidemment pas la même, certains mots de ce livre sont tellement en phase avec l'actualité, tellement prémonitoires, que c'en est sidérant ! Moi je crois que ce gars-là a de véritables talents de prophète et à mon avis, il ne faut pas le lâcher, il peut servir !
Au fait, sachez quand même que Jean-Baptiste de Froment est normalien, agrégé de philo, camarade d'hypokhâgne et de khâgne d'Emmanuel Macron, qu'il était conseiller à l'Élysée sous Nicolas Sarkozy et qu'il est maintenant élu au Conseil de Paris. Bref, il a vécu tout ça de l'intérieur, connaît très bien la machine politique. N'empêche, prendre la liberté d'écrire un texte aussi corrosif sur la sphère politique : BRAVO !
Cette satire distille vraiment un humour décapant ! Assurément, il faut « en être » pour percevoir de manière aussi aiguë tous les travers des hommes politiques, leurs basses manoeuvres machiavéliques, leurs hypocrisies de courtisans, leur ego surdimensionné. Très loin d'eux un éventuel dévouement pour la nation, en tout cas…
Un livre désopilant (certains passages sont de VRAIES scènes d'anthologie !) et en même temps bien sombre sur un monde politique très éloigné (physiquement et intellectuellement) des préoccupations profondes du peuple. Bien sûr, on est dans la caricature, l'outrance, bien sûr, bien sûr... mais l'on sent qu'au fond (et c'est ça qui est terrible!), on n'est peut-être pas si éloigné que ça du réel…
Courage fuyons !
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Bazart
  05 février 2019
Dans une France qui ressemble un peu à la notre sans l'être tout à fait, Claude , deuxième personnage de l'état, se réveille un matin avec cette idée : est-ce que mon heure n'est pas venue ? Il se lance alors à la conquête du pays, par un premier geste anodin, censé lui attirer les sympathies d'un baron de province : il retire son poste à une jeune préfète, Barbara. Ce faisant, il embrase un petit département oublié, la Douvre, pour qui c'est l'humiliation de trop. Paris, encore une fois, aura voulu écraser le pays ? le pays, en retour, se soulève !. Peuple contre élite. Quand retomberont les cendres, qui sera à la tête du pays ?
Après Terrain conquis, dont on a récemment parlé, la littérature française continue de s'inspirer de la politique française actuelle, avec une autre fable politique dont les ressorts peuvent facilement être trouvés dans notre République actuelle.
Le premier roman de Jean-Baptiste de Froment, État de nature - France qui n'est pas notre France mais lui ressemble fortement, est l'oeuvre d'un habitué de la politique car il a été lui même conseiller de Nicolas Sarkozy et élu de la république
Une fiction proche de la réalité qui nous plonge ainsi dans les sales combines, coups bas, et échauffourées des politiques avec cette uchronie originale (la Douvre. ce département dont le projet de fusion avec un autre département met le feu aux poudres, n'existe pas ) passe par une France imaginaire pour peindre avec justesse un pays proche de l'implosion ( cqfd!)
Une immersion dans les méandres du pouvoir, drôle et instructive, qui amène à une réflexion passionnante sur notre société.
Ce "House of cards" littéraire est une belle méditation sur le pouvoir, avec des personnages d'élus plein d'ambition et de cynisme, et cette formidable et drolatique galerie de portraits, fait beaucoup penser à des personnalités qui collent vraiment à notre actualité.
De Froment évite la plupart du temps la caricature, et sa plume, vive et énergique parvient à poser un regard mi amusé, mi tendre sur ces personnages un peu pathétiques mais finalement tellement humains.

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Les_lectures_de_Sophie
  03 janvier 2019
C'est encore une sacré découverte que nous propose les éditions Aux Forges de Vulcain. Une fois de plus difficilement classable, car bien que ce livre soit de la science-fiction, on pourrait tout à fait le trouver en littérature blanche, si le libraire ne prête pas suffisamment attention à la quatrième de couverture… Comme le dit David Meulemans, éditeur de l'objet, dans une interview au site Elbakin : « Les forges sont une maison qui tentent de rétablir les droits de l'imaginaire au sein de la littérature générale – dans l'espoir de sauver la littérature générale de l'ennui le plus complet. » Je ne peux qu'approuver !
L'auteur, qui signe ici un premier roman très prometteur, est un habitué de la politique et des méandres du pouvoir, lui même haut-fonctionnaire et élu de la république. Si on ajoute que ses racines sont dans la Creuse, on a les bases de son roman, très ancré dans le réel, très réaliste même, bien que la magnifique région que semble être la Douvre n'existe (hélas ?) pas, bien que le bras droit du président ne soit pas un Commandeur, bien que le président ne soit pas une présidente… Mais son roman se fait l'écho de la colère actuelle des oubliés de la tête de l'Etat, des « décideurs », l'écho de la « France Périphérique » qui ne supporte plus la condescendance de la capitale. Jean-Baptiste de froment nous prouve sa connaissance à la fois du fonctionnement des institutions, mais aussi des préoccupation des français, en rédigeant son livre quelques temps avant la crise de désamour actuelle entre l'Etat et les français.
Deux personnages principaux dans ce roman, les deux côtés de la France : Claude, le Commandeur, bras droit dans l'ombre de la présidente de la république, et Barbara, jeune préfète déchue de la Douvre, département oublié de la République, aimée des habitants de ce coin de France, et qui le leur rend bien. D'un côté le pouvoir, et la certitude de son immuabilité, de l'autre le lien social et les espoirs déçus, qui donnent au peuple la force de mener une révolte. Toute ressemblance avec des événements récents serait-elle due au hasard ???
Le narrateur omniscient nous entraîne au fil des chapitres de personnage en personnage, nous faisant habilement voyager de Paris à la Douvre, en passant par les sombres coulisses dans lesquelles se font et défont les carrières… Car au-delà des pérégrinations de Claude et Barbara, c'est dans l'envers du décor que nous emmène l'auteur. Il nous montre comment les uns et les autres intriguent pour progresser, sans faire grand cas des potentielles victimes collatérales.
Claude est l'archétype du conn… que l'on aime détester, Iznogoud de la République, quand Barbara est l'élue du coeur et du peuple. L'une des preuves de l'impuissance de Claude, et de nombreux autres, face à Barbara est la misogynie ambiante. On ne peut pas être une belle jeune femme et avoir un cerveau, ni être capable d'assumer quelque pouvoir que ce soit, à l'exception de celui fourni par ses charmes. J'aurais aimé en avoir un démenti plus éclatant encore…
Outre une galerie de personnages dont beaucoup sont assez détestables de cynisme, on trouve un élément essentiel du livre, la Douvre. le département est un personnage à part entière, berceau de la révolte, mais aussi du renouveau grâce aux parisiens qui y viennent trouver le calme tout en restant connecté. Si ça n'avait pas été un département imaginaire, je suis persuadée que l'office de tourisme de la Douvre se serait retrouvé prit d'assaut, tant l'auteur nous la présente avec tendresse et sait nous donner envie de la découvrir.
J'ai eu quelques craintes avant de commencer ce livre, ayant lu la biographie de son auteur. Un agrégé de philosophie, haut-fonctionnaire de surcroît, j'ai eu peur d'être perdue dans un langage trop élaboré, une réflexion trop complexe pour mon cerveau, or si on va loin dans la réflexion, c'est toujours de manière abordable, et Jean-Baptiste de Froment sait nous emmener dans son univers et nous le rendre compréhensible. Aucun mal de tête, mais une lecture drôle et instructive, qui amène à une réflexion passionnante sur notre société.
Etat de nature est un roman qui se lit d'une traite, tant on a envie d'en découvrir la conclusion. La révolte douvrienne ira-t-elle jusqu'au bout ? le peuple renversera-t-il le pouvoir en place ? Pour une fois, une révolution populaire sera-t-elle couronnée de succès ?
Lien : https://leslecturesdesophieb..
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critiques presse (1)
LeFigaro   22 janvier 2019
Ce normalien, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, vient de publier un roman d'anticipation sur les «gilets jaunes». Une fable comique et sans parti pris sur la comédie du pouvoir.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   15 janvier 2019
En effet. La situation s’y prête. Le reste du pays, ce qu’on appelle «la France», est à l’image de l’antique momie qui prétend encore la présider: elle n’en a tout simplement plus pour très longtemps. L’insondable médiocrité de ses actuels dirigeants en est la cause immédiate et conjoncturelle. Mais il y a une explication plus profonde. La « civilisation », c’est-à-dire cette prétention de l’homme (et en particulier de l’homme français, soulignons-le au passage) à sortir de' la nature pour se gouverner lui-même, touche à sa fin.
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Nat_85Nat_85   12 janvier 2019
- Mais rien n'est jamais acquit, hélas, reprit Claude. Il faut toujours veiller au grain. C'est à cela que des gens comme nous, chacun à la place qui est la sienne, servons, n'est-ce-pas ? Il faut y veiller en permanence. Un pays comme le nôtre, ça ne se réforme pas, vous et moi le savons bien. Ça ne se réforme pas, mais ça s'entretient. C'est à ce niveau que l'intervention humaine est nécessaire. Il faut sans cesse tailler, il faut élaguer. Il faut replanter, souvent. Aérer la terre, remuer un peu les choses, faire en sorte qu'elles respirent, conservent un certain mouvement. Éviter surtout qu'elles ne s'ankylosent, qu'elles ne s'enkystent. Et se débarrasser des branches mortes.
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BazartBazart   05 février 2019
Il se pouvait que, aussi haut qu'il fut placé aujourd'hui dans la hiérarchie de l'état, il se révela plus faible que l'enfant qui vient de naitre incapable de venir au bout du moindre avorton, le pion damné par des politicards de troisième division.
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hcdahlemhcdahlem   15 janvier 2019
Claude aimait se réveiller. Il aimait les retrouvailles de ses forces reconstituées par la nuit avec le monde. Le moment où il reprenait conscience de tout ce qu’il pouvait, et de toutes les occasions que la journée à venir lui donnerait d’en faire, à nouveau, la démonstration. 
À l’instant de la sonnerie, il n’était encore personne. Rien qu’une respiration régulière dépourvue d’intelligence. Un imposant conglomérat de chair, repu de lui-même, recouvert d’un tricot de corps et empaqueté dans une grosse couette. 
Mais petit à petit, un à un, ses capteurs cérébraux se remettaient en marche, comme se rallument, dans les vaisseaux spatiaux intergalactiques qui se préparent au démarrage, les signaux lumineux sur le vaste tableau de bord. 
À mesure qu’ils se réactivaient, la perception de son importance, de la position éminente qu’il occupait dans le pays, se précisait. Une lumière de plus en plus vive éclairait la réalité, de moins en moins contestable, de ses prérogatives et compétences. 
C’était délicieux. Il se laissait lentement envahir par la douce rumeur du monde. «Pouvoir de nomination et de révocation», «subventions exceptionnelles», «projets de loi». «Arbitrages interministériels», «coupes et rallonges budgétaires». «Habilitation à procéder par ordonnance», «décrets simples», «ratification», «Départements et territoires d’outremer», «État de catastrophe naturelle», «Monopole de la violence légitime». Les formules du pouvoir sortaient pêle-mêle du tohu-bohu de la nuit, d’abord comme un écho lointain, puis s’ordonnant, s’égrenant dans une récitation intérieure de plus en plus structurée. Et puis, finissant par émerger à travers les concepts, se faisaient jour les visages, obscurs ou illustres, de ses obligés. Tout cela flottait devant lui, dans les limbes de son demi-sommeil. Tout cela prenait forme et solidité. Tout cela était à lui. 
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BazartBazart   02 février 2019
Il se pouvait que, aussi haut qu'il fut placé aujourd'hui dans la hiérarchie de l'état, il se révelat plus faible que l'enfant qui vient de naître incapable de venir au bout du moindre avorton, le pion damné par des politicards de troisième division.
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Videos de Jean-Baptiste de Froment (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Baptiste de Froment
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de cœur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 01er février 2019 :
Petits moments de solitude de Nadège Fougeras et Johanna de Beaumont aux éditions L'artilleur https://www.lagriffenoire.com/139580-...
Jours brûlants à Key West de Brigitte Kernel aux éditions J'ai Lu https://www.lagriffenoire.com/139710-...
Requiem pour une République Requiem pour une République de Thomas Cantaloube aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/137646-...
Un bref désir d'éternité de Didier Le Pêcheur aux éditions JC Lattès https://www.lagriffenoire.com/136546-...
Etat de nature de Jean-Baptiste de Froment aux éditions Forges Vulcain https://www.lagriffenoire.com/136682-...
Les dieux ont soif de Anatole France et Pierre Citti aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/139711-...
Apre coeur de Jenny Zhang et Santiago Artozqui aux éditions Philippe Picquier https://www.lagriffenoire.com/135876-...
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