> Pierre Furlan (Traducteur)

ISBN : 2742718745
Éditeur : Actes Sud (1999)


Note moyenne : 4.29/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
C'est sous forme de lettre-fleuve qu'Owen Brown, le troisième fils du célèbre abolitionniste américain John Brown, répond à la demande d'informations que lui a adressée une étudiante de Columbia University, assistante d'un illustre biographe et historien. Owen Brown est... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par sentinelle, le 08 juillet 2008

    sentinelle
    Lorsqu'une étudiante de Columbia University demande à Owen Brown des informations sur son père, le célèbre abolitionniste américain John Brown, elle ignore encore qu'il mettra plusieurs mois à lui répondre sous forme de lettres-confessions, en débordant largement du cadre biographique à proprement dit. Il aura fallu à Owen Brown que s'écoulent plusieurs décennies avant d'atteindre un âge suffisamment avancé pour oser enfin affronter son passé. Pour ce faire, Owen remontera jusqu'à sa petite enfance où il grandit à l'ombre du patriarche John Brown, puritain et père de famille nombreuse au caractère autoritaire et ombrageux, défenseur de la communauté noire qui passera petit à petit du simple agitateur au fanatique religieux en passant par le terrorisme afin de défendre une noble cause : l'abolition de l'esclavage. Ou comment un père décide de sacrifier sa vie et la vie de ses fils en empruntant la voie sanglante de l'action armée au nom de Dieu et devenir un des martyrs de la cause abolitionniste de l'histoire américaine.
    Russell Banks nous plonge dans un récit romancé basé sur des faits réels couvrant la période historique des années 1830-1850 des Etats-Unis, à savoir les années qui précèdent la guerre de Sécession, par l'intermédiaire de la figure charismatique de John Brown, un homme pieux qui recoure au terrorisme pour essayer de venir à bout du fléau de l'Amérique, un homme qui pensait avoir été choisi par Dieu pour recevoir ses injonctions afin de combattre l'esclavage de la population noire américaine, un homme qui fut un des précurseurs de la guerre de Sécession.
    Le premier tiers du livre reprend le parcours initiatique du troisième fils de John Brown, Owen Brown, enfant issu d'une famille nombreuse, agriculteurs et éleveurs chrétiens, une famille de pionniers comme tant d'autres qui ont dû lutter très jeunes contre les éléments pour survivre dans une nature sauvage et hostile. Cette vie rurale et la dureté du quotidien sont d'ailleurs très bien rendues. Là où j'ai eu beaucoup plus de difficultés se situe dans les introspections du fils Owen lorsque celui-ci, enfant et jeune homme, a du mal à se différencier de la puissante figure paternelle. Il y a pas mal de redites et de longueurs dans cette première partie, suffisamment pour m'avoir donné envie d'abandonner ma lecture en cours de route. Mais heureusement, je n'en ai rien fait ! L'Owen adulte, qui choisit d'épouser la cause de son père, au point de devenir le détonateur des actions armées de ce dernier, se pose moins de questions pour mieux se laisser embarquer dans la violence et l'action terroriste. Bien que non croyant, il perçoit son père à l'image du vieux prophète Abraham, que Dieu mettra à l'épreuve en lui demandant de lui sacrifier son fils. Owen ne comprendra qu'au dernier moment la folie dans laquelle l'a entraîné son père et se sauvera in extremis, non sans éprouver pour le restant de sa vie des remords et de la culpabilité, d'autant plus que plusieurs de ses frères et son père n'y survivront pas, tués et condamnés à mort après leur dernière action d'éclat. Ses lettres-confessions constituent, après sa fuite et les nombreuses années de réclusion qu'il vécut en vivant isolé comme simple berger, un ultime devoir de mémoire pour enfin tourner définitivement la page et mourir l'esprit en paix.

    John Brown était-il un saint homme ? Un homme éclairé ? Un précurseur ? Un idéaliste ? Un prophète ? Ou tout simplement un halluciné ? Un terroriste ? Un suicidaire ? Un fou doublé d'un fanatique religieux ? La fin justifie-t-elle les moyens ? L'action terroriste est-elle défendable ? Est-il excusable de tuer et de se sacrifier pour défendre une cause, aussi juste et noble soit-elle ? Difficile de répondre à ces questions, aussi actuelles soient-elles.
    Ce qui est certain, c'est qu'il était à la fois un père à la personnalité écrasante à l'ombre duquel son troisième fils, Owen Brown, aura bien du mal à se démarquer et qu'il fut un des premiers blancs abolitionnistes de l'histoire des Etats-Unis. Il sera pendu en 1859 suite à l'insurrection ratée lors de la prise de l'arsenal fédéral de Harpers Ferry en Virginie. Devenu martyr, il demeure jusqu'à nos jours l'un des symboles – toujours controversé à l'heure actuelle - de la lutte pour l'abolition de l'esclavage.
    Ce long mais grand récit, qui n'évite pas toujours les répétitions et les longueurs, est un roman historique et biographique mais surtout et avant tout la confession d'un homme solitaire qui vécu longtemps pour la cause de son père mais qui refusa l'ultime sacrifice qu'aurait impliqué son exécution finale.
    Ce roman pose véritablement question et m'a laissée longtemps songeuse après avoir tourné la dernière page…
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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 18 février 2012

    le_Bison
    Russell Banks m'entraîne dans les années 1830-1850 à la découverte d'une famille d'agriculteurs installés dans une contrée sauvage, tout à fait admirable, exemplaire même : la famille américaine idéale de cultivateurs chrétiens. Cela pourrait être n'importe quelle famille des coins perdus d'une Amérique profonde, une famille de pionniers simplement à la recherche de bonnes terres pour élever son bétail, pour vivre de ses récoltes mais surtout survivre aux conditions difficiles de tout pionner de cette époque. Mais (parce que sans « mais », la vie de cette famille pourrait me sembler fade et sans intérêt), cette famille est dirigée par un grand chef de clan, un homme au caractère très autoritaire, à la rigueur exigeante, extrêmement pieu et un orateur passionné qui vit uniquement selon les critères de la Bible et du Seigneur. Cet homme : John Brown, plus connu sous son nom de « guerre » John Osawatomie Brown.
    Un destin hors du commun marquera à tout jamais cette famille car ce Vieux John Brown s'est juré de mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition pour abolir à tout jamais l'esclavage dans son pays, éradiquer ce « Mal » issu de la cupidité et de la cruauté de certains hommes. Il en va de son honneur, de sa vie et de celle des membres de sa famille, fidèles serviteurs du Vieux et de Dieu. Faire des sacrifices au nom du Seigneur et au nom d'une telle cause ne lui fait pas peur et devient même une obligation divine. C'est la loi de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ avec qui il lui arrive souvent de converser.
    Dans un décor flamboyant, magique, entre les grandes plaines du Kansas et les montagnes majestueuses des Adirondacks, John Brown va tout mettre en œuvre pour aider ses amis nègres à sortir de ce fléau qu'est l'esclavage. Sans l'aide des blancs, auxquels il n'apporte aucune confiance, il développera la partie Nord du Train Souterrain chargé d'acheminer les esclaves en fuite jusqu'aux frontières du Canada. Comme beaucoup de chrétiens de sa génération, John Brown a commencé par être un jeune homme du Nord aux principes stricts et à l'esprit religieux tourmenté par l'existence de l'esclavage noir dans le Sud et par le préjugé de race qui sévissait partout. Il s'est d'abord activement engagé dans la lutte contre l'esclavage avec de beaux et enflammés discours. Mais ne pouvant se contenter de si peu, il participa à créer un réseau de relations « pro-anti-esclavagiste » à la fois pour obtenir des fonds financiers mais aussi pour venir en aide aux nègres en fuite, ses meilleurs, ses seuls véritables amis. Mais en vieillissant, il s'est soudain transformé en guérillero volontiers pillard, prêt à verser le sang contre toute personne qui se mettra en travers de son chemin (le « massacre » de Pottawatomie) avant de devenir « terroriste » (avec prise d'otages à la manufacture d'armes de Harper's Ferry), et finir en martyr.
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    • Livres 4.00/5
    Par alicejo, le 07 octobre 2010

    alicejo
    En choisissant comme narrateur un de ses nombreux fils, ce n'est pas tant John Brown l'abolitionniste en croisade contre les esclavagistes sudistes que nous fait découvrir Russel Banks mais plutôt John Brown, le père, le patriarche autoritaire, dirigiste, énormément pieux et culpabilisateur qui enrôle presque de force sa famille pour accomplir ce qu'il qualifie lui même comme l'"œuvre de Dieu". Un choix de narration très intéressant.
    J''ai d'ailleurs trouvé la fin du roman, (qui raconte les 2 grandes batailles menées par le clan Brown), plus historique, un peu moins intéressante.
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Citations et extraits

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  • Par alicejo, le 04 octobre 2010

    Et puis un matin, Père a été là, surgissant parmi nous comme le personnage principal qui manquait à la pièce, prenant le premier rôle et faisant aussitôt de tous les autres des figures secondaires. C'était ce qu'il voulait, évidemment. Sans Père, notre pièce n'avait pas de héros et dès qu'il était absent nous jouions nos rôles sans but ni compréhension. notre texte nous échappait , nous nous placions mal sur scène, nous confondions les amis et les ennemis, perdions de vue ce que nous souhaitions atteindre et ce qui y faisait obstacle. Sans le Vieux, la tragédie tournait vite à la farce.
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  • Par sentinelle, le 08 juillet 2008

    Je connaissais la probable histoire de viol que la jeune femme en face de moi ne nous disait pas, qu’elle n’avait peut-être même pas avouée à son pauvre mari. Depuis plusieurs années, c’était une histoire que j’avais entendue raconter sous de nombreuses formes aussi horribles les unes que les autres, et je n’avais aucune raison de croire que seule cette jeune femme n’avait pas ainsi été forcée à satisfaire les désirs sexuels de son propriétaire. Et donc, bravant la mort, c’était plus pour sauver son mari que sa propre personne déjà violée qu’elle avait fui son propriétaire. Son propriétaire ! Après l’avoir entendu prononcer depuis tant d’années, ce mot avait encore le pouvoir de me scandaliser et de me faire horreur. Un être humain pouvait donc être propriétaire d’un autre être humain et il pouvait se servir de cette personne à sa guise, la vendre s’il le souhaitait, comme s’il ne s’agissait que d’un vêtement dont il ne voulait plus. Et il possédait également le mari de cette personne : cette réalité, à elle seule, faisait de leur vœu de mariage, leur vœu de se donner l’un à l’autre, une plaisanterie sinistre, une chimère cruelle et écoeurante.
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    Pendant de nombreuses années, la vie du Vieux avait été cruellement divisée entre ses actions contre l’esclavage et ses responsabilités de père et de mari. Malgré ses efforts incessants, parfois furieux et chaotiques, pour venir à bout de cette division, Père donnait souvent l’impression de vouloir mener l’existence de deux hommes distincts : l’un était un abolitionniste incendiaire, une personnalité publique dont les actions les plus satisfaisantes et les plus importantes étaient nécessairement accomplies en secret ; l’autre était un bon père de famille et un mari très chrétien, une personne privée dont les gestes les plus satisfaisant et les plus importants se déroulaient dans la sécurité et le confort visibles de son entourage familial. C’était un homme qui avait lié sa vie à un vœu, celui de libérer complètement et pour toujours les Nègres de l’esclavage ;
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    Venez ici dès que possible, mes garçons, et venez armés car il nous faut arracher quelques pauvres créatures de la gueule de Satan avant qu’il ne les dévore ! Une démonstration en règle de force chrétienne et de notre volonté sans faille de faire pleuvoir le feu sur la tête des malfaiteurs et des hypocrites de notre région devrait clarifier les choses. En tout cas, ce devrait être suffisant pour que nous puissions poursuivre l’œuvre de Dieu et contribuer à la chute de l’esclavage en le rendant trop coûteux à maintenir contre les volontés conjuguées de chrétiens blancs et d’esclaves courageux, prêts à tout. Venez tout de suite ici à North Elba, mes fils ! Venez et soyez avec nous de vrais Soldats du Seigneur, droits et courageux ! Votre père qui vous aime,

    JOHN BROWN
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    Le jour même où il a sacrifié le meilleur de ses fils sur l’autel en pierre de ses croyances, Père s’est métamorphosé en quelques heures, et de son état d’homme mortel - certes extraordinaire et illustre mais homme quand même - il est passé à celui de héros nimbé de lumière. Peu importe qu’ils aient aimé sa façon d’agir, qu’ils aient admiré son courage ou qu’ils aient cru en sa parole : les Américains, à partir de ce moment-là, l’ont considéré comme plus qu’un homme et comme autre chose qu’un homme.
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