> Pierre Furlan (Traducteur)

ISBN : 2742773932
Éditeur : Actes Sud (2008)


Note moyenne : 3.27/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par NadinePestourie, le 19 août 2008

    NadinePestourie
    Je viens de passer un jour et presque une nuit en compagnie de Russell Bank. Pas lui personnellement, non. Mais j'ai eu du mal à refermer son dernier roman, publié ce printemps chez Actes Sud, La Réserve, dans une traduction élégante de Pierre Furlan - pour moi, une traduction réussie est tout simplement invisible. Un roman de la catégorie "coeur qui cogne", intense de la première à la dernière ligne.
    L'action se déroule en juillet 1936 dans les Adirondacks, à la Tamarack Wilderness Reserve, seize mille hectares protégés où de riches notables new-yorkais viennent luxueusement renouer avec une nature riche de promesses viriles, sans renier les plaisirs mondains que permet l'entre-soi. Des personnages que la vie a gâtés et qui transforment en quelques jours leur vie en drame, en catastrophe avec décor idyllique en toile de fond. Tout se brise, le mensonge et la folie gagnent, et les dégâts sont irréparables.
    Russell Banks a un talent tout particulier pour camper ses personnages, comme Vanessa, ensorceleuse troublante et habitée par des secrets confus : "C'était presque le silence, là, sur la rive : un vent léger traversait les pins, des vaguelettes venaient lécher les rochers aux pieds de Vanessa, et elle pouvait entendre ses pensées avec netteté, car elles étaient froides et lui parvenaient non pas sous forme de sentiments, mais sous forme de mots et de phrases, comme si elle récitait en silence une liste ou une recette qu'elle aurait apprise par coeur bien des années auparavant. Je ne suis pas heureuse, se disait-elle, pas du tout, et elle regrettait de ne pas être restée à Manhattan." (p. 16) Ou encore ici, où se mêlent un personnage et une époque : "Vanessa suivit le passage jusqu'à la porte sans fenêtre de l'atelier et s'arrêta. Une odeur de thym sauvage parfumait l'air. Derrière le bruit de la pluie qui tombait avec force, elle perçut de la musique : Ethel Waters, chanteuse noire sexy dont elle reconnut la voix plaintive pour l'avoir souvent écoutée dans des boîtes du nord de New York pendant la prohibition. Son ex-mari, le comte qu'elle aimait appeler conte Sans Compte, était un fan de musique nègre et de gin de contrebande ; comme l'était Vanessa à cette époque-là. Elle associait son divorce, trois ans auparavant, avec la fin de la prohibition et des nuits à Harlem, mais aussi avec le début de sa passion pour le swing et son goût naissant pour le champagne." (p. 91-92)
    La complexité des personnages est parfois à la limite du burlesque : "Jordan entrait en compétition avec tous les hommes qu'il rencontrait, que ce soit pour un bras de fer, pour des questions d'art, de politique, d'argent, ou pour attirer l'attention des femmes, mais il ne semblait jaloux d'aucun d'entre eux. La jalousie n'était pas éloignée de l'envie, cependant, et Alicia savait que son mari enviait certains hommes. Mais en tant que types généraux plus qu'en tant qu'individus. C'est là que peut résider, se disait-elle, la différence entre les deux émotions : on se sens jaloux d'individus mais on envie certains types d'homme. Et elle savait, comme seule une épouse peut le savoir, que ce n'étaient pas les riches que son mari enviait secrètement, pas les hommes tels que John Dos Passos, mais les pauvres. Surtout les pauvres de la classe ouvrière, hommes ou femmes, qui vivaient dans son village. Son mari aurait souhaité pouvoir être le célèbre artiste Jordan Groves mais aussi l'un d'entre eux, l'un de ceux qu'il percevait comme les opprimés, les victimes que foulaient aux pieds les riches et les puissants. Et il ne s'agissait pas seulement des pauvres chômeurs blancs et américains de son village, mais aussi des Esquimaux chez lesquels il avait vécu au Groenland pendant des mois, des Inuits d'Alaska, des ouvriers agricoles noirs qu'il avait dessinés et peints en Louisiane, des coupeurs de canne cubains, des Indiens dans les mines d'argent des Andes, et tout récemment des paysans et des ouvriers qui se battaient en Espagne contre les fascistes. Il voulait être l'un d'entre eux. Il les enviait d'être sans pouvoir. Cette absence de pouvoir était pour lui le signe d'une innocence à laquelle il avait renoncé depuis longtemps, depuis le moment où, de retour de la guerre, il avait refusé de travailler aux côtés de son père charpentier, abandonné son épouse de guerre et s'en était allé vers l'est, à New York, pour devenir artiste." (p. 294-295)
    Comme un plaisir de lecture en appelle d'autres, j'ai bien envie de le relire, en version originale cette fois-ci. Il me reste aussi d'autres Russell Banks à lire : L'Ange sur le toit, Pourfendeur de nuages, Continents à la dérive et quelques autres, tous publiés chez Actes Sud.
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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 23 juillet 2011

    Malaura
    1936. Dans le cadre majestueux des Adirondacks, une réserve naturelle préservée aux seuls bénéfices de riches new-yorkais, le célèbre peintre Jordan Groves, invité à une petite fête donnée par un éminent neurochirurgien, rencontre la fille de ce dernier, la troublante et énigmatique Vanessa Cole.
    La beauté sulfureuse, l'aura de mystère et d'indécence qui émane de la jeune femme, ne tardent pas dérouter l'artiste.
    Bien que rejetant ce monde de privilégiés auquel elle appartient, le peintre «gauchisant », marié et père de deux enfants, se sent irrésistiblement attiré par celle dont les tumultes sentimentaux et les excès en tout genre font régulièrement la Une des journaux à scandale.
    Les déboires matrimoniaux de Jordan et la mort prématurée du père de Vanessa vont bientôt précipiter leurs existences dans les tourments du doute, de la folie et du mensonge tandis qu'en écho à leurs univers vacillants, résonnent de part le monde les premiers coups de tonnerre annonçant la Seconde Guerre.
    Il y a du Fitzgerald dans ce beau roman, il y a de l'Hemingway, il y a cette influence des grands auteurs américains qui ont marqué l'Entre-Deux Guerre et dont Russell Banks peut se flatter d'être le digne héritier.
    Il fallait tout le talent de l'auteur d' « American Darling » et de « Pourfendeur de Nuages »pour réussir à envoûter son lecteur tout en mettant en scène des personnages, comblant par la fascination qu'ils inspirent leur manque manifeste de sympathie.
    Vanessa Cole, sorte de Zelda Fitzgerald névrosée et hautaine, pathétique
    « pauvre » petite fille riche, et Jordan Groves, artiste imbu de lui-même, égocentrique et macho, petit Hemingway séducteur et vaniteux ; et malgré tout, la magie opère irrésistiblement…
    Et là, dans l'environnement imposant de La Réserve, où règnent en majesté les forêts et les lacs, l'humaine tragédie va se jouer, irrémédiablement, les destins se croiser, les vies se faire et se défaire dans la beauté ensorcelante des grands espaces.
    Là aussi, la splendeur de la nature renforce encore la petitesse des hommes, la dérisoire comédie humaine.
    Et ces vies qui basculent sont à l'image même de ce monde qui sombre, la déroute de ces existences, le signal du déséquilibre mondial dans l'imminence de la guerre.
    Et puis, figée dans l'éternité, à la fois témoin et rempart de la folie des hommes, La Réserve des Adirondacks, nature sauvage et grandiose, qui affiche sa beauté immuable et sacrée…
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par sentinelle, le 27 novembre 2009

    sentinelle
    Le choix géographique de ce récit que sont les Adirondacks joue un rôle central dans ce roman : non seulement Russell Banks connaît très bien cette région (il y vit depuis plus de vingt ans) mais il arrive à transformer cet immense espace naturel américain à la nature préservée et retirée du monde en un huit clos étouffant dans lequel se jouera le drame. Autant vous le dire tout de suite, les Adirondacks constituent la bonne surprise de ce roman car malheureusement l'auteur tombe dans pas mal de chausse-trappes pour le reste …
    L'histoire quant à elle se déroule fin des années 1930, époque de la montée du fascisme en Europe et du début de la guerre républicaine en Espagne, alors que l'Amérique des nantis profitent dans l'insouciance et l'opulence des joies de la vie. Car s'ils ont miraculeusement échappé aux affres de la grande dépression, il n'en sera pas de même pour une grande majorité de la population, obligés dorénavant de vivre à leurs crochets en tant qu'employés ou subalternes. Ce contexte historique permet à l'auteur d'alterner les chapitres, ceux consacrés aux événements qui se dérouleront dans les Adirondacks et ceux se passant en Europe, quelques mois plus tard. J'ai trouvé cette alternance de chapitres assez superficielle et inutile : si les chapitres « américains » sont bien développés, les chapitres « européens » sont tellement pauvres et inconsistants qu'ils n'apportent rien, si ce n'est dévoiler en quelques mots ce qu'adviendront les personnages principaux.
    Car contrairement à ce que nous avait habitué Russell Banks auparavant, il s'intéresse cette fois-ci moins au contexte historique et politique qu'à l'évolution de ses personnages. Reste l'analyse des classes sociales d'une société ou d'un microcosme, toujours très présente dans ses oeuvres.
    Parmi les personnages principaux, il y a notamment Jordan Groves, un artiste de gauche marié et père de deux enfants, issu d'une famille modeste et aujourd'hui célèbre et fortuné, aventurier à ses heures et homme aux multiples conquêtes féminines. Cet homme est intéressant dans la mesure où il vit sans cesse dans la contradiction : pétri de sympathies politiques socialistes, il enrage de devoir sa notoriété et son confort de vie à ses clients fortunés, rendant leurs relations souvent conflictuelles et des plus ambiguës, ce qui ne l'empêche pas de tomber sous le charme vénéneux de la riche héritière new-yorkaise Vanessa Cole, fille d'un de ses riches clients et femme à scandales qui fait les gros titres des tabloïd américain de par ses frasques et ses divorces multiples. Il y a aussi d'autres personnages, dont la très belle Alicia, femme délaissée de Jordan Groves qui prendra pour amant un guide de La Réserve. Notez que Vanessa Cole m'a fait énormément penser à Zelda Fitzgerald, et on peut se demander dans quelle mesure l'auteur ne s'est pas inspiré de « Gatsby le magnifique » de Francis Scott Fitzgerald dans la description des personnages et le gouffre des différences sociales inconciliables, les contraires s'attirant mais ne se rencontrant jamais réellement.
    Enfin bref, on sent bien que cette histoire finira mal et conduira au drame, mais Russell Banks crée quand même la surprise en empruntant plusieurs chemins tortueux (et parfois peu crédibles) pour nous y mener. Malheureusement, on ne s'attache pas du tout aux personnages, aux postures souvent trop appuyées et empruntées, nous laissant au final assez indifférents quant à leur devenir.
    Cela n'en fait pas pour autant un mauvais roman, disons simplement que « La Réserve » est une œuvre mineure d'un des plus grands auteurs contemporains américains, ce qui est tout de même gage d'une certaine qualité. Mais si vous ne devez lire qu'un seul roman de cet auteur, lisez plutôt l'excellentissime « American Darling », un de mes plus grands coups de cœur de ces dernières années.


    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-la-reserve-de-russ..
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    • Livres 2.00/5
    Par wakinasimba, le 05 juin 2009

    wakinasimba
    Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "La réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur.
    Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains.
    Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents.
    Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté quand commence la troublante histoire.

    Mon avis :
    un peu long au démarrage, mais de belles descriptions de ces montagnes préservées.
    L'histoire d'amour-séduction entre les deux personnages reste un peu fade à mon goût...



    Lien : http://motamots.canalblog.com/archives/2009/05/27/13719440.html#comm..
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par JPB, le 09 décembre 2010

    JPB
    Dans la ligne traditionnelle de nombreux écrivains américains, Russel BANKS décrit certaines facettes de l'Amérique avec brio, d'autant que l'intrigue est des plus intéressantes. A l'instar de Jim HARRISON, il est particulièrement efficace pour planter les personnages dans un décor de film américain Ca se lit sans difficulté aucune, c'est plaisant et intéressant. du bon roman.
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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 13 septembre 2010

    Vanessa pouvait à présent entendre avec netteté et régularité le bruit de l'avion. Bien qu'elle ne fût pas en mesure de le voir, elle savait qu'il venait du nord, qu'il volait bas, qu'il remontait la rivière Tamarack jusqu'au Premier Lac et qu'il arriverait jusqu'à la source, ici, au Second Lac. Soudain l'appareil surgit dans le ciel, au nord, juste au-dessus de la noire silhouette d'une rangée d'épicéas. Il s'élevait rapidement au-dessus de l'eau en exposant son ventre luisant au soleil couchant comme si le pilote avait décidé d'embrasser du regard le lac tout entier avec les montagnes qui l'entouraient et le ciel de plus en plus sombre. Puis elle entendit le moteur ralentir. L'avion, un biplan gris pâle bordé de rouge vif, à double cockpit ouvert - dans celui de devant, un pilote avec des lunettes d'aviateur mais sans casque, et personne dans le deuxième -, ralentit, parut presque s'arrêter en vol pour planer, puis vira sur l'aile en direction de l'ouest et du mur montagneux qui plongeait tout droit dans l'eau miroitante.
    C'était un hydravion muni de deux gros flotteurs, et Vanessa eut l'impression d'avoir sous les yeux un homme qui allait délibérément écraser son appareil contre la paroi verticale en granit gris de trois cents mètres de hauteur. Oubliant ses pensées froides, elle fut presque prise d'excitation car elle n'avait encore jamais vu quelqu'un se tuer et ne s'était pas rendu compte qu'elle en avait toujours eu un tout petit peu envie - ce qui l'étonna. Le pilote semblait sur le point de fracasser son avion contre la paroi de pierre de la montagne quand, à moins de cent mètres du mur, il vira fortement à gauche, ramena les ailes en position horizontale, réduisit la vitesse du moteur jusqu'à l'arrêt ou presque et descendit rapidement vers le plan d'eau.
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  • Par NadinePestourie, le 19 août 2008

    Les pensées d'Alicia - comme les siennes, d'ailleurs - étaient en train de vieillir à vive allure. Quelque chose d'important allait leur tomber dessus. Quelque chose qu'ils ne souhaitaient pas, qu'ils n'avaient pas cherché, se rapprochait d'eux en silence. Quelque chose qu'ils ne pourraient pas éviter. Ils ne savaient pas ce que c'était, mais ils savaient l'un comme l'autre que ça allait arriver.
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  • Par Anncy, le 22 juin 2011

    On commence à écrire de la fiction, on commence à raconter des histoires, pour essayer d'atteindre ce qui est la vérité de l'existence humaine
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Vidéo de Russell Banks

Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Russell Banks Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.








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