Pinocchio
« Je suis un farceur qui promet toujours de s'amender et qui, jamais, ne tient parole ! »
Publiées en feuilleton à partir de 1881 dans un journal pour enfants puis en 1883 en volumes, «
Les aventures de pinocchio » méritent d'être redécouvertes ou même pour ma part, découvertes pour elles-mêmes et non seulement pour leurs avatars plus récents (bien que j'avoue être une grande fan de tous les Disney en règle générale...). Il s'agit d'un récit dynamique et riche en rebondissements, du fait même de sa parution en feuilleton ; de cette première édition, l'œuvre finale a conservé la brièveté des chapitres en même temps que la densité de l'action. Les dialogues qui prennent quasiment le pas sur la part narrative en rendent la lecture rapide et rythmée. Cependant, pour ne pas gâcher l'effet de surprise, je vous conseille de ne pas lire le résumé présent en tête de chapitre...
Au début de l'histoire, Maître Cerise le menuisier découvre un bout de bois qui rit et pleure comme un enfant. Il le donne à son ami Gepetto qui se met à le sculpter. Ainsi naît la facétieuse marionnette, qui, à peine créée, inaugure une longue série de bêtises qui vont l'entraîner très loin, pour retrouver son « papa » et regagner l'estime de la Fée qu'il rencontre au cours de ses pérégrinations.
J'ai aimé retrouver dans cette histoire des éléments appartenant à l'univers du conte et des légendes : le pantin (ou la statue) qui s'anime me rappelle le mythe de Pygmalion et Galatée, les animaux qui parlent (le renard, le chat, le pigeon, le dauphin, le thon...) rappellent le monde des
Fables (le renard et le chat se montrent aussi rusés et malveillants que dans
Les Fables de
La Fontaine), la présence de la fée aux cheveux « bleu-nuit », le carrosse merveilleux aussi délicieux que la maison de pain d'épices d'Hansel et Gretel :
« Peu de temps après, on vit sortir de l'écurie un joli petit carrosse bleu-ciel, entièrement capitonné de plumes de canaris et, à l'intérieur, matelassé avec de la crème fouettée et des biscuits à la cuiller. le carrosse était tiré par un attelage de deux cents petites souris blanches. Assis sur le siège du cocher, le Caniche faisait claquer son fouet, tel un postillon ayant peur d'être en retard. »
La bonne action récompensée -
Pinocchio sauve le chien Alidor qui, à son tour, lui porte secours alors qu'il est sur le point d'être frit par un pêcheur vert -, la quête du petit personnage nous montrent également que nous sommes dans le monde des contes de fées. Enfin, la métamorphose en âne rappelle celle de Lucius, dans l'Ane d'or, transformé parce qu'il était trop curieux et insouciant.
Mais
Pinocchio évolue dans un univers également loufoque : il rencontre par exemple un pêcheur entièrement vert et découvre que la femme de chambre de sa bonne fée est une limace qui est supposée ouvrir la porte aux visiteurs mais à qui il faut neuf heures pour descendre jusqu'au rez-de-chaussée. J'ai apprécié la géographie fantaisiste : le pays d'Attrape-Nigauds, le pays des jouets, emblématiques des écueils qui nous attendent dans la vie si l'on n'y prend garde (crédulité, argent facile, insouciance).
Une portée symbolique ? le parcours de
Pinocchio rappelle celui des héros de conte de fées qui sortent fortifiés de leurs épreuves et gagnent une nouvelle place dans le monde.
Pinocchio, qui ne devient petit garçon qu'à la fin de l'histoire, comme chacun sait, se comporte pourtant comme tel depuis le début, faisant souffrir son « père » et la bonne fée qui se veut tantôt sa grande sœur, tantôt sa maman et qui lui fait payer ses bêtises avec une extrême cruauté en lui faisant croire qu'elle est morte... Enfin il se montre sensible au sort des autres et leur vient en aide de son mieux, preuve que tous ses malheurs l'ont fait « grandir ».
En résumé, une lecture agréable que je conseille à tous, petits et grands !