Voilà, ça c'est fait !
…
Comment-ça, il faut que je développe un peu plus ?
Bon, ben c'est parti ( en fait je fait trainer la rédaction de ce billet depuis une semaine, ne sachant pas trop par où commencer…) :
Ce livre traine dans ma PAL depuis plusieurs années. Et je crois qu'il faut vous raconter son histoire pour comprendre ce qu'a été ma lecture de cet ouvrage. Début 2005, entre deux cours, je dévore le très polémique Da Vinci Code. Ma prof' de grecque en le découvrant, s'offusque littéralement que je puisse lire un tel torchon et blabla bla bla. Si je tiens à lire un bon roman dans le même style, que je me plonge donc dans
Le Nom de la rose, d'
Umberto Eco. J'avais déjà entendu parler de cet ouvrage, et j'en note le titre dans un coin. Alors sincèrement, après avoir lu les deux, je pense pouvoir affirmer sans aucun doute, que ma prof', elle, avait fait l'impasse sur l'un des deux, parce que je ne vois absolument pas comment l'ont peut comparer ces deux ouvrages ! Bref, quelques temps plus tard, je trouve ledit livre chez un bouquiniste et l'achète en toute confiance, sans même l'ouvrir. Puis je tente la lecture…et abandonne au bout de même pas 10 pages, incapable de dépasser le prologue et vraiment pas l'envie de me forcer sur un ouvrage aussi long. Depuis, j'ai réessayé plusieurs fois, sans beaucoup plus de succès, ne dépassant jamais la cinquantaine de pages lues… Et puis récemment, j'ai été prise d'une envie subite de retenter cette lecture pour de bon, histoire de me débarrasser une bonne fois pour tout de ce livre, et de pouvoir le compter au palmarès de mon challenge Livraddict. Voilà donc qui est fait. Je vais donc pouvoir vous livrer mon avis sur ce livre. Mais comme vous l'avez déjà compris, je ne suis pas franchement enthousiaste face à ce livre pourtant encensé par la critique.
Pourtant, un certain nombre d'aspects m'ont plu. Par exemple j'ai beaucoup apprécié cette ambiance de huis clos au sein du monastère, son climat hostile aussi bien du côté des protagonistes que de la météo. Sans jamais être angoissant c'est oppressant, on a l'impression qu'on ne pourra jamais sortir, que la lumière ne sera jamais faite. On avance, de mort en mort en sachant par avance ce qui nous attend sans pouvoir y échapper et sans jamais vraiment savoir sur qui ça va tomber.
J'ai également beaucoup aimé l'énigme du labyrinthe qui constitue la bibliothèque et sa résolution ; d'ailleurs j'ai de façon générale aimé tout ce qui avait trait à la bibliothèque, sa description, les réflexions du narrateur sur les livres… Certains passages m'ont même vraiment plu. En particulier, le « dernier feuillet ».
Quant à l'intrigue policière, elle n'est pas vraiment haletant comme le promet la quatrième de couverture, et l'on se doute très rapidement de la clé du mystère mais finalement ce n'est pas grave ; au contraire c'est même plutôt agréable de suivre le cheminement de la pensée de Guillaume de Baskerville et d'Adso, ainsi que le rythme, donné par les têtes de chapitres, de ces longues journées rythmées par la prière. Ajoutons à cela les quelques plans glissés par l'auteur ainsi que les longues descriptions des lieux et cela ne fait plus aucun doute, on est au monastère, parmi les moines.
Notons tout de même un final spectaculaire, que je ne révèlerai pas ici mais qui, en tant que grande amoureuse des livres, m'a « traumatisée ».
Enfin les personnages sont intéressants dans leur diversité, j'ai particulièrement aimé, outre nos deux personnages principaux, le botaniste et j'aurais aimé passer plus de temps en sa compagnie. J'ai également beaucoup aimé découvrir cette histoire sous la plume d'Adso, qui nous relat les faits tels qu'il s'en souvient plusieurs années après. Ses émotions sont encore vives et bien transmises au lecteur, et pourtant il conserve une rigueur et une méthode dans son récit fort appréciable pour ne pas se perdre au milieu de tous les détails relatés.
Mais malgré cela, plusieurs choses m'ont profondément déplu dans ma lecture au point de me décourager parfois et de me faire pousser un soupir de soulagement une fois le livre refermé.
Tout d'abord le style, profondément « imbuvable » par moments. Bien sûr je ne peux juger que la traduction mais tout de même. Et sur ce point j'ai plusieurs reproches à faire.
Tout d'abord l'emploi récurrent de longues citations latines sans aucune note de traduction. Mes six années de latin m'ont permis d'en comprendre en gros le sens, mais c'était très désagréable de buter sans cesse sur ces passages. En outre, tout le monde n'a pas étudié le latin, donc je pense que si je m'étais trouvée dans cette situation, j'aurais directement zappé ces passages. Ce qui dommage car leur contenu apporte indéniablement un intérêt à l'ouvrage. J'ai eu l'impression, tout au long de cette lecture, d'un certain snobisme allant jusqu'au mépris de la part de l'auteur face au lecteur n'ayant pas les mêmes connaissances que lui.
Cette impression a été renforcée par l'emploi d'un vocabulaire et d'une syntaxe très alambiqués, voulant se donner un petit côté médiéval, et avec parfois des phrases courant sur plusieurs pages. le résultat final est quelque chose de lourd, surfait et incohérent vu que ce style n'est pas employé en continu.
Je me répète, mais j'ai vraiment eu l'impression que monsieur Eco prenait le lecteur de haut, n'hésitant pas à laisser sur le bord du chemin celui qui n'arrive pas à suivre. Et je trouve très désagréable ce sentiment d'être méprisé par un auteur ; j'avais franchement parfois envie de lui renvoyer son livre au visage.
Le deuxième gros reproche que j'ai à faire à ce livre réside dans la description du Moyen-Age qui nous est faite et qui finalement est le point principal de cet ouvrage, puisqu'on assiste à une véritable chronique de la vie quotidienne et des luttes de pouvoir de l'époque. Eh bien j'ai trouvé cette description pleine de clichés. le Moyen-Age est ici décrit comme une époque à la culture totalement arriérée, misérable, totalement obscurantiste et refusant tout progrès. Et à l' opposé Guillaume de Baskerville tient des propos beaucoup trop actuels, totalement anachroniques.
Dernier reproche, que je fais à ce livre c'est la description qui est donnée de l'Eglise catholique. D'ailleurs, en cela, ce livre est plutôt d'actualité… Je sais bien que tout n'était pas très clean à l'époque, qu'il y a clairement eu des abus de pouvoirs, que tous les religieux ne l'étaient pas par vocation… Mais là on assiste à une description d'une chrétienté pourrie jusqu'au cœur par tous les vices imaginables. Et juste, quelle que soit la position du lecteur par rapport au catholicisme, un tel acharnement devient vite lassant. C'est vil, méchant, lourd, répétitif et gratuit. Au bout d'un moment, cela n'apporte même rien de plus à l'histoire. Trop c'est trop. L'ouvrage en perd même en crédibilité sur le plan historique.
Bref, un bilan très mitigé, pour un ouvrage que je n'ai finalement pas détesté, mais disons juste que je n'y ai pas vu le « chef d'œuvre » souvent décrit. J'ai vécu la fin de ma lecture comme un véritable soulagement, bien qu'elle n'ait pas été si « douloureuse » que cela. Pour finir, je crois que c'est un monument
De la littérature, à connaitre, malgré ces défauts que j'ai relevés. Mais attention, il s'agit d'une lecture exigeante, donc prévoyez pas mal de temps, et un bon état d'esprit avant d'entamer ce livre. Même si l'on accroche, on ne peut progresser rapidement et il faut une bonne dose de patience pour lire et digérer cet ouvrage. On peut, en effet difficilement en lire de longues portions d'une seule traite tant il est dense en informations et réflexions à mener. A vrai dire, tellement riche, que malgré ce long billet, j'ai l'impression d'avoir encore 10 000 choses à dire sur cet ouvrage.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2010/06/09/ecco-umberto-le-nom..