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> Jean-Noël Schifano (Traducteur)

ISBN : 2253033138
Éditeur : Le Livre de Poche (2002)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.31/5 (sur 1419 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
An de grâce 1327, la chrétienté est en crise. L'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine du Sud de la France pour participer à une rencontre entre franciscains prônant la pauvreté du Christ et partisans d'un pape amateur de richesses. ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 03 mars 2013

    Nastasia-B
    le nom de la rose regroupe à lui seul presque tous les marqueurs qui révèlent selon moi les plus grandes réussites De la littérature, toutes époques confondues.
    Tout d'abord, il me faut applaudir bruyamment cette trame narrative (ce que j'appelle pour faire simple le scénario), qui est tout bonnement exceptionnelle.
    Umberto Eco se permet non seulement d'écrire l'un des plus grands chefs-d'œuvre de tous les temps, mais en plus de s'adonner à un genre que certains considèrent comme " mineur " De la littérature, à savoir le polar, prouvant ainsi tout le contraire, s'il en était besoin. (L'auteur est, à cet égard, un digne compatriote du grand Sergio Leone qui lui aussi a su faire son renom au cinéma en signant des films majeurs appartenant pourtant au genre réputé " mineur " qu'est le western.)
    Mais s'il n'avait été que la difficulté déjà grande de relever un tel défi, Umberto Eco se serait presque ennuyé donc, il n'a rien trouvé de mieux que de faire un polar, certes, mais un polar médiéval, ce qui n'est pas rien.
    Et comme si tout cela ne suffisait pas, pour corser encore un peu plus la difficulté, il plante son histoire en plein dans le ventre de l'obscurantisme religieux et doctrinal, à l'époque des grandes hérésies et des plus " belles " heures de l'inquisition, du temps des papes avignonais.
    Mais attendez la suite, vous n'avez encore rien vu. l'ouvrage étant déjà tellement improbable qu'il est sûrement bon de rajouter en plus une ou deux petites gageures par-ci par-là, comme par exemple faire des inclusions d'ordre philosophique sur le rôle du livre ou du rire, de disserter sur le savoir, le fanatisme, la tolérance, sur la révolte des classes populaires, sur l'idée même de bibliothèque et sa fonction à l'échelle de l'humanité, sur les liens troubles qui existent entre Pouvoir, Possession et Savoir, et probablement mille autres encore qui m'auront échappé.
    Le style d'Umberto Eco est toujours finement ciselé, docte et jamais dénué d'humour. Sans compter qu'il est truffé de clins d'œil et d'appels du pied soit à des héros de fiction comme Sherlock Holmes (Guillaume de Baskerville) et son fidèle Watson (qu'on retrouve dans le sonorité de " Adso ") ou bien aussi à des auteurs ayant existé, au premier rang desquels Jorge Luis Borges, qui était au naturel à la fois bibliothécaire et aveugle et qui a donné naissance à un très vénérable moine, amoureux fou de sa bibliothèque (tiens, tiens) et aveugle au demeurant (là, ça me dit quelque chose) et qui se nomme dans le roman Jorge de Burgos.
    Deux mots du synopsis désormais : Guillaume de Baskerville, moine franciscain anglais, est mandaté par l'empereur du Saint Empire Romain Germanique pour négocier avec des émissaires du pape avignonais, farouche ennemi de l'empereur, dans le terrain neutre constitué par une abbaye bénédictine des Alpes, non loin de Nice, mais côté italien.
    Cette abbaye renferme la plus grande bibliothèque de toute la chrétienté et est le creuset où sédimente le savoir universel depuis des siècles.
    Les franciscains prêchent que le Christ était pauvre et ne possédait rien, ce en quoi ils veulent l'imiter. Cette posture intéresse l'empereur car en pareil cas, tous les biens matériels lui échoient à lui, directement ou indirectement.
    La pape, quant à lui, prêche que rien dans les écritures ne s'oppose aux possessions matérielles au bénéfice du clergé et même lui, personnellement, est assez intéressé par elles. Tout l'enjeu de la conférence sera donc de trancher si oui ou non le Christ était pauvre et si ceux qui se réclament de lui doivent l'être également.
    Cependant, tout serait décidément trop simple si, au moment même de l'arrivée de Guillaume de Baskerville et d'Adso à l'abbaye, un moine n'avait été retrouvé mort dans des circonstances plus que douteuses. Et ceci ne serait encore rien si, jour après jour, d'autres moines ne trouvaient la mort dans des conditions chaque fois plus mystérieuses et troublantes.
    Oui, vous avez deviné, le fin limier Guillaume de Baskerville (magnifiquement campé par Sean Connery dans l'admirable adaptation à l'écran de Jean-Jacques Annaud) va devoir enquêter sur ces morts énigmatiques.
    Complots, rancœurs, luttes d'influence, énigmes, pièges politiques, coups de théâtre, tout y est.
    Je lance un très grand coup de chapeau à Umberto Eco pour la maestria, l'envergure et le rythme avec lequel il mène son roman de bout en bout. du très, très grand art.
    J'aurais juste deux petits minuscules griefs malgré tout à adresser qui m'ont un peu dérangée à la lecture. Premièrement, la surabondance de citations en latin, voire en allemand, non traduites dans mon édition, ce qui est parfois gênant car on n'est pas obligé d'être latiniste ou germanophone pour pouvoir jouir d'un bon roman (Mesdames et Messieurs les éditeurs, de petites notes en bas de pages seraient peut-être les bienvenues).
    Deuxièmement, l'auteur s'est lâché, à deux ou trois reprises, dans des énumérations un tantinet barbantes à mon goût (description du portail de l'église, rêve d'Adso, par exemple).
    Hormis cela, grand plaisir, grande jubilation, grand bonheur à la lecture que je ne peux que vous recommander vivement, bien que ces menues considérations ne soient que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
    P. S. : Chers amis Babeliens, je ne vous surprendrai probablement pas en affirmant qu'au-delà du clin d'œil au personnage de Borges, le texte lui-même, d'une part lors d'une Discussion entre Guillaume et Adso, d'autre part par la parabole globale contenue dans ce roman, le texte disais-je fait largement écho à la thèse défendue par Borges dans l'une des nouvelles constitutives du recueil " Fictions ", à savoir, celle intitulée (ça ne s'invente pas sur un tel site) La bibliothèque de Babel.
    Dans cette nouvelle, Borges soutient qu'à l'échelle des siècles, la disparition des livres (autodafés, pertes accidentelles, auteurs censurés ou tombés dans l'oubli) n'est pas un problème car les livres s'influencent les uns les autres, dans une sorte de transmission héréditaire et que donc, même si les parents disparaissent, les enfants, les petit-enfants, les arrière-petit-enfants possèdent en leur sein, certes sous forme diluée, mais tout de même, l'essence de ce qui était contenu dans ces livres perdus et que d'ailleurs, s'ils étaient encore présents, leur impact sur ces descendants ne serait probablement pas plus important de tout façon.
    Bien sûr, à l'échelle de quelques années, ces pertes se font sentir, mais pas si l'on augmente dans le temps la fenêtre de perception de ces ouvrages.
    P. S. 2 : (Tentative d'éclaircissement du titre du roman)
    p. 300-301 : La vérité est que je " voyais " la jeune fille, je la voyais dans les ramures de l'arbre nu qui palpitaient, légères, quand un passereau transi volait y chercher refuge ; je la voyais dans les yeux des génisses qui sortaient de l'étable, et je l'entendais dans le bêlement des agneaux qui croisaient mon errance. C'était comme si toute la création me parlait d'elle, et je désirais, oui, la revoir, mais j'étais aussi prêt à accepter l'idée de ne la revoir plus jamais. (...) Chaque créature est presque écriture et miroir de la vie et de la mort, où la plus humble rose se fait glose de notre cheminement terrestre, comme si tout, en somme, ne me parlait de rien d'autre que du visage que j'avais malaisément entrevu dans les ombres odorantes des cuisines.
    p. 437 : de l'unique amour terrestre de ma vie je ne savais, et ne sus jamais, le nom.
    p. 535 : Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus. (qui peut se traduire comme : « La rose des origines n'existe plus que par son nom, et nous n'en conservons plus que des noms vides »)
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    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 09 mai 2012

    Malaura
    En ces temps troublés de l'An de grâce 1327, hérésie, Inquisition, pauvreté, vols et pillages défigurent l'Etat chrétien.
    Ex-inquisiteur, le moine franciscain Guillaume de Baskerville se rend en compagnie de son élève, le jeune bénédictin Adso de Melk, dans une abbaye du Sud du pays où doit se tenir une importante réunion entre les partisans du Christ pauvre, dont fait partie la confrérie franciscaine de Guillaume, et les fidèles zélateurs de la papauté revendiquant une église riche, représentés pour la circonstance par le Grand Inquisiteur Bernardo Gui.
    A leur arrivée sur les lieux, Guillaume et Adso sont témoins d'une agitation anormale au sein de la communauté bénédictine. En effet, un drame est survenu. le corps disloqué d'un jeune moine a été retrouvé au pied d'un des bâtiments de l'abbaye.
    Connaissant le caractère perspicace et fin psychologue de frère Guillaume, l'abbé supérieur Abbon, demande alors au moine franciscain de tenter de faire la lumière sur cette mort tragique. Pour les besoins de son enquête, Guillaume pourra aller et venir à sa guise au sein de l'abbaye ; seule la bibliothèque, renfermant des livres sacrés, lui sera interdite, à l'exception du scriptorium où travaillent les frères copistes et les enlumineurs.
    D'emblée, Guillaume se heurte au comportement mutique de certains frères. Mais d'autres décès viennent entacher la bonne réputation de l'abbaye ; un moine est retrouvé plongé dans une barrique de sang de porc ; l'autre, le corps dévêtu, flottant dans le sanatorium ; un autre encore, la tête écrasée…
    Guillaume relève de mystérieuses taches brunes au bout des doigts des victimes et ne tarde pas à se convaincre que c'est précisément au cœur de la gigantesque bibliothèque que réside la clef de l'énigme.
    La présence de l'inquisiteur Bernardo Gui, un être ambitieux et cruel au caractère intransigeant et fanatique, jette encore de l'huile sur le feu. Ce dernier organise à tour de bras des procès en hérésie et tente par tous les moyens de décrédibiliser Guillaume en s'immisçant dans l'enquête.
    Le moine franciscain devra user de toute sa psychologie, de son brillant esprit d'analyse et d'une grande témérité pour démêler les fils d'une enquête ténébreuse qui cristallise autour d'elle passion, folie et exaltation religieuse.
    Quelle fresque moyenâgeuse grandiose qu'Umberto Eco a écrit là ! Si la lecture de ce gros pavé demande concentration et réflexion, elle est aussi captivante, troublante et productive de bout en bout !
    L'auteur italien, dont c'était le premier roman en 1980, a joué sur de nombreux tableaux - historique, philosophique, policier, romanesque - pour construire cette imposante fiction, étourdissante de démesure et d'érudition.
    Tout est savamment orchestré pour nous plonger dans les remous d'un Moyen-âge saisissant de réalisme. L'ambiance y est trouble à souhait. Pauvreté du peuple, richesse du clergé, meurtres mystérieux, personnages aussi terrifiants qu'énigmatiques… le lecteur est frappé d'emblée par le climat sombre baignant les lieux.
    A côté d'une intrigue digne des meilleurs romans policiers, l'auteur médiéviste, latiniste, possédant une culture phénoménale, a su parfaitement intégrer à son récit les éléments historiques et religieux afin de bâtir un gigantesque monument de littérature.
    L'histoire, scandée par les divers offices religieux qui régissent l'abbaye, est racontée par le jeune narrateur Adso de Melk et se déroule sous le chiffre symbolique de sept jours. Si le mystère s'intensifie au fil des lignes, on y décèle peu à peu les nombreuses influences et les clins d'œil que l'auteur a disséminés au détour de pages fécondes en révélations et en libertés de réflexion.
    L'utilisation de certains noms fait ainsi partie des petits tours malicieux du magicien Eco : le fin limier Guillaume de Baskerville rappelle bien sûr l'œuvre de Conan Doyle « Les chiens de Baskerville », le moine franciscain endossant le rôle du génial enquêteur Sherlock Holmes, accompagné d'un Watson qui prend les traits du jeune disciple Adso de Melk.
    Le farouche gardien au savoir encyclopédique de la colossale bibliothèque se nomme quant à lui Jorge de Burgos…un hommage non déguisé à Jorge Luis Borges dont la fantastique érudition et les œuvres hallucinées ont pour beaucoup inspiré l'auteur dans la rédaction du roman.
    La bibliothèque, construite en un étourdissant labyrinthe, est elle-aussi directement inspirée d'une nouvelle du grand écrivain argentin, « La bibliothèque de Babel », tout comme les multiples références sur les œuvres sacrées (de la bible aux textes grecs ou musulmans…) et leur impact sur les consciences des individus.
    Cette bibliothèque, élément central du roman d'Eco, renferme tous les savoirs de l'humanité (notamment un ouvrage d'Aristote) dont la chrétienté ne tient pas à diffuser les secrets de vie qu'ils renferment.
    Entre volonté de conservation et désir de dissimulation, Umberto Eco nous offre une magistrale démonstration du pouvoir de l'écrit, menace effective pour tous les fanatismes religieux, mais néanmoins merveilleux moyen d'ouverture sur le monde et de transmission des connaissances.
    Si notre seul regret est de ne pas être suffisamment à la hauteur pour appréhender toutes les subtilités de l'œuvre protéiforme de l'italien, la fusion et la profusion des thèmes abordées dans des domaines riches et variés (spiritualité, philosophie, enquête, histoire, art, religion…) offrent une fructueuse lecture magnifiquement fertile, capable d'alimenter longtemps notre esprit de réflexion…
    Sous le couvert de l'intrigue policière, Umberto Eco a peint avec « le nom de la rose » une fresque majestueuse de l'époque médiévale doublée d'un formidable plaidoyer pour la tolérance, la liberté et la culture, dressé en rempart contre l'obscurantisme et le fanatisme.
    A noter, la superbe adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud, César du meilleur film étranger 1987, avec Sean Connery, Christian Slater, Michaël Lonsdale et le génial Ron Perlman dans le rôle de Salvatore.
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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 23 avril 2012

    LiliGalipette
    Un vieil homme raconte la terrible enquête qu'il a menée avec son maître des décennies auparavant. Alors qu'il était novice, Adso était le secrétaire de Guillaume de Baskerville, ancien inquisiteur. En 1327, les deux frères furent appelés dans une abbaye en Ligurie pour résoudre une mort étrange. Mais, rapidement, les morts se succèdent dans l'enceinte religieuse. Les suspects deviennent les victimes et tous les indices pointent vers la bibliothèque, lieu interdit aux hommes, territoire exclusif du vieux bibliothécaire aveugle, Jorge de Burgos.
    Pendant sept jours, Guillaume et Adso suivent les traces d'un criminel et mettent au jour toutes les luxures de l'abbaye. Ils se heurtent au silence buté et à l'austérité des moines. Entre passages secrets, mystères et labyrinthe, l'enquête progresse laborieusement. Comment sont morts les moines ? Pourquoi ? Que cherche-t-on à cacher dans l'immense bibliothèque ? Guillaume ne se décourage pas et il sait obtenir les réponses qu'il attend. « Ne me demande pas de te confesser. Ne clos pas mes lèvres en ouvrant les tiennes. Ce que je veux savoir de toi, tu me le diras d'une autre manière. Et si tu ne me le dis pas, je le découvrirai par moi-même. Demande-moi miséricorde, si tu veux, ne me demande pas le silence. Vous êtes trop nombreux à vous taire dans cette abbaye. » (p. 149)
    Guillaume de Baskerville est un fin observateur, il sait lire les codes et « les traces par lesquelles le monde nous parle comme un grand livre » (p. 36) et il use avec habileté d'une logique qu'il sait sans cesse remettre en question. Il ne néglige aucun indice et reste ouvert aux coïncidences. « Nous sommes ici en train de chercher à comprendre ce qui s'est passé entre des hommes qui vivent parmi les livres, avec les livres, des livres, et donc même les mots écrits dans les livres sont importants. » (p. 144) Un livre, plus que tous les autres, attise la convoitise des hommes depuis des siècles. Se pourrait-il qu'il se trouve dans cette abbaye et qu'il explique enfin le caractère licite du rire ? Pour trouver ce livre, il faut d'abord déchiffrer le secret de la bibliothèque et se tirer de son labyrinthe et de ses pièges. le lieu censé être ouvert à la connaissance et au partage du savoir se révèle être une place dangereuse, voire mortelle. « C'est une histoire de larcins et de vengeance entre moines de peu de vertu !, m'exclamai-je, plein de doute. / Autour d'un livre interdit, Adso, autour d'un livre interdit, répondit Guillaume. » (p. 496)
    Ce polar historique mêle meurtre et enquête avec histoire de la papauté et de la foi. On assiste à un procès mené par l'Inquisition : les hérésies ravagent le Royaume de Dieu et les inquisiteurs entendent y mettre bon ordre. Se déroulent alors des joutes rhétoriques sur les textes saints et antiques, sur la question de la vérité et de la vraie foi. C'est tout un pan de l'histoire chrétienne qui est présentée. Si certains passages sont un peu longs, l'ensemble reste très intéressant. Que les non latinistes prennent leur courage à deux mains : les citations latines qui foisonnent à chaque page ne sont pas traduites (pas dans mon édition en tout cas), ce qui fait perdre un peu du sens. Mais, globalement, le roman se lit très vite. L'enquête est finement menée en la personne de Guillaume de Baskerville. Adso, qui semble n'être qu'un faire-valoir, est en fait un des éléments majeurs de la résolution de l'énigme. le roman de la rose est un très bon roman policier et historique. Il ne me reste qu'à revoir le film qui met en scène Sean Connery et Christian Slater dans la peau des deux frères enquêteurs.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ode, le 24 octobre 2012

    Ode
    Il est rare de trouver une œuvre littéraire aussi aboutie que « Le Nom de la rose ». La saisissante adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud a certes contribué à son succès, mais alors que le film se concentre sur l'élucidation des crimes à l'abbaye, le propos du livre est beaucoup plus vaste. Il offre une passionnante réflexion théologique et philosophique qui m'en a appris un quintal sur les divers courants hérétiques et les manœuvres de l'inquisition.
    Que d'événements et de découvertes ont lieu en sept jours dans cette abbaye "située entre Provence et Ligurie, en l'an de grâce et de disgrâce 1327" ! Unité de temps, de lieu et d'action : Umberto Eco a donné à son roman la densité et le rythme d'une pièce classique, sous la forme d'un manuscrit divisé en sept chapitres, comme les sept jours de la création du monde et les sept péchés capitaux. Chaque chapitre est ponctué par la cloche qui, de matines à complies, règle les huit étapes de la journée monastique, mais aussi par la découverte d'un nouveau cadavre, dont la mise en scène est ciselée comme un travail d'orfèvre.
    Les aspects triviaux du Moyen Age et la noirceur des personnages sont une délectation pour les amateurs de romans historiques. Sans oublier l'humour des dialogues entre le moine franciscain Guillaume de Baskerville (on notera la référence à Sherlock Holmes) et son jeune disciple Adso de Melk, qui fait office de narrateur. Au fur et à mesure que l'improbable duo en robe de bure mène l'enquête et explore le labyrinthe qu'est la bibliothèque de l'abbaye - la plus vaste de la chrétienté - le lecteur, captivé, progresse sur la voie de la connaissance, à grand renfort de sentences latines, jusqu'au dénouement... flamboyant.
    Suspense, érudition, humour, luxure et cruauté : un chef d'œuvre à la mesure de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus vil comme de plus lumineux.
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    • Livres 5.00/5
    Par isabellelemest, le 03 janvier 2013

    isabellelemest
    Roman somme et polar bibliophile et médiéval où l'auteur déploie toute sa connaissance et son érudition de l'histoire des idées et des croyances au Moyen Âge pour mener l'enquête - aux arrières-plans philosophiques - à travers le personnage de Guillaume de Baskerville, l'enquêteur inspiré - dans un monastère bénédictin dédié à la conservation et à la copie des livres de l'Antiquité. Aristote a-t-il écrit un ouvrage sur la comédie ? le rire est-il permis ? Ce livre mystérieux à-t-il figuré dans la bibliothèque ? Pourquoi les moines meurent-ils tous , mystérieusement assassinés ? Les inquisiteurs s'intéressent à l'affaire qui a fait scandale dans l'Eglise, on brûle et torture quelques innocents. La question de la liberté de penser resté posée dans un monde médiéval à la riche culture mais qui n'en poursuit et extirpe pas moins l'hérésie comme le mal absolu. Un chef d'œuvre d'intelligence, de culture et d'ironie.
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 05 mai 2013

    (N. B. : voici une pénétrante réflexion sur le mal des banlieues à méditer par nos politiques.)
    - Je pense que l'erreur est de croire que d'abord vient l'hérésie, et ensuite les simples qui s'y donnent ( et s'y damnent). En vérité, vient d'abord la condition des simples, et ensuite l'hérésie. [...] Perdus comme ils le sont à se déchirer tout à tour, chiens et pasteurs n'ont plus cure du troupeau, dont une part est exclue.
    - Comment exclue ?
    - En marge. Les paysans ne sont pas des paysans, parce qu'ils n'ont pas de terre ou parce que celle qu'ils ont ne les nourrit pas. Les citadins ne sont pas des citadins, parce qu'ils n'appartiennent ni à un art ni à une autre corporation, ils sont le menu peuple, la proie de tous. Tu as vu parfois dans les campagnes des groupes de lépreux ? [...] Ils sont pour le peuple chrétien les autres, ceux qui se trouvent en marge du troupeau. Le troupeau les hait, eux haïssent le troupeau. Ils nous voudraient tous morts, tous lépreux comme eux. [...] Les lépreux exclus voudraient entraîner tout le monde dans leur ruine. Et ils deviendront d'autant plus méchants que tu les excluras davantage, et plus tu te les représentes comme une cour de lémures qui veulent ta ruine, plus ils seront exclus. Saint François le comprit parfaitement, et son choix premier fut d'aller vivre parmi les lépreux. Point ne change le peuple de Dieu si on ne réintègre dans son corps les émarginés.
    - Mais vous parliez d'autres exclus, ce ne sont pas les lépreux qui composent les mouvements hérétiques.
    - Le troupeau est comme une série de cercles concentriques, depuis les plus larges distances du troupeau jusqu'à sa périphérie immédiate. Les lépreux sont le signe de l'exclusion en général. [...] François voulait rappeler les exclus, prêts à la révolte, pour faire partie du peuple de Dieu. Pour recomposer le troupeau, il fallait retrouver les exclus. [...] Cela, les puissants l'ont toujours compris. La réintégration des exclus imposait la réduction de leurs privilèges, raison pour quoi les exclus qui prenaient conscience de leur exclusion se voyaient taxés d'hérétiques, indépendamment de leur doctrine. Et eux, de leur côté, aveuglés par leur exclusion, n'étaient au vrai intéressés par aucune doctrine. L'illusion de l'hérésie, c'est ça. Tout un chacun est hérétique, tout un chacun est orthodoxe, la foi qu'un mouvement offre ne compte pas, compte l'espérance qu'il propose. Toutes les hérésies sont le pennon d'une réalité de l'exclusion. Gratte l'hérésie, tu trouveras le lépreux. Chaque bataille contre l'hérésie ne tend qu'à ça : que le lépreux reste tel.

    Troisième Jour, None.
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  • Par Nastasia-B, le 14 juin 2013

    Il suffit en revanche de la vue de ce livre pour me [...] découvrir plus malade d'amour que je ne croyais. [...] Par la suite [...] la lecture de ces pages, lorgnées en toute hâte par peur que Guillaume n'entrât dans la pièce et ne me demandât sur quoi je me penchais si doctement, me persuada que je souffrais bien de cette maladie. [...] Avicenne suggérait, comme remède, d'unir les deux amants en mariage, et le mal guérirait. C'était bien vraiment un infidèle, encore que sagace, parce qu'il ne prenait pas en compte la condition de novice bénédictin, condamné à ne jamais guérir. [...]
    Heureusement Avicenne, [...] conseillait comme cure radicale les bains chauds. [...] Il y avait d'autres moyens : par exemple, recourir à l'assistance de femmes vieilles et expertes qui passeraient leur temps à dénigrer l'aimée — et il paraît que les vieilles femmes sont plus expertes que les hommes à ce genre de besogne. [...] La dernière solution suggérée par le Sarrasin était franchement effrontée car elle prétendait qu'on fît unir l'amant malheureux avec un grand nombre de belles esclaves, chose fort inconvenante pour un moine. Enfin, me disais-je, comment peut guérir du mal d'amour un jeune moine, n'y a-t-il vraiment point de salut pour lui ?

    Quatrième Jour, Après Complies.
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  • Par Piling, le 25 janvier 2011

    "L'Évangile dit que Christ avait une bourse !
    – Tais-toi veux-tu, avec cette bouse que vous peignez même sur les crucifix ! Qu'en dis-tu, alors, du fait que Notre Seigneur quand il était à Jérusalem revenait chaque soir à Béthanie ?
    – Et si Notre Seigneur voulait aller dormir à Béthanie, qui es-tu, toi, pour critiquer sa décision ?
    – Non, vieux bouc, Notre Seigneur revenait à Béthanie parce qu'il n'avait pas de quoi se payer l'auberge à Jérusalem !
    – Bonagrazia, c'est toi le bouc ! Et que mangeait Notre Seigneur à Jérusalem ?
    – Et toi tu dirais que le cheval, qui reçoit de l'avoine de son maître pour survivre, a la propriété de l'avoine ?
    – Tu vois bien que tu compares Christ à un cheval…
    – Non, c'est toi qui compares Christ à un prélat simoniaque de ta cour, chantepleure d'excréments !
    – Oui ? Et combien de fois le Saint-Siège a dû endosser des procès pour défendre vos biens ?
    – Les biens de l'Église, pas les nôtres ! Nous, nous en avions l'usage !
    – L'usage pour les dévorer, pour vous fabriquer de charmantes églises avec des statues d'or, hypocrites, vaisseaux d'iniquité, sépulcres blanchis, sentines de vices ! Vous le savez bien, que c'est la charité, et non la pauvreté, le principe de la vie parfaite !
    – Ça, c'est votre glouton de Thomas qui l'a dit !
    – Attention à toi, impie ! Celui que tu appelles glouton est un saint de la Sainte Église romaine !
    – Saint de mes sandales, canonisé par Jean pour irriter les Franciscains ! Votre pape ne peut pas faire de saints, car c'est un hérétique ! Mieux, c'est un hérésiarque !
    – Cette belle proposition, nous la connaissons déjà ! C'est la déclaration du fantoche de Bavière à Sachsenhausen, préparée par votre Ubertin !
    – Attention à ce que tu dis, porc, fils de la prostituée de Babylone et d'autres roulures encore ! Ubertin n'était pas auprès de l'empereur, mais se trouvait justement en Avignon, au service du cardinal Orsini, et le pape l'envoyait comme messager en Aragon !
    – Je le sais, je sais qu'il faisait vœu de pauvreté à la table du cardinal, comme il le fait maintenant dans l'abbaye la plus riche de la péninsule ! Ubertin, si tu n'y étais pas, toi, qui a suggéré à Louis de se servir de tes écrits ?
    – Est-ce ma faute si Louis lit mes écrits ? Il ne peut certes pas lire les tiens, illettré que tu es !
    – Moi, un illettré ? Il était lettré votre François qui gardait les oies ?
    – Tu as blasphémé !
    – C'est toi qui blasphèmes, fraticelle au balais rôti !
    – Moi je n'ai jamais rôti de balais et tu le sais bien !
    – Bien sûr que si, avec tes fraticelles, quand tu t'enfilais dans le lit de Claire de Montfaucon !
    – Que Dieu te foudroie ! J'étais inquisiteur en ce temps-là, et Claire avait déjà expiré en odeur de sainteté !
    – Continue, continue, l'ire de Dieu s'abattra sur toi comme elle s'abattra sur ton maître, qui a donné asile à deux hérétiques comme cet ostrogoth d'Eckhart et ce nécromant anglais que vous appelez Branucerton !
    – Vénérables frères, vénérables frères"criaient le cardinal Bertrand et l'abbé.
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  • Par Nastasia-B, le 03 mars 2013

    (Tentative d'éclaircissement du titre du roman)
    p. 300-301 : La vérité est que je " voyais " la jeune fille, je la voyais dans les ramures de l'arbre nu qui palpitaient, légères, quand un passereau transi volait y chercher refuge ; je la voyais dans les yeux des génisses qui sortaient de l'étable, et je l'entendais dans le bêlement des agneaux qui croisaient mon errance. C'était comme si toute la création me parlait d'elle, et je désirais, oui, la revoir, mais j'étais aussi prêt à accepter l'idée de ne la revoir plus jamais. (...) Chaque créature est presque écriture et miroir de la vie et de la mort, où la plus humble rose se fait glose de notre cheminement terrestre, comme si tout, en somme, ne me parlait de rien d'autre que du visage que j'avais malaisément entrevu dans les ombres odorantes des cuisines.
    p. 437 : De l'unique amour terrestre de ma vie je ne savais, et ne sus jamais, le nom.
    p. 535 : Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus. (qui peut se traduire comme : « La rose des origines n'existe plus que par son nom, et nous n'en conservons plus que des noms vides »)
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  • Par Nastasia-B, le 04 avril 2013

    Si le diable devait m'apparaître un jour, (...) il n'aurait d'autre aspect que celui que m'offrait en cet instant mon interlocuteur. La tête rasée, non par pénitence, mais sous l'action passée d'un purulent eczéma, le front bas, au point que s'il avait eu encore des cheveux, ceux-ci se seraient confondus avec les sourcils (qu'il avait fournis et broussailleux), les yeux étaient ronds, avec des pupilles petites et d'une extrême mobilité, et le regard, innocent ou malin je ne sais, et peut-être les deux à la fois, soudain changeant au même instant. On ne pouvait parler de nez qu'à cause d'un os qui prenait racine au milieu des yeux, mais comme il se détachait du visage, il s'y enracinait aussitôt, ne devenant plus que deux sombres cavernes, deux narines dilatées remplies de poils. La bouche, reliée aux narines par une cicatrice, était large et ingrate, et entre la lèvre supérieure, inexistante, et l'inférieure, proéminente et charnue, émergeaient à rythme irrégulier des dents noires et pointues comme celles d'un chien.
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