Voici une vraie pièce de théâtre qui bouscule les canons classiques du genre. Une pièce où se mêle le drame ambigu de la misère sociale et la violence d'une situation de soumission devenue insupportable. Avec "
Les Bonnes",
Jean Genet a voulu établir un réel malaise chez le spectateur. Et il y réussit très bien ! le thème, à lui seul, suffit à susciter la gêne. Directement inspiré d'un fait divers des années 1930, "
Les Bonnes" raconte les relations ambivalentes, ambisexuées de deux sœurs - Christine et Léa Papin -, dans le monde feutrée de la bourgeoisie de province de l'époque.
C'est un huis clos entre Claire et Solange. Dans la solitude de leur mansarde,
Elles échangent leur rôle comme on se prête un vêtement.
Elles s'inventent une vie pour mieux s'extraire de leur condition de bonnes à tout faire, de domestiques, de soubrettes, de sans-grades. Claire, dans un état de psychose paranoïaque, devient Madame, la maîtresse de maison.
Elle décharge alors toute la haine, l'aversion, l'antipathie, le mépris qu'
Elle porte en
Elle. Cette amertume,
Elle la déverse contre Madame, contre la société, se la renvoie à
Elle-même, à sa sœur. Solange devient Claire dans ces moments, subordonnée à Madame, assujettie à la violence de sa sœur. Tout ce qu'
Elles n'osent renvoyer au visage de Madame,
Elles se le crachent à la figure, tel un venin mortel.
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