> Jean Amsler (Traducteur)
> Jean-Pierre Lefebvre (Préfacier, etc.)

ISBN : 2020314304
Éditeur : Seuil (1997)


Note moyenne : 4.04/5 (sur 55 notes) Ajouter à mes livres
Oskar, héros et narrateur, s'exprime tantôt à la première personne du singulier, tantôt à la troisième. Il est interné dans un asile psychiatrique et, après avoir affirmé certaines choses, les reformule sous l'angle d'un... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par Woland, le 07 février 2012

    Woland
    Die Blechtrommel
    Traduction : Jean Amsler
    Présentation : Jean-Pierre Lefebvre
    Ceux qui sont en quête d'un tableau réaliste de l'Allemagne de l'Entre-deux-guerres, du IIIème Reich puis de l'immédiat Après-guerre seront certainement déçus et plus encore déroutés par la lecture de ce livre brillant, matois, chargé jusqu'à la gueule d'un humour étrange, tour à tour féroce et nostalgique, et par-dessus tout hanté par les fantasmes et un onirisme qui refuse éperdument de regarder la Vérité en face.
    Car "Le tambour" raconte, sous forme d'une fable qui flirte ouvertement avec l'absurde et le non-sense, le refus d'une certaine Allemagne de regarder la Vérité en face alors que cet acte, si elle l'avait accompli, l'aurait peut-être sauvée. Mais, tout comme Oscar, le héros du livre, c'est volontairement que l'Allemagne a choisi l'incapacité et une forme de passivité sous le grand vent de l'Histoire qui devait lui coûter pendant de longues années la moitié de son territoire d'avant-guerre.
    Tel est, en tous cas (et à ce qu'il nous a semblé, bien sûr ), le Propos de Günter Grass dans ce livre qui, en 1959, le "lança" définitivement sur la scène littéraire allemande mais aussi européenne et même mondiale.
    Raconter "Le tambour" est chose impossible. Qui oserait se substituer à Oscar, bébé d'une précocité telle qu'il décide, à trois ans, de ne plus grandir et, pour expliquer aux adultes ce défaut de croissance, imagine une chute débaroulante dans l'escalier menant à la réserve de boîtes de conserve de son père officiel, l'épicier Matzerath ? IIIème Reich ou pas, guerre ou pas, défaite ou pas, Oscar ne renonce jamais à son statut de narrateur quasi omniscient. C'est son histoire à lui que prétend raconter contre vents et marées cet égocentrique, si dégoûté par tout ce qu'il contemple à l'extérieur (sauf sa mère, peut-être) qu'il préfère le plus souvent ne communiquer avec autrui que par les roulements de son éternel tambour en fer-blanc décoré de rouge.
    Que cette histoire mouvementée, qui évoque plus d'une fois un film mélangeant allègrement des vues expressionnistes à la Caligari à celles, outrées, provocantes, choquantes et géniales d'un Fellini, suive la voie empruntée en Allemagne par tous ceux qui fermèrent les yeux dans l'espoir qu'ils pourraient ainsi continuer à avancer dans la boue et le sang sans se salir le moindre brin d'âme et de mémoire, Oscar ne le reconnaîtra jamais. de temps à autre pourtant, il glisse une phrase ironique sur le bonheur qu'il éprouvait à aller fausser de ses notes tambourinantes les hymnes nationaux-socialistes, ou une allusion guindée, qui se refuse elle aussi à penser trop loin, au sort qui aurait été le sien si son père avait accepté, dans les jours apocalyptiques de la fin du conflit, de le confier aux autorités médicales nazies. Mais c'est tout.
    Spectateur indifférent et passif en apparence, Oscar est en fait un survivant avisé qui, au prix d'une vie marginalisée, tronquée même à dessein, a traversé sans trop de soucis un demi-siècle qui fut pour son pays un véritable enfer de misère, de doutes et d'horreur. Doit-on l'admirer pour le génie avec lequel il a su se maintenir "au-dessus de la mêlée" ? Ou n'a-t-il droit qu'à notre mépris pour sa lâcheté et sa fuite constante, acharnée devant les responsabilités ? Qu'il termine ses jours dans une institution psychiatrique ne signifie rien en soi puisqu'il y a été placé non pas en raison des bizarreries passées et présentes de son surprenant parcours mais parce qu'il a commis un meurtre et conservé de la chose un macabre trophée. Jugé irresponsable pour le meurtre qu'il a bel et bien commis, Oscar l'est-il pour tous ceux sur lesquels, par la force des choses et par la seule volonté de se préserver de l'extérieur, il a fermé les yeux ?
    Roman touffu mais jubilatoire, qui recèle, sous sa poésie, son ironie et l'absurdité de certaines situations imaginées par l'auteur, une réflexion authentique sur la lâcheté et sur le degré de déresponsabilisation volontaire qu'elle implique, "Le tambour" est d'une lecture beaucoup moins facile qu'il n'y paraît. C'est cela qu'il faut garder à l'esprit quand on s'y enfonce pour la première fois et que, par conséquent, il réclame énormément de la part de son lecteur. ;o)
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 21 janvier 2012

    brigittelascombe
    Interné en psychiatrie, Oscar décide de raconter et d'écrire son histoire extraordinaire, celle d'un enfant à la "croissance délibérément interrompue à l'âge de trois ans", celle de son tambour "battant neuf et vernis rouge et blanc en dents de scie" offert pour son troisième anniversaire qui a la capacité "d'établir la distance entre les adultes et lui", celle de son "cri vitricide", celle du "gnome" toléré car considéré comme anormal, celle de sa vie.
    Trois parties, trois pans de vie sur fond d'histoire dans une famille de boutiquiers allemands, avant guerre et montée du nazisme,deuxième guerre mondiale avec dictature et terreur,et après guerre.
    Un roman, le chef-d'oeuvre de Günter Grass(écrivain,essayiste,romancier,poète allemand du XX° siècle qui reçut le prix Nobel de littérature en 1999) qui fit scandale en son temps mais aussi la célébrité mondiale de son auteur.
    Pourquoi?
    Oscar, bien que petit, est un sacré loustic.
    Amateur impénitent des "jupes en cloche" de sa grand-mère Anna Bronski(sous lesquelles jadis fut conçue sa mère par Joseph Koljaiczek, un fugitif incendiaire vite rentré dans les rangs d'un métier plus honnête),voyeur des frasques de sa mère Agnes avec son cousin et amant Jan Bronski ( "son résumé père"), voleur qui pousse au vol, élève du désir exacerbé d'une nourrice surexcitée, d'une future belle-mère sainte nitouche et de moult maîtresses au potentiel hautement érotique,amoral, cet Oscar là ne pouvait que choquer les honnêtes gens.
    De plus derrière la tranquille façade bourgeoise familiale se cachent pas mal de vices et le père d'Oscar,Matzerath, qui a installé face au piano le portrait d'Hitler suit la vague, alors que résonnent de partout "Heil Hitler!" et les "fanfares des jeunesses hitlériennes"et s'engage dans les S A. Ce volet là montre une Allemagne qui a cru en un homme fort et s'est trompée de voie.
    Eminément fantaisiste et imaginatif, schizophrène entre le monologue d'Oscar au je et la mise à distance d'Oscar lui même, pervers, ce roman aborde les thèmes de l'amour,la mort,la vie,la différence, l'enfance,les rapports humains, l'espoir aussi car Oscar va grandir après l'abandon du tambour et se tourner vers l'art.
    Emaillé de divers souvenirs personnels serait-il psychanalytique?
    J'avoue, bien qu'enthousiaste au départ, vu l'originalité m'être lassée vers la fin d'un trop plein de tout.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par bibliophage, le 02 décembre 2008

    bibliophage
    Quelques titres de "chapitres" au début :
    La jupe en cloche (histoire de ses grand-parents)
    La lampe et la papillon
    L'album de photo
    Verre à vitres, vitre en miettes (découverte de la capacité de sa voix à briser le verre)
    L'horaire (1er, et dernier, jour d'école et apprentissage de le lecture)
    Chant à longue portée, exécuté dans la tour de Justice
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par LindaLapostolle, le 15 juillet 2011

    LindaLapostolle
    Le sujet inusité de ce roman, un enfant qui refuse de vieillir, m'a attirée. La narration se fait à la première personne, c'est l'enfant qui raconte et qui décrit et décrit et décrit. le temps s'écoule au compte goutte, les description se multiplient...et la lecture est longue, trop longue pour moi. Je n'ai pas terminé cette lecture...il faut parfois savoir le faire. Dommage.
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    • Livres 5.00/5
    Par fredlem2, le 16 avril 2010

    fredlem2
    énorme comme le film
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... Par extraordinaire, Matzerath me marqua une affection qui, pour maladroite qu'elle était, ne laissait pas d'être cordiale. Oscar, étonné, s'accommoda de ce que cet homme jusque là indifférent le prît sur ses genoux pour le cajoler, le regarder, et même, une fois, pour l'embrasser ; les larmes en vinrent aux yeux de Matzerath et il dit, plus en aparté qu'à l'adresse de Maria [sa seconde épouse] : "Impossible. On ne peut pas donner son fils. Même si tous les médecins disent la même chose. On dirait qu'ils n'ont pas d'enfants."

    Maria, assise devant la table, collant comme chaque soir des tickets d'alimentation sur des feuilles de journal, leva les yeux : "Calme-toi, Alfred. Tu fais comme si ça ne me faisait rien. Mais s'ils disent qu'aujourd'hui, on fait comme ça, alors, je ne sais plus ce qu'il faut faire."

    L'index de Matzerath montra le piano qui, depuis la mort de ma pauvre mère, restait à court de musique : "Agnès n'aurait jamais fait ou permis ça."

    Maria jeta un oeil sur le piano, haussa les épaules et ne les laissa retomber qu'en parlant : "Bien sûr, parce que c'était la mère et qu'elle espérait toujours que ça s'arrangerait. Mais tiens : il n'en est rien sorti, il est partout rejeté et ne sait ni vivre, ni mourir !"

    Je ne sais si ce fut dans le portrait de Beethoven, toujours suspendu à notre mur au-dessus du piano et toisant d'un regard sinistre le sinistre Hitler, que Matzerath puisa sa force soudaine. "Non !" cria-t-il. "Jamais !" et il abattit son poing sur la table, sur les feuilles humides, collantes se fit donner par Maria la lettre envoyée par la direction de l'établissement, la lut, relut, la re-relut, puis la déchira et en dispersa les lambeaux parmi les tickets de pain, de matière grasse, d'alimentation, les tickets pour voyageurs, les tickets pour travailleurs de force, les super-travailleurs de force et parmi les tickets pour femmes enceintes et nourrices. Si, grâce à Matzerath, Oscar ne tomba pas entre les mains de ces médecins-SS, il garda dans l'esprit et voit encore aujourd'hui, à peine a-t-il aperçu Maria, une charmante clinique implantée dans l'air salubre de la montagne ; dans cette clinique, une claire salle d'opération, moderne, accueillante ; il voit, devant la porte capitonnée, Maria timide mais au sourire confiant, me remettre à des médecins de premier ordre qui, pareillement, sourient et inspirent confiance tandis que, derrière leurs blouses blanches aseptisées, qui inspirent confiance, ils tiennent dissimulées, aseptisées, de foudroyantes seringues. ... [...]
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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... Assez longtemps, exactement jusqu'en novembre trente-huit, j'ai, embusqué avec mon tambour sous des tribunes, avec plus ou moins de succès, dispersé des manifestations, fait bégayer des orateurs, tourné des marches et des choeurs en valses et en fox-trots.

    Aujourd'hui, malade à titre privé dans un établissement ad hoc, alors que tout cela est devenu historique et qu'on le rabâche avec ardeur certes, mais à froid, j'ai pris le recul nécessaire pour apprécier mon activité de tambour. Rien n'est plus éloigné de mes intentions que de voir en moi un résistant : c'est peu de choses que six ou sept manifestations démolies, trois ou quatre rassemblements ou défilés à qui le tambour a fait perdre le pas cadencé. Le mot de résistant est devenu très à la mode. On parle d'esprit de la résistance, de milieu résistant. Il paraît même que la résistance peut se prendre par voie interne ! On appelle ça émigration intérieure. Sans parler de ces hommes d'honneur aux fermes convictions qui, pendant la guerre, pour avoir négligemment obscurci les fenêtres de leur chambre à coucher, se virent coller une amende et s'appellent maintenant résistants, hommes de la résistance.

    Jetons encore un coup d'oeil sous les tribunes d'Oscar. Est-ce qu'Oscar leur a joué du tambour, à ceux-là ? A-t-il, suivant les conseils de son maître Bebra, pris les rênes de l'action et fait danser le peuple devant la tribune ? A-t-il, un dimanche de plat unique du mois d'août mil-neuf-cent-trente-cinq, pour la première fois, et plus tard encore quelquefois, pulvérisé des manifestations brunâtres à l'aide d'un tambour qui, pour être rouge et blanc, n'en était pas pour autant polonais ?

    J'ai fait tout cela, vous devez bien l'admettre. Suis-je, moi, le pensionnaire d'un établissement psychiatrique, un résistant pour si peu ? A cette question, je dois répondre non et je vous prie, vous qui n'êtes pas internés, de ne voir en moi qu'un être un peu à part qui, pour des raisons privées, esthétiques de surcroît, prenant à coeur aussi les doctrines de son maître Bebra, rejetait la couleur et la coupe des uniformes, la cadence et la force de la musique en usage sur les tribunes, et qui, pour cette raison, ramassait un peu de protestation sur un tambour d'enfant. ...
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  • Par brigittelascombe, le 23 janvier 2012

    C'était le bonheur.Cela ne valait pas mon tambour; ce bonheur n'était qu'un ersatz; le bonheur,ça n'existe peut-être qu'en ersatz;le bonheur succède au bonheur par sédimentation:marbre,grés,grés de l'Elbe,grés du Main,grés du bain,grés du sein,du sien,du nôtre,grés de Kirchheim,bonheur de Grenzheim.
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  • Par bibliophage, le 02 décembre 2008

    Pour ne pas faire sonner un tiroir-caisse, je me cramponnai au tambour et à partir de mon troisième anniversaire je ne grandis plus d'un doigt.
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  • Par bibliophage, le 02 décembre 2008 Première phrase du livre

    (incipit)
    D'accord : je suis pensionnaire d'une maison de santé. Mon infirmier m'observe, me tient à l'oeil ; car il y a dans la porte un judas, et l'oeil de mon infirmier est de ce brun qui ne peut me radiographier car j'ai, moi, les yeux bleus.
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