> Brice Matthieussent (Traducteur)

ISBN : 2081221179
Éditeur : Flammarion (2009)


Note moyenne : 3.57/5 (sur 61 notes) Ajouter à mes livres
Une odyssée américaine, de Jim Harrison

Cliff est à un tournant de sa vie. Plaqué par sa femme à soixante-deux ans, il décide de tout quitter et de prendre la route, à la recherche d'un nouveau souffle. Bientôt rejoint par Marybelle, une ancienne étudiant... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par saphoo, le 28 juillet 2011

    saphoo
    Une fois encore je me suis délectée par le style de Jim Harrison, son naturel et son audace à bousculer les phrases et les humeurs, un joyeux cocktail qui pétille et nous émoustille. Partir sur la route, enfiler des kilomètres, traverser les états un à un, et puis cheminer dans la pensée humaine, revenir sur son passé, notamment son petit frère handicapé mort noyé, analyser son mariage brisé, retrouver son fils, s'épancher sur la fougue d'une ancienne connaissance, pleurer la mort de son chien, et poursuivre encore cette route de la vie …

    Je n'ai pas lu ce dont je m'attendais, mais contente d'avoir retrouvé Jim Harrison, il est étonnant, et j'aime chez lui, sa manière de lancer en pleine face sa pensée sans prendre quatre chemins. Son humour parfois acide, son cynisme décapant, mais aussi sa façon de s'émerveiller d'un rien, et malgré parfois son langage franc, il sait nous faire rêver de ces grands espaces américains.
    Une critique de la société actuelle, notamment cette manie de se balader avec un téléphone greffé dans la paume de la main, ou au fond de sa poche tel un pistolet prêt à dégainer au moindre appel, les nouveaux cow-boy ! je compatis avec lui, un engin soit bien pratique mais toutefois un mouchard, un emmerdeur de première classe, un boulet, un mangeur de liberté… J'aurais tendance à faire comme lui :
    « Soudain, je me suis senti mieux : par cette chaleur extrême, la vie sur la route proposait des pensées inédites, et la première m'a poussé à rejoindre les toilettes et mon motel, à lâcher le téléphone portable dans la cuvette et à tirer la châsse. J'ai savouré ce que Robert appelle « un visuel génial » : le tourbillon concentrique de l'eau, un léger frémissement lumineux, et tout au fond la mort inéluctable d'une créature électronique qui a à peine poussé un petit cri. Sayonara, fils de pute, comme on disait dans le temps. »
    Page 149 : On dirait bien que tous les éléments de notre culture marinent dans un grand sac plastique et que ces ingrédients sont profondément suspects.
    Beaucoup de références littéraires dans ce livre, normal, Cliff était professeur de lettres, un bel hommage à Thoreau par exemple.
    Page 157 : Je me suis rappelé que quarante ans plus tôt, pour un cours de littérature, mon professeur avait invité son mentor de Harward, qui avait déclaré : “Au royaume de l'imagination absolue, nous restons jeunes jusque tard dans la vie.”

    Page 163 : Entre de brefs trajets en voiture, j'avais marché sur de nombreuses plages et, obnubilé par l'océan, oublié de déjeuner. Je venais de faire ma plus longue balade à Point Reyes, où j'avais observé un groupe de phoques à l'évidence jeunesse qui ne me quittaient pas des yeux. Adossé à un rocher, j'ai sombré dans les bras de Morphée et ils se sont approchés tout près de moi. Tout doucement, je leur ai dit “Salut” me demandant si la pensée et les rêves des phoques n'étaient pas entièrement immergés dans ces rythmes océaniques que je trouvais moi-même si apaisants. J'avais lu quelque part que les requins mangent les phoques, mais ce n'est pas un sort si tragique comparé à un séjour de longue durée dans une salle de cancérologie.
    Parfois il nous étonne par ses pensées, sa nostalgie :
    Page 187 : Qui suis-je pour que la vie me déçoive ? Cette question me gêne. J'entends d'ici papa crier : “Arrête tes foutes jérémiades !” J'ai l'impression que mes parents meurent plusieurs fois par semaine en moi. Ils s'en vont avec une nuée d'oiseaux de nuit fuyant à tire d'ailes, disons des engoulevents qui prennent leur essor au crépuscule. Tout compte fait, mon frère Teddy était la personne la plus heureuse que j'aie jamais connue. Il n'avait pas beaucoup d'aptitude pour parler, mais il adorait la musique. Quand maman mettait la radio afin d'écouter de la musique classique, Teddy chantonnait des syllabes dépourvues de sens. C'était un vrai fan de Mozart, et dans toute la cuisine ou au salon il dansait comme un fou en écoutant Mozart. Au début je n'avais pas une grande passion pour les oiseaux, mais, assis sur le canapé près de Teddy, j'ai si souvent regardé avec lui les livres consacrés aux oiseaux que j'ai appris à bien les connaître. Quand Teddy se mettait à sentir mauvais, c'était souvent parce qu'il gardait dans sa poche un oiseau mort trouvé dans le jardin ou la forêt. Je pensais à tout ça en franchissant le long pont à étages en direction d'Oakland, ce même pont qui s'était écroulé des année plus tôt lors d'un tremblement de terre. Je me disais que, si Teddy avait eu assez de ressources pour développer une attitude souveraine envers la vie, pourquoi n'en serais-je pas capable à mon tour ?
    Page 200 : “Une femme allongée dans un hamac est toujours fidèle, a déclaré Bert. C'est une question de physique, pas de morale.” Sous la lampe et la lumière de la véranda qui éclairaient son visage, Bert faisait plus vieux que son âge. Je me suis dit que c'était probablement dû aux presque quarante années passées à crapahuter dans le désert. Il avait enseigné un moment à l'université locale, mais avait bientôt été “libéré” pour acquérir le statut e scientifique indépendant. J'ai alors supposé que moi aussi je devais certainement lui paraître vieux. Quand on passe le plus clair de son temps au grand air, on n'a guère de chance d'avoir le visage aussi lisse qu'un présentateur télé.
    Page 209 : le monde avait acquis une netteté saisissante et j'ai décidé que la pluie était la chose la plus parfumée de la terre entière.
    Page 233 : Je suis resté un moment dans la voiture pour réfléchir à cette matinée exceptionnelle où mon projet commençait à prendre forme. Je n'avais certes pas l'intention de devenir écrivain. Je suis beaucoup trop obsédé par les substantifs pour être écrivain. Ces gens-là doivent passer un temps fou à gonfler la périphérie des choses pour remplir un bouquin. Tous les jours, ils ont l'esprit obnubilé par leur travail, alors que je suis un simple marcheur.

    En résumé, une belle lecture même si je suis convaincue que ce n'est pas le meilleur de Jim Harisson, pourtant un régal de le lire, le découvrir.


    Lien : http://lesmotsdepascale.canalblog.com/archives/2011/07/28/21684163.h..
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    • Livres 5.00/5
    Par valdemosa38, le 04 décembre 2011

    valdemosa38
    Voilà ...Encore un Jim Harrison. Faut dire que je suis une inconditionnelle. Bon ou pas bon ,je llis toujours le dernier Jim Harrison qui sort en poche .Donc j'ai un an de décalage , ce qui me permet de me régaler à l'avance car je sais déjà qu'il y aura un autre Harrison en poche....
    Le terme d'Odyssée fait bien sur penser à Ulysse mais alors quel drole d'Ulyse. Sans parler de la pénélope qui l'accompagne....
    Cliff a soixante ans . le plupart des gens pensent qu'à soixante ans ...on se calme et on prépare la grande glissage sans broncher ...mais voilà Cliff se retrouve sans rien.Sa femme demande le divorce ,récupère sa ferme , la revend , le met dehors et vogue la galère.
    Pour couronner le tout ,sa chienne est morte peu de temps avant .
    Quelle motivation Cliff va t il trouver pour repartir dans la vie ?.. Complètement désorienté ,il prend sa vieille voiture, un vieux puzzle des USA qu'il jette sur le siège arrière et il part à la conquête des USA en jettant dans chaque état concerné une pièce du puzzle.Lui qui s'est toujours levé aux aurores pour s'occuper de sa ferme continue sur le même rythme ,incapable de changer ses habitudes .
    Bon,je ne vais pas tout vous raconter .....
    Je suis fan , bien sur , toujours .Peu importe les critiques, ce type me bouleverse. Je sais ...on pourrait croire qu'il ne parle que de cul et de bouffe mais ce serait vraiment une lecture superficielle car il parle aussi de son attachement à la vie qu'elle se manifeste dans l'oeil d'un chien , le cul d'une femme ou les feuilles d'un buisson qui bruissent ,c'est de la vie toujours et de l'émotion qui le traverse à chaque fois que cette vie se fracasse en lui. moi je suis touchée ,touchée ,touchée....
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    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 28 mars 2012

    Corboland78
    Où nous retrouvons notre bon gros Jim dans ses nouvelles aventures. J'ai déjà dit et redit que j'aimais beaucoup les bouquins de Jim Harrison, pour ce qu'ils disent et pour les images qu'ils évoquent dans mon esprit, l'Amérique telle que je la fantasme et la rêve, les grands espaces et la nature avec sa faune et sa flore. J'ai lu un bon tiers de ses trente romans aussi n'avais-je aucune raison de rater ce dernier, Une odyssée américaine.
    Cliff, la soixantaine, ancien professeur devenu fermier, voit sa femme le quitter après plus de trente années de mariage. Il décide alors de tout larguer et se lance dans une traversée des Etats-Unis dans le but de rebaptiser chacun des Etats. Son périple qui se voulait solitaire est bien vite remplacé par une virée à deux, avec une ancienne de ses étudiantes particulièrement portée sur le sexe et les téléphones portables. Nous croiserons aussi son fils gay qui vit aisément à San Francisco ainsi qu'une jeune serveuse Sylvia qui l'émoustillera. Il y aura des parties de pêches à la truite, une obsession pour la bouffe de qualité, son envie de finir sa vie dans une cabane isolée qu'il faudra retaper.
    Jim Harrison reprend ses thèmes favoris, son amour de la nature et de la liberté, sa critique de la société moderne trop futile et cupide, ainsi que ce sentiment qui anime tout Américain, à tout âge on peut refaire sa vie et se reconstruire. le livre se lit très aisément, on sourit de ses aventures et de ses exagérations ( ?) sur ses prouesses sexuelles, un peu trop envahissantes dans ce roman. Ce n'est pas le meilleur Harrison, c'est le moins qu'on puisse dire, nous sommes loin de l'émotion ressentie à la lecture de Dalva ou Retour en terre. Mais un faible livre de Jim Harrison qui maintenant a 72 ans, reste néanmoins un bouquin très agréable à lire.
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    • Livres 3.00/5
    Par Sycorax, le 16 février 2011

    Sycorax
    Découverte de cet auteur américain qui m'étais inconnu jusqu'ici.
    Les dix premières pages - à savoir le vieux narrateur qui se fait larguer par sa femme après bien des années de mariage - m'ont laissé espérer un style à la Bukowski, désabusé, irrespectueux, sec et drôle.
    Attente assez rapidement déçue...
    On est ici dans du simili-Bukowski, la présence d'une certaine poésie de la Nature en plus.
    Ci et là, quelques rares situations ou dialogues s'avèrent cocasses et drôles, à peine quelques paragraphes où pointe une poésie timide. Mais au bout du compte, lorsqu'on a lu pas mal de nouvelles de Bukowski, subsiste cette impression qu'Harrison cherche à imiter ce style, sans y parvenir vraiment de manière convaincante.
    Alors j'ai peut-être tendance à trop vouloir rapprocher le style de Harrison de celui de Bukowski, déformation de lecteur certainement arbitraire de ma part... mais je n'ai pas pu en faire abstraction : un grand nombre de situations, d'attitudes langagières, me remémoraient des souvenirs de lecture prégnants liés à Bukowski.
    Le choix du terme "odyssée" du titre, est un choix que je qualifierais de disproportionné eu égard aux ambitions affichées par le roman : ni voyage intérieur à proprement parler (les remises en question du narrateur par rapport à son vécu, ne sont pas d'une grande universalité), encore moins escapade géographique d'ampleur (je n'y ai pour ma part trouvé aucun souffle narratif qui insuffle à cette cavale un caractère épique, ni même un quelconque aspect picaresque tonifiant).
    Une déception donc, puisque je m'attendais à un "road-movie" littéraire sinon d'ampleur, au moins relevant d'une vigueur dramaturgique plus entraînante, malheureusement absente.
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  • Par Stemilou, le 09 octobre 2011

    Stemilou
    Mes premiers pas avec Jim Harrison ont été extraordinaires, un voyage avec Cliff, un sexagénaire fraichement divorcé, blessé mais encore plein de vigueur et qui n'a pas l'intention de se laisser abattre, malgré un coup dur porté par son ex-femme : la vente de la ferme familiale du Michigan.
    A travers cette odyssée, qui nous fera franchir les frontières de certains états des Etats-Unis, son ancienne vie refait surface de temps à autre, comment se débarrasser de tant d'années à vivre au rythme des saisons, et des cerisiers ? Difficile pour cet homme d'être « libre » de nouveau.

    Son projet ? Traverser tous les états en se débarrassant à chaque frontière d'un morceau du puzzle des Etats-Unis qui l'accompagne. Il part donc à l'aventure avec un peu d'argent et l'adresse d'une ancienne élève, Marybelle, qui lui fera redécouvrir les joies du sexe et qui ne le laissera pas tranquille une seconde.
    Un périple pendant lequel il rencontrera des personnages atypiques de l'Amérique d'aujourd'hui.

    Un roman léger et détonnant, une intrigue minime mais le vieux Cliff nous tient en halène avec son franc parler et ses fréquents retours en arrière entre son frère handicapé et son mariage raté, on pourrait croire à une remise en question d'un jeune retraité barbant mais pas du tout, je me suis délectée de ces rencontres invraisemblables, de cette nature encore sauvage, et de cette envie de continuer à vivre car tout reste encore à découvrir.
    Un petit régal !

    Lien : http://stemilou.over-blog.com/article-une-odyssee-americaine-jim-har..
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Citations et extraits

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  • Par saphoo, le 28 juillet 2011

    Qui suis-je pour que la vie me déçoive ? Cette question me gêne. J’entends d’ici papa crier : “Arrête tes foutes jérémiades !” J’ai l’impression que mes parents meurent plusieurs fois par semaine en moi. Ils s’en vont avec une nuée d’oiseaux de nuit fuyant à tire d’ailes, disons des engoulevents qui prennent leur essor au crépuscule. Tout compte fait, mon frère Teddy était la personne la plus heureuse que j’aie jamais connue. Il n’avait pas beaucoup d’aptitude pour parler, mais il adorait la musique. Quand maman mettait la radio afin d’écouter de la musique classique, Teddy chantonnait des syllabes dépourvues de sens. C’était un vrai fan de Mozart, et dans toute la cuisine ou au salon il dansait comme un fou en écoutant Mozart. Au début je n’avais pas une grande passion pour les oiseaux, mais, assis sur le canapé près de Teddy, j’ai si souvent regardé avec lui les livres consacrés aux oiseaux que j’ai appris à bien les connaître. Quand Teddy se mettait à sentir mauvais, c’était souvent parce qu’il gardait dans sa poche un oiseau mort trouvé dans le jardin ou la forêt. Je pensais à tout ça en franchissant le long pont à étages en direction d’Oakland, ce même pont qui s’était écroulé des année plus tôt lors d’un tremblement de terre. Je me disais que, si Teddy avait eu assez de ressources pour développer une attitude souveraine envers la vie, pourquoi n’en serais-je pas capable à mon tour ?
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  • Par Tampopo, le 22 janvier 2011

    Regarde la vérité en FACE, papa, tu n’as jamais été synchro AVEC maman. Quand elle s’inquiétait d’AVOIR un gros cul, tu lui REPONDAIS qu’il n’y a rien de mal à avoir un gros cul. Alors que tu aurais dû lui DIRE : “Vivian, ton CUL n’est pas si gros que çà.”
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  • Par Tampopo, le 22 janvier 2011

    Le barman n’était pas occupé et nous avons parlé de Jack London. […] Je lui ai rétorqué que j’avais un jour allumé un feu de camp sous un pin couvert de neige et que, comme il fallait s’y attendre, la neige avait dégringolé de l’arbre et éteint mon feu. C’était une expérience littéraire. Mon anecdote a ravi le barman, qui a dit que la littérature était parfois une expérience dangereuse.
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  • Par Tampopo, le 22 janvier 2011

    Elle aimait aussi écrire que mon père décédé aurait voulu que je réussisse, alors que lui n’avait jamais parlé de ce genre de chose, sinon pour dire que les gens qui réussissaient n’avaient pas une minute à consacrer aux activités essentielles de la vie, telle que la chasse, la pêche, la gnôle et les balades dans les bois.
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  • Par saphoo, le 28 juillet 2011

    Je suis resté un moment dans la voiture pour réfléchir à cette matinée exceptionnelle où mon projet commençait à prendre forme. Je n’avais certes pas l’intention de devenir écrivain. Je suis beaucoup trop obsédé par les substantifs pour être écrivain. Ces gens-là doivent passer un temps fou à gonfler la périphérie des choses pour remplir un bouquin. Tous les jours, ils ont l’esprit obnubilé par leur travail, alors que je suis un simple marcheur.
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