> Jörg Stickan (Traducteur)

ISBN : 2917084065
Éditeur : Attila (2009)


Note moyenne : 4.14/5 (sur 28 notes) Ajouter à mes livres
1952 : dans une cafétéria juive de Broadway, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux Etats-Unis, écrit son roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur ! Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, ac... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Beatrice64, le 03 janvier 2012

    Beatrice64
    Attention, chaud devant ! Voici que déboule dans nos rayons un arrière-cousin d'Arturo Bandini (le double survolté de John Fante, si vous ne le connaissez pas venez sur le champ emprunter Demande à la poussière, qui trône en bonne place dans mon panthéon personnel), veuillez accueillir s'il vous plaît Jakob Bronsky, dans le rôle de l'immigré apprenti-écrivain et crève-la-faim, à New-York en 1952. Situations burlesques, ton cru, obsession du sexe et de le reconnaissance littéraire, tout y est. Mais Bronsky ne fait pas dans la dentelle : à la place de l'éloquence, de la fantaisie et de la chaleur d'un Bandini, on se coltine plutôt avec un verbe très cru et un humour très noir. C'est que si notre Bronsky est immigré, comme Bandini/Fante, l'endroit d'où il vient, lui, c'est pas l'Italie, c'est un ghetto ukrainien. Juifs persécutés pendant la guerre (pléonasme), les Bronsky/Hildenrath tentent d'émigrer vers les Etats-Unis (les lettres au consul (et leurs réponses par ledit consul) ouvrent le livre et donnent le ton, quelle rigolade, et quelle horreur). le souvenir de la Shoah est tout proche, mais Bronsky l'évoque sur le ton de la farce (“Ce matin-là, je n'arrivais pas à calmer ma bite. A la maison, j'ai pris une douche froide illico. Ça n'a servi à rien. J'ai pensé à Auschwitz. En vain.“), ce qui a choqué l'Allemagne de l'après-guerre et retardé la publication de ses livres. L'apprenti-écrivain, quand il n'est pas portier de Nuit ou serveur, ou en train de fantasmer sur une secrétaire de direction, travaille à la rédaction de ses souvenirs (dont on ne saura rien ou presque, sinon que lui ne fait pas partie des six millions, et qu'il essaie de survivre, parce que ce serait con quand même, alors que les nazis ont échoué), ses souvenirs, donc, un roman intitulé LE BRANLEUR et qui doit lui assurer une gloire mondiale.
    Bon, je me rends compte que je fais long et que j'en dis beaucoup. Tant pis. Lisez quand même Hildenrath, moi je vais acheter Le Nazi et le Barbier, qui a l'air d'y aller au bulldozer également, et raconte l'incroyable aventure d'un nazi usurpant l'identité d'un juif et finissant rabbin après la guerre.
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    • Livres 4.00/5
    Par lolo71, le 09 août 2009

    lolo71
    Le livre est sous-titré « Les aveux de Bronsky ». le prologue est constitué d'un échange de lettres, en 1939, entre le père de Jakob Bronsky, demandant des visas d'immigration pour lui et sa famille, et le consul Général des Etats-Unis à Berlin. La réponse de ce dernier est sans appel : les quotas d'immigration sont stricts, les Etats-Unis ne peuvent accueillir tous les Juifs qui veulent fuir le nazisme. Etant donné le nombre de demandes, les Bronsky ne peuvent espérer obtenir leurs visas avant 1952 ! En 1953, Jakob Bronsky, alors qu'il est à New York, note dans son journal intime : « Je m'imagine le visage anguleux du Consul Général, ses cheveux clairsemés, gris, avec une raie soigneusement tirée sur le côté. Quand il lit les lettres des Juifs, ses yeux d'un bleu glacial luisent de lubricité. Quand il jette les lettres des Juifs dans la corbeille à papier, est-ce qu'il se branle ? ».
    Le ton est donné. Jakob Bronsky, vingt-sept ans mais en paraissant cinquante, est un survivant. Il traîne sa misère dans les rues de New York, enchaînant les petits boulots (livreur, serveur, portier, promeneur de chiens,…), côtoyant les clodos et les putes. Il n'hésite pas à resquiller dans les transports ou les restaurants (surtout les plus chics !), à tricher, à mentir, pas par perversion, juste pour survivre. La priorité de Jakob, c'est d'écrire son roman, « le branleur », récit de sa vie dans un ghetto juif pendant la guerre. Cette période est un grand trou noir dans la mémoire de Bronsky, écrire doit lui permettre de retrouver cette part de lui-même refoulée, de guérir. Il l'écrit chapitre après chapitre, nuit après nuit, au fond d'une cafétéria sordide fréquentée par d'autres Juifs allemands immigrés, seuls liens avec sa culture et sa langue d'origine.
    C'est aussi le récit d'un malentendu, d'une incompréhension totale entre Bronsky et l'Amérique. Il égratigne au passage le mythe du rêve américain. Dans une Amérique obsédée par le culte de la réussite et de la jeunesse, Bronsky est l'éternel outsider. « Dans ce pays la pauvreté et la solitude sont une infamie ». Pas facile dans ces conditions de rencontrer des femmes américaines, inaccessibles pour ce greenhorn sans le sou et sans avenir, et qui doit lorsqu'il en a les moyens soulager sa frustration sexuelle avec des prostituées misérables.
    « Fuck America » est inspiré de la vie d'Edgar Hilsenrath, écrivain allemand né en 1926. Il y raconte, sur un mode décalé et cru, empreint d'autodérision, sa condition d'immigré aux Etats-Unis, après la guerre, alors qu'il avait survécu à l'expérience terrible d'un ghetto juif en Ukraine. le récit se fait plus grave et mélancolique lorsque Jakob/Edgar raconte dans les derniers chapitres l'histoire de sa famille, de la montée du nazisme à l'arrivée aux Etats-Unis.
    A noter l'excellent travail des Editions Attila qui nous offre, en plus de l'édition en français de ce livre publié en 1979 en Allemagne, une maquette originale et attrayante. J'apprécie particulièrement le petit topo sur le traducteur et l'auteur de la couverture, trop souvent négligés. Les Editions Attila feront paraître prochainement les deux premiers romans d'Edgar Hilsenrath, permettant ainsi de poursuivre la découverte de cet écrivain génial.


    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/07/26/fuck-america-dedgar-hi..
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    • Livres 4.00/5
    Par summerday, le 07 avril 2010

    summerday
    Pendant mes vacances j'ai lu Fuck America, un roman ovni, cruel et drôle d'Edgard Hilsenrath. En 1939 Nathan Bronsky , juif allemand, écrit au consul général pour demander un visa pour sa famille afin de fuir aux États-Unis. Il décrit la guerre, l'antisémitisme, les rafles, les camps. Au bout de plusieurs courriers désespérés on lui répond qu'en raison de tous les juifs demandant l'asile et la lenteur des administrations, il ne recevra de visa qu'en 1952!!! Alors effectivement on retrouve son fils, Jacob Bronsky aux États-Unis, fraîchement débarqué là-bas en 1952, comme l'annonçait avec cynisme le consul.
    Le héros du roman est Jacob, juif immigré, qui essaie de survivre à New York en enchaînant des jobs minables tout en rêvant d'écrire le roman du siècle "Le branleur", un récit autobiographique. Il erre de sa chambre insalubre à la cafétéria des immigrés, en passant par les bars les plus malsains, les cinémas de deux sous et les prostituées. La vie américaine rêvée comme le lieu de tous les possibles et comme refuge s'avère plus que décevante. Et Nathan se remémore les premiers mots de son père lorsqu'ils débarquèrent là-bas : Fuck America.
    Jacob ne se souvient plus de la vie du ghetto en Europe, il ne sait plus comment sa famille a réussi à survivre à l'holocauste. Alors il essaie de retrouver ses souvenirs en écrivant sur ce passé. Mais il n'est pas facile d'écrire un roman à New York quand on n'a que quelques dollars en poche, et d'autant plus qu'il écrit en allemand! Jacob est à l'image des endroits qu'il fréquente : menteur, tricheur, voleur, lubrique.
    Le personnage de Jacob est détestable mais il est aussi très intriguant. Il ment constamment et raconte au premier venu une version ou une autre - plus ou moins héroïque - de la façon dont sa famille est arrivé aux États-Unis. Mais peu à peu on comprend qu'il ne s'agit pas d'une vantardise mais d'une réelle amnésie. L'oubli de celui qui porte en lui un poids : celui d'avoir survécu et donc de devoir raconter. On ne saura jamais vraiment différencier sa fiction de ses vrais souvenirs, mais lorsqu'enfin il réussi à restituer une version complète, on ne peut s'empêcher d'être ému.
    Certains pourront ne pas aimer l'aspect irrévérencieux du roman, moi j'ai été happée par ce tumulte de loufoquerie et d'idées non convenues.

    Lien : http://summerday.hautetfort.com/archive/2009/12/21/fuck-america.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Toftaky, le 04 avril 2011

    Toftaky
    Jeune immigré juif, Jacob Bronsky débarque aux Etats-Unis en 1952. Complètement dévasté par la guerre, rescapé de la Shoah, Bronsky erre dans un New York interlope. Entre clochards et marginaux, immigrants et américains moyens, Bronsky tente de survivre. Les petits boulots minables et les arnaques grossières lui laissent du temps pour s'accrocher à sa bouée de sauvetage, son livre, l'autobiographie-analyse qui va le sortir de l'impasse.
    Dans Fuck America, Hilsenrath se hisse au niveau des écrivains beat, il disserte avec talent sur le revers de la médaille du rêve américain. Son Jacob Bronsky a des allures de Arturo Bandini et les obsessions d'un Hank Chinaski. Côtoyant de célestes clochards, il ne déparerait pas dans les romans de Fante, Bukowski ou Kerouac. Fuck America est un livre noir, émouvant, parfois cynique, très drôle mais qui vous fait réfléchir sur les mécanismes normatifs de nos sociétés occidentales.
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    • Livres 4.00/5
    Par HK, le 25 avril 2011

    HK
    J'ai vraiment passé un bon moment en lisant "Fuck Almerica" qui mèle allègrement réalité et burlesque. L'auteur y décrit son arrivée aux Etats Unis juste après la Deuxième Guerre Mondiale et sa survie grâce à des petits boulots plus minables les uns que les autres. Il paye son loyer quand il peut, c'est à dire presque jamais et chaparde dans le frigo de ses voisins pour ne pas crever de faim. Ses buts dans la vie sont la rédaction de "Le branleur", sa fameuse autobiographie (merveilleuse mise en abyme) et de baiser le plus souvent possible. Malheureusement pour lui, son mode de vie marginal le réduit le plus souvent à aller aux putes et ce, quand les finances le permettent bien sûr. On rit beaucoup devant ce franc déballage fort bien servi par un style court et efficace. Bref, je le recommande car c'est un petit chef d'oeuvre.
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Citations et extraits

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  • Par Aurelilele, le 14 mai 2009

    Et pourtant, ce n'est pas tout à fait vrai, bien que je dise qu'il y a un grand trou dans ma mémoire, ou disons plutôt des vides. J'écris un livre, vous savez. Et en écrivant beaucoup de choses me reviennent.
    "vous écrivez un livre?"
    "J'écris un livre."
    "Sur la vie dans le ghetto?"
    "Sur la vie dans le ghetto."
    "Sur l'hécatombe?"
    "Sur l'hécatombe."
    "Sur le désespoir?"
    "Sur le désespoir."
    "Ecrivez-vous aussi sur l'espoir?"
    "J'écris aussi sur l'espoir."
    "Rien d'autre?"
    "Rien d'autre... sauf la solitude que chacun de nous porte en lui. Moi compris."
    "Vous écrivez sur tout ce que vous avez refoulé?"
    "J'écris sur tout ce que j'ai refoulé."
    "Vous avez besoin d'écrire ?"
    "J'ai besoin d'écrire."
    "Est-ce important?"
    "C'est très important."
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  • Par Liceal, le 09 février 2010

    Nathan Bronsky toucha sa femme pour lui montrer un clochard noir qui pissait derrière la Cadillac. Il demanda au riche parent:'C'est ça l'Amérique?'
    'Oui', dit le riche parent.'C'est ça l'Amérique.'

    'A vrai dire, j'avais plutôt envie de voir la Statue de la Liberté', dit Nathan Bronsky. 'Tout à l'heure, en nous apercevant, elle s'est cachée dans le brouillard.'
    'Elle s'est cachée?'
    'Elle s'est cachée.'
    ''Tu la verras bientôt', dit le riche parent.
    'C'est là qu'on va?'
    'Oui, c'est là qu'on va.'

    Lorsque Nathan Bronsky aperçut la Statue de la Liberté, pris de panique, un pet lui échappa, car il crut que c'était le Consul Général.
    'Qu'est-ce qu'il y a Nathan?', demanda sa femme.
    'C'est le Consul Général!', dit Nathan Bronsky.
    'Le Consul Général?'
    'Le Consul Général'.
    'Tu es certain?'
    'Absolument certain'.

    'Je voudrais toucher un mot au Consul Général', dit Nathan Bronsky.'Mais je ne parle pas anglais'.
    'Tu sais bien deux mots', dit sa femme.
    'Oui, très juste', dit Nathan Bronsky.'Je sais deux mots. Deux mots d'anglais'. dit sa femme.

    Nathan Bronsky regarda le Consul Général droit dans les yeux. En faisant cela, il pensa à l'an 1939 et à la lettre du Consul Général qui avait enterré toutes ses espérances. Il pensa également aux quelques centaines de milliers qui, comme lui, dans leur malheur, avait frappé à la porte de l'Amérique, le grand pays de la liberté qui ne voulait pas d'eux...à l'époque. Lui revint à l'esprit le mauvais prétexte du système de quotas.

    'Fuck America!'

    dit Nathan Bronsky au Consul Général. Et il le dit très haut.
    'Fuck America?', demanda le riche parent.
    'Fuck America!', dit Nathan Bronsky
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  • Par Liceal, le 09 février 2010

    LE PREMIER JAKOB BRONSKY N'EST QU'UNE PENSÉE.", dis-je. "une pensée que j'avais chassée autrefois, car elle m'effrayait. Si aujourdh'ui le premier Jakob Bronsky pouvait encore me parler, il me raconterait l'histoire suivante:
    'Moi, le premier Jakob Bronsky, je ne suis qu'une pensée. J'ai vécu dans six millions de corps, jusqu'au jour où leurs noms furent effacés. Une fois, je me suis glissé dans la peau d'un garçon de quatorze ans. J'y suis resté un moment. Son Moi devenait mon Moi, son histoire...mon histoire
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  • Par Liceal, le 09 février 2010

    "Mary Stone", dis-je."J'ai encore d'autres problèmes, des problèmes plus concrets et qui n'ont rien à voir avec ma peur originelle."
    "Quels problèmes?"
    "Les problèmes concrets d'un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas."
    "L'Amérique, c'est la Terre Promise!"
    "L'Amérique est un cauchemar."
    "Pour des gens comme Jakob Bronsky peut-être?"
    "C'est cela, Mary Stone."
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