ISBN : 2917084421
Éditeur : Attila (2012)


Note moyenne : 4.75/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
1941. C'est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, égaré dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie.
Réduits à des ombres, comme s'ils n'avaient plus ni âme ni corps, les personnages baignent dans le brouillard. pourtant, les s... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 08 février 2012

    cicou45
    L'histoire est celle de Ranek, un jeune juif roumain déporté, comme tant d'autres en 1941 en Ukraine. L'histoire est celle d'un homme parmi tant d'autres qui dut se cacher pour échapper aux rafles allemandes, luttant pour trouver un abri ou dormir à l'abri du froid et inventant chaque jour de nouvelles ruses pour trouver de quoi manger. Homme étant réduit à l'état de bête, il en vient à dépouiller les cadavres, à attendre désespérément que quelqu'un meure, pourvu que ce ne soit pas lui, afin de lui prendre les quelques vivres ou vêtements que celui-ci avait sur lui. Ranek a trouvé un endroit dans ce que l'on appelle "L'asile de Nuit" dans le quartier de la Pouchkinshaïa dans le ghetto de Prokov. Mais là aussi, les places sont chères et certains leaders ne se privent pas pour les revendre au meilleur prix dès qu'il y en a une de libre, à savoir dès que quelqu'un rende l'âme. Ranek est loin d'être un homme honnête, d'ailleurs pouvait-t-il encore y avoir des gens bons à cette époque alors qu'ils ne savaient même pas s'ils allaient voir le lever du soleil. Cependant, dès qu'il retrouve son frère Fred et sa belle-soeur Déborah, qu'il croyait morts depuis longtemps, il va tout faire pour leur être d'une aide quelconque, aide misérable puisqu'il doit d'abord penser à sa propre survie. Aussi, n'a-t-il pas d'état d'âme pour les autres, en étant réduit à arnaquer parfois sa belle-soeur pour avoir un peu plus de quoi manger. Car la faim est le pire des châtiments que hommes, femmes et enfants doivent subir dans ce roman très noir et très dur. Aussi, cette dernière peut parfois rendre fou et pousser les hommes, même les plus bons, à commettre des actes atroces. Des femmes prêtes à vendre leur corps pour un quignon de pain, les hommes sans cesse à l'affût d'un morceau de chair fraîche pour satisfaire leurs besoin...tout cela se mêle dans une étrange atmosphère chaotique.
    Roman virant souvent à la scatologie (je crois que c'est ce qui m'a le plus indisposé dans la lecture de ce dernier) mais sans grossièreté, étant donné que l'auteur ne fait que décrire la stricte et malheureusement triste réalité. En lisant la courte biographie de l'auteur en fin d'ouvrage, l'on apprend que celui-ci s'est inspiré de sa propre vie pour écrire "Nuit" et, une fois que l'on sait cela, on ne peut pas rester insensible à tout ce que l'on vient de lire. Un roman qui m'a parfois donné la nausée, je l'avoue, mais vraiment bouleversant. Un roman dont on ne peut pas ressortir indemne mais pourtant...c'est tellement vrai ! Cependant, il y a aussi des passages magnifiques où l'humanité reprend le dessus et ceux-ci sont accueillis par le lecteur comme une bouffée d'air pur. A découvrir !
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 23 janvier 2012

    johaylex
    « Nuit » d'Edgar Hilsenrath ou Quand la mort d'une illusion ressuscite les morts.
    Raconter. Après la Shoah, ce simple mot devint essentiel, et témoigner fut la première forme de lutte contre l'oubli : témoigner comme ils furent assassinés, témoigner comment les bourreaux brisèrent leur humanité.
    Les récits se multiplièrent.
    Puis le temps passa et l'Histoire retint la gémellité bourreaux-victimes : les Nazis avaient commis un génocide durant lequel six millions d'être humains avaient péri.
    Ce symbole fit l'objet de créations artistiques donnant lieu à des morceaux de bravoure, de sensiblerie, ou d'humanité malgré l'horreur l'ambiante. le violon d'Itzhak Perlman de « la Liste de Schindler » est ainsi entré dans l'inconscient collectif comme la bande-originale de la Shoah.
    Sans doute l'archet élégant jouant dans notre imagination déraperait-il en une série de fausses notes à la lecture du roman « Nuit » d'Edgar Hilsenrath.
    Au contraire de la plupart des témoins écrivains, Hilsenrath a fait le pari de raconter en menant une constante recherche littéraire dans ses œuvres : rabelaisiennes, farces crues et cruelles, sulfureuses en un mot quand on doit les associer à la Shoah. Les éditions Attila ont depuis peu commencé la publication de ces textes, et l'on attendait depuis longtemps la traduction de « Nacht » lorsque le cultissime et grinçant « Fuck America » sortit, suivi par le loufoque « Le Nazi et le Barbier ».
    C'est un drôle de petit bonhomme de 85 ans que cet Edgar Hilsenrath, clochard céleste à la Bukowski, l'alcool en moins et l'œil pétillant en plus. Vocation précoce d'écrivain mais reconnaissance tardive ; une vie d'errance, d'Allemagne en Roumanie jusqu'en Ukraine durant la seconde guerre mondiale, puis Israël et les Etats-Unis avec la solitude décrite dans « Fuck America », et enfin, le retour en Allemagne. Malgré ses pérégrinations, il a conservé son air malicieux, même lorsqu'en entretien il évoque ses souvenirs. Il est à l'image de son écriture : distancié du simple témoignage, maîtrisé, audacieux.
    « Nacht » ou « Nuit » en français est son chef-d'œuvre, méconnu en France, auto- censuré en 1964 par sa maison d'édition allemande, tant la lecture en est explosive.
    En effet, ses 500 et quelques pages décrivent sans complaisance l'enfer du ghetto comme une Nuit apocalyptique où l'homme est retourné à l'état sauvage. Une population faite de profiteurs, voleurs, violeurs, meurtriers tentant de gagner une journée supplémentaire de vie dans ce monde qui ne voit jamais le moindre officier SS ; la Shoah relatée sans la présence du bourreau Nazi, présence brumeuse qui masque le soleil, mais présence jamais humaine.
    Et c'est là le tour de force d'Hilsenrath. Il décrit les habitants du ghetto livrés à leur propre enfer, en anarchie cauchemardesque qui évoque « le triomphe de la mort », célèbre peinture horrifique de Peter Bruegel l'ancien.
    Le premier chapitre est d'ailleurs saisissant d'effroi : les cadavres font partie du décor. Etrangeté, on ne comprend qu'à la seconde page qu'il s'agit de la seconde guerre mondiale. Enfin, comble du frisson, et c'est le leitmotiv du roman, chaque vivant a un prix fixé selon ce qu'il peut offrir, un prix, puisque la vie a perdu sa valeur.
    Si « Les Six Millions », nombre historique, vécu par notre génération comme une uniformité indestructible, est l'expression que l'auteur utilise dans ses entretiens pour évoquer les victimes, sa plume au scalpel, qui insiste sur les échanges les plus sordides pour survivre, fait exploser la statistique, et sous les chiffres apparaissent enfin ce que ces morts furent obligés d'être dans le ghetto : in-sensibles, sur-vivants, in-humains. Mais les personnages le disent, « seuls les morts ne peuvent plus aimer », c'est dire si l'espoir si dérisoire se doit d'encore affleurer.
    En brisant le mythe bancal de l'héroïsme déjà mis à mal par Primo Levi, Edgar Hilsenrath fait œuvre divine, car qu'ils furent coiffeurs, prostituées, cafetier ou mendiants, que nous puissions les voir comme lâches ou monstres méprisables avec notre recul historique ouaté de confort, au point de vouloir rejeter en bloc le roman, ces hommes et ces femmes furent avant tout : vivants.
    Et la littérature retrouve là son objectif originel, c'est-à-dire faire acte pour la Vie. Et l'on sait à quel point les mots ont en eux le pouvoir de ressusciter les morts, en est témoin la vision du prophète Ezechiel sur la vallée des ossements desséchés.
    "Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu'ils revivent !"


    Lien : http://johaylex.wordpress.com/2012/01/24/nuit-dedgar-hilsenrath-ou-q..
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Balaziouf, le 25 avril 2012

    Balaziouf
    Nuit n'est probablement pas le livre le plus connu d'Edgar Hilsenrath, il n'en demeure pas moins son premier roman, écrit au sortir de la seconde Guerre Mondiale. Ce livre a connu une histoire assez atypique puisque paru en 1964 en Allemagne chez Kindler, il a très vite été autocensuré par l'éditeur et est ainsi passé inaperçu outre-Rhin. Nuit paraîtra ensuite aux Etats-Unis où il connaîtra un accueil favorable, même si c'est avec le barbier et le nazi qu'Hilsenrath connaîtra une certaine notoriété. Quoiqu'il en soit, c'est en 2012 que Nuit paraît pour la première fois en France.

    A travers ce roman, dont le début aurait été retravaillé vingt fois, Hilsenrath évoque son expérience de survie dans un ghetto de Roumanie, alors qu'il est avec sa mère, son frère et son oncle (son père, ayant rejoint la France). C'est en 1945 que germe en lui l'idée de retranscrire cet épisode de sa vie à travers un livre. Neuf années plus tard, la première version de Nuit ne compte pas moins de 1250 pages.
    Ce roman retranscrit le quotidien des rebus qui sont parvenus à fuir assez loin les autorités allemandes pour ne pas être déportés dans les camps de la mort. Hilsenrath traite ici du quotidien de tous ces juifs tentant tant bien que mal de survivre dans un ghetto assez peu surveillé mais dans lequel il serait imprudent de relâcher son attention ou de sortir en pleine Nuit, car les milices rôdent et nul n'est à l'abri d'une rafle. Dans un décor d'apocalypse d'un gris monochrome, ils tentent de résister au froid, à la faim ou au typhus. Ranek, le protagoniste de ce roman, évolue ainsi au milieu de figures plus anodines les unes que les autres. Certaines patibulaires, d'autres plus amènes, il ne fait toutefois pas bon être trop faible ou trop naïf dans cet univers ou nul n'est à l'abri de commettre quelques exaction ou autres truanderies à la petite semaine dans le seul but d'assurer sa survie. Ainsi les places dans les dortoirs sont rares, chères et tous les nouveaux venus en quête d'un petit espace pour pouvoir dormir, à l'abri du froid, en viennent à espérer qu'un autre succombe afin de libérer une place.

    On retrouve dans Nuit, cet élan vital propre aux grands récits concentrationnaires dans lesquels tous les moyens sont bons pour ne pas trépasser. Dans ce roman, la mort de l'autre est une aubaine à ne pas négliger, car un mort libère souvent un endroit où dormir et offre des vêtements voire même pour certains des dents en or, ce qui représente dans le contexte une fortune toute relative. Cette dernière pourrait permettre de s'assurer un bol de soupe avec peut-être, qui sait, de vrais morceaux de viande dedans. Car il s'agit de pratiquer l'art du négoce ici, et on négocie sévèrement. On ne vend pas sa peau, on tente juste d'économiser assez pour qu'elle tienne un peu mieux sur les os. On ne vend pas sa peau ou presque… Certaines n'hésitent pas à louer leur vertu pour un quignon de pain ou un geste honorable, comme cette femme qui solde ses charmes afin d'offrir des funérailles à son fils. Les misères ont mille visages dans ces ruelles de la mort, et l'aménité ou l'empathie n'y ont plus leur place.
    Après avoir réédité le barbier et le nazi et Fuck America, les édition Attila poursuivent leur ouvrage et publient cet inédit de très bonne facture qui permettra au lecteur français de se plonger un peu plus dans l'œuvre d'un des plus grands écrivains de langue allemande du vingtième siècle. Nuit est à des milles de Fuck America. Plus sombre et terne, il n'en demeure pas moins burlesque et montre, comme l'on fait Semprun ou Primo Levi, quel peut être le visage des survivants.

    Lien : http://lelibrairetemeraire.blogspot.fr/2012/03/nuit-edgar-hilsenrath..
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    • Livres 4.00/5
    Par kanterror, le 03 mars 2012

    kanterror
    La postface du livre nous apprend quelque chose d'assez ébouriffant, une fois fini ce joli pavé (qui, comme tous les bouquins d'Hilsenrath, attire déjà le lecteur par le graphisme de sa couverture, plutôt très chouette) : 12 ans, c'est le temps qu'il aura fallu à l'écrivain pour mettre un point final à ce premier livre. Intéressant aussi la manière dont nous parvient l'oeuvre d'Hilsenrath, en tout cas pour les plus jeunes comme moi qui ne l'ont pas découvert lors des toutes premières éditions françaises. En effet, on remonte la vie de l'auteur, et par extension de ses personnages semi-biographiques au fil des parutions : "Fuck America", excellentissime roman de l'immigration, presque sevré du ghetto et de la Shoah ; "Le Nazi et le Barbier", livre coup de poing et pied de nez à l'horreur, tantôt victime, tantôt bourreau du réel ; et en parrallèle "Le conte de la pensée dernière", fable onirique où les fantômes du passé traversent par vagues une autre épopée cauchemardesque (une fable presque apaisée, si l'on peut employer ce terme chez Hilsenrath).
    Pour revenir à "Nuit", qui se lit comme les autres livres facilement, grace à une plume légère (une forme simple pour une histoire complexe), c'est peut être le roman le plus "à vif" de l'auteur. Les personnages sont toujours aussi ambigus, immondes et héroiques à la fois, donc humains. Mais c'est un récit dont il est difficile de se distancier, tant il sonne vrai malgré cette volonté farouche de ne pas s'apitoyer. C'est tout le talent d'Hilsenrath. A lire, parce que la mort n'est belle qu'au cinéma.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)

Critiques presse (3)


  • LeMonde , le 02 mars 2012
    On ne s'apitoie pas dans ce livre, on ne pleure pas, on ne prie pas non plus.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LeMonde , le 02 mars 2012
    Si le sujet du livre est l'enfermement, l'écriture est une forme de libération de l'horreur, de ce qu'Hilsenrath a vécu durant ces années dans le ghetto.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Liberation , le 20 février 2012
    Littérature des parias et de l’abjection, les œuvres de Hilsenrath, à la recherche du nom d’autrui et de la place du corps, sonnent aussi du coup parfois très beckettiennes.
    Lire la critique sur le site : Liberation

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Citations et extraits

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  • Par cicou45, le 06 février 2012

    "Et puis, c'est un péché de mettre aujourd'hui un enfant au monde" s'empressa d'ajouter Moïshe. Blum acquiesça. "Je suis entièrement de votre avis" dit-il, ajoutant avec prudence : "Pas en tant que médecin, bien sûr. Nous sommes là pour préserver la vie, non pour la détruire. Mais en tant qu'homme je vous approuve. Laisser croître la vie inconsciente , puis l'amener à la conscience, c'est de nos jours le plus grand crime que l'on puisse commettre."
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    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par cicou45, le 08 février 2012

    "Même chez nous, le bonheur existe. Le bonheur de celui qui grelotte et trouve une couverture. Le bonheur de celui qui a faim et trouve un peu de pain. Et le bonheur de celui qui est seul et trouve u peu d'amour."
    Citation de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par cicou45, le 07 février 2012

    "Elle avait souvent souhaité dormir seule quelque part, croyant comme beaucoup de monde qu'ici-bas le droit à la tranquillité était le privilège des gens heureux. Mais lorsqu'elle avait enfin été seule, la solitude s'était abattue sur elle comme une chape de plomb. L'homme n'est jamais content [...]."
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par cicou45, le 08 février 2012

    "L'homme s'habitue trop vite aux bonnes choses, et il est prompt à oublier le reste. On ne devrait pas oublier [...], quand bien même on a passé des jours , des semaines ou des mois près du feu, même alors, on ne devrait pas oublier la rue. Sinon l'on devient ingrat."
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par cicou45, le 04 février 2012

    "Cela faisait un moment qu'il avait appris à accueillir chaque jour de la vie avec gratitude, comme un cadeau précieux."
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