ISBN : 2070122832
Éditeur : Editions Gallimard (2008)


Note moyenne : 3.14/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
Ma mère, quand elle m'a raconté la première du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu'elle n'a jamais rencontré, Claude Lévi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mèr... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par asphodele85, le 08 mai 2011

    asphodele85
    C'est un livre qui nous parle de LA FAIM, la faim sous toutes ses formes, de ce qu'elle fait ressurgir chez l'homme, de plus bas, de plus vil quand elle s'accroche à son ventre vide : « Cette faim est en moi. Je ne peux pas l'oublier. Elle met une lumière aigüe qui m'empêche d'oublier mon enfance. (…) Etre heureux, c'est n'avoir pas à se souvenir (…). Simplement je me souviens un jour de m'être réveillé, de connaître enfin l'émerveillement des sensations rassasiées…(…) C'est d'une autre faim qu'il sera question dans les pages qui vont suivre. » p. 12 et 13.
    Il s'agit également d'une « demi-fiction » puisqu'il nous conte l'histoire de sa mère qu'il a sciemment rajeunie de 15 ans pour la nécessité du roman.
    C'est un mauvais jeu de mots, je sais, de dire que la faim justifie les moyens : en l'occurrence, dans cette ritournelle qui ressemble plus à une mélopée lancinante, la faim ne justifiera jamais l'injustifiable. Elle va de pair avec La guerre, bien nourrie, elle, à la haine vorace et tentaculaire. Haine de l'autre, de l'étranger, du « métèque ». Haine grandissante de l'héroïne pour les « petits », les mercantiles qui détruisent à toute vitesse les rêves qu'elle faisait, lui volant son enfance, puis le début de sa jeunesse.
    Cette ritournelle nous raconte l'histoire d'Ethel Brun et de sa famille de 1934 à 1946, petite fille de 10 ans dans les années 1930, entourée d'une famille exilée de la petite bourgeoisie mauricienne, aisée au début grâce à l'héritage de l'oncle Soliman, seul personnage à comprendre Ethel et qui va mourir trop vite. La laissant seule face au délitement du mariage de ses parents et à leur ruine totale qui va s'ensuivre. Son père, qu'elle aime mais qui l'agace au fur et à mesure de leur déchéance la spoliera de sa part d'héritage en accumulant les dettes de jeu, se laissant piéger par de petits escrocs boursicoteurs.
    La guerre éclatant, la famille ou ce qu'il en reste, se réfugiera à Nice, ne comptant que sur Ethel pour survivre. Ethel qui découvrira l'amour, mais aussi l'horreur, celle dont on ne parle pas dans sa famille plutôt collabo-maurassienne que résistante. Il est vrai que pendant ces guerres, certains sont hélas du bon côté des barbelés, c'est-à-dire derrière, mais que dire de ceux qui les y ont mis ? Ils ont passé sciemment un pacte avec le diable et la barbarie.
    Avec fureur, dans la folie collective et la faim au ventre, Ethel en mûrissant va se révéler superbe de courage et de dignité, volant comme elle le peut quelques moments d'amour, de joie à cette époque apocalyptique où elle comprendra peu à peu les enjeux et les intérêts malsains de ceux qui l'entourent. Elle éprouvera alors de violentes désaffections pour ceux, devenus creux et pitoyables alors qu'elle les croyaient inoxydables et d'autres, méprisés, s'en sortiront la tête haute. Disons moins basse…
    Enfin, réhabilitation personnelle pour l'auteur qui, à la fin, veut retrouver le Vel' d'Hiv devenu la Plate-Forme et nous ressentons son émotion pourtant pudique à parcourir avec lui, avant d'y arriver, toutes ces rues dont sa mère lui a parlé et qu'elle connaissait par coeur. Il pénètre enfin dans le musée photographique qui jouxte la synagogue, d'écoeuré depuis le début de son périple, il devient nauséeux à la vue des noms des camps de la mort affichés sur les murs, puis c'est le choc, le choc des photographies des enfants qui ne sont jamais revenus. « Il faudrait aller partout, connaître chacun de ces lieux, comprendre comment la vie y a repris, les arbres qu'on y a plantés , les monuments, les inscriptions, mais surtout voir les visages d'aujourd'hui, de tous ceux qui y vivent, écouter leurs voix, les cris, les rires, le bruit des villes qui se sont construites alentour, le bruit du temps qui passe…(…) p. 203. L'histoire des disparus, c'est ici qu'elle est plantée, pour toujours. » p. 204.
    N'oublions pas que si l'auteur a écrit « cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle, une héroïne à vingt ans », c'est aussi parce que cette héroïne adorait le Boléro de Ravel, ce Boléro dont il n'est question que dans les dernières pages scande la musique du livre, il va crescendo au fil du roman destiné « à briser l'égoïste silence du monde » pour finir en une apothéose bouleversante de mélancolie.
    Prix Nobel de littérature 2008 amplement mérité et véritable coup de coeur en ce qui me concerne pour cet écrivain (chantre du « nouveau roman »), dont je n'avais lu que le célèbre « Désert » il y a bien longtemps. Son écriture est sobre, épurée, élégante, presque linéaire et beaucoup moins difficile d'accès qu'on ne l'imagine.
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    • Livres 4.00/5
    Par Titine75, le 25 février 2009

    Titine75
    J-M-G le Clézio a reçu le prix Nobel de littérature au moment où sortait son dernier roman, “Ritournelle de la faim”. Celui-ci est l'histoire d'un apprentissage, celui d'Ethel pendant la seconde guerre mondiale.
    Ethel a dix ans au début du livre, sa famille est aisée et vient des deux côtés de l'Ile Maurice. Son père Alexandre garde la nostalgie de son île. “Elle approchait sa chaise de celle de son père, elle respirait l'odeur âcre douce de ses cigarettes, elle l'écoutait parler du temps jadis, là-bas, dans l'île, quand tout existait encore, la grande maison, les jardins, les soirées sous la varangue.” le grand oncle Soliman sait en revanche très bien pourquoi il a voulu quitter Maurice : “Petit pays, petites gens.” Soliman est l'homme riche de la famille, à sa mort il lègue tout ce qu'il possède à Ethel qu'il adorait. Ce décès marque la fin de l'innocence pour Ethel et le début de ses ennuis. Son père, Alexandre, est un rêveur et ce trait de caractère est peu compatible avec les affaires. Alexandre ne rapporte que des dettes à la maison; il entraîne Ethel chez le notaire pour qu'elle lui laisse l'argent de Soliman. “Elle n'avait que quinze ans, elle venait de tout perdre.”
    Les parents semblent poursuivre leur vie comme si de rien n'était, comme s'ils ne savaient pas que La guerre et la banqueroute arrivaient à leur porte.Ethel voit ce qui arrive et tente de sauver sa famille. Elle reprend en main les affaires de son père mais ne peut que limiter les dettes qui coulent le vaisseau familial.
    La guerre vient compléter la perte amenée par la faillite d'Alexandre. Ethel est bel et bien sortie de l'enfance. “Il fallait quitter l'enfance, devenir adulte. Commencer à vivre. Tout cela, pour quoi? Pour ne plus faire semblant, alors. Pour être quelqu'un, devenir quelqu'un. Pour s'endurcir, pour oublier.” C'est Ethel qui organise la fuite vers Nice, elle qui cache ses parents lorsque les allemands débarquent dans la ville. le paradis perdu qu'était l'Ile Maurice est alors bien loin.
    J-M-G le Clézio s'interroge une nouvelle fois sur son identité et sur celle de notre monde occidental. le personnage d'Ethel est fortement inspiré de celui de sa mère, “(…) d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans.” Le Clézio est lui même né pendant La guerre à Nice et il cherche à comprendre comment la France a pu laisser venir La guerre. Les conversations de la famille d'Ethel montrent cette violence, cette haine qui gagnent lentement le coeur et le cerveau. “A mesure que le vaisseau familial s'enfonçait revenaient à Ethel tous ces bruits de voix, ces conversations absurdes, inutiles, cet acide qui accompagnait le flux des paroles comme si,un après-midi après l'autre, de la banalité des propos se dégageait une sorte de poison qui rongeait tout alentour, les visages, les coeurs, et jusqu'au papier peint de l'appartement.” Seule Ethel semble lucide et sa clairvoyance la sort brutalement du cocon douillet de son enfance.
    Le portrait d'Ethel est magnifique, c'est un personnage qui se construit au fil des pages, devient fort et s'illumine face à la noirceur du monde.
    L'écriture de J-M-G le Clézio fait toujours merveille, tour à tour poétique et grave, “Ritournelle de la faim” est un roman intense, cherchant à comprendre l'Homme et ses contradictions. Encore un roman de Le Clézio qui montrera aux esprits chagrin que cet écrivain humaniste méritait bel et bien son prix Nobel.

    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2008/11/22/ritournelle-de-la-faim..
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    • Livres 3.00/5
    Par janemar, le 14 janvier 2012

    janemar
    Si l'on enlève l'introduction et la fin ( ?) un bon roman. Mais si l'on prend le risque de chercher l'héroïne sans connaître l'histoire de l'auteur alors ….
    Pourtant j'ai aimé la relation de ce Monsieur Soliman et d'Ethel, l'Exposition Universelle, la maison mauve… et même le détournement de son héritage, laissaient augurer une bonne intrigue. le personnage d'Alexandre faible et prétentieux, l'homme de l'époque… Dans un milieu plus que bourgeois artificiel et stupide méprisant vis-à-vis du bas peuple, Ethel essaie de survivre. Son esprit rebelle et indépendant l'a fera être différente des autres. Mais, La guerre arrive et remet tout ce beau monde à sa place car les armes ne font guère de distinction entre bourgeois et pauvre (quoique ….). Bizarre comme la bourgeoisie qu'elle soit Mauricienne ou Russe blanc, se ressemble étrangement, et quand l'une étale sa fortune, l'autre a déjà goûté au revirement de l'Histoire.
    Mais dîtes moi que vient faire le « Boléro » de Ravel ici ? je suis peut être sourde mais je ne l'ai pas perçu. … Et dites moi aussi, pourquoi ai-je l'impression que le « Vel' d'Hiv » est un peu « parachuté » dans le roman presque anachronique ???? Mais je suis peut être trop sévère. Ce livre emprunté à la Bibliothèque de ma ville, me rend encore une fois critique sur les fameux prix littéraires. Bien sûr il est bien écrit et facile de lecture…. Que ceux qui l'ont aimé veuillent bien m'excuser….

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    • Livres 4.00/5
    Par valdemosa38, le 04 décembre 2011

    valdemosa38
    Rien de superflu , sobre, tendre, doux et parfois dur mais juste le ton comme il faut .Je ne me suis jamais sentie à côté ,ignorée mais toujours justement gruidée dans cette histoire " viens voir la suite ,viens lire " .Facile à lire alors que j'ai toujours entendu dire que Le Clézio ....C'était pas toujours accessible .J'ai bcp aimé les descriptions ,pas de longueurs ,C'est une écriture que j'ai trouvé délicate et juste .
    Ethel est d'une famille bourgeoise , Xénia ,son amie russe vit avec sa mère et sa fratrie dans des conditions matérielles très difficiles . Pour Ethel tout a été facile jusque là .Au début du livre ,elles sont petites filles ,elles ont 10 ans et on va pouvoir les suivre qqs années
    Il y aussi son grand oncle qui l'aime bcp ,il y a de très belles scènes des promenades qu'elle fait avec lui et on comprends à quel point cette relation est importante pour chacun et tout ce que son oncle va " passer " à sa nièce .Ethel grandit , elle va entrer dans le monde ,dans un monde en pleine mutation avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir .C'est la fin d'une monde et de celui de sa famille aussi .Et en même temps on voit comment Xénia , elle , va trouver sa place dans ce monde .Elle qui a fuit avec sa mère le bolchévisme ,elle qui a tout perdu ,qui a eut faim .
    Ethel observe les adultes qui continuent à jouer leurs personnages complètement décalés par rapport à la réalité ,elle est le témoin et elle va devoir devenir acteur .
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    • Livres 3.00/5
    Par Eric75019, le 29 janvier 2011

    Eric75019
    Le Clézio nous offre un livre très inspiré par l'histoire de sa mère. Ethel Brun appartient à une famille de grands bourgeois qui sera ruinée pendant La guerre. C'est consternant cette propension qu'ont les riches d'accorder leur confiance à des petits escrocs qui savent les flatter. On assiste à une scène hallucinante lorsque Antoine, le père d'Ethel, vient presque s'excuser et renouveler sa sympathie auprès de celui qui l'a ruiné, à la sortie de son procès. Finalement, Antoine, dans le déni, ne verra pas le monde s'écrouler autour de lui et entraînera sa famille dans sa chute.
    Au delà de quelques scènes fortes, le roman dispense des tranches de la vie d'Ethel : amitié enfantine, conversations de salon, exode dans le sud de la France, vacances au bord de la mer, libération, inquiétude sur le sort des juifs pendant La guerre... mais le tout reste décousu et sans trop d'explications contextuelles, ce qui fait qu'on a du mal à s'intéresser réellement à cette histoire d'une "héroïne de vingt ans".
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Citations et extraits

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  • Par doyoubnf, le 21 octobre 2010

    « Elle s’est arrêtée à l’entrée de la rue. Tout était calme et silencieux, comme à l’accoutumée. Monsieur Soliman lui avait fait remarquer le silence : « Je n’arrive pas à comprendre comment ce coin de campagne a survécu en plein Paris. » Le soir, il lui avait fait écouter le rossignol dans le paulownia.

    « Quand tu vivras ici, avait-il dit, je te réveillerai la nuit pour l’entendre chanter. C'est pour ça qu’il y aura cette cour ouverte avec son bassin d’eau. Je planterai des cerisiers pour lui, les oiseaux adorent les cerisiers. » Le haut mur de pierres rouillées faisait une barrière continue jusqu’au bout de la rue. Après commençaient les ateliers, les dépôts. La voie ferrée était à moins de cent mètres, dans un fossé enfumé. De temps à autre, on entendait un criaillement d’aiguillages. Monsieur Soliman aimait bien le bruit des trains. Peut-être qu’il avait la nostalgie des grands voyages. Et puis il disait que les abords des gares étaient l’antipode de la bourgeoisie régnante, que c'était le lieu privilégié des artistes et des proscrits politiques. Il avait raconté qu’avant la guerre, avant la révolution, il avait joué aux échecs dans un café proche de la gare, avec un certain Illitch, plus connu par la suite sous le nom de Lénine. » (p.97)
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  • Par doyoubnf, le 21 octobre 2010

    « Le couteau du boucher découpait la viande en lamelles très fines, lardées de blanc, aussitôt recouvertes de mouches bleues. Justine, à cause des soucis, disait-elle, à cause des efforts qu’elle devait faire chaque nuit pour aider Alexandre à aller aux toilettes, avait développé un ulcère à la jambe droite. Ethel voyait ces mêmes mouches qui se collaient à la jambe de sa mère, sur les bords de la plaie, elle en ressentait un haut-le-cœur, comme si les mouches étaient en train de manger sa mère vivante. Elle les chassait, mais les mouches revenaient, restaient collées à l’ulcère, même quand Justine marchait. » (p.174)
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  • Par doyoubnf, le 21 octobre 2010

    « Maintenant, leur monde s’était écroulé, émietté, il avait été réduit à une eau de canal. Maintenant, ils étaient condamnés à errer comme des ombres, à leur tour, sans rien espérer, sans autre nourriture que les épluchures et les racines verdies, comme s’ils mangeaient la terre, le charbon et le fer, dans cet hiver interminable. » (p.157)
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  • Par soelmaju, le 18 janvier 2009

    Etre heureux, c'est n'avoir pas à se souvenir. Ai-je été malheureux ? Je ne sais pas. Simplement je me souviens un jour de m'être réveillé, de connaître enfin l'émerveillement des sensations rassasiées.
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  • Par marie528, le 29 octobre 2011

    Elle a l'impression d'être dans la compagnie d'un géant, d'un homme qui peut ouvrir un chemin dans n'importe quel désordre du monde.
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Videos de J.M.G Le Clézio

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Vidéo de J.M.G Le Clézio

La grande librairie 10/11/2011 sur France 5 de François Busnel, Jean-Marie Gustave Le Clézio parle de son nouveau livre "Histoire du pied et autres fantaisies"








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