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Claude Maurice (Autre)
ISBN : 2253004219
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1989)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 1242 notes)
Résumé :
Pour éviter le scandale et protéger les intérêts de leur fille, Bernard Desqueyroux, que sa femme Thérèse a tenté d'empoisonner, dépose de telle sorte qu'elle bénéficie d'un non-lieu. Enfermée dans la chambre, Thérèse tombe dans une prostration si complète que son mari, effrayé, ne sait plus quelle décision prendre. Doit-il lui rendre sa liberté ? Dans ce livre envoûtant, François Mauriac a réussi un portrait de criminelle fascinant.

Source : Le Livr... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
Carosand
22 novembre 2012
★★★★★
★★★★★
Thérèse Desqueyroux, femme immorale incontestablement, on a du mal à vouloir la défendre et pourtant on voudrait pouvoir la comprendre. L'hypocrisie sociale et familiale du milieu qu'elle occupe lui refusant la liberté de mouvements et surtout le droit d'aimer l'aura menée à l'irréparable, voulant fuir la cage dorée qui s'est dressée autour d'elle, un des barreaux devait inexorablement céder pour qu'elle accède à sa propre existence.
Aurait elle dû rentrer dans le rang comme la plupart de ses congénères et sacrifier ses espérances ou choisir l'acte suicidaire, tout comme Anna Karénine ? Il est des êtres qui préfèrent atteindre à l'anéantissement de l'autre, celui qui érige les frontières infranchissables de leur vie. Heureusement pour la société, les monstres tout comme les héros ne sont pas légion, la société peut régner.
Ce livre m'intriguait par sa renommée et son sujet. J'ai découvert l'écriture de François Mauriac atypique et rythmée entre les pensées et les dialogues qui viennent à se chevaucher donnant du rythme au texte. L'utilisation du style métaphorique permet un vocabulaire poétique et romanesque. A relire pour le plaisir du genre assurément.
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Cath36
27 octobre 2011
★★★★★
★★★★★
J'ai eu envie de relire un des rares romans qui m'ont passionnée durant mes années lycée, tout en me disant que ce livre était sans doute maintenant un peu démodé compte tenu de l'évolution des moeurs et de la société. Eh bien non, en effet ce texte n'a pas pris une ride. Dénonçant les tares de la bourgeoisie de province (ici bordelaise) et ses enfermements délétères avec une virulence tourmentée que n'aurait pas désavouée Bernanos, Mauriac analyse les méandres du coeur humain avec une lucidité qui rappelle également Balzac, en plus noir. (Pour le côté obscur, voir qui vous savez...). Thérèse Desqueyroux est une maudite, une empoisonneuse ratée dont la bonne société bien-pensante -jusqu'au mari rescapé- se dépêche d'étouffer l'affaire . Mais qui, de cette société ou de Thérèse, est la plus criminelle ? Qui tue à petit feu et pratique la mort lente des âmes les plus vivantes et les plus rebelles ? Qui de l'empoisonné ou de l'empoisonneuse est le plus empoisonnant ? le poison n'est-il pas du reste un superbe symbole de ce qui détruit à petites doses ? (On en vient d'ailleurs presque à regretter que le mari s'en soit sorti, le roman eût été moins sombre...) Nulle rédemption apparente ne vient sauver Thérèse mais un abandon qui la renvoie à une irrémédiable solitude, thème cher à Mauriac. Solitude dans laquelle se trouve à la fois nos pires démons et nos possibilités de les combattre.
Il n'y aura pas de rédemption pour Thérèse, parce que la rédemption passe par le pardon accordé et que son mari et la société le lui dénient, sans même être capables de comprendre ce qu'elle leur demande, la plongeant dans une nuit dont elle ne sortira que par la mort (cf "La fin de la nuit"), dans l'espérance d'un hypothétique et autre Pardon.
Bourreau DU coeur, Mauriac l'est bel et bien. Ecrivain complexe, pris par ses propres ambiguïtés, tantôt les fuyant, tantôt les affrontant, il reste celui qui renvoie chacun d'entre nous à sa propre image avec la lucidité impitoyable d'un être exigeant face à la vérité, face à Sa vérité. Vraiment j'ai aimé cette redécouverte vécue avec plus d'expérience et de maturité, d'autant qu'une petite balade à Malagar ce week-end a largement contribué à enchanter cette expérience.

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Kittiwake
28 septembre 2013
Relire des années plus tard une oeuvre qui a laissé une trace fugace mais tangible est une expérience parfois déroutante , toujours fascinante. Y retrouver des fiches de lectures rédigées pour la circonstance et pour préparer le bac de français est encore plus saisissant. C'est ce qui s'est produit pour Thérèse Desqueyroux de François Mauriac.
Salué par la critique littéraire à l'époque de sa sortie, ce roman est une exploration de l'univers mental sombre et tourmenté d'une jeune femme, éprouvant une telle haine pour son mari et tout ce qu'il représente,, si loin de ses rêves de jeune fille, qu'elle va tenter de l'empoisonner. Les relations sociales de la famille et le souhait d'éviter à tout prix le scandale lui épargnent le châtiment qu'elle aurait mérité, si la justice avait suivi son cours habituel. Après le non lieu, sur le chemin du retour Thérèse revient en un long monologue sur son parcours, dans une tentative désespérée de construire une défense et obtenir le pardon de son mari. C'est l'occasion pour le lecteur de comprendre l'état d'esprit de la jeune femme. Arrivée à destination , le dialogue s'avère impossible et la punition tombe : la séquestration et le maintien paradoxal d'une image de couple uni, une fois par semaine, à l'église. L'histoire se complique d'une autre idylle amoureuse, celle de la belle-soeur Anne, qui est aussi l'amie d'enfance de Thérèse. Anne est elle aussi contrainte à accepter un mariage de raison, alors qu'elle a jeté son dévolu sur un homme infréquentable. Thérèse sert d'intermédiaire au risque de perdre son amie.
L'histoire, inspirée d'un fait divers authentique est évoquée du seul point de vue de Thérèse et l'auteur s'est glissé dans la peau du personnage pour construire le récit. Il en résulte une galerie de personnages sans nuances, analysés uniquement par le prisme du regard négatif de la jeune femme. L'auteur n'en est pas pour autant indulgent : Thérèse est très centrée sur elle-même, dénuée d'instinct maternel, et prête à trahir son amie. Pourtant l'on ressent sa profonde détresse dans une société rigide, au sein d'une famille qui cultive le secret depuis des générations.
C'est le portrait d'une jeune femme égarée, désorientée par la perte de ses illusions. Chaque tentative d'évasion plante autour d'elle des barreaux plus serrés. A moins que l'épilogue soit une fenêtre enfin ouverte, mais lourd est le bagage....Victime ou coupable?
Faut-il prendre le risque de voir la version cinématographique récente?....
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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LiliGalipette
04 novembre 2011
★★★★★
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Au sortir du procès pour tentative d'assassinat sur son époux, pour lequel elle a obtenu un non-lieu grâce au témoignage de la victime, Thérèse Desqueyroux rentre chez elle. « le cauchemar dissipé, de quoi parleront-ils ce soir, Bernard et Thérèse ? » (p. 29) Dans le train qui la ramène chez elle, à Argelouse, elle se remémore les conditions et raisons de son geste, ses errances et ses dégoûts. Ce voyage à rebours des souvenirs l'entraîne dans des passés plus ou moins proches et dans un présent imminent, aux allures de sentence, celle que la justice n'a pas rendue. Thérèse, désormais, ne connaîtra que sa chambre et les bois de pins. le reste de la maison lui est interdit.
Si Bernard Desqueyroux n'a pas voulu accabler son épouse, c'est avant tout pour sauver les apparences et préserver leur enfant, Marie. Cette enfant, Thérèse n'en voulait pas. « Elle avait compté les mois jusqu'à cette naissance ; elle aurait voulu connaître un Dieu pour obtenir de lui que cette créature inconnue, toute mêlée encore à ses entrailles, ne se manifestât jamais. » (p. 70) Dure et froide, Thérèse peut sembler sans coeur, mais elle bout en fait de passion contenue, passion qui ne peut pas s'exprimer à Argelouse. « Argelouse est réellement une extrémité de la terre, un de ces lieux au-delà desquels il est impossible d'avancer. » (p. 39)
Et puis il y a Anne, la petite-soeur de Bernard et l'amie d'enfance de Thérèse. La jeune fille se toque de Jean Azévédo, un homme dont les Desqueyroux ne veulent pas. de voir cette jeune femme, presqu'une enfant, connaître l'amour qu'elle n'a jamais approché, Thérèse mesure toute la vacuité de son mariage et tout l'ennui que lui cause son époux. Se débarrasser de lui semble si facile : « elle s'est engouffrée dans le crime béant ; elle a été aspirée par le crime. » (p. 99) La fin de l'histoire de Thérèse Desqueyroux n'en est pas vraiment une, c'est plutôt la banale continuité d'une existence morne.
François Mauriac s'est inspiré d'un fait divers pour créer le personnage de Thérèse. Cette femme à l'étroit dans un mariage sans saveur, plus passionnée pour la soeur de son époux que pour l'époux lui-même, est de la trempe des nouvelles héroïnes, celles qui puisent leur courage dans les bas-fonds. Contrairement à une Thérèse Raquin que sa victime venait hanter, Thérèse Desqueyroux n'a pas de remords. Elle trouve la justification de son geste dans le grand désarroi qu'est sa vie et dans le fossé où sont tombées ses aspirations.
Sous la plume de Mauriac, on croit lire un long article judiciaire. Dans un exposé tissé de souvenirs et de réflexions, il décortique le vrai crime de cette épouse provinciale. Elle n'est pas coupable d'avoir attenté à la vie de son mari, elle est coupable de ne pas s'accommoder d'une existence convoitée par beaucoup. Elle est coupable d'avoir osé ce que tant ne savent pas accomplir.
Si j'ai eu de la sympathie pour cette meurtrière inachevée ? Beaucoup ! Se débattre dans une vie étriquée comme elle l'ose, c'est méritant et courageux. Son geste, certes extrême, témoigne d'une passion dont manquent tant d'héroïnes modernes.
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paroles
27 septembre 2014
★★★★★
★★★★★
Qui est-elle cette femme qui n'est ni belle, ni laide mais dont on tombe sous le charme ? Sont-ce ses silences ou, au contraire, ses avis bien tranchés qui font d'elle une femme particulière.
En tout cas, c'est une femme qui raisonne et qui ne veut pas s'en laisser conter. Elle lit, s'instruit, réfléchit et pourtant, malgré ses idées progressistes et féministes pour l'époque, elle épousera quand même un gars de la lande très attaché à ses principes et à la famille. Alors mésalliance ?
On aurait presque de l'empathie pour cette femme incomprise par son entourage. D'abord déçue par ses amitiés, la petite Clara offre son amitié mais au compte-gouttes, par son mariage ensuite, son mari propriétaire terrien n'est séduit que par la conformité de sa position sociale et les liens conjugaux, dès le voyage de noces, se révèlent sans intérêt, et enfin déçue par son père qui ne rêve que de politique et de pouvoir et l'a toujours tenue éloignée de lui.
La vie n'est-elle que ça ? Une place toute prête dans un moule élaboré par les autres ? Non, Thérèse rêve d'autre chose. Autre chose qu'elle a du mal à définir mais qui ne correspond pas à l'image de la femme bonne ménagère et soumise à son mari. Et insidieusement et presque malgré elle, elle commencera à empoisonner son mari...
Son crime n'est en rien un crime passionnel. Thérèse n'est occupée que d'elle et de ses rêves de liberté. Folie, égocentrisme ? Je n'ai pas su trancher, sûrement un peu des deux...
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Citations & extraits (112) Voir plus Ajouter une citation
indelebilevagabondeindelebilevagabonde19 mars 2017
Mauriac en préambule évoque son personnage
"Beaucoup s'étonneront que j'aie pu imaginer une créature plus odieuse encore que tous mes autres héros.Saurai-je jamais rien dire des êtres ruisselants de vertu et qui ont le coeur sur la main? Les coeurs sur la main n'ont pas d'histoire; mais je connais celle des coeurs enfouis et tous mêlés à un corps de boue"p6
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indelebilevagabondeindelebilevagabonde19 mars 2017
Thérèse rêvait qu'une nuit elle se levait, sortait de la maison, gagnait la forêt la plus envahie de brandes, jetait sa cigarette, jusqu'à ce qu'une immense fumée ternît le ciel de l'aube...Mais elle chassait cette pense, ayant l'amour des pins dans le sang; ce n'était pas aux arbres qu'allait sa haine.p111
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MaliaeMaliae17 mars 2017
Les La Trave vénéraient en moi un vase sacré; le réceptacle de leur progéniture; aucun doute que, le cas échéant, ils m’eussent sacrifiée à cet embryon. Je perdais le sentiment de mon existence individuelle. Je n’étais que le sarment; aux yeux de la famille, le fruit attaché à mes entrailles comptait seul.
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indelebilevagabondeindelebilevagabonde19 mars 2017
Les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle. C'est beau ce don total à l'espèce; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement...Mais moi, mais moi...p165
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indelebilevagabondeindelebilevagabonde19 mars 2017
...elle n'avait qu'à lever vers lui ses yeux que c'était sa science d'emplir de candeur amoureuse.p.39
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