> Valérie Gay-Aksoy (Traducteur)

ISBN : 2070786595
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 4/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres

Nous sommes en 1975. Kemal, un jeune homme d’une trentaine d’années s’apprête à épouser Sibel, issue comme lui de la bonne bourgeoisie stanbouliote, quand il rencontre Füsun, une parente éloignée, vendeuse dan... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 28 juillet 2011

    brigittelascombe
    Lundi 26 mai 1975.Trois heures moins le quart.Le ciel limpide s'ouvre sur le printemps d'Istanbul, parfumé de tilleul.
    Un moment en or, un moment de bonheur qui aurait pu durer des années. Tout est déjà consigné, enregistré dans la mémoire de Kemal Bey, ce trentenaire, prêt à se fiancer à Sibel, mais venant d'embrasser l'épaule de Füsun juste après l'amour torride.
    Tout sépare les deux jeunes femmes. Les deux l'attirent.
    Sibel, fille unique et gâtée d'un ambassadeur à la retraite, a fait la Sorbonne et "lui a donné sa virginité", ce qui est rare en Turquie, société patriarcale où l'amour chez les filles ne se fait pas hors mariage.
    Füsun, aussi lui donne sa virginité mais dans d'autres circonstances,celles d'un embrasement des sens, où "le coeur se gonfle comme une vague gigantesque prête à s'abattre sur le rivage".
    C'est sûr que Füsun, 18 ans, parente éloignée, étudiante retrouvée incidemment, vendeuse occasionnelle dans un magasin de sacs, a des atouts indéniables:des jambes fuselées sous une jupe trop courte, de longs bras couleur de miel, des gestes gracieux. Elle est belle et "va jusqu'au bout", jusqu'au bout d'eux mêmes et de leur propre plaisir. Une sensualité exacerbée enflamme leurs ébats.
    Jouissance commune où elle est vraie, mais où il ment, désireux de préserver ses fiançailles et une Sibel maternante.
    Le bonheur sexuel se trouble de possessivité.
    Le musée de l'Innocence rapelle La vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre et Füsun est une Nora, femme enfant, qui possède la jubilation d'un enfant en extase, mais l'originalité de ce roman est de nous montrer les phases d'un trio amoureux à l'orientale. L'homme, ici, male dominant, qui trompe, prend, trahit, joue, suit les règles établies dans son pays. La future femme, après de durs aveux pardonne, et la maitresse blessée s'éclipse. Mais là tout bascule, car le désir "sans fin" rattrappe cet homme passionné pour le rendre universel, amoureux jusqu'à l'obsession.
    Il va dépasser Blériot, le héros de Patrick Lapeyre, en commençant à s'ennivrer pour noyer son chagrin puis à garder des reliques, des souvenirs, des objets que Füsun a touchés. Il ira même jusqu'à en voler et à reproduire par la suite dans un vrai musée la baguette de pain du magasin face à sa garçonnière.
    Chacun va suivre sa propre voie et se croisera à nouveau dans le cadre du cinéma puisque Füsun rêve de devenir actrice.Des retrouvailles mais une fin triste que je ne dévoilerai pas.
    C'est toute une époque qui se déroule sous nos yeux, un culture entre films, premier mixer et émancipation de la femme.
    Le musée de l'Innocence est un superbe roman d'amour, de désir, de plaisir, tout en finesse et délicatesse qui analyse avec justesse les phases du sentiment amoureux.
    Orhan Pamuk, né en 1952 à Istanbul est l'auteur de nombreux romans dont Mon nom est Rouge(prix du meilleur roman étranger 2001),Neige(prix Médicis étranger 2005).Prix Nobel de littérature 2006, son oeuvre est traduite dans une cinquantaine de langues chez Gallimard.
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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 14 juillet 2011

    Cath36
    Proustien par l'analyse d'un amour impossible, proustien par la volonté de relier l'être aimé aux objets qui lui ont appartenu par le travail de la mémoire et des sens, oui, ce long roman l'est. Mais peut-on retenir captif un sentiment, aussi profond qu'il soit, sans le voir dépérir et disparaître ? Proust n'y croyait pas, et je l'avoue, moi non plus. Et si la madeleine de Proust s'apparente au bonheur perdu en le ressuscitant, il me semble assez surréaliste de vouloir entretenir un amour en créant un musée d'objets ayant appartenu à la personne aimée. Cela dit j'ai beaucoup aimé ce roman, témoin des malaises d'une Turquie qui se cherche entre modernité à l'occidentale et des traditions qui préservent la personnalité d'un pays riche de son histoire propre. A la fois témoin et acteur, Pamuk se situe dans la ligne d'une ouverture qui refuse de renier ses valeurs. Position difficile s'il en fût, et qui fait de son personnage, Kemal, un homme déchiré entre son amour et les valeurs familiales traditionnelles. Imbu de cette l'inconscience machique qui est sans doute le propre des hommes orientaux, (je ne parle pas ici de l'égoïsme masculin, phénomène beaucoup plus universel...) il est amené à comprendre peu à peu et à respecter les difficultés auxquelles est confontée celle qu'il aime, Füsun, et, s'il s'efforce de se plier aux exigences de la tradition pour continuer à la voir, c'est en se mettant tout de même en marge de la société, qui finit par tourner en dérision sa passion et le considère comme un menteur et un hypocrite. Pamuk analyse avec une rare justesse et beaucoup de profondeur les conflits qui habitent Kemal, homme partagé entre un amour aux aspects universels et des coutumes propres à la Turquie. Roman un peu long peut-être mais qui va au bout de son propos, lequel s'achève avec la mort de Füsun pour revivre dans une sorte de mémorial ouvert au monde.. Comme le disait le poète, il n'y a pas d'amour heureux, mais la version orientale est peut-être la pire.
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    • Livres 4.00/5
    Par veleveque, le 11 juillet 2011

    veleveque
    Le musée de l'Innocence, Orhan Pamuk
    Le charme de ce long roman – plus de six cents pages – tient non à son sujet, pourtant traité de manière originale, mais à son écriture et sa structure.
    Kemal Bey, trentenaire assez riche au début de son histoire, vers 1977, tombe amoureux, juste avant ses fiançailles avec SIbel, de sa cousine Füsun, âgée alors de 19 ans.
    Il raconte à l'auteur, un de ses voisins, leurs histoire en se basant sur les objets recueillis dans le musée qu'il a créé, à l'emplacement de l'appartement des parents de la jeune fille. Pamuk, présent dans le roman par intermittence, raconte alors l'histoire de Kemal en le faisant parler à la première personne : étrange artifice qui révèle à la fois les mensonges de la fiction – l'auteur imagine pour et à la place de son personnage – et crée également une vérité supérieure, le témoignage paraissant tellement vrai que le lecteur oublie son artifice.
    L'histoire d'amour impossible entre les deux jeunes gens est originale : ils s'aiment, y compris physiquement, dans un monde qui proscrit hypocritement tout sexe avant le mariage, pendant 44 jours, jusqu'à ses fiançailles avec SIbel. Puis, ils se quittent, se perdent de vue pour très longtemps.
    Encore plus intéressant et le monde recréé par l'auteur pour nous, comme un musée à la gloire d'Istambul des années soixante à nos jours. Arrière-fond politique, artistique dans le monde du cinéma que fréquente le mari de Füsun, mais surtout vie quotidienne et intime des Turcs qui se cherchent une voie entre tradition et modernité.
    Très joli roman, un peu long à avaler, mais la digestion en est agréable !
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    • Livres 5.00/5
    Par Lyjazz, le 26 janvier 2012

    Lyjazz
    Une alchimie lente et une danse orientale, très codée et policée.
    Des descriptions qui nous entraînent et nous permettent de ressentir à la fois les images, les sons, les odeurs, mais aussi les sentiments de ces moments si spéciaux du flirt et des malaises de celui qui ne sait plus être centré....
    Une oeuvre à la fois historique, sensuelle et sensible.
    On se retrouve aussi dans les moments français de 1960, tels que nos parents les ont vécus.
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    • Livres 2.00/5
    Par meyeleb, le 04 mai 2012

    meyeleb
    J'ai dû prolonger l'emprunt de ce roman à deux reprises. Je me disais : tu vas y arriver, allez, courage! Ce ne sont pas 700 misérables pages en petits caractères qui vont faire peur à une chevronnée comme toi ! Les yeux sur les rotules, la concentration en compote, j'abandonne! Pourtant je l'avais choisi avec la pleine confiance que j'accorde toujours aux babeliens quand ils disent qu'un roman est bon. Ce n'est pas qu'il ne soit pas bon, d'ailleurs. Mais je n'ai pas adhéré à cette narration qui s'étire en longueur, ni même aux moments de volupté qui auraient pu relever d'un peu de piment sensuel cette looooongue histoire. Ce n'était peut-être pas le bon moment. Remettons à après-après-demain...
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Chloé Brendlé pour le Magazine Littéraire

    Insupportable : tel est le premier mot qui vient à l'esprit pour caractériser le héros du nouveau roman d'Orhan Pamuk. Kemal Bey, trentenaire, directeur général d'une société d'import-export, fils à papa et homme ... > lire la suite

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Critiques presse (1)


  • Cyberpresse , le 14 juin 2011
    Orhan Pamuk tente un coup difficile et réussit admirablement. D'avoir lancé son roman par une explosion de passion et ensuite de passer des centaines de pages dans le deuil de l'amour, dans l'attente [...] tout en gardant le rythme du livre, c'est tout un exploit.
    Lire la critique sur le site : Cyberpresse

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Citations et extraits

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  • Par Cath36, le 10 juillet 2011

    En réalité, nul ne sait lorsqu'il le vit qu'il s'agit là du moment le plus heureux de sa vie. Lors de grands moments d'allégresse, certains peuvent sans doute penser (et affirmer) en toute bonne foi que c'est "maintenant" qu'ils vivent ce moment en or de leur existence. Cependant, dans un coin de leur tête, ils croient qu'ils vivront encore un nouveau bonheur, plus grand, plus beau que celui-ci. Car de même que personne (notamment dans son jeune âge) ne pourrait poursuivre sa vie en pensant que dorénavant tout ira de mal en pis, quiconque ayant obtenu un bonheur assez grand pour se dire que c'était le moment le plus heureux de sa vie reste assez optimiste pour envisager un bel avenir.
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  • Par Cath36, le 12 juillet 2011

    Hormis les scènes d'amour impudiques et les interprétations qui risquaient de froisser les susceptibilités concernant l'islamisme, Atatürk, l'armée kurde, les hommes de religion, le président de la République, les Kurdes, les Arméniens, les Juifs et les Grecs, le cinéma était libre, selon Hayal Hayati.Mais il savait bien que cela n'était pas vrai et il le disait parfois en riant. Car depuis un demi-siècle, les membres de la Commission de censure avaient pris l'habitude de frapper d'interdiction pour toutes sortes de motifs non seulement les sujets prohibés par la volonté de l'Etat et gênants pour les dirigeants mais également tous les films qu'ils trouvaient trop abrupts ou pas à leur goût, et ils prenaient un réel plaisir à user de ce pouvoir à leur guise et avec humour, comme le faisait remarquer Hayal Hayati.
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  • Par Cath36, le 12 juillet 2011

    Loin de Füsun, je perdais toute sérénité, le monde se transformait à mes yeux en une énigmatique charade. En voyant Füsun, j'avais l'impression que toutes les pièces du puzzle se remettaient instantanément en place et, me souvenant combien le monde était un endroit plein de sens et de beauté, je soufflais à nouveau.
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  • Par Cath36, le 10 juillet 2011

    Cüney Bey était quelqu'un que mon père appréciait beaucoup et c'est davantage par jalousie que pour des raisons morales qu'il critiquait cet homme qui était d'un seul coup passé du secteur du prêt à celui de l'industrie en rachetant pour une bouchée de pain les biens et les usines des Juifs et des Grecs envoyés en camp de travail pour ne pas avoir pu payer l'impôt sur la fortune auquel l'Etat avait assujetti les minorités pendant la Seconde Guerre mondiale.
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  • Par Cath36, le 15 juillet 2011

    Plus qu'un simple signe me rappelant la beauté de l'instant que j'avais vécu, ces objets étaient aussi devenus pour moi une partie intégrante de cet instant. Les boîtes d'allumettes que j'expose dans le musée de l'Innocence, par exemple... Chacune d'elles avait été touchée par Füsun et s'était imprégnée de l'odeur de sa main mêlée à de subtils effluves d'eau de rose. Lorsque je me retrouvais dans l'appartement de l'immeuble Merhamet et m'emparais de ces boîtes d'allumettes comme je le faisais de chacun des autres objets exposés dans mon musée, je revivais naturellement le plaisir que j'avais eu à être assis à la même table que Füsun et à croiser son regard.
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