ISBN : 2070733165
Éditeur : Gallimard (1993)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 157 notes) Ajouter à mes livres
Je ne retrouverai jamais dans mon ressassement même que l'ultime reflet d'une parole absente à l'écriture, le scandale de leur silence et de mon silence : l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie. Georges Perec remonte ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Labyrinthiques, le 13 octobre 2011

    Labyrinthiques
    « Cette brume insen­sée où s'agitent des ombres,
    Com­ment pourrais-je l'éclaircir ?
    Ray­mond Que­neau », p.11
    Il est des livres qui, après les avoir refer­més, les avoir ran­gés sage­ment sur le rayon de votre biblio­thèque, vous laissent tran­quille, indemne, neutre : ce sont par­fois de bons livres, vous pou­vez y avoir passé un bon moment, avoir vécu de grandes émotions… oui mais voilà, vous repre­nez la route de la vie et déjà l'empreinte de ces livres s'efface et un beau jour, sans s'en rendre compte, le livre retourne dans l'oubli.
    W ou le sou­ve­nir d'enfance de George Perec, je le sais, ne sera pas pour moi de ces livres-là. Ce livre ne m'a pas laissé indemne, bien au contraire il m'a ren­con­tré, tou­ché, tri­turé, ému (à tel point qu'il m'a vrai­ment été dif­fi­cile de rédi­ger ce billet)… nous nous sépa­rons — eh oui j'ai appris qu'on ne pou­vait pas rési­der dans le livre, juste s'y abri­ter un ins­tant – et cha­cun se sépare avec une trace de l'autre. Alté­rés, le livre et le lecteur.
    Main­te­nant j'aimerais en par­ler, mais com­ment ? Com­ment en par­ler sans en révé­ler l'essentiel secret. Cet essen­tiel qu'il faut décou­vrir par soi-même au cours de la lec­ture, ce secret qui est l'intersection cen­trale du livre et qui par défi­ni­tion est intra­dui­sible, intrans­mis­sible. J'ai du me résoudre moi aussi à outre­pas­ser cette apo­rie, cet indi­cible pour venir vous en par­ler un peu.
    * * *
    « “Je n'ai pas de sou­ve­nirs d'enfance” : je posais cette affir­ma­tion avec assu­rance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette ques­tion. Elle n'était pas ins­crite à mon pro­gramme. J'en étais dis­pensé : une autre his­toire, la Grande, avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps. » p.17
    W ou le sou­ve­nir d'enfance est un roman que l'on peut ran­ger, mal­gré son titre étrange, dans le rayon des auto­bio­gra­phies. Et c'est vrai, à mon sens, que ce récit est une des plus belles auto­bio­gra­phies que j'ai pu lire. Enfin ! Une auto­bio­gra­phie… Je ne trouve pas ce terme exact, il y a bien quelque chose comme un récit qui retrace sa vie, mais ce n'est pas, à pro­pre­ment parlé, le motif prin­ci­pal du livre.
    Ce livre est plu­tôt le dif­fi­cile et pudique che­mi­ne­ment d'un sou­ve­nir qui se dévoile, qui perce la dou­leur qui le cache, qui voit le jour comme un nou­veau né. Un sou­ve­nir comme une dou­leur sur laquelle on ne peut pas mettre de mots et qu'il faut accou­cher, cou­cher, par d'habiles détours, par une dis­tance assu­mée et maî­tri­sée, par des rac­cour­cis qui n'en sont pas (ces rac­cour­cis que l'on emprunte pour ral­lon­ger le temps, soit que l'on prenne plai­sir au voyage, soit que l'on n'est pas pressé d'arriver à son terme et d'y retrou­ver ce qui nous y attend).
    (Je vou­drais ouvrir une paren­thèse sur ce genre qu'est l'(auto)biographie. A priori, c'est un genre qui m'intéresse peu, non que je ne dés­in­té­resse de la vie des écri­vains ou des per­son­nages célèbres, mais je trouve sou­vent ces livres mal­adroits, mal écrits, trop sou­vent jour­na­lis­tiques : on suit le récit, chro­no­lo­gique ou non, d'un JE nar­cis­sique à tra­vers les méandres de sa propre his­toire. L'auteur, sou­vent, essaye d'y ins­crire les événe­ments, les influences qui ont inflé­chit les orien­ta­tions de sa vie, de trans­mettre ses ensei­gne­ments de la vie aux­quels il est dif­fi­cile d'adhérer, par­fois on y trouve de la pudeur, sou­vent peu de dis­tance. Ces chutes dans le ruis­seau : sans doute de la faute à Rousseau.
    A mon sens ceux qui réus­sissent leur auto­bio­gra­phie (heu­reu­se­ment il y en a quand même) sont ceux qui ont com­prit que gra­phie vou­lait dire écrire et non lire. Écrire, décons­truire, ima­gi­ner, sa propre his­toire plu­tôt que de la lire, de la construire. L'auteur écrit. le lec­teur lit. Ça peut paraître une tri­viale lapa­lis­sade mais songez-y en lisant la pro­chaine œuvre autobiographique.)
    Avec W ou le sou­ve­nir d'enfance Perec ne fait pas une simple lec­ture de sa propre vie mais écrit ou réécrit véri­ta­ble­ment une his­toire. Il écrit son his­toire avec pour maté­riaux deux trames nar­ra­tives tota­le­ment enche­vê­trées, l'une fic­tive, l'autre bio­gra­phique. Ces deux his­toires enche­vê­trées sont elle-même divi­sées en deux récits (dif­fé­rence de tem­po­ra­lité, chan­ge­ment de mode nar­ra­tif avec la dis­pa­ri­tion de Win­ck­ler dans la seconde par­tie) qui sont eux-mêmes par­fois scin­dés en deux par un habile jeu de ren­vois de notes en fin de cha­pitre… tout ceci donne un peu l'effet de pou­pées gigognes, ou de pelures d'oignon qu'il fau­drait enle­ver une à une pour arri­ver à l'essentiel. Tout cela pour retar­der, pour ralen­tir la nar­ra­tion, pour en signi­fier la rébel­lion obstinée.
    L'histoire fic­tive, je n'en dis que deux mots ici. Elle est à l'origine ima­gi­née par Perec enfant et réin­ves­tit par Perec écri­vant sa bio­gra­phie. Elle se divise en deux par­ties sépa­rées par cette rupture : « (…) ».
    La pre­mière par­tie com­mence comme une enquête poli­cière, avec un nar­ra­teur, un por­teur d'énigme, une dis­pa­ri­tion et se finit sur la soli­tude du nar­ra­teur face à l'énigme : « Mais c'était une ques­tion, désor­mais, à laquelle je pou­vais seul répondre… » à laquelle répondent des points de sus­pen­sion «(…)». Ellipse, dis­pa­ri­tion ? Quoiqu'il en soit le nar­ra­teur dis­pa­raît. La seconde his­toire se pour­suit dans une île qui a donné son nom au roman « W ». Dans cette île : on assiste à la des­crip­tion d'une société entiè­re­ment tour­née vers un Olym­pisme poussé à son extrême limite. Ne vou­lant pas trop déflo­rer le roman, je don­ne­rais juste un équi­va­lent ciné­ma­to­gra­phique : on “dirait” que ça com­mence comme Les Dieux du Stade de Leni Rie­fens­tahl et que ça glisse len­te­ment, comme un très long fondu enchainé, sur Nuit et brouillard d'Alain Resnais. le fondu tombe alors comme une trouée dans le brouillard et l'horreur que l'on sen­tait poindre alors sur­gît. Je donne cette mal­adroite com­pa­rai­son pour mettre en évidence le glis­se­ment esthé­tique et sty­lis­tique de cette fic­tion. le ton y est péremp­toire, on y parle règle­ment, orga­ni­sa­tion, com­pé­ti­tion, châ­ti­ment… nulle place pour le doute ici, tout y est univoque.
    Entre ces cha­pitres fic­tifs, s'insèrent ceux qui montrent Perec dans sa petite enfance… Sou­ve­nirs recons­truits le plus sou­vent à par­tir de pho­tos, d'éléments épars, des bribes de sou­ve­nirs dont il doute au fur et à mesure qu'il les fait remon­ter à la sur­face. Il y a une réti­cence visible à énon­cer les phrase. Cepen­dant au milieu de ces détails qui essayent de refaire sur­face, figurent deux textes très courts, écrits quinze ans plus tôt, qui retracent briè­ve­ment la vie et la mort de ses parents. Ces deux textes qui pour­raient être une manière un peu bru­tale d'énoncer le sou­ve­nir de la mort de ses parents sont, là encore, ralen­tis, hachés par les 26 ren­vois situés à la fin du cha­pitre (com­men­taires a pos­te­riori, extrait de journal…)
    Ces deux his­toires, comme deux tableaux for­mant un dip­tyque, on les découvre comme si Perec sou­le­vait len­te­ment, au fil du livre, le drap qui les recouvre, mon­trant ici ou là un détail qui répond à un autre dans l'autre tableau, ici une ques­tion, là une réponse. Perec à son habi­tude par­sème son récit de détails, de signes, de sym­boles (comme l'explication du W fic­tif par la croix, le X qui sous sa plume se trans­forme en cru­ci­fix, en croix gam­mée et en XX chez Cha­plin dans lequel on aper­çoit, comme flouté, le W), de réfé­rences (de tête par exemple Mel­ville avec Moby Dick et Bart­leby), de digres­sions, etc.. Cet essai­mage de détails, cet écla­te­ment du sens pro­voque un effet de dis­tan­cia­tion, de pudeur assu­mée… Ce voile, cette brume masque évidem­ment la dis­pa­ri­tion essen­tielle du dip­tyque. A la fin, ce dévoi­le­ment s'accélère sur la der­nière par­tie et Perec, d'un coup sec, dévoile le dip­tyque dans les toutes der­nières pages (qu'il ne faut vrai­ment pas lire avant la fin).
    Au final ce pro­cédé, cette jux­ta­po­si­tion entre le réel et le fic­tif, le recons­truit et le décons­truit, entre la mémoire et l'imagination, chaque par­tie impri­mant légè­re­ment sur l'autre, en fili­grane, comme des pho­tos qui auraient été sur­im­pri­mées, ce pro­cédé per­met à Perec de dépas­ser son apo­rie : dire l'indicible, la dou­leur, l'imprononçable, l'horreur, et mieux que cela, la trans­mettre au lecteur.

    Lien : http://www.labyrinthiques.net/2008/10/18/w-ou-le-souvenir-denfance-g..
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    • Livres 5.00/5
    Par Petitebijou, le 18 avril 2011

    Petitebijou
    A travers l'écriture de ces deux textes inextriquablement mélés, l'un fictionnel l'autre autobiographique, Georges Perec n'en finit pas de nous parler du thème de La Disparition qui hante toute son oeuvre, de la mémoire décomposée et recréée pour mieux nous faire cerner le destin singulier d'un homme qui s'inscrit dans le destin universel de l'humanité. Par ce procédé alternance autobiographie/fiction, il parvient à aller au-delà des anecdotes pour mieux approcher ce qui fait de chacun de nous un être singulier et pluriel. Un livre poignant par ce qu'il dit et par ce qu'il ne dit pas.
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    • Livres 5.00/5
    Par solasub, le 21 janvier 2012

    solasub
    J'adore Perec, et ce n'est pas pour une fois une hyperbole. C'est certainement l'auteur avec qui je rentre le plus totalement et systématiquement en "connexion", dans une relation d'empathie extraordinaire, que ce soit par l'humour, l'intelligence partagée ou, comme c'est le cas pour W , par le bouleversement, au sens fort. J'ai pleuré la première fois que j'ai lu W, et l'émotion reste intacte et résiste même à l'analyse, ce qui est rare (parfois, je me dis que mon travail de prof de Lettres est un travail de destruction des textes, destruction de leur étrangeté, mystère, plaisir, opacité...)
    Et pourtant, malgré Les Choses terribles qui se disent ici (qui se disent malgré tout), pas de pathétique, de mélo, de complaisance. Ce texte, un des plus terribles, des plus intimes qu'il m'ait été donnés à lire, est aussi un des plus pudiques et élégants. C'est d'ailleurs dans cette tension que naît le bouleversement. C'est aussi un chef d'œuvre narratif, qui joue sur les codes du roman d'aventure, et dont la structure alternée constitue une expérience de lecture nouvelle et fascinante.

    «C'est cela que je dis, c'est cela que j'écris et c'est cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace, et dans les lignes que ces mots dessinent, et dans les blancs que laisse apparaître l'intervalle entre ces lignes […], je ne retrouverai jamais, dans mon ressassement même, que l'ultime reflet d'une parole absente à l'écriture, le scandale de leur silence et de mon silence : je n'écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps auprès de leur corps ; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture ; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.»
    Il faut lire W ou le souvenir d'enfance. Il faut se souvenir de Perec.

    Lien : http://solasubnocte.blogspot.com/2010/06/je-me-souviens-de-perec.html
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 18 avril 2011

    cicou45
    Dans cet ouvrage, on découvre tout le génie de Pérec. En effet, dans ce récit croisé où s'entremêlent à la fois une œuvre de fiction (un chapitre sur deux) et un récit autobiographique, l'auteur nous époustoufle. Dans la première partie du roman (la fiction), Pérec nous entraîne sur l'île de W où le sport est Roi et le héros, Gaspard Winckler doit alors affronter son ; passé qu'il croyait avoir oublié et enfoui au plus profond de sa mémoire. Dans la seconde partie, l'autobiographie, c'est l'auteur lui-même qui doit affronter ses propres «fantômes». Ayant perdu ses parents très jeunes à cause de la guerre, Pérec nous montre ici la dure réalité de la vie, réalité que le personnage de fiction tente de fuir dans l'île idéalisée de W mais qui finalement finira elle aussi par se dégrader.
    A travers ce récit, Pérec tente-il d'oublier les injustices sociales, raciales et autres de la vie ? Je ne le pense pas. Au contraire, il essaie de s'y résoudre et de les accepter telles qu'elles sont.
    Superbe prouesse accomplie par l'auteur dans cet ouvrage qui se doit d'être découvert.
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    • Livres 4.00/5
    Par rabelais, le 23 février 2011

    rabelais
    a travers une histoire d'un délire de compétition, d'une existence bâtie autour de la recherche de la performance et de la domestication des corps, se jouent la mort, l'exercice effrayant d'un pouvoir dont la finalité est la domination totale sur les individus dont la soumission conduit à l'extermination. En même temps, c'est l'histoire de l'enfant Perec, réfugié dans le vercors, qui, au retour à Paris fera l'inconsolable constat de l'absence de parents à jamais disparus.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    I

    J'ai longtemps hésité avant d'entreprendre le récit de mon voyage à W. Je m'y résous aujourd'hui, poussé par une nécessité impérieuse, persuadé que les événements dont j'ai été le témoin doivent être révélés et mis en lumière. Je ne me suis pas dissimulé les scrupules - j'allais dire, je ne sais pourquoi, les prétextes - qui semblaient s'opposer à une publication. Longtemps j'ai voulu garder le secret sur ce que j'avais vu ; il ne m'appartenait pas de divulguer quoi que ce soit sur la mission que l'on m'avait confiée, d'abord parce que, peut-être, cette mission ne fut pas accomplie - mais qui aurait pu la mener à bien ? - ensuite parce que celui qui me la confia a, lui aussi, disparu.
    Longtemps je demeurai indécis. Lentement j'oubliais les incertaines péripéties de ce voyage. Mais mes rêves se peuplaient de ces villes fantômes, de ces courses sanglantes dont je croyais encore entendre les mille clameurs, de ces oriflammes déployées que le vent de la mer lacérait. L'incompréhension, l'horreur et la fascination se confondaient dans ces souvenirs sans fond.
    Longtemps j'ai cherché les traces de mon histoire, consulté des cartes et des annuaires, des monceaux d'archives. Je n'ai rien trouvé et il me semblait parfois que j'avais rêvé, qu'il n'y avait eu qu'un inoubliable cauchemar.
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  • Par Petitebijou, le 18 avril 2011

    Je ne sais pas si je n'ai rien à dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce que j'aurais à dire n'est pas dit parce qu'il est l'indicible (l'indicible n'est pas tapi dans l'écriture, il est ce qui l'a bien avant déclenchée) ; je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d'un anéantissement une fois pour toutes.
    C'est cela que je dis, c'est cela que j'écris et c'est cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace, et dans les lignes que ces mots dessinent, et dans les blancs que laisse apparaître l'intervalle entre ces lignes : j'aurai beau traquer mes lapsus (par exemple, j'avais écrit "j'ai commis", au lieu de "j'ai fait", à propos des fautes de transcription dans le nom de ma mère), ou rêvasser pendant deux heures sur la longueur de la capote de mon papa, ou chercher dans mes phrases, pour évidemment les trouver aussitôt, les résonances mignonnes de l'Oedipe ou de la castration, je ne retrouverai jamais, dans mon ressassement même, que l'ultime reflet d'une parole absente à l'écriture, le scandale de leur silence et de mon silence : je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps ; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture : leur souvenir est mort à l'écriture ; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.
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  • Par Couperine, le 03 décembre 2010

    Il y a deux mondes, celui des Maîtres et celui des esclaves. Les Maîtres sont inaccessibles et les esclaves s’entre-déchirent. Mais même cela, l’Athlète W ne le sait pas. Il préfère croire à son Étoile. Il attend que la chance lui sourit. Un jour, les Dieux seront avec lui, il sortira le bon numéro, il sera celui que le hasard élira pour amener jusqu’au brûloir central la Flamme olympique, ce qui, lui donnant le grade de Photophore officiel, le dispensera à jamais de toute corvée, lui assurera, en principe, une protection permanente. Et il semble bien que toute son énergie soit consacrée à cette seule attente, à ce seul espoir d’un miracle misérable qui lui permettra d’échapper aux coups, au fouet, à l’humiliation, à la peur. L’un des traits ultimes de la société W est que l’on y interroge sans cesse le destin : avec de la mie de pain longtemps pétrie, les Sportifs se fabriquent des osselets, des petits dés. Ils interprètent le passage des oiseaux, la forme des nuages, des flaques, la chute des feuilles. Ils collectionnent des talismans : une pointe de la chaussure d’un Champion Olympique, un ongle de pendu. Des jeux de cartes ou de tarots circulent dans les chambrées : la chance décide du partage des paillasses, des rations et des corvées. Tout un système de paris clandestins, que l’Administration contrôle en sous-main par l’intermédiaire de ses petits officiels, accompagne les Compétitions. Celui qui donne dans l’ordre, les numéros matricules des trois premiers d’une Épreuve olympique a droit à tous leurs privilèges ; celui qui les donne dans le désordre est invité à partager leur repas de triomphe.
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  • Par Couperine, le 03 décembre 2010

    Celui qui pénétrera un jour dans la Forteresse n’y trouvera d’abord qu’une succession de pièces vides, longues et grises. Le bruit de ses pas résonnant sous les hautes voûtes bétonnées lui fera peur, mais il faudra qu’il poursuive longtemps son chemin avant de découvrir, enfouis dans les profondeurs du sol, les vestiges souterrains d’un monde qu’il croira avoir oublié : des tas de dents d’or, d’alliances, de lunettes, des milliers et des milliers de vêtements en tas, des fichiers poussiéreux, des stocks de savon de mauvaise qualité…
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  • Par cathcor, le 31 mars 2012

    J'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leurs corps. J'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture, leur souvenir est mort à l'écriture. L'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.
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L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec Lu par Valérie Bonneton Émission spéciale lectures au théâtre du Rond-Point A l’occasion des fêtes de Noël, France 5 propose une émission exceptionnelle de "La Grande Librairie" le 22/12/2011, enregistrée en public au théâtre du Rond-Point. De grands comédiens viennent lire, sur scène, quelques-uns des textes les plus beaux et les plus savoureux de la littérature classique et contemporaine. Des livres, des voix et beaucoup d’humour pour donner envie de lire ou de relire...








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