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ISBN : 2290121495
Éditeur : J'ai Lu (2016)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 1662 notes)
Résumé :


Phèdre, ce chef-d’oeuvre incontestable, pense-t-on encore qu'il n'en fut pas de plus contesté que celui-là ? « Faire un inceste en plein théâtre ! » s'indigne Pradon, rival malheureux de Racine devant la postérité. Phèdre « n'est ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente », proteste l'auteur.

Car elle est tout entière habitée par cette passion - sourde, aveugle, déraisonnable, exacerbée par sa déraison même - qu'elle entretient... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (78) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B28 avril 2014
  • Livres 4.00/5
Cette pièce ? Quel style, mes aïeux ! quel style !
Quel superbe dompteur de vers indociles !
À l'aide ! à l'aide ! Les vers me dévorent !
Ils m'habitent, ils me creusent mais je les adore.
Ils durent emprunter l'allée connue de moi
Qui conduit du livre jusqu'à mon tendre émoi.
Aux armes ! aux armes ! On veut m'assassiner !
Mieux qu'une flèche que je ne puis dessiner,
Mieux qu'une lance, mieux qu'un glaive, trépasser
Aux charmes de ce style, sans jamais m'en lasser.
Encore ! encore ! Mon âme crie : « Encore ! »
Et mon cœur que mon corps ne sait plus guère enclore
S'avoue si bien vaincu par le stylet du style,
Que le roc de sa chair est devenu ductile.
Vous me voyez figer, mon corps s'enracine
Si vous coupez mes ailes, si vous m'ôtez Racine.
À Paris, au pays de France, au français,
Les vers de Racine, les tragédies qu'on sait,
Manqueraient autant qu'Eiffel et sa tour d'acier
Si par malheur, vous les lui retirassiez.
La pièce, lue jadis et jadis aimée,
Et encore lue ce jour et ce jour, adorée...
Assez parlé ! Quel décor ? quel scénario ?
Pas de scène à New York, aucune scène à Rio.
Ici, Phèdre, follement, aime Hippolyte,
Le fils du grand Thésée, son légitime époux,
Lequel vieux héros n'enflamme plus le pouls
De sa compagne, dont l'amour se délite.
Redoutant que son inclination la trahisse,
Phèdre s'ingénie à éloigner son beau-fils.
Elle met toute sa haine et tout son art ici.
Hippolyte, lui, ne rêve que d'Aricie.
Soudain, la nouvelle dit que Thésée est mort.
Phèdre alors pense qu'elle peut aimer sans remord
Et se déclare, sans pudeur hypocrite,
Au très sombre et très vertueux Hippolyte.
Stupeur, horreur, tout cela le laisse interdit,
Il n'arrive pas à croire qu'on le perdît
Pour un amour faux et qu'il n'a point consenti.
Serait-ce donc vrai tout ce qu'elle a ressenti ?
Quoi ? Qu'annonce-t-on maintenant ? Voilà Thésée ?
« Bonjour ma femme, mon fils. Quoi ? Vous vous taisez ? »
Quel étrange accueil, remarque le vieux héros.
Quelles foudres ? Quels dommages collatéraux
Attendre de Thésée lorsque la fourbe Œnone
Lui dira des mensonges avec l'air des nones ?
Qui croira-t-il mieux, de son fils ou de Phèdre ?
Lequel de ces êtres aura-t-il peur de perdre ?
C'est ce qu'à présent je ne veux plus vous dire ;
Je vous veux laisser jouir, vous la laisser lire.
Et des critiques en vers, peut-être je vous lasse,
La dernière, je crois, était pour Ruy Blas.
Rassurez-vous cet avis creux, cette glose,
Cette fantaisie n'est vraiment pas grand-chose.
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LydiaB
LydiaB13 juin 2014
  • Livres 5.00/5
Je ne me lasse pas de lire et de relire cette pièce de Racine, que je considère comme étant le plus grand écrivain français de tragédies. Il met en scène une femme amoureuse de son beau-fils. Si le sujet est tabou, Racine voulait ainsi prouver qu'un grand dramaturge pouvait faire passer le pire des meurtriers en victime. Il va ainsi s'attacher à la psychologie des personnages. Phèdre, "fille de Minos et de Pasiphaé" (tout est dit par cet admirable vers : petite-fille du Soleil, elle ne peut déroger aux valeurs et aux règles) est délaissée par son mari, Thésée qui, soit dit en passant, part en guerre tous les quatre matins et a plus de maîtresses que de jours dans la semaine. Celui-ci a un fils, Hippolythe, né d'une première union avec une Amazone. Phèdre s'est attachée à le rejeter, à être odieuse avec lui afin que Vénus lui ôte ce cadeau empoisonné de son coeur. Mais elle se meurt, soucieuse de cette faute indigne de son rang. Elle se confie à Oenone, sa nourrice et confidente. Lorsque le bruit court que Thésée est mort, Phèdre ne peut s'empêcher de dire ses sentiments à son beau-fils. Alors qu'on pouvait s'attendre à une réaction violente de sa part, ce dernier se montre peu dynamique et prend seulement la décision de partir. On voit déjà qu'il n'est qu'au second plan pour le dramaturge. Toutes ses répliques convergent vers le "excusez-moi". de ce fait, le lecteur ou le spectateur aura de l'empathie envers Phèdre, dont le pathos arrive à son apogée. Soudain, coup de théâtre, on annonce que Thésée est revenu à la vie (dans les tragédies classiques, les Dieux manipulent les humains. Il n'est donc pas rare qu'il y ait ainsi des résurrections). Phèdre est perdue : elle a avoué son amour et imagine bien que son mari va l'apprendre. Oenone, qui brille par sa dévotion, encourage sa maîtresse à mentir et à inverser les rôles. Ce que ne peut faire Phèdre...

Racine a emprunté ici le sujet à Euripide et ne s'en est pas caché. Mais il a transformé la pièce. Ainsi, Phèdre n'apparaît pas comme odieuse car elle ne semble pas maîtriser la situation : ce n'est pas par sa propre volonté qu'elle est tombée amoureuse mais par celle de Vénus. Hippolyte a une grandeur d'âme (chez Euripide, on laissait entendre qu'il avait abusé de sa belle-mère). S'il se laisse faire, c'est pour ne pas accuser sa belle-mère du "crime". Racine met en relief les faiblesses des uns et des autres : dues à l'amour pour l'une, à trop de gentillesse pour l'autre. Finalement, seul Thésée ne remporte pas l'adhésion de la lectrice que je suis. Il apparaît plus ici comme un rustre que comme un guerrier valeureux. Là encore, les faiblesses apparaissent : il peut aller se battre contre tous les monstres de la terre, toute la ville ne parle que de ses conquêtes amoureuses et le fustige...

Avec un style inimitable, des règles contraignantes et une poésie flamboyante, Racine a su mettre en scène un thème qui, finalement se résume à peu de choses : une belle-mère qui, en cachette, est amoureuse de son beau-fils et qui sera punie non pas d'être passée à l'acte mais seulement de sa mauvaise pensée. Quand on pense qu'il doutera de sa pièce ! Il écrira dans la préface : "(...) je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix." Chapeau bas, Monsieur Racine ! Quelques siècles plus tard, nous nous délectons encore de vos vers !

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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juliette2a
juliette2a02 septembre 2013
  • Livres 4.00/5
Phèdre ou le destin ô combien tragique d'une femme amoureuse de son beau-fils...
Phèdre est une héroïne particulière ; en effet, partagée entre son amour passionné pour Hippolyte, le fils de son mari Thésée (célèbre héros de l'Antiquité), et son rôle de Reine qu'elle se doit d'honorer, elle s'appuie sur sa confidente Oenone pour vaincre son chagrin. Une confession de son amour pour Hippolyte est ainsi inévitable :
"Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler."
Malheureusement, des évènements terribles vont s'abattre à la fois sur la pauvre Phèdre et le bel Hippolyte, les entraînant vers une seule issue possible...la mort.
Phèdre, bien que coupable de son amour incestueux, est aussi innocente aux yeux du lecteur, comme le prouve la dernière scène ô combien intense, mettant en scène une Phèdre devenue une héroïne sublime, au fil des péripéties.
J'ai toujours beaucoup aimé le style de Racine, ses vers en alexandrins toujours aussi splendides à lire, et ses histoires antiques qui permettent de découvrir le destin d'un personnage inoubliable. Tel est le mythe de Phèdre, qui a marqué l'histoire du théâtre puisqu'il est encore aujourd'hui l'une des pièces les plus jouées sur scène, et bien évidemment, l'une des plus célèbres au monde, ou, du moins, en France...
A lire !!

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Sirenna
Sirenna02 octobre 2015
  • Livres 5.00/5
"Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur..."
Déclamer ces vers éternels sur une scène de théâtre,vivre cette passion amoureuse d'une Phèdre qui déclare sa flamme au jeune Hippolyte quel moment transcendant! Aucune femme ne dira jamais aussi bien les affres d'un amour impossible et sans retour.Une Phèdre si lucide,si déroutante,si humaine et pourtant si courageuse dans son suicidaire aveux de ses transports amoureux.
Amoureuse de l'amour qui la détruit,qui la fait souffrir au point de sacrifier tout son être à une soumission extrême:celle d'afficher son désir de fusion à un être qui refuse de la faire exister.Une obsession amoureuse qui n'a pas d'égale,un autisme qui l'enferme dans ce tsunami affectif qui la ronge,la blesse,la maltraite.Seul face à elle-même et à ce sort inéluctable d'aimer un être vide de toute substance passionnelle.Son feu d'amour s'auto alimente du refus de l'objet de sa quête,elle se fane,se délite jusqu'à devenir une immense étendu de larmes et de souffrance.Une héroïne tragique si humaine!
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michfred
michfred07 mars 2015
  • Livres 5.00/5
Phèdre se meurt,Phèdre veut mourir.
Elle se traîne dehors, sous le soleil dont elle descend, pour le voir une dernière fois. Oenone aime Phèdre, elle l'a nourrie, elle la couve avec l'amour dévorant et inconditionnel des nourrices ou des mères. Elle la pousse à parler, à dire ce qui la dévore. Et Phèdre, affaiblie, cède: elle avoue son amour pour Hippolyte, le bel indifférent, voué au culte de Diane,le fils de l'Amazone et.....son beau-fils.
Dès lors, comme si elle avait mis le doigt dans un engrenage, sa parole va l'entraîner à d'autres paroles, à d'autres aveux, la précipitant dans la faute comme le tourbillon jetait Ulysse - de Charybde en Scylla.
Son deuxième aveu, Phèdre l'adresse à Hippolyte lui-même - effarouché, fuyant, n'osant comprendre. Puis elle est entraînée à des mensonges: devant son époux, revenu d'entre les morts contre toute attente, elle accuse son beau-fils d'avoir cherché à la séduire, provoquant la malédiction du fils par le père, et cette parole-là, dans la Grèce des mythes et des monstres, tue plus sûrement qu'un coup d'épée.. Enfin, devant le désastre, Phèdre se livre à un troisième aveu, devant celui-là même qui crée la faute: son époux. Expiant enfin son crime par une mort tragique, elle "rend au jour qu'elle souillait toute sa pureté"...
Jouée devant la cour par les petites pensionnaires de Mme de Maintenon à Saint Cyr, la pièce était si passionnée et jouée avec tant de flamme par ces jeunes filles, que la vieille bigote qui fit révoquer l'édit de Nantes à Louis XIV s'en émut: elle demanda à Racine de ne plus écrire que des pièces chrétiennes, édifiantes.
Cette merveilleuse tragédie jette donc les derniers feux de la passion racinienne. Avec quel éclat!
Les monstres de tout poil, les chevaux fous d'Hippolyte,( celui-qui-lâche-les -coursiers), la mer étincelante où dorment d'un oeil les monstres marins, les sombres paluds infernaux où siège Minos, père de Phèdre et juge aux Enfers, l'ombre terrible du Minotaure, les dédales du labyrinthe où s'étire le fil d'Ariane, leTaureau blanc de Pasiphaé, et surtout le soleil grec, éclatant, écrasant, sans pitié, donnent à cette passion mythique son décor désigné..
Mais Phèdre n'est pas qu'une créature païenne mue par ses sens, manipulée par la vengeance de Vénus qui s'acharne sur tout son sang,elle est aussi cette" chrétienne à qui la grâce a manqué", cette janséniste consciente de ses fautes, honteuse de ce qu'elle est devenue, de ce qu'elle fait ou dit, et qui cherche dans la mort le châtiment que les dieux lui refusent.
Racine est celui qui a le mieux compris la tragédie grecque et qui a su aussi l'adapter aux problématiques de son temps. Avec lui, Phèdre ne prend pas une ride, elle est toujours la puissante incarnation de cet amour-maladie dont parlait déjà Sapho : "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler, je sentis tout mon corps et transir et brûler" mais elle aussi une sorte de Princesse de Clèves sans la volonté, qui a une conscience aiguë du mal qu'elle crée et qu'elle affronte, et qui souffre de son impuissance et de sa déchéance.
Je ne me suis jamais lassée de lire, de relire Phèdre- et je me suis toujours réjouie et émerveillée de la fascination qu'elle exerce sur tous les publics, y compris très jeunes. Tous sensibles à ses images, à sa musique, à sa violence, à son déchirement.
Comme si la qualité exceptionnelle de cette tragédie, malgré les siècles, restait aussi aveuglante que le soleil grec...
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Citations & extraits (218) Voir plus Ajouter une citation
sophie9206sophie920605 janvier 2011
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner.
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone ; et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence.
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SirennaSirenna02 octobre 2015
PHEDRE
Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi−même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le coeur d'une faible mortelle.
Toi−même en ton esprit rappelle le passé.
C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé :
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.
Que dis−je ? Cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois−tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime !
Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi−même !
Venge−toi, punis−moi d'un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois−moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon coeur : c'est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d'expier son offense,
Au−devant de ton bras je le sens qui s'avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m'envie un supplice si doux,
Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête−moi ton épée.
Donne.
+ Lire la suite
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facteur84facteur8428 septembre 2011
PHEDRE
Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le coeur d'une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé.
C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé :
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.
Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr;
Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime !
Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même !
Venge-toi, punis moi d'un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon coeur : c'est là que ta main doit frapper.
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LydiaBLydiaB01 juin 2014
PHÈDRE : On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous,
Seigneur. À vos douleurs je viens joindre mes larmes ;
Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.
Mon fils n’a plus de père ; et le jour n’est pas loin
Qui de ma mort encor doit le rendre témoin.
Déjà mille ennemis attaquent son enfance :
Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense.
Mais un secret remords agite mes esprits :
Je crains d’avoir fermé votre oreille à ses cris ;
Je tremble que sur lui votre juste colère
Ne poursuive bientôt une odieuse mère.

HIPPOLYTE : Madame, je n’ai point des sentiments si bas.
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OtmaOtma02 avril 2016
Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos ;
Et du sein de la terre, une voix formidable
Répond en gémissant a ce cri redoutable.
Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé ;
Des coursiers attentifs le crin hérissé.
Cependant, sur le dos de la plaine liquide,
S'élève à gros bouillons une montagne humide ;
L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçante ;
Tout son cœur est couvert d'écailles jaunissantes ;
Indomptable taureau, dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux.
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec l'horreur voit ce monstre sauvage,
La terre s'en émeut, l'air en est infecté ;
Le flot qui l'apporta recule épouvanté.
Tout fuit ; et sans s'armer d'un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,
Se roule, et leur présente une gueule enflammée
Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.
La frayeur les emporte, et sourds à cette fois,
Ils ne connaissaient plus ni le frein ni la voix ;
En efforts impuissants leurs maîtres se consume ;
Ils rougissent le mort d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.
A travers des rochers la peur les précipite.
L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé ;
Dans les rênes lui-même, il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur. Cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîner par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Ils courent ; tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.
De nos cris douloureux la plaine retentit ;
Ils s'arrêtent non loin de des tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.
J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.
De son généreux sang la trace nous conduit,
Les rochers en sont teints, les ronces dégoutantes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive, je l'appelle, et me tendant la main,
Il ouvre un œil mourant qu'il referme soudain :
"Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.
Prends soin après ma mort de la triste Aricie.
Cher ami, si mon père un jour désabusé
Plaint le malheur d'un fils faussement accusé,
Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive,
Qu'il lui rende..." A ce mot, ce héros expiré
N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré,
Triste objet, où des dieux triomphe la colère,
Et que méconnaîtrait l'œil de son père.


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Videos de Jean Racine (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Racine
Émission "Une Vie, une Œuvre" intitulée « Jean Racine, le caméléon » diffusée le 20 juin 2015 sur France Culture. Invités : Georges Forestier, Alain Viala, Tristan Alonge, Stéphane Braunschweig.
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