> Josée Kamoun (Traducteur)

ISBN : 2070304787
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 3.62/5 (sur 56 notes) Ajouter à mes livres
Dans ce récit à deux voix, Nathan Zuckerman – double de l'auteur – et son vieux professeur remontent le fil d'une mémoire brouillée, celle d'Iron Ringold, celle d'une Amérique plongée dans la tourmente du maccarthysme. C'est le ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 15 novembre 2009

    cprevost
    Philip Roth est un des écrivains états-uniens majeurs de sa génération. Dans sa célèbre trilogie – « Pastorale américaine », « J'ai épousé un communiste » et « la tache » – il rend brillamment compte de l'incidence de l'Histoire sur la vie de ses personnages. C'est en effet toute une réflexion sur l'identité américaine à travers l'histoire des années 1940-1960 qu'il entreprend dans ces trois ouvrages. Dans les grands bouleversements de l'Amérique de l'après-guerre, il rend justices aux individus malmenés par les évènements. Il se penche sur quelques grands moments de la crise de la gauche intellectuelle états-unienne. La vulnérabilité, la fragilité mais aussi l'infini complexité de l'Homme est ici, comme toujours, au centre de l'œuvre de Philip Roth.
    Dans « J'ai épousé un communiste », Nathan Zuckerman écrivain en réclusion volontaire à la campagne, retrouve avec émotion son ancien professeur d'anglais Harry Ringold. Ils évoquent ensemble le passé… le maccarthysme a beau déferler sur l'Amérique au tournant des années cinquante, Ira Ringold, le frère cadet d'Harry, se croit suffisamment fort. Non seulement parce que son appartenance au parti communiste est ignorée, mais aussi parce que l'enfant des quartiers pauvres de Newark, l'ancien mineur au lourd passé, l'ancien combattant, s'est réinventé en Iron Rinn, vedette de la radio, idéale réincarnation de Lincoln, et heureux époux de l'actrice mondaine Eve Frame. Mais c'est compter sans la pression du pouvoir, sans les aléas du désir et de la jalousie, sans la part d'ombre que cachent les êtres. Lorsqu'une politique dévoyée contamine jusqu'à la sphère intime, les contradictions s'exacerbent et la trahison détruit les hommes.
    « J'ai épousé un communiste » est un livre ramassé et dense. Il est pourtant écrit avec un maximum de simplicité. Si le récit embrasse de nombreuses années, le temps lui semble s'y recroquevillé. Cette histoire fait l'effet plutôt d'un bloc compact et infiniment complexe. Les personnages donnent l'impression d'être enserrés dans leur propre histoire. Leur héritage est celui des quartiers pauvres de Newark. Les protagonistes sont pris dans l'étau du maccarthysme qui déferle sur l'Amérique au tournant des années cinquante. Ils sont façonnés par le hasard des rencontres. La narration avec ses retours incessants en arrière donne ce sentiment d'enfermement . Les héros ne sont certes pas déterminés par leur passé, leur environnement et l'Histoire mais leurs déplacements biographiques ne sont pas pour le moins aisés. Atomes d'un solide surchauffé – la société, ils vibrent toujours énormément, ils permutent parfois, corps étrangers, ils peuvent également s'insérer dans des milieux voisins et translater imperceptiblement. La société humaine n'est pas continue, explicable mais apparaît dans ce récit comme granuleuse. C'est ici la mise à jour des sollicitations infinies qui rend justice à l'individu et éclaire ses nécessaires contradictions. Laissons la parole à Nathan Zuckerman : « A présent, parfois quand je me penche sur mon passé, j'ai l'impression que ma vie se ramène à l'écoute d'un discours fleuve. Tantôt la rhétorique en est originale, tantôt plaisante, tantôt en carton-pâte ; tantôt elle est fébrile, tantôt terre à terre ; il lui arrive d'être pointue comme une aiguille, et je l'écoute depuis aussi longtemps que ma mémoire remonte. Ce qu'il faut penser, ce qu'il ne faut pas penser ; ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire ; qui détester, qui admirer ; les causes à embrasser, le moment de s'en émanciper ; ce qui fait jouir, ce qui fait mourir, ce qui est digne d'éloges, ce qui mérite pas qu'on s'y arrête ; ce qui est nuisible, ce qui est de la merde, comment garder l'âme pure ». Faut-il croire O'Day, le militant désintéressé et ascétique luttant pour la dignité de ses frères prolétaires ? Faut-il croire le professeur Léo Glucksman et se consacrer à la sauvegarde des mots et de la production artistique ? Faut-il imiter Harry Ringold, le pédagogue humaniste et lettré ? Faut-il imiter Sylphide misanthrope et tyran ?... Il n'y pas dans ce livre d'explication mais des mises à jour. C'est une œuvre littéraire qui donne vraiment à penser, à penser les tentations contradictoires de l'isolement, de l'engagement, de la morale … « On réussit à s'abstenir de trahir d'un coté, et voila qu'on trahit ailleurs. Parce que le système n'est pas statique. Parce qu'il est vivant. Parce que tout ce qui vit est en mouvement. Parce que la pureté est une pétrification. Parce que la pureté est un mensonge. Parce que sauf à être un parangon d'ascétisme comme Johnny O'Day et Jésus-Christ, on est aiguillonné par des centaines de choses. Parce que sauf à foncer dans la vie en brandissant comme un pieu une vertu ostentatoire, à la manière des Grant, sauf à entretenir le gros mensonge de la vertu ostentatoire pour justifier ce qu'on fait, il faut se demander, à longueur de temps : « Et pourquoi je fais ce que je fais ? » Et il faut se supporter soi même sans connaître la réponse ».
    Philip Roth rend parfaitement compte de la complexité de la vie et c'est ce sujet qui dicte la forme de son roman qui n'est ni vraiment classique, ni vraiment linéaire. Nous progressons dans le temps mais sans jamais négliger les occurrences du passé. Toujours à la frontière de la fiction, l'auteur mêle des aspects autobiographiques à son roman et fait part des impressions éclairantes sur la création littéraire de son alter ego, l'écrivain Nathan Zuckerman : «Rendre la nuance telle est la tâche de l'artiste. Sa tâche est de ne pas simplifier. Même quand on choisit d'écrire avec un maximum de simplicité, à la Hemingway, la tâche est de faire passer la nuance, d'élucider la complication, et d'impliquer la contradiction. Non pas d'effacer la contradiction, de la nier, mais de voir où, à l'intérieur de ses terme, se situe l'être humain tourmenté. Laisser de la place au chaos, lui donner droit de cité. Il faut lui donner droit de citer. Autrement on produit de la propagande, sinon pour un parti politique, un mouvement politique, du moins une propagande imbécile en faveur de la vie elle-même –la vie telle qu'elle aimerait se voir mise en publicité».
    Il est souvent question d'auto fiction avec l'œuvre de Philip Roth. Elle n'a heureusement absolument rien de commun avec le genre littéraire qui se déploie chez nous. Ce n'est pas une vie particulière qui s'étale avec impudeur mais l'expérience, contradictoire, de toute une existence qui se réfléchie. La littérature en pensant la vie nous aide, si nous sommes capable d'une lecture intelligente nous prévient l'auteur, à vivre la notre … rien que cela.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    I married a communist
    Traduction : Josée Kamoun
    "J'ai épousé un communiste", tel est le titre qu'Eve, épouse en instance de divorce d'Ira Ringold, donne à l'ouvrage-vengeance qu'elle fait paraître au beau milieu des années cinquante et du maccarthysme galopant. Immédiatement ou presque, soutenu par les critiques du couple Grant, l'ouvrage s'envole vers la première place des best-sellers du mois.
    C'est qu'il ne fait pas bon être communiste aux Etats-Unis en cet après-guerre suspicieux qui redoute les renseignements soviétiques et voit d'un très mauvais oeil l'URSS se doter, elle aussi, de la bombe nucléaire. Au demeurant, on n'a même pas besoin d'être officiellement encarté pour avoir des ennuis : il suffit d'une rumeur, d'un soupçon ou de simples opinions dites "de gauche" mais non extrémistes.
    Or, communiste, Ira Ringold l'est. Et depuis longtemps. Il peut mentir au tout jeune Nathan Zuckerman et lui garantir qu'il n'a pas sa carte au Parti, le fait est là : Ira est communiste.
    Comme nombre d'activistes des deux camps, Ira n'est pas vraiment devenu communiste : en fait, il n'avait pas de bases et tout juste quelques racines bien malades ; alors, il s'est accroché à une idéologie qui, par ses structures, lui donnait l'illusion de la sécurité familiale qu'il n'avait pas eu la chance de connaître. Eût-il été plus porté sur la chose par l'éducation reçue qu'il serait devenu un fanatique religieux ...
    Fidèle à sa méthode, Philip Roth nous fait revivre cette période troublée de l'Histoire des USA en nous proposant le récit fait par un proche d'Ira - son frère, Murray - des événements qui ont contribué à l'ascension et à la chute de son frère. S'y mêlent les propres souvenirs de Zuckerman qui, alors adolescent, avait été séduit par les idées "progressistes" et la faconde indéniable d'Ira tandis que celui-ci, on peut le penser, voyait dans le garçon le fils qu'il n'avait pas eu.
    Contrairement à "Pastorale américaine", dont la fin abrupte et "ouverte" sans l'être peut faire tiquer son lecteur, "J'ai épousé un communiste" bénéficie d'une construction impeccable qui ne laisse aucun détail au hasard. le seul problème qui se pose touchera celles et ceux qui ne se sont jusque là jamais intéressés (ou alors très peu) à la Guerre froide, au maccarhysme, à Hoover, au communisme et à sa propagande, etc ... dans le contexte très particulier des Etats-Unis, pays super-capitaliste par excellence.
    Je crains personnellement que ceux-là ne se s'ennuient un peu à la lecture de ce roman que, pour ma part, j'ai beaucoup aimé même si aucun de ses personnages, pas même le pauvre Ira, ne possède ni la chaleur rayonnante d'un Seymour Levov, ni l'énergie vengeresse d'un Coleman Silk.
    C'est la seule réserve que j'émettrai. "J'ai épousé un communiste" ne m'a donné qu'une seule envie : persévérer dans Philip Roth. La preuve : je me suis procuré le premier roman où apparaît Zuckerman, "L'Ecrivain des ombres." Je vous tiens au courant. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par vegalia, le 25 décembre 2011

    vegalia
    Philipp Roth écrit des livres foisonnants, difficiles à résumer. A travers les aléas et les désirs d'une famille et d'un groupe d'amis, c'est toute une société américaine qui lutte contre ses démons. Dans ce roman, c'est le communisme et les ravages qu'il peut causer dans les âmes et dans les manières de vivre des communistes et des autres : ceux qui sont contre ce régime.
    Une seule lecture ne pas suffit à découvrir toute la puissance qui se cache derrière les mots lapidaires de Roth.
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    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 15 janvier 2009

    Bunee
    Philip Roth nous fait plonger ici dans un récit à double voix où Murray, vieux professeur d'anglais, relate avec son ancien éleve Nathan l'existence d'Ira dans le tumulte social et politique provoqué par cette immense chasse aux sorcières rouges qu'a été le maccarthysme.
    Ira, petit frère turbulent, enfance brisée, rêve américain dans les yeux, a vadrouillé des mines de zinc aux studios douillets des émissions de radio. Il a vécu la crise, c'est Un homme pétri de certitudes et encarcané dans la vigueur de ses idéologies. Mais il est libre. Etre libre là bas à ce moment là, c'est risquer les listes noires, les bassesses des ambitieux, et, globalement, c'est se mettre hors la société.
    (...)
    http://lelabo.blogspot.com/2006/03/on-ne-saurait-se-passer-des-toiles.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Pierrot, le 15 janvier 2009

    Pierrot
    J'ai épousé un communiste retrace la vie de Iron Rinn, présentateur radio vedette qui va subir de plein fouet le maccarthysme et sa mise au ban de la société américaine des années 50. Mais cette œuvre ne s'arrête pas là. On y trouve aussi : les Etats-Unis au cours des années 30 à 50, une réflexion sur la littérature et sa relation avec le politique et la société, le remord criminel très anti-dostoïevskien, la violence des relations mère-fille, l'antisémitisme et beaucoup d'autres thèmes qui soulèvent le voile sur la part sombre de chacun.
    La construction du roman est elle aussi remarquable. Philip Roth met en place une narration multiple à travers un personnage qui est le double de l'auteur recueillant le témoignage du frère de Iron Rinn. Tout cela donne une œuvre d'une force et d'une qualité que je n'avais pas rencontrées depuis longtemps.
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Citations et extraits

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  • Par cprevost, le 11 novembre 2009

    « Je m’étais fait avoir par moi-même, au cas où tu te poserais la question. Par mes principes. Je peux pas trahir mon frère, je peux pas trahir mon métier, je peux pas trahir les déshérités de Newark. Ah non, pas moi. Moi je ne déserte pas. Moi je ne me défile pas. Que mes collègues fassent ce que bon leur semble, moi je n’abandonne pas ces jeunes Noirs. Alors moi je trahis ma femme. Je fais porter la responsabilité de mes choix par quelqu’un d’autre. C’est Doris qui a porté la responsabilité de mon civisme. C’est elle qui a été la victime de … Ecoute, on ne s’en sort pas. Quand on essaie, comme j’ai tenté de le faire de se départir des illusions flagrantes – la religion, l’idéologie, le communisme – on est encore tributaire du mythe de sa propre bonté. Voila le leurre final, celui auquel j’ai sacrifié Doris.
    « Mais basta, chaque acte produit de la perte dit-il. C’est l’entropie du système
    - Quel système ?
    - Le système moral. ».

    … On réussit à s’abstenir de trahir d’un coté, et voila qu’on trahit ailleurs. Parce que le système n’est pas statique. Parce qu’il est vivant. Parce que tout ce qui vit est en mouvement. Parce que la pureté est une pétrification. Parce que la pureté est un mensonge. Parce que sauf à être un parangon d’ascétisme comme Johnny O’Day et Jésus-Christ, on est aiguillonné par des centaines de choses. Parce que sauf à foncer dans la vie en brandissant comme un pieu une vertu ostentatoire, à la manière des Grant, sauf à entretenir le gros mensonge de la vertu ostentatoire pour justifier ce qu’on fait, il faut se demander, à longueur de temps : « Et pourquoi je fais ce que je fais ? » Et il faut se supporter soi même sans connaître la réponse.
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  • Par cprevost, le 05 février 2011

    « La politique est la grande génératrice et la littérature la grande particularisatrice, et elles sont dans une relation non seulement d’inversion mais aussi d’antagonisme… Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature. »
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  • Par Morriszapp, le 03 janvier 2010

    Tous furent remarquables à mes yeux, chacun à sa manière, personnalités avec lesquelles se colleter, mentors qui incarnaient ou épousaient des idées puissantes et qui m’enseignèrent les premiers comment naviguer dans le monde, avec ses exigences. Des pères adoptifs, dont je dus me défausser au fur et à mesure, avec leur héritage, qui durent disparaître pour permettre d’accéder à l’état d’orphelin absolu, l’âge d’homme. Celui où on se retrouve livré à soi-même au cœur du problème. (p. 301)
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  • Par baboitte, le 20 février 2011

    Maintenir le particulier en vie dans un monde qui simplifie et généralise, c'est la bataille dans laquelle s'engager.
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  • Par Morriszapp, le 03 janvier 2010

    « Dans la société humaine, disait-il, penser est la transgression la plus radicale. […] La pensée critique, voilà la subversion absolue » (p. 15)
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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Philip Roth Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.








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