> Josée Kamoun (Traducteur)

ISBN : 2070417360
Éditeur : Gallimard (2001)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 76 notes) Ajouter à mes livres
La vie de Seymour Levov ressemble à un cliché noir et blanc des années cinquante, un portrait de famille figé dans le bonheur. Petit-fils d'immigré juif parfaitement assimilé à l'american way of life, une réussite sociale exemplai... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Après trente-six ans, Zuckerman l'écrivain retrouve Seymour Levov dit " le Suédois ", l'athlète fétiche de son lycée de Newark.
    Toujours aussi splendide, Levov l'invincible, le généreux, l'idole des années de guerre, le petit-fils d'immigrés juifs devenu un Américain plus vrai que nature. le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New Jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d'érables centenaires: la pastorale américaine. Mais la photo est incomplète: car, hors champ, il y a Merry ; la fille rebelle.
    Et avec elle surgit, dans cet enclos idyllique, le spectre d'une autre Amérique en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang... Passant de l'imprécation au lyrisme, du détail au panorama, sans jamais se départir d'un fond de dérision, le dernier roman de Philip Roth est une somme qui, dans son ambiguïté vertigineuse, restitue l'épaisseur de la vie et les cicatrices intimes de l'Histoire.
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    • Livres 2.00/5
    Par medsine, le 30 janvier 2012

    medsine
    La pastorale américaine est l'histoire tragique d'une famille juive américaine du New-Jersey (encore et toujours Newark chez Philip Roth) sur trois générations.Le grand-père Levov, gantier self-made-man à l'américaine s'est imposé à force de travail comme un des tout premiers fabriquants de gants de luxe de l'est des États-Unis et à transmit à son fils aîné, "le Suédois", sa brillante réussite et son esprit d'entreprise. Ce dernier a incarné encore davantage le succès de la famille grâce à son physique d'Apollon, sa brillante réussite sportive à l'université et pour avoir épousé Miss New-Jersey 1949. Mais son frère Jerry n'est déjà plus sur cette voie pavée d'or. Bien qu'il ait,lui aussi, réussi sa carrière en devenant un brillant chirurgien, il est surtout reconnu par son père et son frère comme un éminent spécialiste des divorces. C'est la première "tâche" de la famille.La tragédie se révèlera complètement par la dernière génération. La fille du Suédois, Merry, commettra l'irréparable sous les yeux impuissants de son père qui refuse de voir le naufrage de sa fille.J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre qui m'a paru trop long et répétitif. Pourtant fan des livres de P. Roth (La tâche, Le complot contre l'Amérique, Le complexe de Portnoy...), ce livre ne m'a pas emballé à cause de son faux-rythme. Il y a un changement de narration au début du livre qui m'a laissé perplexe. Le narrateur présent dans le début de l'histoire disparait subitement et on ne sait plus si on est dans sa tête, si cette histoire est réelle ou n'est qu'un rêve. Un destin tragique d'une famille qui s'effrite puis se désaggrège complètement.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 octobre 2008

    Woland
    American Pastoral
    Traduction : Josée Kamoun
    Peu de personnages de papier et d'encre atteignent, en littérature, le degré d'humanité qui est celui du héros de ce livre, Seymour Levov, dont la traduction française de l'ouvrage de Philip Roth nous garantit que son prénom, Seymour, rime avec "amour." Au contraire du Coleman Silk de "La tache" par exemple qui, en vrai battant, est capable d'accommodements terribles avec le ciel pour garantir sa survie dans une Amérique multi-ethnique, Seymour Levov est incurablement bon et, par là même, cherche toujours à faire plaisir à ceux qu'il aime - au détriment de son propre bonheur et de ses goûts personnels.
    Il n'y a guère que pour son premier mariage, avec une Irlandaise catholique prétendante au titre de Miss New Jersey, qu'il ne suit pas tout-à-fait la voie que souhaitait lui voir emprunter son père. Car Seymour, comme les héros de Philip Roth, est né juif.
    De son héritage sémite, son physique n'a pourtant retenu aucun trait : grand, blond aux yeux bleus, les traits réguliers, l'allure athlétique du joueur de base-ball made in America, il s'est d'ailleurs vu surnommer très jeune "le Suédois" par ses condisciples - et le surnom lui est resté.
    Nathan Zuckerman, s'entretenant avec lui autour d'une bonne table au tout début du livre, non seulement l'appelle mais le voit toujours ainsi, comme le séduisant "Suédois" dont tout le monde savait déjà, alors qu'il n'avait pas dix ans, que la vie lui sourirait jusqu'à l'Eternité.
    Pourtant, au fur et à mesure que Zuckerman s'enfonce au coeur du destin du Suédois, il va découvrir que les beaux sourires du Destin n'étaient que des leurres et que les cartes distribuées au Suédois étaient faussées pratiquement dès sa naissance.
    Tout s'est joué pendant son premier mariage, une parfaite réussite tout d'abord, l'union de deux jeunes gens beaux et charismatiques, couronnée par la naissance d'une adorable petite fille, mais qui, à l'adolescence de celle-ci dans une Amérique divisée par la question du Viêt-nam, va virer au cauchemar ...
    Ce livre dense et superbement écrit m'a maintes fois donné ces sensations à la fois exaltantes et angoissantes que l'on ressent lorsqu'on lutte contre un vent trop puissant : on se sent prêt à décoller du sol, à se fondre dans la tempête qui rôde, on n'a plus de souffle et on ne sait pas si on le retrouvera.
    Dans cette "Pastorale américaine" et dans l'histoire de l'enfant perdue de Seymour Levov, palpite cette grandeur simple et noble qui est l'apanage des tragédies grecques, shakespeariennes ou encore raciniennes. le poids de l'Histoire y fracasse l'individu et, sorti de la tourmente, celui-ci ne sera plus jamais le même : il restera à jamais amputé. Quand l'individu en question est un prince ou un politique, le lecteur peut se dire qu'il s'agissait là des risques de la fonction. Mais quand il s'agit d'un être aussi dépourvu d'égoïsme que Seymour Levov, son calvaire devient le nôtre. ;o)
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  • Par Aela, le 10 février 2011

    Aela
    C'est le récit d'un drame familial avec en arrière-plan, l'Amérique contestataire des années 60 et 70. C'est aussi un roman de la mémoire et de la transmission. le narrateur Nathan Zuckerman, qui revient plusieurs fois dans les romans de Roth, rencontre Jerry qui est le frère de Seymour Levov, dit le "Suédois" , star sportive du lycée de Weequahic (Newark). Jerry lui apprend la mort de son frère Seymour ce qui donne lieu à l'évocation de cette figure héroïque de l'enfance du narrateur.
    Zuckerman, qui a longtemps idéalisé son camarade de jeunesse, finit par découvrir la face cachée et les failles de sa vie en apparence parfaite.
    En effet, Levov a beaucoup souffert de l'attitude très contestataire de sa fille Merry qui va finir par rejoindre un groupe de révolutionnaires-terroristes avant de rejoindre plus tard une secte.
    Une grande force psychologique dans ce roman de Philip Roth considéré comme l'une des figures pricipales de la littérature juive américaine. L'art d'altérer la petite et la grande histoire, le contraste entre les personnalités des trois principaux personnages Zuckerman, Levov et Merry se conjuguent pour nous captiver jusqu'à la fin.
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    • Livres 4.00/5
    Par jcfvc, le 29 octobre 2009

    jcfvc
    Seymour Levov est juif, comme tous les héros de Roth, mais moins juif que lui tu meurs........
    Il a tout pour plaire ... Il est parfaitement intégré à la société américaine, il est beau gosse, vedette de l'éqipe de basket de son lycée. Sa blondeur le faitt passer pour un suédois, il épouse une goy, sa réussite sociale est fulgurante. Et pourtant ...... Comme chez les autres héros, il y a un petit quelque chose, un petit rien, qui l'empêche d'oublier sa judaïté.
    Dans la Pastorale américaine, c'est sa fille, qui a tout pour réussir, comme son père, n'était un défaut d'élocution qui est le petit grain de sable faisant tout capoter. Cette bègue devient une terroriste recherchée par toutes les polices américaines, devient une clocharde droguée retrouvée dans un taudis et refusant toute aide de Seymour. le père est dévasté et cherche désespérément à comprendre ce qu'il a pu faire pour engendrer ce qu'il faut bien appeler un monstre, qui ressemble, en sa démesure, à beaucoup d'adolescents américains (ou autres) en révolte contre leurs géniteurs, qui se détruisent en faisant payer à leurs parents l'amour qu'ils leur ont prodigué. La descente aux enfers de la fille hantera le père toute sa vie et le privera de la jouissance de sa réussite sociale.
    Un très beau roman sur un thème récurrent dans la littérature : "Famille je vous hais".
    Il me semble que Roth prend ici le parti du père contre la fille gâtée, bien qu'il y ait aussi une critique de la upper middle classe juive qui s'estime sauvée à jamais des eaux et de futurs progroms en s'intégrant avec fureur à la société américaine, en voulant faire oublier ses origines juives.
    Mais chez Roth, les minorités sont toujours rattrapées par leurs origines, comme le prof noir de La tâche, ne pouvqnt échapper à sa "négritude".

    Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par jcfvc, le 28 octobre 2009

    Seymour Levov, dit «le Suédois», ancien athlète, bon citoyen admiré de tous, est un homme brisé. Merry, sa fille adorée, est devenue une terroriste. A-t-il été un bon père?

    "Or survient la fille perdue, la fille en cavale, cette Américaine de la quatrième génération censée reproduire en plus parfait encore l'image de son père, lui-même image du sien en plus parfait et ainsi de suite... survient la fille en colère, la malgracieuse, qui crache sur son monde et se fiche éperdument de prendre sa place dans la lignée Levov en pleine ascension sociale, sa fille, enfin, qui le débusque comme un fugitif, qui le pousse la première dans la transhumance d'une tout autre Amérique; sa fille et ces années soixante qui font voler en éclats le type d'utopie qui lui est cher, à lui. Voilà la mort rouge qui contamine le château du Suédois, et personne n'en réchappe. Voilà sa fille qui l'exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d'un chaos infernal qui n'appartient qu'à l'Amérique.

    C'est le dysfonctionnement total du commerce entre les générations comme on l'a vécu naguère, où chacun connaissait son rôle et prenait les règles très au sérieux, c'est la fin des échanges qui nous avaient acculturés depuis l'enfance, tous tant que nous sommes; la lutte pour la réussite des fils d'immigrés, jusque-là rituelle, vient de prendre un tour pathologique. Et où, je vous le demande? Dans le manoir d'un gentleman-farmer, notre Suédois hyperbanal, un type d'équerre comme un paquet de cartes, qui attendait une évolution diamétralement opposée des choses, et qui n'était en rien préparé à ce qui allait se produire. Comment aurait-il pu deviner, avec toute sa bonté soigneusement calibrée, qu'il fallait payer si cher pour vivre dans l'obéissance? L'obéissance, on la choisit pour faire baisser les enjeux, au contraire. Belle épouse. Belle maison. L'affaire se porte comme un charme. Son tyran de père, il le manipule assez bien. Il en jouit un maximum, de son paradis personnel. Ainsi vivent les gens qui réussissent. Ce sont de bons citoyens. Ils ont conscience de leur chance. Ils en sont reconnaissants. Dieu leur sourit. Quand il y a des problèmes, on s'adapte. Or, subitement tout change, et ça devient impossible. Plus rien ne sourit à personne. Et alors qui peut s'adapter? Voilà quelqu'un qui n'est pas fait pour que la vie batte de l'aile - ne parlons pas de l'invraisemblable. D'ailleurs qui est fait pour l'invraisemblable? Personne. Qui est fait pour la tragédie et la souffrance absurde? Personne. La tragédie de l'homme qui n'était pas fait pour la tragédie, c'est la tragédie de tout homme.

    Il ne cessait de se regarder vivre de l'extérieur. La lutte de sa vie, c'était d'enfouir ce drame. Mais comment faire? De toute sa vie il n'avait jamais eu l'occasion de se demander:
    «Pourquoi est-ce que les choses sont ce qu'elles sont?» Pourquoi se tourmenter lorsque les choses vont toujours à merveille. «Pourquoi les choses sont-elles ce qu'elles sont?» C'est la question sans réponse, et, jusque-là, il avait eu le bonheur d'ignorer même que cette question se posait.

    Après toute la tension et l'effervescence qu'il nous avait fallu à nous, gens sur le retour, pour remonter le cours du temps jusqu'à cette heure où son passage nous indifférait tout à fait, et ressusciter ainsi l'innocence de notre promotion au milieu du siècle, l'allégresse de l'après-midi commençait à faire long feu, et je commençais à entrevoir la chose même qui avait dû laisser perplexe le Suédois jusqu'à l'instant de sa mort: comment avait-il pu devenir le jouet de l'histoire? L'histoire, l'Histoire de l'Amérique, celle qu'on lit dans les livres, qu'on apprend à l'école, était parvenue au vieux village paisible d'Old Rimrock dans le New Jersey, dans une cambrousse où on ne l'avait jamais vue pointer le nez depuis que l'armée de Washington avait pris deux fois ses quartiers d'hiver sur les hauteurs de Morristown. L'histoire, qui n'avait pas mordu de façon radicale sur le quotidien du petit peuple depuis la guerre d'Indépendance, avait retrouvé le chemin de ces collines enclavées et, contre toute attente, avec son génie de l'imprévu, elle avait mis à sac la demeure bien rangée des Seymour Levov, n'y laissant que décombres. On se représente toujours l'histoire comme un processus à long terme, mais, en réalité, c'est un agent très soudain.


    Sérieusement, tout en évoluant avec Joy sur cette musique désuète, je me mis à m'imaginer pour ma gouverne ce qui avait bien pu définir au héros de Weequahic une destinée en tout point contraire à celle qu'on lui aurait imaginée du temps que cette musique et son invite sentimentale étaient de saison, et que le Suédois, son quartier, sa ville et son pays connaissaient leur âge d'or, le sommet de leur assurance, avec toutes les illusions dont l'espoir est porteur. Tout en tenant serrée dans mes bras Joy Halpern qui pleurait sans bruit sur la vieille rengaine qui nous enjoignait à nous tous, sexagénaires, de «rêver pour que les rêves se réalisent», je fis entrer le Suédois sur la piste. Ce soir-là, Chez Vincent, pour mille raisons excellentes, il n'avait pu se résoudre à me le demander. Pour autant que je sache, il n'avait pas l'intention de me le demander. La raison de sa présence n'était peut-être nullement de me faire écrire son histoire. C'était peut-être plutôt moi qui me trouvais là pour le faire.

    Ça n'a rien à voir avec le basket.

    Lorsque j'étais gosse, il était bien le seul à m'avoir inspiré, comme à tant de gamins, le désir d'être un autre. Mais se vouloir dans la gloire d'un autre, qu'on soit enfant ou adulte, est intenable pour des raisons psychologiques si l'on n'est pas écrivain, et pour des raisons esthétiques si on l'est. En revanche, embrasser son héros dans sa descente aux enfers, se laisser envahir par sa vie au moment où tout conspire à le diminuer, s'imaginer en proie à la même infortune, s'impliquer non pas dans son triomphe en cette heure irréfléchie où il polarise notre adulation, mais dans le désarroi de sa chute tragique, voilà qui mérite réflexion.

    Me voici donc sur la piste de danse avec Joy, et je pense au Suédois, à ce qui est arrivé à son pays en l'espace d'à peine vingt-cinq ans, entre les années triomphales de la guerre au lycée de Weequahic et le moment où sa fille a fait exploser une bombe, en 1968; je pense à cette mystérieuse, cette troublante, cette extraordinaire transition historique. Je pense aux années soixante et au désordre causé par la guerre du Vietnam, aux familles qui ont perdu leurs enfants, et à celles qui ne les ont pas perdus; mais les Seymour Levov font partie des premières. C'étaient des familles progressistes, pleines de tolérance, de gentillesse, de bonne volonté, qui, justement, ont eu des enfants déchaînés, qui sont allés en prison, qui ont pris le maquis, qui sont passés en Suède ou au Canada. Je pense à la chute vertigineuse du Suédois, qui a dû s'en imputer la responsabilité. C'est par là qu'il faut commencer. Il n'y est pour rien, qu'à cela ne tienne. Il se tient quand même pour responsable. C'est ainsi depuis toujours, il porte des responsabilités monstrueuses, il se contrôle, mais il contrôle aussi tout ce qui menace de déborder, il donne le meilleur de lui-même pour que son monde ne se défasse pas. Oui, pour lui, il va de soi que la cause du désastre est une transgression. Quelle autre explication pourrait-il trouver? Il faut que ce soit une transgression, une seule, même s'il n'y a que lui pour la reconnaître comme telle. Le désastre qui le frappe tient à un manquement de sa part, croit-il.
    Mais voilà, lequel?

    Je dissipai l'aura du dîner Chez Vincent, où je m'étais empressé de conclure étourdiment que tout était aussi simple qu'il y paraissait, et je fis monter sur scène le jeune homme que nous allions tous suivre en Amérique, notre chef de file sur la voie de l'intégration, qui se sentait ici chez lui à la manière même des wasps, qui était américain sans se forcer: non pas parce que c'était le Juif qui trouve un vaccin, le Juif de la Cour suprême, le plus brillant, le plus éminent ou le plus fort, mais au contraire en vertu de son isomorphisme avec le monde wasp où il trouvait sa place par sa banalité, son naturel, son côté américain moyen. Sur les accords sirupeux de Dream, je m'arrachai à moi-même et à la fête des retrouvailles, et je me mis à rêver. Je rêvai une chronique réaliste. J'entrepris de jeter les yeux sur sa vie; non pas sa vie de dieu ou de demi-dieu dont les triomphes nous faisaient exulter gamins, mais sa vie d'homme aussi vulnérable qu'un autre. C'est ainsi que sans savoir pourquoi - or voici que, comme on dirait ailleurs - je le trouvai à Deal, New Jersey, dans la villa de bord de mer, l'été des onze ans de sa fille, du temps qu'elle ne décollait pas de ses genoux, l'affublait de toutes sortes de tendres sobriquets et ne pouvait «résister», comme elle disait, à l'envie d'explorer du bout du doigt ses oreilles si parfaitement collées à son crâne. Entortillée dans une serviette, elle traversait la maison en courant pour prendre un maillot sec sur la corde à linge, et criait: «Me regardez pas, vous autres!»; plusieurs soirs, elle avait fait irruption dans la salle de bains au moment où il se lavait, et s'était écriée à sa vue: «Oh pardonnez-moi, j'ai pensé que...», à quoi il avait rétorqué: «Ouste! Veux-tu bien fiche-le-camper.» Cet été-là, un soir qu'ils rentraient de la plage en voiture, ivre de soleil, affalée contre son épaule nue, elle avait levé les yeux vers lui et lui avait demandé avec un mélange d'innocence et d'audace, en jouant à la grande avant l'heure: «Papa, embbbbrasse-moi comme tu embbrasses mmmmaman!» Saoulé de soleil lui aussi, plein d'une fatigue voluptueuse après une matinée passée à se laisser rouler par les grosses vagues avec elle, il avait constaté en baissant les yeux dans sa direction que la bretel
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  • Par Aela, le 10 février 2011

    Et Merry est celle qui s'est chargée de lui dessiller les yeux. La fille a ouvert les yeux de son père. Et peut-être était-ce ce qu'elle avait toujours voulu faire. Pour lui, la vie se définissait principalement par l'ordre, et une infime quantité de désordre. C'était tout le contraire. Il avait élaboré une chimère et Merry s'était chargé de la dissiper. Ce n'était pas une guerre spécifique qu'elle avait en tête, mais c'était pourtant une guerre qu'elle avait introduite en Amérique et dans son propre foyer.
    And the instrument of this unblinding is Merry. The dauhgter has made her father see. And perhaps this was all she had ever wanted to do. He had thought most of it was order and only a little of it was disorder. He'd had it backwards. He had made his fantasy and Merry had unmade it for him. It was not the specific war, nonetheless, that she'd had in mind, but it was a war, nonetheless, that she brought home to America - home into her very own house.
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  • Par jovidalens, le 14 décembre 2011

    Et, pourtant, ce qui m'avait échappé avait pris racine en Ira et changé sa vie.
    Cette confrontation suffirait à montrer pourquoi nous traversons la vie avec le sentiment omniprésent que tout le monde se trompe sauf nous. Et dans la mesure où nous oublions les choses parce qu'elles ne comptent pas assez pour nous, mais aussi parce qu'elles comptent trop, dans la mesure où chacun se souvient et oublie selon des circonvolutions dont le labyrinthe nous identifierait aussi sûrement que des empreintes digitales, il n'est guère étonnant que les bribes de réalité que tel chérit comme la trame de sa biographie, tel autre qui, mettons, aura dîné dix mille fois à la même table de cuisine, les considère comme un voyage en Grande Mythomanie.
    (p 85)
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  • Par syannelle, le 20 août 2011

    Seymour Levov a repris l'entreprise de confection de gants de son père, immigré juif arrivé aux Etats-Unis pour échapper à la guerre, et qui s'est construit en bon "self-made man". Seymour a tout pour être heureux, une femme sublime qui l'aime, une fille avec qui il partage pendant son enfance de grands moments de complicité. Mais il y a le bégaiement de celle-ci, et il y a les questions qu'elle se pose en grandissant, sachant qu'elle vit son adolescence pendant le tumulte des années 60. Un jour, Seymour se rend compte qu'il ne connait plus, ne reconnait plus sa fille, surtout lorsque celle-là commet un acte terroriste dans la paisible bourgade où elle vit. Personne ne connaît réellement personne...
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  • Par salamanque, le 08 octobre 2011

    Il ne cessait de se regarder vivre de l'extérieur. La lutte de sa vie, c'était d'enfouir ce drame. Mais comment faire? De toute sa vie il n'avait jamais eu l'occasion de se demander:
    «Pourquoi est-ce que les choses sont ce qu'elles sont?» Pourquoi se tourmenter lorsque les choses vont toujours à merveille. «Pourquoi les choses sont-elles ce qu'elles sont?» C'est la question sans réponse, et, jusque-là, il avait eu le bonheur d'ignorer même que cette question se posait.
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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Philip Roth Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.








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