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Anne Rabinovitch (Traducteur)
ISBN : 2266132237
Éditeur : Pocket (2004)

Note moyenne : 3.24/5 (sur 302 notes)
Résumé :
Au sud des États-Unis, la pire des enfances attendait Harriet Cleve, dans l'ombre d'un frère assassiné, d'un meurtre jamais élucidé. Une famille détruite, un père enfui, une mère et une soeur anéanties. Lors de l'été de ses douze ans, la jeune fille se révolte. Elle veut savoir, et se venger. Elle sait que pour y parvenir, elle doit renoncer à sa propre adolescence et à ses rêves, affronter et défier le monde inconnu et menaçant des adultes. Et pour commencer, trouv... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Woland
Woland26 décembre 2007
  • Livres 5.00/5
The Little Friend
Traduction : Anne Rabinovitch.
Voilà un livre que j'ai longtemps hésité à commencer car, autour de moi, ce n'était que critiques et déception. Mais « le Maître des Illusions », premier roman de Donna Tartt, m'avait fait penser à ce qu'une Ruth Rendell tire elle-même d'une intrigue au départ policière. Aussi finis-je par penser que, si ça se trouvait, « le Petit Copain », s'il pouvait se révéler décevant pour les amateurs de polars classiques, était susceptible de plaire à ceux qui, au-delà l'intrigue policière, attendent autre chose d'un roman construit autour d'un crime. (Cette considération me fait donc le classer ici et non dans la catégorie réservée aux policiers ...)
L'action du « Petit Copain » se situe dans l'une de ces petites villes du Sud des Etats-Unis où la Guerre de Sécession n'a pas en fait changé grand chose aux mentalités. D'un côté, les riches qui vont se baigner au Country Club et ne connaissent pas de problèmes financiers. C'est à ce milieu qu'appartient notre jeune héroïne, Harriet Cleve Dufresne, 12 ans pour l'Etat-Civil mais au moins 18 par la puissance de raisonnement et la fermeté du caractère.
Harriet vit dans une grande maison avec sa mère, Charlotte, que l'assassinat non résolu de son fils, douze ans plus tôt, a fait sombrer dans une dépression profonde, sa soeur, Allison, adolescente rêveuse qui s'offre quelques petites escapades en voiture avec un garçon dont elle est amoureuse, et Ida Rhew, la domestique noire qui s'occupe de la maison depuis … ma foi, depuis des lustres.
Autour de cette cellule primitive qui n'a jamais oublié le cadavre du petit Robin, retrouvé pendu à un arbre, dans le jardin, alors que la fête pour son anniversaire battait son plein, croisent la mère de Charlotte, Edith, dite « Edie », et ses soeurs : Libby, Adelaïde et Tatycorum et, de temps à autre, le père de Harriet, Allison et Robin : Dixon Dufresne qui s'est séparé de sa femme à la mort de leur fils et vit à Nashville.
A l'extérieur, la société provinciale sudiste maintient ses deux grands clivages entre les Noirs qui ne sont plus esclaves mais travaillent toujours pour les blancs aisée et les « pauvres blancs » ou « redneks » qui, déjà avant la Guerre Civile, trimaient tout seuls sur le lamentable carré de coton qui leur appartenait.
C'est dans la haine et le mépris que se portent ces deux dernières catégories sociales que « le Petit Copain » trouvent sa première clef : Ida Rhew affirme un jour à Harriet que la seule personne qui ait pu assassiner son frère n'est autre que Danny Ratcliff, l'un des rejetons d'une famille de « redneks » qui avait l'habitude de passer devant la maison des Dufresne pour inciter Robin à jouer avec lui.
Ida paraît si sûre de ce qu'elle avance que, peu à peu, l'idée vient à Harriet de liquider à son tour celui qui a tué son frère aîné et ruiné la santé de sa mère.
Mais ce n'est là qu'un argument qui permet à Donna Tartt de nous dresser le portrait d'une région qu'elle connaît manifestement fort bien et de ses moeurs. Certaines pages, comme celles qui sont liées à Eugène Ratcliff et au prêcheur qui se sert des serpents pour vendre la parole de Dieu, sont saisissantes tant elles révèlent le mic-mac religieux qui sévit aux Etats-Unis.
Si Tartt est loin d'égaler le style unique d'un Faulkner, sa vision du Sud profond rejoint bien celle qu'en avait l'auteur de «Sanctuaire. » le personnage de la grand-mère des Ratcliff, l'affreuse Gum, est bel et bien un personnage faulknerien. Et le désespoir presque viscéral qui anime Danny Ratcliff donne à celui-ci une étrange humanité qui ne peut qu'émouvoir le lecteur.
Si vous ne cherchez qu'un roman policier de plus, passez votre chemin. Sinon, lisez "Le Petit Copain." ;o)
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LiliGalipette
LiliGalipette18 avril 2016
  • Livres 4.00/5
Dans la famille Cleave, la mort de Robin est entourée de mystère et de silence. Comment a-t-il pu se retrouver ainsi pendu dans le jardin, à neuf ans, un soir de fête des Mères ? Une dizaine d'années plus tard, Dix, le père, est parti vivre dans une autre ville. Charlotte, la mère, vit dans un brouillard constant. Allison, la cadette, est une lycéenne aimable et douce, terrorisée par ses cauchemars. Harriet, la benjamine, est au contraire volontaire et brusque, déterminée à comprendre ce qui s'est passé. « C'était la plus grande obsession d'Harriet, et celle qui engendrait toutes les autres. Car ce qu'elle voulait […], c'était ramener son frère auprès d'elle. Et ensuite découvrir qui l'avait tué. » (p. 55) Mais Harriet n'a que douze ans. Au cours d'un été qui semble interminable, marqué par la mort d'un chat adoré et d'une vieille tante et par le départ d'une domestique, la gamine se lance dans une mission implacable avec son ami Hely : elle va venger son frère en tuant son meurtrier. « Pourquoi est-ce que je laisserais d'autres gens le punir ? » (p. 162) Hélas, Harriet s'en prend à la pire famille d'Alexandria : tous les fils Ratliff sont d'anciens taulards, de grands violents souvent drogués et paranoïaques. « Daniel Ratliff était coupable, elle en était sûre, c'était un fait indiscutable. La seule explication qui eût un sens. Elle était sûre qu'il avait commis ce crime, même si personne ne le savait. » (p. 586)
Conseil d'une lectrice paumée : toujours lire les titres originaux, quand on peut les comprendre. Ici, la traduction française respecte parfaitement le titre du livre, mais il faut se méfier des faux amis. Ainsi, le titre du roman est The Little Friend et pas The Boyfriend. Je dis ça comme ça… parce que pendant les 200 premières pages du livre (un tiers, donc…), j'ai vainement cherché la trace d'un amoureux avant de me reporter à la page de garde et au titre original. Quand on est bête…
Mais ce n'est pas le plus important puisque j'ai énormément apprécié ce roman, bien plus que le chardonneret de la même auteure. Ici, la narration, même si elle est riche, complexe et traversée de nombreux personnages et de nombreuses péripéties, n'est pas alambiquée ni ennuyeuse à pleurer. Et surtout, le personnage principal n'est pas insupportable : la jeune Harriet est certes une gamine pas commode, pas tendre et pas facile à comprendre, mais elle s'est attiré ma sympathie dès le début, obstinée qu'elle est à vouloir faire la lumière sur la mort de son grand frère. « À l'école, il y avait beaucoup de filles plus jolies que Harriet, et plus gentilles. Mais aucune n'était aussi intelligente ni aussi courageuse. » (p. 125)
Si la vengeance est un sujet important du roman, je retiens surtout celui de la mort et combien il est difficile de l'accepter, de l'intégrer dans le quotidien et dans l'histoire d'une famille. « La mort – disaient-ils tous – était un rivage heureux. Sur les vieilles photographies de bord de mer, ses parents étaient de nouveaux jeunes, et Robin se trouvait avec eux. […] C'était un rêve où tout le monde était sauvé. Mais c'était un rêve de la vie passée, et non d'une vie à venir. » (p. 442) Allison et Harriet étaient trop jeunes pour comprendre la mort de leur frère aîné, mais l'absence de ce dernier pèse sur leurs jeunes existences. Et leur manque s'exprime bruyamment lors de la mort du chat de la maison, ancien compagnon de Robin. (Attention, épisode hautement lacrymal pour tous les amis des bêtes…) Pour Harriet, ce triste été est la fin de l'enfance et la mort de l'innocence.
L'intrigue se déroule dans les années 1970, au Mississippi, dans un décor qui est vraiment ce que le sud des États-Unis a fait de plus pauvre et de plus crasseux, avec un racisme latent qui imprègne le quotidien. Il y a plusieurs épisodes avec des serpents qui m'ont frémir d'horreur. Et la confrontation finale entre Harriet et celui qu'elle soupçonne d'avoir tué son frère intervient au terme d'une effroyable explosion de haine, de violence et de délire. Ça demande un peu de tripes pour supporter ça sans broncher. Si vous aimez les romans qui prennent leur temps, mais qui ne confondent pas voyage et destination, vous apprécierez le petit copain de Donna Tartt.
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michfred
michfred05 janvier 2015
  • Livres 5.00/5

Tout différent du précédent, le célèbre Maitre des Illusions, et pourtant des points communs : l'enfance/ adolescence ,la manipulation, la culpabilité, les lieux hypnotiques, un début violent, un crime à éclaircir…
Au début , en effet, un meurtre inexpliqué, d'une rare violence, sur la personne d'un petit garçon de 9 ans retrouvé pendu à la branche d'un arbre, dans une ville du Sud des USA.
Une dizaine d'années après le drame, la famille est détruite : les parents sont séparés, la mère a sombré dans la mélancolie, la soeur aînée lui emboîte le pas, la grand'mère est fermée et dure, ses soeurs, les vieilles tantes, fantasques et superficielles. Harriett, la soeur cadette, un vrai garçon manqué, est dans une grande solitude. Elle décide, douze ans après, de faire la lumière sur ce crime et de le venger.
Dure et déterminée, elle manipule son petit copain, Hely, tout à fait subjugué et amoureux d'elle, pour l'aider à accomplir son dessein. Elle a la conviction que c'est un certain Danny Ratliff qui a commis le meurtre, et dès lors sa route ne cesse de croiser celle de la famille Ratliff, une famille de Red Necks complètement dégénérés -Curtis, un petit garçon attardé qui est dans la classe de Harriett et Hely, son frère aîné, un prêcheur fou, Gum, leur grand'mère perverse , Farish, un autre frère, psychopathe drogué et Danny enfin, qui sort de prison, mais n'est pas un mauvais bougre…même si son environnement familial semble le vouer à de sombres destinées. Il a été dans sa petite enfance, malgré son milieu plutôt glauque et sa pauvreté, le « petit copain » de Robin, le frère disparu de Harriett, et profondément malheureux de sa mort. Ce que Harriett ignore, toute à son idée fixe de vengeance.
Avec une aveugle cruauté, lentement, les fils se tissent, et le projet fou de tuer Dany en le faisant mordre par un serpent conduit les deux enfants à commettre par erreur leur attentat contre la grand'mère de Danny qui en réchappe, ce qui provoque la paranoïa de Farish, le frère drogué, et allume une fureur meurtrière entre les deux frères. Danny et Farish se détruisent l'un l'autre.
Farish, abattu par Dany, Dany en prison, Harriett se retrouve à l'hôpital après une séance un peu trop prolongée dans l'eau contaminée d'une citerne. Hely s'est détaché de cette petite copine dangereuse et manipulatrice, Charlotte, la mère de Harriett a renvoyé Ida la bonne noire, seule figure maternelle dont Harriett acceptait la tutelle et l'autorité, Liby, la vieille tante douce et accueillante, la préférée des enfants, est morte dans un accident de voitures : Harriett est vraiment seule, cette fois, face à sa responsabilité dans le monde réel, un monde d'adultes où les actes pèsent de tout leur poids.
Elle comprend que toute sa vengeance a reposé sur une méprise. Trop tard. Elle entre dans la conscience et la culpabilité. L'enfance est finie. Cette enfance cruelle et sauvage la quitte comme tombe la peau du serpent. Elle va sans doute devoir quitter sa petite bourgade sudiste, ses rivières, ses arbres, ses routes écrasées de chaleur. Partir vivre à la ville, chez son père. Sauf si Edie, sa sévère grand'mère la prend sous son aile…mais avec Edie, rien n'est moins sûr. Elle ressemble tellement à Harriett…
Racontée comme cela l'histoire a l'air d'un récit plein de suspense et de péripéties : cependant il n'en est rien. le récit musarde, s'égare dans la touffeur d'un Deep South envoûtant et magnétique, mélange les tonalités et les histoires, les graves et les folles, les dérisoires et les tragiques. Et surtout, comme dans la vie, on ne saura jamais le fin mot de l'affaire, qui a tué ce petit frère adorable et charmant, ni pourquoi. le livre se clôt brusquement sur cette béance, et l'eau glauque des bayous se referme sur le mystère en même temps que Harriett est précipitée dans l'âge de raison.
Moins haletant, moins passionnant que le premier livre de Donna Tartt, mais à mon sens moins facile et plus abouti. Il y a du Faulkner dans cette atmosphère fiévreuse , dans ces personnages névrosés et fermés à eux-mêmes…Un style magnétique, des lieux et des personnages inoubliables, et une fin parfaite, qui tout à coup cesse de s'égarer dans les chemine de traverse et file inexorablement droit au but, - vers une question sans réponse, un avenir incertain.
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Malaura
Malaura05 août 2011
  • Livres 3.00/5
Harriet a grandi sous le poids d'un terrible drame qui a anéanti toute sa famille : le meurtre non-élucidé, quand elle était bébé, de son jeune frère Robin.
Dans la maison familiale à l'abondon le temps semble s'être arrêté.
L'été de ses douze ans, Harriet, à bout, décide de découvrir qui a tué Robin et de se venger de celui qui lui a volé son enfance.
Mature, froide, prête à tout, rien ne peut alors la dissuader d'aller au bout de ses plans.
Mais la vérité est-elle bien celle à laquelle elle croit ?
Le moins que l'on puisse dire c'est que Donna Tartt s'y entend à merveille pour créer des atmosphères.
Et malgré la longueur du livre, on ne peut qu'être envoûté par le climat trouble et oppressant de ce roman insolite où la chaleur moite du Mississipi souligne encore davantage la sensation d'étouffement.
Roman noir, récit d'une adolescence brisée par le souvenir, sombre, mystérieux, d'une puissance stylistique exceptionnelle, après "Le maître des illusions", l'auteur réussit encore à capter toute notre attention.
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KrisPy
KrisPy02 juillet 2014
  • Livres 5.00/5
Le récit d'un été étrange et dangereux, dans le Mississipi, l'été des 12 ans d'Harriet. Quand elle était encore toute petite, son frère a été assassiné et l'assassin n'a jamais été retrouvé. Sa mère et sa soeur sont dépressives, et le père est parti. Harriet, livrée à elle-même depuis trop longtemps, pense avoir découvert qui a tué son frère. Et elle veut faire justice...
C'est une histoire dense, intense, comme sait les concocter Donna Tartt, (qui ne met pas moins de 10 ans pour écrire un roman) où l'on suit Harriet lors de cet été moite et glauque, cette enfant qui devient adulte face à la souffrance et au sentiment d'injustice insupportable qu'elle doit porter... Harriet va se mettre en grand danger, pour venger son frère, mais aussi pour réveiller cette famille morte avec lui.
Un livre puissant, envoutant, émouvant, fort.
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Citations & extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
KrisPyKrisPy04 juillet 2014
Hely scruta la route, les yeux plissés. Un véhicule scintillait au loin, dans un nuage de poussière et de vapeurs d'essence. Il roulait si lentement qu'il ne pouvait s'agir de la Trans Am, mais à l'instant où Hely s'apprêtait à en faire la remarque, un rayon de soleil effleura le capot, qui renvoya un reflet métallique, couleur de bronze. Dans le mirage de chaleur apparut la calandre grimaçante à face de requin, reconnaissable entre toutes.
Il se cacha derrière le mur (les Ratliff étaient armés ; il venait juste de s'en souvenir) et s'approcha en rampant pour aider Harriet. Ensemble, ils penchèrent la caisse sur le côté, la grille face à la route. Lors de la première fausse alerte, ils étaient restés pétrifiés au moment de tendre la main à tâtons pour tirer le verrou, puis s'étaient précipités avec des gestes incohérents pendant que la voiture filait sous la passerelle ; à présent, la clenche était soulevé, ils avaient un bâtonnet d'esquimau tout prêt de façon à pousser le verrou sans le toucher.
Hely jeta un regard derrière lui. La Trans Am roulait dans leur direction - à une lenteur troublante. - Il nous a vu ; c'est sûr. - Mais le véhicule ne s'arrêta pas. Nerveusement, Hely fixa la caisse, qu'ils maintenaient en équilibre au-dessus de leurs têtes.
Harriet, respirant comme si elle avait une crise d'asthme, lança un coup d'oeil derrière son épaule. "Ok, dit-elle, on y va, une, deux..."
La voiture disparut sous le pont ; elle tira la clenche d'un coup sec ; comme un film au ralenti, ils inclinèrent la caisse, unissant leur effort. Tandis que le cobra glissait et remuait, agitant sa queue pour tenter de se redresser, plusieurs pensées traversèrent l'esprit de Hely : avant tout, comment allaient-il s'enfuir. Pourraient-ils le semer ? Il allait certainement s'arrêter - n'importe quel imbécile, surpris par un cobra tombant du ciel dans sa voiture, ne manquerait pas de le faire - et s'élancerait à leur poursuite...
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KrisPyKrisPy04 juillet 2014
Les photographies que Harriet préférait étaient celles où se trouvait son frère. Edie en avait pris la plus grande partie ; parce qu'il était si douloureux de les regarder, on les avait enlevées de l'album et gardées à part, sur une étagère du placard d'Edie, à l'intérieur d'une boîte de chocolat en forme de coeur. Quand Harriet était tombée dessus, vers l'âge de huit ans, ce trésor lui était apparu comme une trouvaille archéologique équivalente à la découverte du tombeau de Toutankhamon.
Edie ignorait totalement que sa petite fille avait déniché les photos, et que c'était l'une des principales raison pour lesquelles elle passait tant de temps chez elle. Harriet, équipée d'une torche, les examinait, assise au fond de la penderie d'Edie, dans l'odeur de renfermé, derrière les froufrous des robes du dimanche de sa grand-mère ; parfois, elle glissait la boîte à l'intérieur de la valise où elle rangeait sa Barbie, et l'emportait dans la remise à outils, où Edie lui permettait de jouer sans la déranger - heureuse de ne plus l'avoir dans les jambes. Plusieurs fois elle avait ramener le paquet chez elle. Un soir, alors que leur mère était partie se coucher , elle avait montré les photographies à Allison. "Regarde, avait-elle dit,. C'est notre frère."
La jeune fille, une expression proche de la peur s'imprimant sur ses traits, fixa la boîte ouverte que Harriet avait posée sur ses genoux.
"Allez. Jette un coup d'oeil. Tu es sur plusieurs d'entre elles.
- Je ne veux pas", s'écria sa soeur, refermant violemment le couvercle avant de pousser le coffret vers Harriet.
Les instantanés étaient en couleurs : des polaroïds passés aux coins rosis, collants et déchirés à l'endroit où on les avait arrachés de l'album. Ils portaient des traces de doigts, comme si quelqu'un les avait souvent manipulés. Des numéros noirs de catalogue étaient parfois apposés au dos, parce que les clichés avaient servi à l'enquête de police, et ces photographies-là étaient recouvertes d'empreintes.
Harriet ne se lassait jamais de les contempler. Les lavis étaient trop bleus, surnaturels ; et les couleurs étaient devenues encore plus étranges et plus instables avec le temps. Le monde onirique qu'elle lui laissaient entrevoir était magique, souverain, inatteignable. Il y avait Robin en train de faire la sieste avec Weenie, son chat roux tigré ; il se promenait bruyamment sur le majestueux proche à colonnes de Tribulation, égrenant son rire cristallin, criant en direction de l'objectif ; il soufflait des bulles avec une soucoupe de savon et une bobine. Là, en uniforme de Louveteau -....
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Tricia12Tricia1219 novembre 2014
Hely - comme Pemberton avant lui - se vantait d'être si pénible que leur mère ne pouvait garder une bonne plus d'une année ou deux ; Pem et lui en avaient connu près d'une douzaine. Pour Hely, que ce fut Roberta, Ramona, Shirley, Ruby ou Essie Lee qui regardait la télévision quand il rentrait de l'école, ça revenait au même. Mais Ida était le pilier de l'univers d'Harriet : ronchon, bien-aimée, irremplaçable, avec ses mains larges, généreuses, ses grands yeux humides, globuleux, son sourire, le premier qui eût illuminé son existence. Harriet se tourmentait de voir avec quelle légèreté sa mère traitait parfois Ida, comme si elle ne faisait que traverser leurs vies, sans y être fondamentalement impliquée.
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PilingPiling04 août 2008
incipit :
Charlotte Cleve se reprocherait la mort de son fils jusqu'à la fin de ses jours, car elle avait décidé de fixer le repas de la fête des Mères à six heures du soir et non à midi, après l'office, selon l'habitude de la famille. Les aînés des Cleve avaient exprimé leur mécontentement devant ce changement de programme ; même si cela s'expliquait surtout par une méfiance de principe à l'égard de toute innovation, Charlotte sentait qu'elle aurait dû se montrer plus attentive à ce vent de récrimination, signe annonciateur du drame à venir ; un signe ténu, quoique chargé de menace, qui demeurait obscur, même après coup, mais était sans doute aussi explicite que peuvent l'être les signes que nous espérons de la vie.
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WictorianeWictoriane23 août 2009
p 528 : Ce n'était pas un vrai docteur - un médecin, s'entend - mais seulement un genre de chef de fanfare chrétienne auréolé de gloire ; un Américain de la côte Est avec d'épais sourcils broussailleux, et des longues dents de mule. C'était une huile du circuit de la jeunesse baptiste, et Adélaïde avait fait remarquer - à juste titre- que c'était le sosie parfait du célèbre dessin, par Tiennel, du Chapelier fou d'Alice au pays des merveilles.
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