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ISBN : 2757833057
Éditeur : Points (2014)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.78/5 (sur 529 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Achevé quelques jours avant la mort de Steve Tesich [1942-1996], Karoo est le chant du cygne d’un auteur hors norme.

Ce roman est l’odyssée d’un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul « Doc » Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par viou1108, le 16 avril 2014

    viou1108
    Brillant. Carrément brillant.
    Et je ne parle pas que de la couverture de l'édition de poche.
    Je parle du roman, et de son auteur Steve Tesich, paix à son âme pour notre plus grand malheur à nous, pauvres lecteurs désormais privés de son talent.
    Mais en aucun cas je ne parle du personnage principal, Saul Karoo, quinquagénaire plutôt peu reluisant. Ou alors il faudrait dire de lui qu'il brille par son cynisme, sa lâcheté et son égoïsme. Un type pathétique et détestable. Ce qui n'empêche pas la « profession » de lui reconnaître depuis longtemps un talent certain : Karoo est doué pour réécrire des scenarii de films de façon à les calibrer « purs produits hollywoodiens grand public », quitte à massacrer des chefs-d'oeuvre en puissance.
    Ce stéréotype de l'antihéros, qui se rêve en Ulysse au coeur d'une odyssée futuriste, est un raté. Son mariage, son fils adoptif, son assurance-maladie, sa santé, tout lui échappe. Même l'ivresse se refuse à lui, malgré les litres d'alcool qu'il ingurgite à la moindre occasion. Limite cinglé mais terriblement lucide sur lui-même, Karoo est incapable de sincérité. Menteur patenté, à force de manipulations et d'hypocrisie, il perd de vue la réalité, aveuglé par son déni. Jusqu'au jour où un éclat de rire sur une cassette-vidéo le bouleverse et laisse espérer que sa carapace de superficialité va bientôt exploser.
    Et là, de détestable, Karoo en devient presque touchant. En tout cas pour le lecteur. Parce que sa future ex-femme continue à le trouver ridicule et méprisable.
    Sur la voie de la rédemption (croit-il), Karoo tente alors de sauver les meubles de sa vie, de recoller quelques morceaux, de remplir le vide intersidéral de son existence. Il se voit en artisan d'un happy end en guimauve technicolor, grâce auquel le vrai Saul Karoo serait enfin révélé au monde.
    Critique féroce d'une certaine industrie cinématographique cheap et sentimentale made in US, mais aussi d'une société superficielle, égoïste et décadente, ce roman pourrait être désespérant. Mais l'humour – noir, cynique – est présent à toutes les pages. Entre Ulysse et Oedipe, le roman de Karoo est une tragédie moderne dramatiquement drôle, avec des moments de réelle tension, voire d'émotion.
    Un grand roman américain, magistralement écrit et traduit.
    Virtuose.
    Saisissant.
    Brillant.
    De la littérature, quoi.
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    • Livres 4.00/5
    Par medsine, le 17 octobre 2012

    medsine
    J'ai pris ma dose de Karoo chaque soir, un peu comme une dose d'héroïne. Injectée dans le sang. Un plaisir intense et brulant. Un poison violent qui nous fait sombrer dans la dépendance. Ce roman de Steve Tesich est un magnifique pavé comme on a trop peu l'occasion d'en trouver.
    Karoo est le personnage principal de l'oeuvre. Il est un anti-héros. Physiquement plus proche d'Homer Simpson que de l'Ulysse d'Homère. Pourtant l'Odyssée imprègne ce roman et la destinée de Saul Karoo. Une « Space Odyssée » assez Kubrickienne en fait. Il y a pléthore de références à l'oeuvre Homérique ; mais celles au cinéma sont plus nombreuses encore.
    Le cinéma justement. Saul Karoo est un repriseur de scenario. Reconnu comme un expert dans son domaine et ayant fait fortune à Hollywood, il découpe et recoud des films mal fagotés. Il recompose à la perfection des scripts ou des montages mal fichus, mais pour sa vie qui part en lambeau, il est bien incapable de faire montre de la même dextérité. Chez lui, tout part à vau-l'eau. Son ex-femme le méprise, il est incapable de montrer le moindre signe d'affection à son fils, sa santé se détériore de façon tout à fait préoccupante et il n'arrive même plus à se saouler malgré des quantités astronomiques d'alcool ingurgitées…
    Un instant il entrevoit une destinée enfin heureuse lorsqu'il rencontre une femme dont l'image (et le rire) le touche profondément. Il l'a découvre dans une oeuvre cinématographique parfaite qu'il décide délibérément de massacrer pour la mettre en valeur et pour répondre aux exigences d'un producteur que pourtant il hait. Tous les ingrédients de la tragédie sont posés.
    Steve Tesich nous plonge dans une chute sans fin, bouleversante et furieusement drôle. Un puits à la profondeur vertigineuse. On y jette un caillou, aucun son ne nous indique qu'on n'en touchera jamais le fond. On s'y précipite néanmoins.
    14 octobre 2012
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 18 mars 2014

    colimasson
    Est-ce l'histoire d'un homme ou est-ce l'histoire d'un monde ? En tant qu'homme, Karoo s'est toujours senti isolé. Il tire son sentiment d'existence de cette solitude monadique qui l'empêche de communiquer avec les autres. Voilà sa force, mais voilà aussi son désespoir, voilà pourquoi Karoo oscille sans cesse entre badinerie et ironie.

    Alors qu'il aimait se payer des cuites régulières, Karoo réalise un jour que plus aucune substance ne parvient à le tirer hors de lui-même. Les verres de whisky peuvent bien s'aligner, sa lucidité reste d'une précision alarmante. Toutefois, Karoo continue à simuler l'ivresse pour satisfaire les attentes de ses congénères. Alcoolique il fut, alcoolique il restera, tel est le blason qu'il doit continuer à porter car le monde est un grand plateau de cinéma sur lequel chacun doit jouer son rôle du début jusqu'à la fin de son entrée sur scène. La métaphore est bien connue mais Steve Tesich la décline sur des modes variés qui offrent une souplesse de visualisation rare. Trois niveaux s'imbriquent : sur la scène de la vie, Karoo retape des scénarios de cinéma pour produire des soupes commerciales, jusqu'au jour où il tombe sur une vidéo dans laquelle il reconnaît Leila, la mère de son fils adoptif Billy. Non seulement Karoo décide de rechercher cette actrice pour l'inclure dans sa vie au premier niveau, mais aussi afin de transformer cette mauvaise scène du père fuyant qui renie son fils en scène du père aimant. Karoo concrétise ses ambitions mais avance toujours avec hésitation, conscient de la précarité de ses réalisations. Il suffirait d'une grimace pour que l'ensemble du jeu s'effondre. Concentré sur le rôle qu'il doit jouer, il se ferme sur la plupart des informations qui proviennent de l'extérieur. Karoo ne parvient jamais à sortir de lui-même et plus il voudrait aimer, moins il y parvient, parce que les objets de son élection sont trop inconsistants et s'évanouissent plus vite qu'une figure de cinéma.

    Karoo est à la fois médiocre et brillant. Brillant, parce que l'évidence eschatologique lui brûle les yeux, l'infinie complexité de l'univers recréant le chaos cosmique dans sa façon d'appréhender les événements anodins d'une existence. Rongé par cette affirmation que « la vie […] n'est pas dépourvue de sens » mais qu' « elle est au contraire tellement pleine de sens que ce sens doit constamment être annihilé au nom de la cohésion et de la compréhension », Karoo essaie d'épurer le flux d'informations qui lui parvient, et c'est à cet endroit qu'il se montre médiocre. Pourquoi s'évertue-t-il à épurer en ne gardant que les aspects négatifs qui lui parviennent ? Pourquoi ne parvient-il pas à se transcender d'une manière qui soit satisfaisante pour lui, et donc pour les autres ? Karoo est peut-être un homme imbu de lui-même, à moins que ses congénères ne soient véritablement pas à la hauteur de ses conceptions. Son histoire se hissera bientôt jusqu'à la conversion religieuse, non pas tant que Karoo se sente soudainement proche de certains dogmes établis précis, mais parce qu'il rejoint l'illumination archétypique des prophètes, en tant que celle-ci exprime, dans son sens profond, la vie secrète et inconsciente de chacun, mais dont seuls quelques élus peuvent être conscients.

    Karoo ne pouvait pas aimer seulement une femme, ou un fils, ou un ami ni même une profession ou un idéal de vie. Karoo trop médiocre pour le monde, ou le monde trop médiocre pour Karoo ? L'itinéraire reproduit les frasques d'un Zarathoustra nietzschéen : il faut aller très loin pour revenir apaisé. C'est peut-être, aussi, le sens primordial du message christique.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/2014/03/karoo-1998-de-steve-tesich.h..
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 29 juillet 2013

    caro64
    Attirée et séduite par la remarquable couverture sable en relief et par ce titre mystérieux (on découvrira très vite que c'est le nom du principal protagoniste), je n'ai pas été déçue (bien au contraire !) par ce roman posthume d'un auteur totalement inconnu (dramaturge et scénariste , il a été récompensé d'un Oscar pour le scénario de la bande des quatre, de Peter Yates). On ouvre Karoo pour être immédiatement happé par le style unique, l'ambiance faussement feutrée et la férocité du livre. Un livre aux multiples facettes, fascinant et insaisissable, sans cesse surprenant au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture. Karoo, ou l'histoire à la fois burlesque et tragique d'une déchéance.
    Saul Karoo, l'une des petites mains qui oeuvrent dans l'ombre des producteurs d'Hollywood, vit dans les milieux huppés new-yorkais. Capable de transformer le moindre projet de film en un succès planétaire, la moindre ébauche de scénario en un script parfait, Saul transforme la maladresse en talent, l'art en dollars, sans remords ni complexes, avec lucidité et cynisme s'il le faut. Pourtant la vie de Saul Karoo est un désastre. Il n'a plus vingt ans, loin de là, et son corps le lâche petit à petit. Dernière maladie en date: l'impossibilité de s'enivrer, même en ingurgitant des litres d'alcool à l'infini. Son mariage est un champ de ruines, et son divorce au point mort. Souffrant d'une forme de phobie de l'intimité, il néglige son fils et le fait souffrir. Saul a tout trahi, manipulé chacun de ses proches, rendu irrespirable la vie à ses côtés. Mais Saul a des envies de rédemption, et un jour une chance s'offre à lui d'effacer une partie de son ardoise, du moins l'espère-t-il. Car à force de se prendre pour Dieu, il se pourrait bien que tout finisse par lui exploser à la figure…
    Truffé de références pertinentes au patrimoine culturel mondial, servi par une construction narrative impeccable et une écriture étincelante Karoo s'impose comme un roman très américain sur le mensonge, la culpabilité et la rédemption ainsi que sur l'agonie d'une époque en nous replongeant dans l'Amérique des années 90. Est-ce le détachement à toute épreuve affiché par notre héros éponyme, son humour grinçant ou le pétrin dans lequel il va se mettre alors qu'il croyait si bien maîtriser les choses ? Toujours est-il que ce roman signé par Steve Tesich est complètement addictif. Un livre très dense, tout à fait étonnant, absolument foutraque, cynique, brillant, inventif, à l'humour corrosif, féroce, captivant. Totalement hors norme. Avec des scènes formidables : celles des repas de Karoo avec Dianah, sa femme et avec Cromwell, producteur véreux, au cours desquels tous se donnent en représentation, celle où il passe un examen médical, celle où il rend visite à sa vieille maman, sans oublier les 20 pages finales hallucinées dans lesquelles Karoo revisite l'Odyssée. Derrière ses allures de roman échevelé, Karoo se lit comme une fable morale désabusée. 607 pages d'un récit qu'une fois commencé on ne peut lâcher. 
 Un régal !
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    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake, le 20 juillet 2015

    Kittiwake
    Il en est de la littérature comme de la conversation : certains sont plus doués que d'autres. On connaît ces champions des soirées entre amis qui accaparent l'attention quelque soit ce qu'ils vous racontent. Un talent de conteur. L'écriture peut donner lieu à ce phénomène : un don subtil pour captiver le lecteur. Steve Tesich est un magicien du genre. Plus de 600 pages pour un récit à la première personne pour une histoire qui pourrait tenir dans les quelques pages d'une nouvelle. Oui mais voilà, le narrateur donne rapidement l'impression de faire partie de la famille. Pas de forfanterie, ni de complaisance. Au contraire, Saul Karoo est suffisamment lucide pour dresser de lui-même un portrait au vitriol, qui le rend attendrissant. Il cultive l'autodérision à l'extrême. Quant aux portraits des relations de Karoo, ils sont dressés avec un sens aigu de l'observation, sans aucune méchanceté.
    Le décor est essentiellement new-yorkais avec quelques incursions sur le reste du territoire américain, et les personnages évoluent dans le milieu du cinéma.
    Karoo, persuadé de n'avoir aucun don de création réussit à merveille dans la correction de scénarios. Il est en train de divorcer et éprouve des difficultés pour prouver à son fils adoptif qu'il l'aime.
    Si l'on ajoute à cela les soucis d'un corps malmené après quelques décennies d'excès en tout genre, la vie n'est pas une sinécure, le comble étant une soudaine insensibilité aux effets de l'alcool, qui lui interdit ce refuge de paradis artificiel. Jusqu'à ce qu'un film à édulcorer vienne bouleverser le destin de moultes personnes.
    Cette intrigue cornélienne prend son temps. Elle se met en place peu à peu, on a le temps de voir arriver les drames qui se dessinent, tout en savourant le portrait doux-amer, avec quelques pointes d'une acidité grinçante
    Finalement si l'on compare au dernier livre de James Salter, le thème et les personnages ne sont pas si différents et pourtant la lecture est infiniment plus séduisante ( à mon humble avis), que dans Et rien d'autre, qui n'avait pas réussi à me convaincre.
    Un roman qui justifie le battage médiatique qu'avait occasionné sa sortie en France.


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2015/07/karoo_31.html
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Bernard Quiriny pour le Magazine Littéraire

    OEuvre posthume du scénariste américain, Karoo offre un pathétique condensé de la société américaine. Steve Tesich ? Ce nom parlera aux amateurs de ciné... > lire la suite

    Critique de qualité ? (16 l'ont appréciée)

Critiques presse (5)


  • Actualitte , le 18 mars 2014
    Virtuose de bout en bout (l'excellente traduction d'Anne Wicke y est pour quelque chose), Karoo est aussi une référence en termes de finesse psychologique et d'humour noir. À (re) lire d'urgence, vraiment.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Telerama , le 11 juillet 2012
    A la fois sarcastique et émouvant, Karoo est une fiction époustouflante sur un homme pathétique.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LaLibreBelgique , le 03 juillet 2012
    Chronique sans concession d’un naufrage absolu, cet opus est aussi une furieuse ode au don de soi.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • Lexpress , le 02 mars 2012
    Alerte, caustique, féroce. Le narrateur(-auteur ?) excelle dans l'art de la manipulation.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Liberation , le 27 février 2012
    Karoo est l’histoire d’une déchéance racontée par elle-même - et c’est très drôle.
    Lire la critique sur le site : Liberation

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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 31 mars 2014

    Le simple fait d’être ensemble, dans une voiture, dans un café, dans une chambre de motel, augmentait la puissance électrique de leur vie, les faisait brûler tous les deux d’une lumière différente. Le visage de la femme changeait du tout au tout, elle devenait plus belle quand elle était avec lui. De la même façon, il changeait quand il était avec elle. […]
    Chaque fois qu’ils se retrouvaient, c’était un peu comme une sorte d’immolation, leur énergie brûlait à une vitesse folle ; ils étaient tous les deux des personnes ordinaires, un homme ordinaire et une femme ordinaire, pris dans une histoire d’amour extraordinaire qui exigerait des quantités terrifiantes de ressources intérieures pour nourrir le feu de cet amour qu’ils ressentaient l’un pour l’autre.
    Ce n’était pas tant l’infidélité qui les inquiétait, ni même ce que les gens en ville pouvaient dire d’eux. C’était simplement cette quantité d’énergie qu’ils devaient mobiliser s’ils voulaient continuer à s’aimer.
    Ils découvraient, au cours du film, que les exigences de ce genre d’amour étaient trop grandes pour eux. Ils tentaient de se contenter du minimum. Ils tentaient de se rationner. Ils se rendaient compte tous les deux que ce rationnement faisait que cet amour divin s’amenuisait et finirait par mourir. […] Au bout du compte, il ne restait plus qu’eux deux […]. Rien qu’eux d’eux. Le fantôme, le fantôme sacré de l’amour, avait disparu.
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  • Par VALENTYNE, le 26 décembre 2014


    La musique cessa. On changea de disque mais pas de compositeur et, après une brève cacophonie de voix humaines non accompagnées, on revint à Beethoven. Comme toujours chez les McNab, la fête du lendemain de Noël était placée sous l’égide exclusive de Beethoven.

    Je me suis versé un coup de Tequila, dans un bon grand verre à eau, que j’ai vidé d’un trait.

    Je n’y comprenais rien. Mais alors rien du tout. Le sang, après tout, ça restait du sang, et si vous y mettiez un peu du vôtre et que vous assuriez que la proportion d’alcool dans votre sang excédait bien le cinquième, alors, suivant toutes les définitions de l’ébriété, vous étiez ivre. N’importe qui le serait. C’était une question de biologie. Et pas uniquement de biologie humaine, d’ailleurs. Les chiens aussi pouvaient être ivres. J’avais lu l’histoire d’un pitbull complètement cuité qui avait attaqué un SDF dans le Bronx avant d’aller comater quelques rues plus loin. Plus tard, des gosses du quartier avaient été interpellés pour avoir saoulé l’animal. Les chevaux, eux aussi, pouvaient êtres ivres. Tout comme le bétail. Et les cochons. Et il y avaient aussi des rats alcoolos qui se pochetronnaient au gros rouge. Les éléphants, j’en étais sûr, pouvaient être ivres. Les rhinos. Les morses. Les requins-marteaux. Aucune créature, humaine ou non, n’était immunisée contre l’alcool. Sauf moi.

    Cette exclusion biologique précisément et la nature peu naturelle de cette affliction provoquaient chez moi un sentiment de honte et me donnaient l’impression d’être stigmatisé, comme si j’avais contracté une forme inversée du sida qui m’immuniserait contre tout. Il y avait aussi la peur, la peur de devenir un paria aux yeux de tous – au cas-où ma maladie serait dévoilée – qui me poussait à faire semblant d’être ivre. Et puis je ne pouvais pas davantage supporter l’idée de décevoir ceux qui me connaissaient. Ils s’attendaient tous à ce que je sois ivre. J’étais le contraste auquel se mesurait leur sobriété. (page 13)
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  • Par colimasson, le 06 octobre 2014

    Au début, les histoires des individus sont presque toujours de nature épique, le tout commençant avec l’épisode théâtral de la naissance. Quoi de plus épique ?
    L’épopée du début de la vie part de là. Le sentiment de progrès et de défis victorieux est le pain quotidien du héros quand il est un tout jeune enfant. Le héros marche. Le héros parle. Les applaudissements et les encouragements dont l’inondent ses parents sont suffisants pour que même le plus modeste des jeunes enfants se croie promis à une glorieuse destinée. […]
    Quelque part en route, il met en place son propre narrateur, le « Je » du héros, le narrateur qui parle en son nom. La narration de cette histoire choisit presque toujours le genre épique, le seul à même de convenir.
    Le « Je » du héros proclame alors : « Je suis » ; « J’aime » ; « Je n’aime pas ».
    Certaines expressions épiques sont utilisées pour relier des épisodes disparates et créer une intrigue cohérente. Des expressions comme « Et alors, je… » ou « Et après cela, je… »
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  • Par marineije, le 04 septembre 2012


    ” Quelque chose me submergea alors que j’avançais dans la librairie avec Leïla vers la sous-section de la littérature appelée “Classiques”. C’était peut-être le souvenir de toutes les librairies et bibliothèques de ma vie. Une sensation de quasi-vertige fit non pas tant tourner la boutique autour de moi que tournoyer mon esprit dans ma tête, formant un petit tourbillon de livres, au centre duquel je distinguai comme dans une vision, un minuscule point de clarté absolue.
    Si Dieu devait se révéler maintenant et avec lui une poignée de vérités incontestables, presque tous ces livres disparaîtraient.
    La section “Philosophie” disparaîtrait. Tous les livres de la section “Religion” seraient retirés des étagères.
    Adieu, la physique et l’astrophysique. Adieu les sciences et la section “Sciences”. Une poignée de vérités venant de Dieu rendrait tous les livres jamais écrits sur les sciences totalement superflus.
    La section “Voyages” resterait.
    Les grands livres, traitant des grandes questions métaphysiques, disparaîtraient parce que ces grandes questions n’existeraient plus.
    Il n’y aurait plus aucun rôle pour l’humanité et la civilisation, si la vérité venait à être révélée. Comme si l’humanité était une sorte de réponse biologique à l’absence de vérité.
    Si j’étais Dieu me dis-je, je n’aurais pas le coeur d’apparaître maintenant. Pas après que ces livres et des millions d’autres ont été écrits. Non, je n’aurais pas le coeur d’apparaître si tard pour dire : “Me voilà, je suis venu vous dire la vérité et rendre superflus les siècles que vous avez passé à la rechercher.” Non, s’Il était vraiment un dieu d’amour, Il resterait dans son coin.” (pages 403 – 404)
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  • Par viou1108, le 29 mars 2014

    Je pouvais percevoir son anxiété et son angoisse, ainsi que les efforts qu'elle déployait pour les éloigner, aussi clairement que si son visage avait été une série de diapositives avec des légendes indiquant les émotions qu'elle ressentait. Je devais détourner le regard, ne plus la regarder dans les yeux; ce qui ne fit qu'augmenter son malaise.
    Mais je devais absolument regarder ailleurs. Cette fenêtre grande ouverte qu'était son visage faisait de moi une espèce de voyeur de sa vie intérieure mise à nu. Personne ne devrait être aussi ouvert que ça, me dis-je. Personne.
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