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Dima Abdallah (Autre)
EAN : 9782848053608
240 pages
Éditeur : Sabine Wespieser (27/08/2020)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 82 notes)
Résumé :
Dehors, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l’heure « son géant ». La main accrochée à l’un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  08 septembre 2020
La perte d'un pays et le perte d'un père
Dans un premier roman qui résonne très particulièrement aujourd'hui, Dima Abdallah raconte le Liban qu'elle a dû quitter au moment de la Guerre civile. Une chronique émouvante qui est aussi un chant d'amour pour son père.
Beyrouth, 1983. C'est la guerre qui déchire le Liban et rend la vie si difficile. Mais pour la narratrice de six ans, le bruit des tirs et les déflagrations qui secouent la ville, c'est aussi le moyen de gagner un peu de temps de liberté. Elle en vient à souhaiter que les tirs redoublent d'intensité pour qu'ils soient tous renvoyés chez eux. Que son géant de père vienne prendre son petit doigt dans sa grande paume et qu'ils rentrent chez eux. Car le géant a un super-pouvoir: «Le géant est une gigantesque étoile qui illumine tout et un trou noir qui avale tout ce qui se trouve à proximité. Ce n'est pas que les autres personnes autour de lui sont moins importantes, c'est seulement que le trou noir a un tel poids, une telle force gravitationnelle, qu'il engloutit tout.»
Chez eux, c'était jusqu'il y a peu dans le sud de la ville, mais maintenant que le mur a laissé la place à un trou, il a bien fallu partir. Des amis qui ont choisi de fuir le pays leur ont laissé leur appartement sur le front de mer, au 9e étage d'un bel immeuble. S'il n'y avait pas sans cesse des coupures de courant qui empêchent de prendre l'ascenseur, la vie serait belle.
Dima Abdallah a choisi de donner successivement la parole aux deux principaux protagonistes, à la fille et au père, à ce géant qui fait semblant de maîtriser la situation, mais qui doute et s'angoisse. «Je vais continuer à lui dire que rien de tout cela n'est grave, qu'elle a bien raison de ne pas pleurer, qu'on ne risque rien et que ça ne nous regarde pas, ce vaste bordel. Je me dis qu'il n'y a pas besoin d'en parler, demain on ira acheter un pot de marjolaine pour remplacer celui qui a fané et on mangera une glace. Chaque soir, on trouvera la force d'oublier ce qui s'est passé pendant la journée et chaque matin on trouvera une parade pour oublier la nuit passée. Je crois que l'oubli est la meilleure des solutions…»
Au fil des semaines, avec son frère et sa mère, journaliste et prof de français, ils tentent de s'adapter au mieux, espérant un répit. Qui ne viendra pas. En lieu et place de la paix, ce sont les crises d'angoisse, la peur qui paralyse et qui rend malade. Après douze ans, il n'est plus possible de faire semblant. La sécurité n'est plus garantie et le moral s'est effondré. La confession du chef de famille – qui résonne tout particulièrement à la lumière des événements récents – est bouleversante: «Ma chute était synchronisée avec celle du pays. Des morceaux de moi se détachaient sur le rythme où les immeubles s'écroulaient. Je devenais aussi toxique que cette ville. Je sentais le soufre et le sang coagulé. de moi coulait la même pollution que celle qui se déversait dans la mer, chaque jour. Je me désagrégeais sur le même tempo que cette ville».
Pour la jeune fille et pour son père, une nouvelle vie commence de part et d'autre de la Méditerranée. Une séparation, une douleur, un déchirement. Car cette nouvelle vie n'est pas une vie. Tout juste une survie. L'exil est d'abord intérieur: «Partir n'est pas une histoire de géographie. Tous étaient déjà partis avant même de prendre la route».
Et si, durant les premiers temps, la famille va conserver l'illusion que cet éloignement n'est que provisoire, elle devra vite déchanter. Partager l'odeur du café du matin et même celle du jasmin qui pousse sur leurs terrasses respectives ne met plus de baume au coeur. Il creuse la distance, donne à la nostalgie le poids de la tristesse. Et rend si difficile le choix des mots pour dire tout leur amour. Il ne faut pas blesser, il ne faut pas ajouter de la tristesse à la tristesse, il ne faut pas remuer les plaies toujours vives.
Mais le mal est profond et les mots deviennent vite dérisoires lorsqu'on a l'impression d'avoir tout perdu: «Ils ont pris ma ville. Ma ville est tombée. Elle s'est effondrée et des étrangers sont venus en rebâtir une nouvelle, une réplique de mauvais goût, un artifice, une ville factice. Dans les égouts, le sang de leurs victimes doit encore couler. La Méditerranée ne devrait plus être bleue mais rouge.»

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paroles
  15 avril 2021
Née au Liban en 1977, Dima Abdallah, vit à Paris depuis 1989. Après des études d'archéologie, elle s'est spécialisée dans l'Antiquité tardive. Mauvaises herbes est son premier roman.
Et quel roman ! Quel arrachement représente cet abandon du pays, mais surtout de ce père tant aimé, tant valorisé et surtout tant protégé. Avec quelle abnégation la petite a su enfouir au fond d'elle tous les mots qui blessent, a su taire sa souffrance, son angoisse, sa peur de perdre, de tout perdre. Sauf l'amour de son papa dont elle tenait, en sortant de l'école, le doigt si fermement, si dévotement, si admirativement : le doigt du géant.
Jamais je n'ai ressenti aussi précisément, aussi férocement, ce sentiment de perte : perte du pays, du parent, des souvenirs, l'arrachement à la terre, au père, la folie de la guerre et de tous les stigmates visibles laissés sur Beyrouth et dans le corps et le coeur de ses habitants.
C'est avec une écriture précise, délicate, répétitive que Dima Abdallah nous raconte l'histoire de la jeune narratrice qui a grandi au milieu du chaos, cette guerre civile qui bouleversa Beyrouth dans les années 80.
Ces douze premières années au milieu de ce champ de ruines laisseront une tâche indélébile dans l'âme de la jeune femme qui aura bien du mal à trouver sa place plus tard en France, son pays d'exil. Et c'est son amour des fleurs et des plantes, amour partagé avec son père, qui l'aidera à s'ancrer, à s'enraciner sur cette nouvelle terre.
La construction originale de ce roman permet d'entendre les voix du père et de la jeune fille puis jeune femme. Voix qui résonnent en échos, symbiose des mots non-dits pour ne pas blesser plus fort encore l'autre. Mots qui étouffent pour ne pas dire la douleur, ne pas convoquer les souvenirs.
« Chaque soir, on trouvera la force d'oublier ce qui s'est passé pendant la journée et chaque matin on trouvera une parade pour oublier la nuit passée. Je crois que l'oubli est la meilleure des solutions... »
Ce non-dialogue permet de sentir à quel point on peut être étranger aux autres, même dans son propre pays, se sentir différent et rejeté. L'exil est un cri qui vient de l'intérieur.
Un très beau roman qui se lit en apnée pour contenir mots et maux.
« Une mauvaise herbe n'est jamais qu'une fleur qui pousse au mauvais endroit. »
Agatha Christie
Jeux de glace
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79Hyena
  02 août 2020
Ce livre n'est pas un témoignage sur la guerre, c'est une histoire d'amour, intense et pleine de souffrance, entre les deux protagonistes du roman. Les mauvaises herbes dont parle le titre ce sont les inadaptés, les marginaux, à l'image de cette fille et de son père, fondamentalement libres et dissidents ; une mauvaise herbe est une herbe qui pousse là où elle ne devrait pas, ce qui est le sentiment partagé par les deux personnages.

L'exil occupe une place importante dans ce roman, puisque la jeune fille y sera confronté à l'âge de douze ans, forcée de quitter son Liban natal pour émigrer en France. Mais c'est l'exil intérieur qui prend beaucoup plus de place, Dima Abdallah nous montre à quel point on peut se sentir étrangers aux autres, même dans un environnement familier. Hostile et violent, le monde dans lequel évoluent ces deux personnages ne leur correspond pas, ils le rejettent et le critiquent farouchement.
Le père, un intellectuel aux tendances libertaires, est une personne libre et en souffrance au milieu de la guerre confessionnelle qui sévi à Beyrouth, à laquelle il est complètement étranger. Sa fille, quant à elle, est à la marge de ses camarades et amis, semble à côté de la plaque, n'arrivant pas à s'adapter aux autres, que ce soit durant son enfance à Beyrouth ou plus tard lorsqu'elle grandira à Paris. C'est de cette différence qu'ils parlent dans ce roman, à quel point elle est dure à vivre dans un univers qui se veut uniforme et réglé comme du papier à musique.
"Je me fais l'impression d'un cube qu'on essaye de faire entrer dans un moule rond et étroit. On a beau tourner le cube dans tous les sens, ça n'entrera pas, on a beau en limer même un peu les coins pour les arrondir, ça reste un cube." (p.66)

Le sujet central de ce roman est finalement la relation père-fille ; la mère et le petit frère sont tous les deux très peu présents dans le roman, tout comme la guerre civile qui n'est finalement qu'abstraite. Un véritable huis-clos s'installe entre les deux personnages, dont le dialogue s'articule autour de la distance qui s'installe petit à petit entre eux, de la fêlure des liens qui unissaient leur famille, de leur incapacité à s'adapter à un monde devenu fou, le tout conduit par un fil botanique ; ils se retrouvent dans cet amour des plantes au quotidien, dans ces mauvaises herbes auxquelles ils s'identifient.

C'est un premier roman au style percutant que Dima Abdallah fait paraître chez Sabine Wespieser. Une très belle histoire sur les inadaptés de ce monde, une ode à la liberté et à l'amour, une très belle découverte pour la rentrée littéraire 2020.

"Je suis d'la mauvaise herbe,
Braves gens, braves gens,
C'est pas moi qu'on rumine
Et c'est pas moi qu'on met en gerbe..."
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Herve-Lionel
  23 mars 2021
N° 1537 – Mars 2021
Mauvaises herbesDima Abdallah - Sabine Wespieser éditeur.
Beyrouth est une ville en guerre vue par une petite fille de 8 ans. Elle habite avec ses parents, des intellectuels aisés, dans un quartier chic épargné par les conflits, dans un appartement prêté par des amis exilés, mais c'est un conflit qui les a fait fuir leur propre maison, une guerre civile où il faut se méfier de tout le monde dans un pays divisé par les religions chrétienne et musulmane, déchiré par les attentats aveugles. Elle apprend à survivre au jour le jour avec son père comme rempart et exprime sa solitude et son désarroi dans les mots du poème et les couleurs du dessin. le répit espéré ne viendra pas et il faudra se résoudre à l'exil.
Roman à deux voix, celle du père resté sur place et celle cette petite fille qui grandit, se réfugie en France parce que c'est, dit-on, le pays de la liberté et des droits de l'homme mais aussi parce qu'existent entre ces deux nations des liens historiques. Elle goûte la beauté de Paris mais aussi ses images traditionnelles, la saveur du pain frais, le goût du café, les bistrots accueillants, la senteur des arbres dans les jardins publics… mais ne s'intègre pas dans son collège parce qu'elle reste une étrangère dans un pays qui n'est pas le sien. Elle grandit, fait sa crise d'adolescence avec son envie de liberté et de voyage, oublie la langue maternelle loin de ce père qui la voit s'éloigner de lui. Suit pour elle un parcours personnel et amoureux, une errance, à la recherche de quelque chose qui ressemble peut-être à la quête d‘une référence paternelle mais aussi une volonté de se laisser porter par le événements, une manière d'autodestruction face à ce déchirement, à ce pays qui est désormais en cendres et qu'elle ne reverra plus, à sa langue maternelle qu'elle oublie petit à petit, à ce Paris qui maintenant lui est familier. Elle partage certainement avec son père non seulement la qualité d'électron libre mais aussi cette forme de déprime liée à une guerre de religion qui lui est étrangère et qu'il soigne comme il peut avec le tabac, l'alcool et l'écriture, mais que pèsent les mots face à un pays qui disparaît dans les affres d'une guerre fratricide. Reste l'espoir d'un retour hypothétique à la normale...
Cette relation père-fille est difficile dans ce contexte de guerre civile, d'exil et de séparation. Il y a de l'amour entre eux mais paradoxalement cet amour engendre du silence, une véritable absence de dialogue. Ce roman est une juxtaposition de réflexions, d'états d'âme, de souvenirs dont les autres membres de la famille, la mère et le frère, tous aussi concernés, sont exclus. Seule l'image de la compagne impose son souvenir furtif dans la solitude du père. C'est une sorte de compte-rendu du parcours solitaire de ces deux êtres qu'une mer sépare et qui se croisent parfois, avec un toile de fond un pays déchiré que la jeune femme ne reverra pas. Cela fera d'elle et aussi de son père des êtres déracinés, des « mauvaises herbes » qu'on n'a pas semées mais qui parviennent quand même à pousser un peu n'importe où, comme le rappelle l'exergue, mais avec difficulté. Seul semble perdurer l'amour des plantes et en particulier le jasmin qui leur rappelle ce pays meurtri.
Il y a beaucoup de silences, de choses laissées sciemment dans l'ombre, de non-dits, la narration, poétique à la fin, est hachée hachée, ce qui pour moi nuit à une lecture agréable. Je suis assez peu entré dans cette histoire, lue cependant jusqu'au bout, par respect pour l'auteure et pour son travail d'écriture et dans le cadre d'un jury littéraire.
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Tempsdelecture
  30 août 2020
Dima Abdallah nous emmène dans ce Liban meurtri de cette guerre civile des années 1980, et nous l'accompagnons ensuite en France, dans sa capitale, là où elle se résout à prendre racines, après quelques allers-retours à Beyrouth. Mauvaises herbes n'est pas un roman qu'il faut lire comme tel, il réclame patience, délicatesse et circonspection, le temps qu'il faut après tout pour voir ses plants s'épanouir. Il faut les lire comme des lettres, que l'auteure s'adresse à elle-même, qu'elle adresse à son père, que lui-même, sur la base de son imaginaire, lui adresse. Sur cette famille hybride de quatre membres, aux enfants, qui ont lentement mûri sous le soleil libanais, entre église maronite et islam, s'identifiant à la fois à tout le monde et personne, seules les voix du père et de la fille ont droit au chapitre, c'est assez déconcertant. Les silhouettes maternelles et fraternelles, muettes et fuyantes, hantent le texte, ici et là, sans que jamais la narratrice leur laisse la moindre place pour s'exprimer. Ce n'est pas un échange, pas plus qu'un dialogue, c'est l'émotion, le regret d'une âpreté incommodante et fugace, la nostalgie douceâtre d'une rencontre manquée entre une fille désormais adulte et son père, resté à Beyrouth, alors même que le reste de la famille trouvait refuge en France sous l'impulsion maternelle.
La clef de ce roman réside donc dans cette relation filiale ou personne d'autre qu'eux n'a sa place: la relation avec la mère est surement apaisée comme je me l'imagine, à défaut d'avoir la moindre réponse à cette interrogation, mon imagination a paré à cette absence. Quant au lien avec le frère, il reste encore plus énigmatique. Empruntant les mots qu'ils n'ont jamais eus l'un pour l'autre, l'adulte qu'elle est devenue revisite son histoire avec un père qui a le mot rare et peu généreux et qui choisit de s'effacer de la vie de ce noyau familial. Comment comprendre ce père absent, ce père muet, autrement qu'en retraçant avec un brin de mélancolie leur histoire à tous les deux, son enfance dans ce pays en guerre, dans lequel il est fait prisonnier: reconstituer son départ en France, reconstruire leur relation, de silences, de mensonges, de bienveillance, de gestes d'amour, anodins, mais bien présents. Elle se rattache à ces herbes, la marjolaine qui constitue le mince fil qui la relie encore à cette figure paternelle absente. J'ai apprécié la sensibilité de l'auteure, cette délicatesse dont elle fait preuve face au père, cette façon qu'elle a de ne pas s'acharner à essayer de briser ce silence, empruntant plutôt le langage herboriste et celui de la littérature pour tenter de nouer un dialogue, quand bien même fictif, avec lui.
Dima Abdallah revit cette guerre, au centre de tout, de leur vie, de leur départ, de l'éclatement familial, cette guerre qui n'est pas la sienne mais celle de son père, de ses parents, les dissensions ethniques, religieuses qui déchirent le pays et qui déchire sa propre famille, les musulmans d'un côté, les maronites de l'autre. Elle revit, explore, comprend et s'agace, elle recrée la voix de ce père tant aimé, elle recherche les mots d'amour, même les gestes, qu'il est incapable de lui prodiguer, consumé qu'il l'est par ce conflit fratricide au sein de la ville tant aimée, mais détruite, dont les ruines et les cendres rappellent celles de ce père anéanti, dévasté, qui utilise ses dernières forces à poser ses ultimes mots sur un papier.
Ai-je aimé ce roman? Je n'ai honnêtement aucun avis tranché à vous donner. Je n'ai pas franchement détesté, j'ai été sensible à cette fille à la recherche d'un père insaisissable, qui fait l'impossible pour le comprendre, renouer avec lui à leur façon. En revanche, j'ai eu du mal à m'adapter à ce mode de narration, très sélectif, à travers lequel l'auteure met un point d'honneur à en dévoiler le moins possible. Je suis très clairement restée sur ma faim, j'aurais aimé en savoir plus sur cette jeune femme qui essaie de se construire malgré l'absence coupable du père, j'aurais aimé en connaitre plus sur cette famille, sur leur rapport avec la narratrice. Sur les circonstances de cette séparation, sur les relations avec la mère, le frère, sur la vie dans le Beyrouth des années 80. Beaucoup de silence, d'omissions, de questions laissées sans réponses, trop justement. Des années entières sont tues, cette barrière de protection qu'elle a obstinément dressée entre son lecteur et le reste de sa vie devient trop opaque à mesure que son histoire prenne forme pour que l'on ne finisse pas déboussolé. Tout juste sait-on que ses parents se sont rencontrés à l'université, que c'est là-bas qu'ils sont tombés amoureux, nous n'en saurons guère plus. Pourquoi le père prend-il le parti de rester dans ce Liban en guerre alors que la mère décide de sortir ses enfants de là? On le ressent, cet attachement profond et vital du père à son pays, plus viscéral que le lien qui le rattache à sa propre famille, on l'éprouve ce déracinement qui secoue la jeune femme, cette nostalgie douce-amère d'un pays qui lui manque même si elle ne s'y est jamais sentie à sa place. Mais elle est de ces Mauvaises herbes qui arrivent à pousser n'importe ou, malgré tout.
L'essentiel, après tout, est de savoir si la jeune fille déracinée finira par trouver un terreau où planter ses racines, repiquer ses plants, durablement. On savoure ce double langage, botanique et littéraire, qu'elle empreinte pour parler des seuls liens qui rattachent son père à la vie, et plus que tout, cette jeune femme à son père. Apprendre à comprendre, apprendre à ne pas pouvoir comprendre, apprendre à accepter, apprendre à lâcher prise, à oublier les démons qui ne sont pas, ou plus, les siens, et comprendre qu'après tout, la vie n'est pas plus compliquée qu'un morceau de vieux comté et d'un brin de causette chez la fromagère du coin. La résilience. Un compromis entre l'ici et là-bas, une greffe soignée et aboutie. Enfin. On expire, profondément, on reprend haleine avec notre narratrice, cette auteure en devenir, qui a enfin trouvé le moyen de se délester de son bagage, de créer et cultiver son propre jardin littéraire, à travers ses propres feuilles, blanches.
C'est un roman qui se lit un peu comme on respire, on hume, on exhale le parfum d'une fleur, en inspirant à plein poumons pour mieux s'imprégner de son parfum. Puis en expirant, pour revenir la respirer de temps en temps. C'est un livre débordant de poésie, que la légèreté de la trame narrative peut aisément dérouter. le récit, en revanche, n'est jamais asphyxié par la gravité du sujet. Installez-vous confortablement et dégustez!
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critiques presse (1)
Liberation   21 septembre 2020
Une enfant et son père à la main verte dans la ville en guerre, puis séparés par l’exil.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
parolesparoles   15 avril 2021
Un poème, c’est de l’émotion, un poème, c’est une sorte de cri, je crois. Mon poème, c’est un hurlement. La mer la nuit, ce n’est pas joli, c’est triste et ça fait un peu peur. On a l’impression que les vagues inspirent quand elles se forment et qu’elles expirent en soupirant de chagrin quand elles viennent s’écraser et mourir sur le sable. Les humains ne comprennent pas grand-chose à toutes ces choses, je trouve.
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CsylCsyl   09 avril 2021
Un poème, c'est de l'émotion, un poème, c'est une sorte de cri, je crois. Mon poème, c'est un hurlement. La mer la nuit, ce n'est pas joli, c'est triste et ça fait un peu peur. On a l'impression que les vagues inspirent quand elles se forment et qu'elles expirent en soupirant de chagrin quand elles viennent s'écraser et mourir sur le sable.
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CsylCsyl   09 avril 2021
Planter, c'est s'installer. Mon balcon ressemble de plus en plus à celui des petits vieux. Ceux qui sont on ne peut plus installés. Ceux qui ont des souvenirs qui débordent de partout sur les balcons. Ceux dont la mémoire est si riche et si pauvre à la fois que de véritables petites jungles en pots fleurissent sur leurs balcons.
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CsylCsyl   09 avril 2021
Les pollens des jasmins ont été éparpillés aux quatre coins du pays, quelque chose de nous, quelque chose qui nous ressemble, est devenu sédentaire, a pris racine, a trouvé une terre. Quelque chose de nous a trouvé quelques parcelles de terreau propre pour s'y enfoncer.
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CsylCsyl   09 avril 2021
Partir, ça aide à éradiquer les mauvais souvenirs. Chaque lieu a ses cauchemars à lui, qui restent emprisonnés dans les murs quand on s'en va. Partir, c'est la seule manière de s'en débarrasser une bonne fois pour toutes, alors moi, j'aimais toujours partir.
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Videos de Dima Abdallah (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dima Abdallah
Rencontre avec la lauréate Prix des lecteurs 2021 de l'Escale du livre, Dima Abdallah, "Mauvaises herbes" (Sabine Wespieser) Rencontre présentée par : Pierre Mazet
Retrouvez son livre chez vos librairies indépendantes : https://www.librairies-nouvelleaquitaine.com/
Inédite édition de l'Escale du livre, du 24 au 28 mars 2021 et durant tout le printemps https://escaledulivre.com/


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© musique : Hectory - Réalisation et sound design : Grenouilles Productions - création graphique : Louise Dehaye / Escale du livre 2021 - Inédite édition
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