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Carole Declercq (Autre)
EAN : 9791097515331
215 pages
Éditeur : Editions la Trace (01/01/2021)
4.25/5   8 notes
Résumé :
Après l'effroyable démantèlement du camp d'Idomeni, en Macédoine, beaucoup de jeunes ont disparu dans la nature.
Feriel, une petite fille afghane qui tente de rejoindre l’Autriche avec son frère en est un douloureux exemple. Mais une rencontre, un partage avec Elliniki, une très vieille dame qui vit recluse dans le sauvage massif du Paiko changera le cours d’une histoire tragique. Si différents mais pas indifférents …
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  02 janvier 2021
Feriel et Hamza ont fui l'Afghanistan, pour rejoindre leur frère installé depuis quelques années en Autriche. Autrement dit, ils vivent comme le héros antique évoqué dans le titre, les affres d‘un voyage dangereux et à l'issue incertaine, à la merci des autorités des pays traversés, autant que des organisations humanitaires force est de constater que l'enfer peut être pavé de bonnes intentions. Lorsque le camp de réfugiés d'Idomeni est démantelé, ils tentent de poursuivre leur périple en solitaires.
Pour Elliniki, fille d'immigrés turques implantés en Macédoine au bon gré des partages géographiques qui ont fait de cette zone terrestre un patchwork bigarré et illogique sur le plan culturel, la vie entre dans sa dernière phase. Seule dans sa petite maison au confort minimal, avec peu de ressources, qu'elle conforte en fabriquant des biscuits revendus au restaurant du village, elle se fait craindre par sa réputation de sorcière et son aplomb qui contraste avec sa stature frêle.
Il ne faudra pas beaucoup de négociations pour vaincre les appréhensions des deux enfants débusqués de leur cachette à quelques encablures de la vieille dame.
Une magnifique amitié en résulte.
On en sait peu sur le passé et l'avenir, mais cet épisode en lui-même est riche d'émotions, de celles que suscitent les capacités des hommes à donner ce qu'ils ont de meilleur.
C'est à petites touches que l'auteur dresse le portrait et nous apprend l'histoire d'Elliniki, histoire ponctuée d'épisodes douloureux, avec en filigrane les violences éternelles.
J'ai beaucoup apprécié la délicatesse de l'écriture et l'absence de complaisance vis à vis des personnages. Un voyage contemporain dans un cadre mythique.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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DavidG75
  15 décembre 2020
« Petite fille Afghane, de l'autre côté de la Terre,
Jamais entendu parler de Manhattan,
Mon quotidien c'est la misère et la guerre... »
L'Odyssée de Ferriel, petite Afghane, et de son frère Hamza, débutera dans les ruines d'un Kaboul dévasté et sans avenir...
Fuir ce néant, pour survivre, ne pas mourir à petit feu, entretenir la flamme de la vie et retrouver leur grand frère Toraj qui les attend quelque part en Europe...
Passer... Un barrage, une rivière, une frontière...
Passer... Les barrières successives du monde, celles de la langue, celles de l'inconnu...
Passer devient l'obsession... Passer, c'est exister...
Éviter tous les Charybde et Scylla qui se dresseront devant eux sur ce long chemin vers l'espoir.
Et garder sa dignité, ne pas céder aux sirènes de la déshumanisation...
Iran, Syrie, Turquie, la porte de l'Europe, puis la Grèce... Leur Odysée conduira Ferriel et Hamza jusqu'à un petit village hellène, petit coin d'ailleurs et de nulle part que surplombe la maisonnette de la vieille grecque, Elliniki.
Elliniki, c'est la déglinguée du village, l'originale, la sorcière, la vieille qui habite au bout du sentier, sur la dernière marche avant la fin de la civilisation, au point de rencontre des vents et les nuages. Elliniki, elle les a connues, elle aussi, les souillures de la guerre, elle a vécu et survécu.
Alors, pour quelques gâteaux échangés, avec le langage de l'amour pour briser les frontières, elle deviendra Nausicaa dans le coeur de Ferriel, petite naufragée en quête d'un rivage accueillant.
Ensemble, elles s'apprivoiseront, partageront leurs souvenirs et leurs attentes, tapissant leurs maux respectifs d'un voile de douceur. Avec, au bout de cette Odyssée désormais commune, la perspective de retrouver les leurs.
Les enfants d'Ulysse, ce sont tous ces passants anonymes en quête d'un peu d'humanité hors des camps de réfugiés, ces ombres oubliées fuyant la guerre et la misère, à la recherche d'une aube où le soleil illumine l'horizon du possible, au-delà des terres de désolations d'Arès et des mers houleuses de Poseidon.
Il y a énormément de générosité et de sincérité dans l'écriture de Carole Declercq. Une odyssée moderne qu'elle conte avec beaucoup de sensibilité et qui rend ses personnages si attachants. Un voyage ensoleillé au coeur de l'Humanité où les différences ne doivent pas laisser indifférent.
Merci pour ce beau partage et la dédicace amicale, Carole. Je continuerai volontiers le voyage en compagnie de vos autres romans.
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Zephirine
  07 décembre 2020
Dans le Paiko, massif montagneux De Grèce, la vie est rude. La vieille Elliniki, au physique et à la réputation de sorcière, vit chichement avec ses chats. Sa modeste et minuscule maison, c'est son défunt mari qui l'a construite pour abriter leur amour. C'est là qu'elle veut finir ses jours. Mais voilà que, traqués par les policiers, déboulent dans son existence bien tranquille des clandestins afghans. Feriel et Hamza, une fillette et un adolescent, tentent de rejoindre l'Autriche où les attend leur grand frère. Ils ont connu l'enfer des camps de migrants, vu disparaitre nombre de leurs compagnons d'infortune et, au pire moment, alors qu'ils sont traqués par les policiers, une vieille femme un peu fêlée les tire de là en les cachant chez elle. Hamza, farouche comme un chat sauvage ne se laisse pas facilement apprivoiser tandis qu'une complicité immédiate nait entre Feriel et Elli.
La vieille Elli s'est mis dans la tête d'aider les enfants à traverser la mer pour atteindre l'Italie. Elle est comme ça, Elli, derrière ses airs bourrus c'est son coeur qui parle. « Elle reconnait cette sensation. La peau de son coeur. Voyez-vous, c'est comme ça qu'elle craque, quand ça doit arriver » Elle a connu la peur et les guerres successives, la mort de sa mère et de son grand frère qui la protégeait. Mais plus que tout, il y a eu ce jour terrible, ce jour où elle a arrêté de grandir. Alors, en se revoyant enfant dans le regard confiant de Feriel, elle se promet de tout faire pour que la petite afghane ne vive pas la même tragédie que la sienne.
Car des tragédies, on en croise pas mal dans ce roman lumineux et pétri d'humanité.
Les grecs du Paiko ont subi durant 25 ans ce qu'on a appelé plus tard « les guerres balkaniques » Ici, les frontières ont été mouvantes, l'exil on ne connait que trop et les habitants sont restés méfiants. Alors, tous ces émigrés qui menacent leur tranquillité…
Ce livre pourrait être un énième roman sur l'émigration mais l'auteure évite l'écueil du misérabilisme ou de la mièvrerie. Elle donne vie sans prétention aux habitants de ce village reculé et nous rend attachants, non seulement les jeunes afghans et la vieille Elli mais aussi Milios, le tenancier de l'épicerie-café, amoureux transi d'Irina, ou encore Abel, « grand lézard maigrichon » et quelque peu bêta.
L'écriture de l'auteure se teinte aussi de légèreté narquoise lorsqu'elle croque les rapports entre les villageois. Les dialogues sont d'une grande drôlerie, du Pagnol à la sauce grecque.
Á ces personnages de chair s'ajoute, en filigrane, l'ombre tutélaire d'Ulysse, ce héros de la mythologie grecque que Feriel va découvrir dans un vieux livre de Constantin, le mari d'Elli. La gamine se passionne pour Ulysse, fascinée par l'analogie entre les aventures du héros et sa propre odyssée.
Sous la plume alerte de Carole Declercq, cette histoire violente et douce à la fois m'a séduite de bout en bout. Un beau roman à découvrir.
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fuji
  13 janvier 2021
Roman polyphonique, comme un chant grec il nous dit la « mémoire » de la Grèce et celle de ces migrants fluctuants au gré des accueils avec inhumanité ou humanité, c'est selon.
Macédoine 2016 Elliniki 86 ans vit sa vie en toute simplicité.
« Son premier geste, c'est d'enfiler le vieux pull vert à grosses mailles de Constantin qui porte encore son odeur car elle ne l'a jamais lavé. Puis elle pose sa petite briki déjà remplie sur la plaque électrique et elle sort humer l'air. »
Tout le monde la prend pour une sorcière tant elle se tient à l'écart de l'agitation. Si elle fait le choix d'une vie minimale, sa conscience est maximale.
Pas loin de chez elle un camp de migrants est évacué, ce que relate les journaux. En France le gros titre du Figaro « La Grèce évacue le camp de migrants d'Inoménie » avec 700 policiers, 1110 personnes évacuées dans 23 bus.
Lors de ce démantèlement, deux jeunes Afghans, Hamza 16 ans et Fériel sa petite soeur 12 ans, s'enfuient, ils préfèrent essayer de rejoindre seuls l'Autriche où leur grand frère Toraj les attend. Ils veulent juste « passer » en bousculant le moins possible la vie des autochtones.
Faciles à dénoncer, leur abri provisoire détruit, ils vont être recueillis par Elli.
La Macédoine étant issue d'un puzzle géopolitique, Elli ne peut que comprendre ce que ces deux enfants traversent.
Sans stigmatiser, sans vouloir refaire le monde avec des si… l'auteur entraîne ses lecteurs sur le fait que l'Histoire est un grand recommencement, que les institutions politiques règlementent, répriment et laissent les pays se débrouiller. L'Italie, la Grèce…
« On a agi comme si les gens étaient des plantes que l'on pouvait dépoter et repiquer. »
Bien évidemment les situations sont compliquées, mais personne ne fuit son pays en risquant sa vie à chaque seconde sans raison.
Entre Elli et Fériel la complicité est spontanée quasi viscérale. L'auteur croque les portraits avec justesse tant dans les attitudes que dans les dialogues.
Et cela renforce son propos, des « Fériel et Hamza » personnages de papier ? Il y a des milliers d'enfants bien réels, si la fiction s'efface derrière la réalité.
Romain Gary écrivait dans Les enchanteurs : « Les chemins qui mènent à la liberté et à la dignité humaine passent par bien des abîmes et ne sauraient donc mener d'un seul coup aux sommets. »
La petite fille va se passionner pour la légende d'Ulysse qui dans ses multiples aventures a fait preuve de sagacité et d'ingéniosité et de courage et a ressenti lui aussi le mal du pays.
La force de cette histoire réside dans une écriture délicate pour donner chair aux migrants, hommes, femmes et enfants qui bravent tous les dangers pour fuir leur pays vers l'inconnu, le déracinement. Très réaliste Carole Declercq ne joue pas sur la corde du misérabilisme pas plus qu'elle ne transforme le lecteur en voyeur.
J'ai ralenti ma lecture car je n'avais pas envie de quitter le massif du Paiko et j'aimerais un tome 2 racontant la vie reconstruite, poursuivie.
C'est un roman de l'éveil en toute simplicité et sagesse.
« Il ne faudrait pas croiser le regard des gens si on veut rester tranquille dans son coin. »
Je rajouterai que la simple humanité serait de ne pas détourner le regard…
« L'exil, c'est la nudité du droit. Rien de plus terrible. Pour qui ? Pour celui qui subit l'exil ? Non, pour celui qui l'inflige. le supplice se retourne et mord le bourreau. » Victor Hugo.
©Chantal Lafon
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fabiennebal
  13 décembre 2020

Découverte d'une maison d'édition La Trace , située dans le sud de la France, grâce à ce beau roman tellement actuel et sensible !
Nous sommes en Grèce , loin des plages bondées des Cyclades, dans le massif du Taico, en Macédoine, région frontalière des Balkans. En 2016 , la frontière se ferme et tous les migrants voulant atteindre l'Allemagne se retrouvent en Grèce dans des camps surpeuplés.
On rencontre Elliniki, vieille femme de Kastanides, vivant seule dans une petite maison isolée vers la montagne, peu aimée et crainte par les autres habitants du village.
Suite au démantèlement du camp d'Idomeni, Feriel, petite fille afghane et son frère Hamza fuient les services sociaux et tentent de rejoindre l'Albanie pour retrouver leur grand frère en Allemagne, en passant par le massif du Taico, près de la maison d'Elliniki. Celle-ci les surprend en train de voler des gâteaux et touchée par leur détresse, décide de les héberger et de les aider, grâce au concours de Milios, jeune épicier du village. Mais comment les faire passer en Italie ? Une véritable chaîne de solidarité menée par la pugnace Elliniki va se déployer.
Ce roman est un récit de l'exil ; les deux enfants afghans , d'origine pachtoune, doivent fuir leur pays suite à des menaces de mort des Talibans.ils sont issus de la bourgeoisie et parfaitement éduqués, voulant poursuivre leurs études en Allemagne. La vieille Elliniki se remémore l'exil de sa mère qui a du fuir la Turquie pour se réfugier dans cette région reculée De Grèce. On rencontre les mêmes blessures, les mêmes souffrances, le même déracinement, la même violence que pendant la guerre de 39-45. Elle ne peut tourner le regard mais plutôt être compatissante et tendre la main.
Elliniki se lie profondément avec Feriel, comme la petite fille qu'elle n'a jamais eue et fait ressurgir les blessures profondes et intimes de son enfance. C'est à la fois une belle histoire d'amour avec Feriel qui représente un futur radieux, la lumière mais aussi ses souvenirs tendres et amoureux avec son mari décédé Constantin. le lien entre ces deux générations se fera grâce à un livre ayant appartenu à Constantin : l'Odyssee que Feriel essaie de lire et qui lui rappelle son expérience du voyage.
Je soupçonne l'auteur de bien connaître la Grèce ; elle nous la décrit loin des stéréotypes classiques mais dans sa beauté rude, sa nature reculée , ses petits villages isolés, ses paysages grandioses. Elle dresse le portrait d'un pays fragilisé économiquement, faisant face au mieux à cette arrivée des migrants vus comme des personnes dangereuses par certains habitants comme dans le village de Elliniki. Son analyse est précise et fine avec un sens de l'humour bien utilisé dans la description du café du village et de ses clients : Cesar et Marius ne sont pas loin !
On s'attache rapidement à Elliniki, femme forte, intelligente , volontaire ainsi qu'aux deux enfants déracinés ; on découvre aussi de belles personnes telles que l'épicier Milios, réservé et généreux, son amoureuse Irina , débrouillarde et lucide et l'original Abel au grand coeur.
Je trouve le sujet des migrants très intéressant mais pas facile à traiter car on peut tomber facilement dans le larmoyant inutile et gratuit. Mais Carole Declercq , grâce à son écriture douce et sensible, se rapproche des personnages sans lourdeur mais les écoute , avec tendresse, compréhension. Elle réussit à transformer un sujet terrible et dramatique en un roman lumineux, fraternel et plein d'espoir.
Merci aux Éditions La Trace pour cette lecture .

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
DavidG75DavidG75   18 décembre 2020
Les jeunes oublient souvent tout ce qu'ont vécu les vieux parce qu'il y a en eux une réserve d'optimisme indécrottable assortie d'une aptitude à désapprendre pour se contenter du moment présent.
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ZephirineZephirine   06 décembre 2020
Ils sont presque touchants de bêtise crasse. Comme une maîtresse d'école, elle va leur coller une bonne trempe à sa façon. Il lui semblait leur avoir, voici longtemps, déjà fait la leçon en rappelant à certains leurs petites lâchetés de la guerre civile, leurs collusions avec des régimes pas recommandables. Mais ils sont incorrigibles. Ces cervelles de moineau.
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ZephirineZephirine   06 décembre 2020
Elle déglutit bruyamment. Elle reconnait cette sensation. La peau de son cœur. Voyez-vous, c'est comme ça qu'elle craque, quand ça doit arriver. Pas besoin de grands discours. De longs préambules. D'explications alambiquées. De décorticages savants. Elle n'a jamais eu besoin de ça, d'ailleurs.
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EvlyneLerautEvlyneLeraut   14 janvier 2021
Ce vent du Paiko, dont les bêtes et les hommes se gavent, est un personnage à lui tout seul.
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