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Carole Declercq (Autre)
EAN : 9791097515331
215 pages
Editions la Trace (01/01/2021)
3.85/5   50 notes
Résumé :
Après l'effroyable démantèlement du camp d'Idomeni, en Macédoine, beaucoup de jeunes ont disparu dans la nature.
Feriel, une petite fille afghane qui tente de rejoindre l’Autriche avec son frère en est un douloureux exemple. Mais une rencontre, un partage avec Elliniki, une très vieille dame qui vit recluse dans le sauvage massif du Paiko changera le cours d’une histoire tragique. Si différents mais pas indifférents …
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Feriel et Hamza ont fui l'Afghanistan, pour rejoindre leur frère installé depuis quelques années en Autriche. Autrement dit, ils vivent comme le héros antique évoqué dans le titre, les affres d‘un voyage dangereux et à l'issue incertaine, à la merci des autorités des pays traversés, autant que des organisations humanitaires force est de constater que l'enfer peut être pavé de bonnes intentions. Lorsque le camp de réfugiés d'Idomeni est démantelé, ils tentent de poursuivre leur périple en solitaires.

Pour Elliniki, fille d'immigrés turques implantés en Macédoine au bon gré des partages géographiques qui ont fait de cette zone terrestre un patchwork bigarré et illogique sur le plan culturel, la vie entre dans sa dernière phase. Seule dans sa petite maison au confort minimal, avec peu de ressources, qu'elle conforte en fabriquant des biscuits revendus au restaurant du village, elle se fait craindre par sa réputation de sorcière et son aplomb qui contraste avec sa stature frêle.

Il ne faudra pas beaucoup de négociations pour vaincre les appréhensions des deux enfants débusqués de leur cachette à quelques encablures de la vieille dame.

Une magnifique amitié en résulte.

On en sait peu sur le passé et l'avenir, mais cet épisode en lui-même est riche d'émotions, de celles que suscitent les capacités des hommes à donner ce qu'ils ont de meilleur.

C'est à petites touches que l'auteur dresse le portrait et nous apprend l'histoire d'Elliniki, histoire ponctuée d'épisodes douloureux, avec en filigrane les violences éternelles.

J'ai beaucoup apprécié la délicatesse de l'écriture et l'absence de complaisance vis à vis des personnages. Un voyage contemporain dans un cadre mythique.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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« Petite fille Afghane, de l'autre côté de la Terre,
Jamais entendu parler de Manhattan,
Mon quotidien c'est la misère et la guerre... »

L'Odyssée de Ferriel, petite Afghane, et de son frère Hamza, débutera dans les ruines d'un Kaboul dévasté et sans avenir...

Fuir ce néant, pour survivre, ne pas mourir à petit feu, entretenir la flamme de la vie et retrouver leur grand frère Toraj qui les attend quelque part en Europe...

Passer... Un barrage, une rivière, une frontière...
Passer... Les barrières successives du monde, celles de la langue, celles de l'inconnu...
Passer devient l'obsession... Passer, c'est exister...

Éviter tous les Charybde et Scylla qui se dresseront devant eux sur ce long chemin vers l'espoir.
Et garder sa dignité, ne pas céder aux sirènes de la déshumanisation...

Iran, Syrie, Turquie, la porte de l'Europe, puis la Grèce... Leur Odysée conduira Ferriel et Hamza jusqu'à un petit village hellène, petit coin d'ailleurs et de nulle part que surplombe la maisonnette de la vieille grecque, Elliniki.

Elliniki, c'est la déglinguée du village, l'originale, la sorcière, la vieille qui habite au bout du sentier, sur la dernière marche avant la fin de la civilisation, au point de rencontre des vents et les nuages. Elliniki, elle les a connues, elle aussi, les souillures de la guerre, elle a vécu et survécu.

Alors, pour quelques gâteaux échangés, avec le langage de l'amour pour briser les frontières, elle deviendra Nausicaa dans le coeur de Ferriel, petite naufragée en quête d'un rivage accueillant.
Ensemble, elles s'apprivoiseront, partageront leurs souvenirs et leurs attentes, tapissant leurs maux respectifs d'un voile de douceur. Avec, au bout de cette Odyssée désormais commune, la perspective de retrouver les leurs.

Les enfants d'Ulysse, ce sont tous ces passants anonymes en quête d'un peu d'humanité hors des camps de réfugiés, ces ombres oubliées fuyant la guerre et la misère, à la recherche d'une aube où le soleil illumine l'horizon du possible, au-delà des terres de désolations d'Arès et des mers houleuses de Poseidon.

Il y a énormément de générosité et de sincérité dans l'écriture de Carole Declercq. Une odyssée moderne qu'elle conte avec beaucoup de sensibilité et qui rend ses personnages si attachants. Un voyage ensoleillé au coeur de l'Humanité où les différences ne doivent pas laisser indifférent.

Merci pour ce beau partage et la dédicace amicale, Carole. Je continuerai volontiers le voyage en compagnie de vos autres romans.
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Dans le Paiko, massif montagneux De Grèce, la vie est rude. La vieille Elliniki, au physique et à la réputation de sorcière, vit chichement avec ses chats. Sa modeste et minuscule maison, c'est son défunt mari qui l'a construite pour abriter leur amour. C'est là qu'elle veut finir ses jours. Mais voilà que, traqués par les policiers, déboulent dans son existence bien tranquille des clandestins afghans. Feriel et Hamza, une fillette et un adolescent, tentent de rejoindre l'Autriche où les attend leur grand frère. Ils ont connu l'enfer des camps de migrants, vu disparaitre nombre de leurs compagnons d'infortune et, au pire moment, alors qu'ils sont traqués par les policiers, une vieille femme un peu fêlée les tire de là en les cachant chez elle. Hamza, farouche comme un chat sauvage ne se laisse pas facilement apprivoiser tandis qu'une complicité immédiate nait entre Feriel et Elli.
La vieille Elli s'est mis dans la tête d'aider les enfants à traverser la mer pour atteindre l'Italie. Elle est comme ça, Elli, derrière ses airs bourrus c'est son coeur qui parle. « Elle reconnait cette sensation. La peau de son coeur. Voyez-vous, c'est comme ça qu'elle craque, quand ça doit arriver » Elle a connu la peur et les guerres successives, la mort de sa mère et de son grand frère qui la protégeait. Mais plus que tout, il y a eu ce jour terrible, ce jour où elle a arrêté de grandir. Alors, en se revoyant enfant dans le regard confiant de Feriel, elle se promet de tout faire pour que la petite afghane ne vive pas la même tragédie que la sienne.
Car des tragédies, on en croise pas mal dans ce roman lumineux et pétri d'humanité.
Les grecs du Paiko ont subi durant 25 ans ce qu'on a appelé plus tard « les guerres balkaniques » Ici, les frontières ont été mouvantes, l'exil on ne connait que trop et les habitants sont restés méfiants. Alors, tous ces émigrés qui menacent leur tranquillité…
Ce livre pourrait être un énième roman sur l'émigration mais l'auteure évite l'écueil du misérabilisme ou de la mièvrerie. Elle donne vie sans prétention aux habitants de ce village reculé et nous rend attachants, non seulement les jeunes afghans et la vieille Elli mais aussi Milios, le tenancier de l'épicerie-café, amoureux transi d'Irina, ou encore Abel, « grand lézard maigrichon » et quelque peu bêta.
L'écriture de l'auteure se teinte aussi de légèreté narquoise lorsqu'elle croque les rapports entre les villageois. Les dialogues sont d'une grande drôlerie, du Pagnol à la sauce grecque.
Á ces personnages de chair s'ajoute, en filigrane, l'ombre tutélaire d'Ulysse, ce héros de la mythologie grecque que Feriel va découvrir dans un vieux livre de Constantin, le mari d'Elli. La gamine se passionne pour Ulysse, fascinée par l'analogie entre les aventures du héros et sa propre odyssée.

Sous la plume alerte de Carole Declercq, cette histoire violente et douce à la fois m'a séduite de bout en bout. Un beau roman à découvrir.
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2016. La Grèce vit l'austérité imposée par l'Europe, et les décisions politiques ont fermé les frontières des Balkans conduisant des milliers de personnes à se réfugier en Grèce. Autant dire que beaucoup de grecs ne voient pas d'un bon oeil l'arrivée de cette misère supplémentaire, et que la colère qui devrait être dirigée vers les gouvernements a souvent tendance à se traduire par de la peur et du rejet des réfugiés. C'est dans ce contexte que Hamza et Feriel, frère et soeur de 16 et 12 ans se retrouvent coincés en Macédoine alors qu'ils devraient retrouver leur frère aîné,déjà installé en Autriche. Ayant vécu la peur,la faim,le rejet,l'impuissance des humanitaires qui n'ont d'autre choix que d'orienter vers des camps de détention, ils se cachent lors du démantèlement du camp d'Idomeni, dans l'espoir de réussir par eux-mêmes à rejoindre leur frère.
Leur chemin va croiser celui d' Elliniki,une vieille grecque qui vit seule à l'écart de son village et est considérée par beaucoup comme une sorcière . Elle porte ,elle aussi ,une bien lourde histoire, fille de réfugiée et victime de la guerre et de ses multiples affres. Alors, lorsqu'elle croise le regard de Feriel son coeur lui dicte sans hésitation ce qu'elle doit faire.
C'est une belle histoire mais que j'ai trouvée trop irréaliste. Tout s'arrange tellement bien !
L'actualité étant ce qu'elle est avec la xénophobie qui habite notre vie politique, j'aurais aimé me laisser aller à cette candeur,mais je n'ai pas réussi à recevoir ce moment d'optimisme.
Ce à quoi j'ai cependant cru et adhéré c'est à la beauté et au courage de quelques uns qui parviennent parfois à accomplir des merveilles,et ça, ce roman sait le mettre en valeur.
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N°1614- Décembre 2021

Les enfants d'Ulysse – Carole Declerecq – Éditions La Trace.

Le titre évoque le voyage, mais un voyage plein de dangers. Effectivement Feriel, la soeur et Hamsa, le frère, des migrants originaires d'Afghanistan, cherchent à rejoindre Toraj, leur frère aîné installé en Autriche, malgré les autorités des pays traversés et les aléas du voyage. Ils sont pauvres et ont décidé de poursuivre seuls leur périple après le démantèlement du camp où il survivaient. Les barrières qui se dressent devant eux ne manquent pas mais ils continuent avec pour seul espoir l'Europe. Leurs pérégrinations les amènent en Grèce, dans un village inconnu, près de la maisonnette d'Elliniki, une vieille qui passe pour une sorcière jeteuse de sorts et qui survit comme elle peut avec ses chats, ses souvenirs et la vente de ses excellents gâteaux. Elle est fille de réfugiés, a, elle aussi, connu les affres de la guerre, les morts qui l'ont entourée et ce sont ses petites pâtisseries qui vont provoquer leur rencontre. Elle sera leur bonne fée dans un pays qui refuse les migrants et que l'Europe abandonne à son sort et mettra dans la confidence le jeune Milios, l'épicier-bistrot du village voisin qui vend ses gâteaux. Elle ne peut évidemment pas les garder, mais c'est grâce à elle qu' ils rejoindront l'Autriche par l'Italie !
L'histoire de ces deux enfants migrants, avec toute l'horreur et l'intolérance qui s'attachent à cette situation a retenu mon attention mais je dois dire que j'ai été sensible au parcours d'Elliniki et à son attitude. C'est une vieille dame solitaire, elle aussi est un peu une « enfant d'Ulysse » qui a traversé la vie en en connaissant tout ce qu'elle pouvait lui apporter de mauvais. Elle s'est retirée du monde, est devenue misanthrope, au point d'habiter hors de ce bourg, c'est à dire loin de la communauté humaine. Elle aurait pu attendre la mort seule, parce qu'on est toujours seul face à la Camarde, sans se préoccuper des autres… le hasard lui a fait rencontrer ces deux pauvres enfants traqués et affamés et elle aurait pu rejoindre l'indifférence voire la haine, elle aurait pu laisser faire les choses qui les aurait précipités dans l'errance voire dans la mort. Au contraire, elle prend prétexte de cette rencontre pour, une dernière fois peut-être et dans la discrétion, faire quelque chose pour cette partie de l'humanité abandonnée et même refoulée par le plus grand nombre, une façon comme une autre de ne pas manquer sa sortie. C'est un acte humanitaire désintéressé qui a transformé sa vie, un peu comme une renaissance.
Cette histoire du sauvetage des enfants, c'est grâce à elle qui bizarrement parle anglais, elle qui ne parle à personne et peut se faire comprendre d'eux. Et d'ailleurs ce roman est, avant tout celui des femmes, Elliniki, évidemment mais aussi Feriel qui malgré son jeune âge organise la vie des deux enfants en fuite, et aussi Irina, la compagne de Milios, qui sait prendre des initiatives et évidemment Korina, sa nièce, la fille de sa soeur Katia qu'elle n'a pas revue depuis soixante sept ans. Elle fera taire, un temps, de vieilles querelles de famille ! Ce rôle confié à des femmes, dans une société gouvernée par des hommes, m'a paru intéressant.

C'est vrai que ce livre bien écrit s'approprie un sujet bien actuel, celui des migrants. Il est également vrai qu'en de telles situations la solidarité humaine se manifeste pour sauver des vies. Je veux bien que nous soyons dans un roman, une fiction, pourtant, je n'ai pas vraiment cru à cette histoire, un peu trop idyllique, à ce « happy end », comme je n'ai pas cru non plus à se rabibochage familial un peu trop convenu après des dizaines d'années de brouille et de vieilles querelles recuites. Tout cela m'a paru un peu trop artificiel et bien loin de la réalité quotidienne où trop de gens meurent dans l'indifférence générale pour leur survie dans un monde qui ne veut pas d'eux.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Parce qu'ici, c'est comme un damier. On y joue à toutes sortes de jeux. Et les habitants sont des pions que l'on déplace selon la fantaisie. Parfois on fait venir des gens qui n(y tiennent absolument pas. Il fallait à un moment donné que la Macédoine soit plus grecque que toute la Grèce. Alors on l'a nettoyé de force. On a enlevé les Slaves et les Turcs qui s'y étaient installés depuis des générations. On a remis des Grecs déracinés d'ailleurs et qui n'étaient pas du tout contents de venir ici. On a agi comme si ces gens étaient des plantes que l'on pouvait dépoter et repiquer.
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Les jeunes oublient souvent tout ce qu'ont vécu les vieux parce qu'il y a en eux une réserve d'optimisme indécrottable assortie d'une aptitude à désapprendre pour se contenter du moment présent.
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Elle se réveille en général vers six heures, quelle que soit la saison, quel que soit le temps. Son premier geste c'est d'enfiler le vieux pull vert à grosses mailles de Constantin qui porte encore son odeur car elle ne l'a jamais lavé. Puis elle pose sa petite briki déjà remplie sur la plaque électrique et elle sort humer l’air. Bientôt l'appel du café est plus fort que tout. Elle anticipe sa saveur combinée à celle de la nicotine. Elle s'installe dans son fauteuil pour le déguster et depuis quelque temps, le spectacle vivant des petits chats qui se réveillent et chahutent vient envelopper ce moment de douceur. P.13
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Ce vent du Paiko, dont les bêtes et les hommes se gavent, est un personnage à lui tout seul.
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