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ISBN : 2253257567
Éditeur : Le Livre de Poche (09/01/2019)

Note moyenne : 3.31/5 (sur 26 notes)
Résumé :

En apparence, c’est une ville. Dans ses profondeurs, le monde d’aujourd’hui.
Elle sert de décor aux spectacles de Jamel Debbouze. Benoît Hamon croyait en faire son laboratoire présidentiel. De Los Angeles, Omar Sy ne la quitte pas des yeux. Le rappeur La Fouine fut l’un de ses dealers. Parfois, Nicolas Anelka revient y frimer en Ferrari.
On y croise aussi des profs héroïques, des imams, un prêtre, et des gamins à la tchatche d’enfer.
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  23 janvier 2019
Avec La Communauté, les deux journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin raconte l'évolution de la ville de Trappes dans les Yvelines, noyau populaire au sein de communes plus riches.
La ville fut très longtemps dirigée par un maire communiste, jusqu'à la fin du XXème siècle où un élu socialiste emporte la place.
Ville de cheminots puis lieu où l'on rassembla les travailleurs immigrés que la France coloniale allait chercher dans ses possessions du Maghreb pour travailler dans les mines ou dans les industries automobiles. Puis vinrent d'autres exilés, issus d'Afrique de l'Ouest ou encore des départements d'outremer, venus chercher en métropole un avenir économique plus florissants.
A travers de courts chapitres, on suit l'évolution de Trappes des années 1960 à 2017. Les journalistes appuient sur quelques célébrités issues de cette banlieue, comme Jamel Debbouzze, Omar Sy ou encore Nicolas Anelka. S'il n'est pas inintéressant de se pencher sur les enfants de Trappes qui ont réussi à sortir du lot, l'intérêt majeur de l'essai est de constater le passage de générations visant la discrétion et l'assimilation à celles d'après prises entre délinquance, chômage de masse puis emprise religieuse.
Trappes est un exemple parmi d'autres de cités où le fondamentalisme religieux s'est immiscé jusqu'à phagocyter la vie de la municipalité. On passe d'un esprit communautaire à un esprit communautariste, avec l'arrivée d'anciens partisans du GIA algérien et d'adeptes du wahhabisme. Trappes est d'ailleurs une des banlieues les plus pourvoyeuses en volontaires pour le djihad auprès du groupe Daesh.
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin montrent les répercussions de cette emprise sur le quotidien avec la multiplication des femmes portant le voile voire le niqab, sur la vie scolaire où l'enseignement est remis en cause selon les préceptes de certains imams, sur la vie politique de la ville qu'on sent dépassée par les événements.
Étude d'un microcosme qu'on peut élargir au macrocosme français voire européen (des comparaisons avec Moellenbeck en Belgique sont établies) qui se révèle inquiétante quant à la possibilité de trouver des solutions durables pour recréer un vouloir-vivre ensemble.
Si le constat des auteures est préoccupant, elles ne sombrent pas dans le sensationnalisme et mettent en avant les figures qui, de l'intérieur, s'efforcent de ramener paix sociale et rationalité à l'image de l'islamologue de Trappes Rachid Benzine qui prône une lecture tolérante du Coran et des hadiths.
L'essai n'étant pas très long, certaines parties sont survolées qui auraient mérité qu'on s'y arrête plus longuement. Il est donc utile de poursuivre la réflexion avec d'autres ouvrages.
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zabeth55
  28 février 2019
Deux journalistes du « Monde » ont mené une enquête sérieuse et complète sur la ville de Trappes.
Enquête qui a un côté très agréable car commençant presque comme un roman.
On y découvre Jamel Debbouze, Omar Sy, la Fouine, Anelka, Sophie Aram….. originaires de Trappes, et bien sûr les habitants anonymes
Années 60, première vague de migrants recrutés par le gouvernement français
Années 80, délinquance, trafic de drogue, prostitution, bandes organisées. La première génération semble sans espoir. Heureusement, des animateurs fabuleux tentent de sauver tous ces gamins paumés.
Années 90, l'Islam prend une tournure inquiétante, le phénomène de radicalisation est en route, restreignant la liberté des femmes et recrutant de futurs djihadistes.
Trappes a toujours eu une vocation de ville qui accueille.
10000 habitants au départ, puis en 1973 14000 nouveaux venus des bidonvilles de Nanterre, des migrants actuellement……
Et malgré tout cela, la solidarité entre habitants reste forte.
Bravo à Raphaëlle Bacqué et à Ariane Chemin qui ont réalisé cette solide étude très enrichissante.
Elles ont su rester concrètes, objectives et bienveillantes et nous font voir d'un autre oeil cette population cosmopolite et la dérive alarmante amenée par le salafisme, le wahhabisme et toutes les mouvances musulmanes intégristes..
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Bigmammy
  17 août 2018
Elles ont à peu près le même âge, se sont vraisemblablement croisées sur les bancs de la rue Saint Guillaume et sont « Grands reporters » au Monde : Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin ont publié récemment cet essai à la fois document-vérité et plongée journalistique dans la vie des quartiers difficiles, ou comment la démocratie combinée à un certain angélisme aboutit parfois à une cruelle impasse.
Les auteurs ont choisi Trappes, cité des Yvelines à l'origine cheminote mais gagnée par l'immigration d'une myriade d'hommes et de femmes venus du Maghreb et d'Afrique Noire (car les industriels les ont fait venir pendant les trente glorieuses..), et qui tentent de s'en sortir … car certains y parviennent, en particulier grâce à l'activité d'associations sportives et à des enseignants motivés.
Ni étude sociologique, ni reportage à sensations, les deux quinquagénaires s'interrogent sur cette ville de pauvres, coupée en deux par la Nationale 10, coincée entre des agglomérations nettement plus privilégiées comme Plaisir, Bois d'Arcy, Montigny, Elancourt, La Verrière, bien desservie par les transports ferroviaires qui furent à l'origine de son développement puisqu'il y eut une vaste gare de triage et un dépôt de locomotives …
Une ville de paradoxes où les différentes obédiences musulmanes font de la retape au sein de « la Communauté » (wahabites, salafistes, tablighis, Frères Musulmans, barbus du GIA …) et qui détient le sinistre record européen des départs pour le djihad (67 !), mais qui a vu naître et grandir des stars de l'écran (Omar Sy), du football (Nicolas Anelka), la scène (La Fouine) et de l'humour comme Jamel Debbouze, Sophia Aram, Issa Doumbia.
A travers les itinéraires de quelques personnalités qui ont « réussi » leur intégration, Raphaëlle Bacquié et Ariane Chemin tentent d'expliquer les tensions sociales, les mouvements politiques – comment le parti communiste a perdu la mairie au profit de Guy Malandin, cacique du PS et expert en aménagement urbain, comment Benoît Hamon a enlevé fugacement la circonscription pour la perdre au profit d'une jeune diplômée portant l'étiquette LREM, Nadia Hai … c'est la partie la plus intéressante du bouquin.
C'est devenu une mode, apparemment, pour les journalistes qui ne disposent pas assez de temps pour condenser leurs reportages dans le format contraint des émissions de télévision, de porter par écrit leurs vision personnelle des rencontres avec « les gens », comme dirait le leader de la France Insoumise. Je me souviens d'avoir eu toutes les peines du monde à terminer l'ouvrage d'Anne Nivat « Dans quelle France on vit ». J'ai un peu le même sentiment de frustration après avoir tourné la dernière page de celui-ci, regrettant qu'il ne comporte aucune piste d'espoir, peu d'analyse en profondeur du phénomène du retour à la foi et à la pratique intransigeante de l'Islam dans un pays laïque, et qui me laisse encore une fois sur ma faim …
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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Gribouille_idf
  18 juin 2018
Comment un territoire, tel que Trappes, a-t-il pu faire émerger, à la même période, autant de célébrités ? Ce sont des éléments de réponse à cette question que les deux journalistes du Monde sont allées chercher dans les quartiers de cette commune des Yvelines, considérés comme territoires perdus de la République.
Habituellement, ces quartiers populaires font l'objet d'une couverture médiatique qui relève plus de la noirceur, de la peur et de la misère. D'autres y voient des lieux gangrénés par l'islamisme politique et les extrémistes religieux ; un peu comme le vocifèrent George Bensoussan et les co-auteurs des « Territoires perdus de la République », et qui, notamment Bensoussan, en a remis une couche dans une publication de 2017 « Une France soumise. Les voix du refus » (aux éditions Albin Michel et préfacé par Elisabeth Badinter)
Mais revenons au récit de nos deux journalistes. Dans cet ouvrage, de nombreuses problématiques sociologiques apparaissent : immigration, pauvreté, jeunesse, amour, politique, islam, clientélisme, militantisme, racisme, antisémitisme, etc. Certaines figures emblématiques des quartiers édulcorent quelque peu le récit des habitants de cette ville : Djamel Debbouze, Anelka, Omar SY, Sophia, Aram, La Fouine, … mais ces personnalités ne résonnent pas avec la vie quotidienne décrit par Bacqué et Chemin. En effet, tout au long du livre, j'ai eu l'impression que ces figures ne sont que des prétextes pour parler d'une ville qu'elles n'ont pas réussi à saisir à cause d'un manque de mise en perspective socio-historique et économique du contexte local. Certes, elles ne les ont pas traitées en sociologue, même si les sociologues eux-mêmes les traitent à mon sens de manière parfois vulgaire et ethnocentrée, mais bien en journalistes. Cela n'empêche pas de faire un travail d'investigation, de prendre du recul et ainsi de rompre avec des pratiques réductrices et un regard colonial.
Par manque de travail d'investigation et croyant faire l'économie d'une immersion de plusieurs années dans les milieux qu'elles souhaitent observer pour en reconstituer la fidèle narration, les deux journalistes, pourtant sérieuses, n'ont finalement pas réussi à nous sortir des clichés de la « banlieue ». Peut-être auraient-elles dû s'inspirer d'une démarche anthropologique (chère à Levi-Strauss) avant de s'aventurer dans ces quartiers dont elles ne nous apprennent finalement pas grand-chose et au moins pas plus que les quotidiens nationaux ou JT en mal de sensationnalisme.
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keisha
  04 juin 2018
S'il est bien un monde qui m'est inconnu, c'est celui de la banlieue parisienne. Quand je file (pas trop vite, il y a des radars) vers les ors versaillais par la N10, je traverse Trappes, mais c'est tout. Il a suffi que ma gentille voisine, dont la résidence principale est dans le 7-8, me vante ce livre pour que je m'y intéresse. J'ai donc enlevé mes bottes pleines de boue et ai débarqué en immersion dans cette cité de plus de 30 000 habitants, qui a connu en plusieurs décennies bien des changements.
Les deux auteurs sont des pros, alors pour accrocher la lectrice rurale, quoi de mieux que de démarrer avec des Trappistes connus, à savoir les Debbouze et les Sy? Au fil de la lecture, on réalise que c'est fou le nombre d'habitants de cette ville dont on a entendu parler, en bien comme en moins bien d'ailleurs. Une sorte d'histoire française en réduction, celle de Trappes.
Des champs où ont poussé de grands ensembles destinés à accueillir des familles ouvrières issues du Maghreb et habitant des bidonvilles, une mairie d'abord communiste, mais ça va changer, des cheminots, une certaine mixité, puis beaucoup moins, la pauvreté, le chômage, le trafic de drogue, puis l'emprise d'islamistes, un tableau assez sombre, mais l'on sent l'existence de gens de talent n'ayant pas baissé les bras, quel que soit leur bord religieux ou politique, avec l'aide aux gamins, le sport, etc.
Vous en avez assez des romans fades ou formatés? Alors partez à Trappes, ce livre est formidable!
Lien : https://enlisantenvoyageant...
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critiques presse (2)
Lexpress   12 février 2018
Après s'être rendues plus de 80 fois à Trappes pour y rencontrer ses habitants, les journalistes du Monde Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué dressent un récit implacable de la manière dont cette commune des Yvelines est passée en un demi-siècle des "cocos" aux "barbus".
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint   16 janvier 2018
Deux journalistes s'intéressent au destin de Trappes qui, après avoir fourni des « héros positifs » (Jamel, Omar Sy), détient le record de départs au djihad.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   17 janvier 2019
Seuls les Kabyles, qui suivent avec inquiétude la guerre civile opposant pouvoir et islamistes en Algérie depuis 1991, observent d'un oeil inquiet cette ferveur trop démonstrative. Des pères marocains tiquent devant ces garçons qui leur expliquent leur religion quand, il y a encore quelques mois, ils passaient leurs soirées à fumer des joints. (...)
《Laissez-nous vivre!》 répondent parfois les anciens ouvriers quand leurs fils se mettent en tête d'interdire la télévision à la maison. Ils préfèrent leur foi de charbonnier, celle des gens du bled, à cette liste d'interdits doublée d'une ferveur ostentatoire.

"La ronde des tablighis"
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 février 2019
La télé tente elle aussi timidement d'ouvrir ses lucarnes aux enfants d'immigrés. Quelques mois après la guerre du Golfe, c'est Amina, une jeune chanteuse franco-tunisienne, qui a été choisie pour représenter la France lors de l'édition 1991 de l'Eurovision. Le standard de France 2 a croulé sous les insultes, mais Amina a fait le tour des émissions de variétés. La Cinq a débauché de TF1 Nagui, né dans une famille d'intellectuels égyptiens en 1961, vite devenu la star des premières parties de soirée. Tout l'été 1992, surtout, France 2 a confié son 13 heures à Rachid Arhab, un jeune journaliste né en Kabylie et qui vient d'obtenir la nationalité française.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 février 2019
Felix Mora sillonnait le royaume chérifien à la recherche de bras réputés dociles pour les Houillères du Nord, mais aussi pour l'automobile. L'envoyé spécial du patronat français promettait des salaires mirobolants, vus de ces campagnes arides. « Pas de barbes blanches, pas d'éclopés, je veux du muscle », expliquait Mora en tâtant les biceps des très jeunes hommes alignés pendant des heures sous un soleil brûlant. Le sous-off' français passait en revue les « élus », un tiers des postulants, inspectant les torses nus des jeunes Marocains immobiles face à lui, les oreilles, la bouche, la colonne vertébrale, les yeux, « et les mains, c'est important les mains... » : il les faut calleuses, des mains de travailleurs. On recueillait ensuite le nom du village d'origine pour créer de toutes pièces des patronymes à ceux qui se désignent seulement par Ben ou Abou, « fils de ». (...) Pour la date de naissance, on s'arrangeait aussi. À Trappes, la mairie le sait, des centaines d'hommes sont « présumés nés le 1er janvier », ce jour anniversaire arbitrairement attribué par l'état civil colonial à cette main-d’œuvre convoitée par les patrons.
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Gribouille_idfGribouille_idf   20 février 2018
Les diplômés des grandes écoles ont leurs associations d'anciens, le showbiz et le cinéma, leurs "fils de"; la banlieue, elle, compte sur la fraternité des cités.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   18 février 2019
« Transmettre le message », c'est ce que veut dire tabligh, en arabe. Leur rituel est fait d'une foule d'obligations collectives : voyager pour la prédication, dormir, prier en groupe, sans oublier ces longues marches et ces « sorties » pour tenter de « faire du bien » et « rappeler les musulmans à leurs nobles tâches », celles que réclame la foi en l'islam. « Mon frère, tu souffres... », compatissent-ils devant les petits dealers ou les paumés des cages d'escalier. « Allez, mec, t'es une créature de Dieu ! » « Les jeunes d'aujourd'hui sont des exilés dans leur pays, jetés sur les routes du monde. Ils ont perdu leur point d'attache le plus essentiel : la foi en Allah », expliquent-ils. Ils veulent « sortir les gars des caves » et leur faire retrouver le chemin de la mosquée.
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