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Dominique Berlioz (Traducteur)
EAN : 9782080706379
182 pages
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Ecrits dans un style accessible, les Principes constituent une des œuvres les plus fortes que le XVIIIe siècle britannique ait produites. La postérité, d'ailleurs, toute critique qu'elle ait été (Kant, Marx ...) ne s'y est pas trompée.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Enroute
  24 mars 2018
Les idées, pour Berkeley, se divisent entre les imaginations et les perceptions. Rien n'interdit en effet de penser, puisque nous ne percevons la réalité que par les sens, que nos perceptions ne soient que fabriquées par une puissance extérieure que l'on nommerait, par exemple, Dieu, ou lois de la Nature, si cela fait plaisir. le réel n'est donc que le contenu d'une perception. De même, si l'on insiste, on appellera "chose" l'idée (la perception) de ce qui nous semble unitaire hors de nous, les vêtements par exemple.
C'est là que se pose un petit problème : si Berkeley ne connaît le monde que par ses perceptions, qu'est-ce qui l'autorise à demander l'avis des uns et des autres, à dire "nous" et à supposer d'autres intelligences que la sienne ? La question est finalement inopportune ; le texte ne pose aucunement la manière dont l'être humain accède à la connaissance, mais plutôt celle dont Dieu crée le monde, où l'être humain n'est qu'une des créatures dépendante de son démiurge et absolument pas libre de quoi que ce soit. Par ailleurs, puisque Berkeley dit "nous", accepte les appellations "chose", "lois de la Nature" et ne voit pas d'inconvénient à ce que l'être humain continue de les rechercher, sa conception du monde redevient très classique : Dieu a créé le monde et nous y sommes, à devoir l'appréhender par l'intermédiaire de nos perceptions. La solution ne se justifie plus que pour contourner la difficulté du lien entre la réalité et l'intériorité : on ne compare les idées qu'avec des idées, écrit-il.
Il ne reste que la disparition de la notion de substance pour les choses extérieures et l'affirmation de l'existence du "je", intelligence capable de volonté, de penser et de percevoir et non réductible à une "idée" (imagination ou perception). On est ici beaucoup plus loin que Locke, à l'opposé de Hobbes et de Hume (qu'il rejoint cependant sur le refus des idées abstraites) ; et finalement, par l'insistance sur la volonté, le sujet pensant et l'idée de ce Dieu manipulateur, assez proche de Descartes. Ce qui les différencie cependant, c'est que Descartes a levé le doute et placé l'individu au centre du monde, là où Berkeley conserve la main de Dieu, comme celle d'un marionnettiste derrière ou au-dessus de lui, comme chez Leibniz, pour le diriger comme bon lui semble. La connaissance humaine passe donc toujours par la connaissance et la volonté de Dieu.
Le texte est par ailleurs très rébarbatif malgré sa briéveté : incessants allers et retours, réflexion continûment rallongée et non synthétique ; Berkeley fait systématiquement les questions et les réponses (on me dira que, je réponds que, vous insisterez et direz que, je répondrai que...) ; il est de plus très agressif dans son expression (les philosophes ne comprennent rien, il est évident que, il ne faut pas beaucoup penser pour...). Enfin, il est très agaçant de lire sans arrêt des "si l'on tient que...", "que l'on me dise que et je retire mes cartes...", etc. surtout quand après cent trente pages, on trouve un "si l'on considère que l'ensemble de la création est l'oeuvre d'un agent sage et bon..." qui est la thèse centrale, jamais remise en cause, et que l'on aurait aimé trouver en début de texte et discutée avec un peu plus de profondeur, plutôt que glissée par une politesse feinte et comme s'il s'agissait de tout remettre en cause à quarante pages de la fin. Finalement, on a envie de lui demander s'il tient un salon ou s'il écrit un livre, et s'il est sincère dans sa croyance que tout n'est que perception puisqu'il s'adresse incessamment à son lecteur (qui, en plus, est absent...).
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enkidu_
  22 novembre 2014
La thèse de l'auteur est, bien évidemment, plus subtile que ce que l'on en a fait : il ne nie pas l'existence du "monde réel", mais plutôt, que si la matière est la substance - le support d'accidents, de qualités ou d'attributs -, la matière (en tant que materia secunda des scolastiques, donc) "n'existe" pas, car nous ne connaissons jamais sa "réalité" ontologique, mais, plutôt, nos perceptions sensorielles, "filtrées" par notre mental et donc, "le réel n'existe pas", non dans le sens où sa réalité objective est niée, mais plutôt que, puisque ne nous ne pouvons jamais connaître les propriétés et qualités des objets, qui différent selon l'observation subjective (étendue, couleurs, ...), nous ne connaissons jamais leur réalité - donc "elle n'existe pas" dans le sens du sujet pensant (subjectif).
Il "radicalise" le point de vue de John Locke (en niant même la légitimité ontologique de ses "qualités premières"), sera lui-même radicalisé par David Hume (qui amène sa vulgate à son terme logique, niant le rapport de causalité et l'induction, et donc la consistance du "moi" percevant et de toute théologie ou métaphysique... plus de Dieu ou de miracles pour l'évêque !) et, plus tard, aura ses théories tempérées par Emmanuel Kant (son "esthétique transcendantale" donnera, par exemple, une importance séminale - littéralement - au monde externe, celui ciselé par l'espace et le temps, comme source de notre propre "self-cognition").
Il serait bien sûr aussi intéressant de faire des rapprochements entre notre auteur et les théories du bouddhisme mahayana cittamatra ("esprit-seulement"), un "idéalisme subjectif" fomenté dans l'Inde du Gandhara (actuel Pakistan) du quatre et cinquième siècles de notre ère - soit un peu plus d'un millénaire avant notre évêque -, par les demi-frères Asanga et Vasubandhu (entre autres), mais cela est une autre histoire.
Un autre point primordial qu'on pourrait rapporter est sa critique du temps et espace absolus de la mécanique newtonienne, prédominante à son époque, et ce jusqu'à assez récemment : c'est que, dans le paradigme berkleyien, "l'absolu" perçu est "relatif" au sujet pensant (ou "observateur") - et, bien sûr, cela annonce les résultats de la physique moderne (théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, ...)
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zizza
  16 février 2014
Comme l'indique le titre, ce livre pose la question de la connaissance humaine: que peut-on connaître et comment? Il recouvre aussi plusieurs domaines d'étude parmi tout ce qui peut être l'objet d'une connaissance.
La thèse de Berkeley est qu'on ne peut connaître que ce qu'on peut percevoir, tout ce qui hors du sensible n'est donc pas objet de connaissance et n'existe donc pas. Cette thèse est assez originale, mais pose néanmoins de nombreux problèmes. À lire, bien sûr.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   22 novembre 2014
Ce serait une erreur de penser que ce qui est dit ici déroge le moins du monde à la réalité des choses. Il est admis, selon les principes reçus, que l'étendue, le mouvement et, en un mot, toutes les qualités sensibles ont besoin d'un support et ne sont pas aptes à subsister par elles-mêmes.

Or les objets perçus par les sens ne sont, on en convient, que des combinaisons de ces qualités, et par conséquent ne peuvent subsister par eux-mêmes. Sur tout ceci on est d'accord. Ainsi, quand nous refusons aux choses perçues par les sens une existence indépendante d'un support ou substance en laquelle elles puissent exister, nous no nous écartons en rien de l'opinion reçue de leur réalité : on ne peut nous reprocher aucune innovation sous ce rapport.

Toute la différence consiste en ce que, selon nous, les choses non pensantes perçues par les sens n'ont point d'existence qui soit distincte de l'être-perçu, et ne peuvent donc exister en aucune substance autre que ces substances inétendues, indivisibles, ou esprits (spirits), qui agissent, pensent et les perçoivent.

Au lieu de cela, les philosophes tiennent communément quo les qualités sensibles existent dans une substance inerte, étendue, non percevante, qu'ils appellent Matière. Et ils attribuent à cette matière de subsister naturellement, extérieurement à tous les êtres pensants, distincte de l'être-perçu par un esprit quelconque, même par l'esprit éternel du Créateur, en qui ils ne supposent que de simples idées des substances corporelles qu'il a créées, si tant est qu'ils veuillent bien accorder qu'elles sont créées. (III, #91)
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enkidu_enkidu_   22 novembre 2014
...si nous sondons nos propres conceptions, nous reconnaîtrons, je crois, que tout mouvement absolu dont nous pouvons nous former une idée n'est autre au fond que le mouvement relatif ainsi défini. Car, ainsi qu'on l'a déjà observé, le mouvement absolu, à l'exclusion do toute relation externe, est incompréhensible ; et, à cette espèce de mouvement relatif, toutes les propriétés, causes et effets, mentionnées ci-dessus et assignées au mouvement absolu, se trouveront, si je ne me trompe, applicables. (III, 114)
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zizzazizza   02 mai 2014
Il est évident à qui prend une vue d'ensemble des objets de la connaissance humaine, que ce sont ou des idées effectivement imprimées sur les sens, ou bien telles qu'on les perçoit quand on prête attention aux passions et aux opérations de l'esprit, ou enfin des idées formées à l'aide de la mémoire et de l'imagination en composant, divisant ou simplement en représentant celles qui ont été originairement perçues suivant les manières qu'on vient de dire.
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PhilonPhilon   03 juin 2015
(...) En un mot tous les corps qui composent l'ordre puissant du monde, ne subsistent pas hors d'un esprit, que leur être est d'être perçut ou connu; que, par conséquent, aussi longtemps qu'ils ne sont pas effectivement perçus par moi, ou qu'ils n'existent pas dans mon esprit, ou dans celui de quelque autre intelligence, ils faut qu'ils n'aient aucune existence. [ §6 ]
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jujusorel75jujusorel75   07 août 2016
En somme, je suis enclin à penser que la majeure partie des difficultés, sinon toutes, qui ont jusqu'ici amusé les philosophes et ont fermé le chemin de la connaissance, nous sont entièrement imputables. Nous avons d'abord soulevé un nuage de poussière et nous nous plaignons ensuite de ne pas y voir.
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