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ISBN : 2373050242
Éditeur : Aux forges de Vulcain (21/09/2017)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Qui n'a jamais rêvé d'être quelqu'un d'autre ? D'échanger sa place avec un autre ? Début du 19ème siècle, Philadelphie : un jeune Américain, Sheppard Lee, se découvre capable de migrer de corps en corps : il sera un riche, un pauvre, un fou, un esclave. Et ses multiples réincarnations vont peu à peu dessiner le portrait de la société américaine, une société folle et cruelle. Chaque fois qu'il se retrouvera dans un nouveau corps, Sheppard Lee fera siennes de nouvelle... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
thimiroi
  04 octobre 2017
Un roman jubilatoire...
Je remercie Babelio et les Editions Aux Forges de Vulcain pour cette magnifique découverte. Comment se fait-il, d'ailleurs, qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour que ce roman fantastique, publié en 1836 et tenu en haute estime par Edgar Poe, soit traduit en France ?
Le narrateur, Sheppard Lee, " modeste fermier ruiné pour cause de flemmingite aiguë " (Jelnus), se découvre un pouvoir singulier : il peut se réincarner, s'il le souhaite intensément, dans le corps de personnes qui viennent de mourir.
Il se livre donc à une frénésie de réincarnations dans sa quête du bonheur parfait et devient donc successivement un riche campagnard, un jeune dandy coureur de dot, un usurier au coeur de pierre, un esclave noir... Mais, hélas, il endure moult tribulations et avanies qui le font vite déchanter : Bird fait une satire au vitriol de la société américaine du début du XIXème siècle dont il dénonce les travers avec beaucoup d'humour et de férocité.
Mais cette satire sociale aux multiples rebondissements, ce roman d'aventures aux accents picaresques, est aussi un conte philosophique au plein sens du terme. Quand il se réincarne, Sheppard Lee oublie pratiquement ses anciennes existences et acquiert le caractère, les sentiments, les motivations de son nouvel hôte : il y a non seulement transfert, mais aussi altération de personnalité, JE devient un autre, pour parodier la belle formule qu'emploie Arthur Rimbaud dans la fameuse lettre du Voyant, "JE est un autre".
"Sheppard Lee" nous invite à réfléchir sur ce que nous sommes, ce que sont les autres et ce que nous aurions pu être, sur l'identité, le déterminisme et le bonheur, et il nous transmet une belle leçon de sagesse.
Ajoutons que ce roman est magnifiquement écrit (et traduit par Antoine Traisnel, qui s'est en plus acquitté d'une postface particulièrement intéressante).
Récit fantastique, roman d'aventures, satire sociale, conte philosophique, "Sheppard Lee" est un roman total et jubilatoire, assurément le premier grand roman de la littérature américaine.
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Strega
  20 octobre 2017
Sheppard Lee, le narrateur et personnage principal de ce roman, est un jeune fermier du New Jersey au XIXe siècle. Son père, homme sagace et industrieux, a su tirer parti de son maigre patrimoine et, si le fils avait été pour moitié aussi travailleur, ce dernier aurait pu vivre dans une relative aisance. Cependant, Sheppard est un homme dolent et mal dégrossi, le genre à n'être jamais satisfait de son sort, tout en ne sachant pas vraiment où il a mal. En cherchant à se distraire et à travailler le moins possible, il gaspille peu à peu son patrimoine et achève de le mettre à mal en tentant de « se refaire » par des moyens tous plus stupides les uns que les autres… Néanmoins, en allant de mal en pis, sa situation va le conduire à la découverte d'un don singulier : Sheppard serait capable de migrer dans n'importe quel cadavre et de faire siens, outre le corps, les souvenirs (avec toutefois un temps d'adaptation) et la personnalité de son hôte. Ainsi, le fermier fainéant et benêt va bondir de vie en vie, mesurant les existences de ses compatriotes à l'aune de la sienne.
Sheppard Lee, écrit par lui-même, est présenté comme les mémoires de son prétendu auteur. Mais un homme qui change de corps comme de chemise et embrasse alors une toute autre personnalité est-il jamais lui-même ? L'identité, par ailleurs totalement assujettie au corps et conditionnant la destinée, semble être la question majeure de ce récit. Pour autant, elle n'en permet pas moins à son auteur une critique sociale acerbe.
Sheppard sera bourgeois puis dandy désargenté, usurier, philanthrope, esclave et riche propriétaire terrien en proie à l'hypocondrie… Au fil de ces rencontres, le lecteur prend la mesure des différences de classes et des drames de chacun de ces personnages, mais Sheppard, lui, ne semble rien apprendre. Pour ce personnage, il s'agit plus d'une fuite en avant que d'une tentative d'amélioration de son existence. Plus il migre d'un corps à l'autre, plus il s'efface dans la personnalité qu'il emprunte. Enfin, jusqu'à un certain point… Celui où il se trouve, une fois de plus, l'être le plus malheureux du monde.
Ce procédé illustre parfaitement une doctrine qui, en substance, nous conte que l'âme est une force de vie sans personnalité, mais que l'esprit, lui, est totalement soumis au vaisseau charnel. Si on peut déplorer ce choix qui entrave le personnage et donc les possibilités de l'histoire, l'auteur a indubitablement su en tirer le meilleur parti.
Par bien des aspects, ce roman est très intéressant et j'ai beaucoup apprécié sa dimension sociétale. Néanmoins, il me faut admettre que ce ne fut pas pour autant une lecture agréable. La narration, qui conte au lieu de montrer — ce qui demeure cependant assez logique dans le contexte —, alourdit le récit, d'autant que Sheppard prend grand plaisir à se répéter. Pour exemple de ses incessants rabâchages, je citerai l'une de ses premières transformations. Afin d'éveiller les souvenirs liés à son nouveau corps, il demande à un ami de lui conter son histoire et, en la retranscrivant (laborieux récit de seconde main… Ou devrais-je dire de seconde voix ?), il se sent obligé de préciser de très nombreuses fois qu'il s'agit de la vie du corps qu'il occupe à ce moment-là. On aurait du mal à ne pas le savoir… Cela m'a souvent agacée en cours de lecture, mais je me dois de reconnaître qu'après avoir tourné la dernière page j'ai pu envisager différemment ces pénibles répétitions. Enfin, cela n'enlève rien au fait que l'on se sent souvent embourbé dans une histoire qui, en majeure partie, n'avance pas, bien qu'elle puisse s'emballer à tout moment et nous offrir alors des passages qui ne dépareraient pas dans un bon roman d'aventures, créant ainsi un certain déséquilibre.
Le récit ne manque pas d'humour, mais s'il est aisé d'apprécier le comique de situation, le sarcasme et l'humour très noir mis en scène, je n'ai sans doute pas toutes les références culturelles, et surtout historiques, relatives aux U.S.A. qui m'auraient permis de l'estimer à sa juste valeur et cela au-delà du seul point de vue humoristique.
Pendant une bonne partie du roman, je me suis demandé quel intérêt il y avait à faire migrer un homme de corps en corps, puisqu'il s'effaçait au profit du précédent occupant de ses corps d'emprunt (notons d'ailleurs qu'il n'est jamais femme). Cela est d'autant plus rageant que Sheppard ne semble pas du tout évoluer ni retenir quoi que ce soit à la fois des situations vécues ou des aptitudes de ses vaisseaux. Toutefois, la fin nous démontre que l'auteur n'a pas fait ces choix sans raison et morale il y a, même si je la trouve très américaine — et un rien chrétienne — par essence. Pas que je sois dubitative sur le fond, mais cela manque un peu de subtilité.
Au final, je dirais qu'entre ce livre et moi la rencontre a failli être totalement ratée. le personnage antipathique et certains chapitres par trop longuets n'ont pas eu raison de ma patience car il y a une vraie réflexion dans cette histoire, même si elle n'est pas suffisamment développée à mon goût. La pointe de fantastique (et je ne me réfère pas ici uniquement à la métempsychose) apporte une touche de fraîcheur et d'insolite qui rend le tout plus ludique. En tout cas, cela m'a plus amusée que les jeux de mots sur les noms des personnages…
Sheppard Lee est donc un ouvrage intéressant, très caustique, oscillant entre le roman d'aventures et le roman de moeurs. Très critique envers l'humanité, voire fataliste par instant, il use des stéréotypes avec intelligence pour peindre les travers d'une époque qui, pour éloignée qu'elle soit, n'en possède pas moins de tristes ressemblances avec la nôtre. En cela, ce roman demeure très actuel.
Lien : https://livropathe.wordpress..
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Brize
  20 octobre 2017
Philadelphie, début du 19ème siècle
Sheppard Lee est un gentleman farmer vivant confortablement des revenus de ses terres, dont il ne s'occupe pas personnellement car il est trop paresseux pour cela. Ne s'employant à rien, il essaie vainement de trouver quelque occupation pour ne pas s'ennuyer à longueur de temps.
Son régisseur finit par le dépouiller de ses biens et, dans une tentative désespérée pour recouvrer la richesse, Sheppard Lee perd la vie. L'occasion pour lui de constater qu'il est certes mort mais capable de se projeter dans le corps d'un quidam défunt pour l'animer à nouveau ! Cette découverte et les péripéties qui s'ensuivront le conduiront à jouer successivement divers rôles dans la société américaine. Il y occupera le corps de personnages aussi différents qu'un dandy ou un esclave noir, pour ne citer qu'eux, toujours en quête d'un bonheur qui semble s'acharner à le fuir…
La présentation de l'éditeur (que je n'ai pas reprise ci-dessus) m'avait incitée à tenter ma chance lors de la dernière opération Masse Critique de Babelio et bien m'en a pris !
J'ai plongé dans le récit autobiographique des tumultueuses aventures de Sheppard Lee et je n'ai pas tardé à avoir le sourire aux lèvres (lorsqu'il raconte, au tout début, les circonstances tragico-comiques dans lesquelles ses jeunes frères et soeurs ont trouvé la mort, nous offrant un avant-goût de cet humour noir dont le roman est friand). Pas de temps mort dans ces pages pourtant copieuses, ponctuées de ces titres « où l'on vous donne un aperçu de ce qui va arriver », car notre narrateur évite au maximum les digressions, soucieux de maintenir l'intérêt de son lecteur et pour ce qui me concerne, il y est parvenu sans difficulté.
La léthargie naturelle de Sheppard Lee s'efface à chaque fois qu'il « occupe » un nouveau corps, puisque c'est le tempérament du défunt qui vient remplacer le sien, au point qu'il en épouse toutes les appétences et ne conserve plus qu'en toile de fond la conscience de celui qu'il est réellement, de quoi affirmer implicitement la primauté du corps sur l'esprit.
Croyant gagner au change avec son premier nouveau corps, car l'homme est riche au possible, Sheppard Lee ne va pas tarder à déchanter (il se découvre affligé de la goutte et d'une insupportable épouse) et ses déboires ne s'arrêteront pas là. Il se retrouve régulièrement dans des situations qui vont d'inconfortables à périlleuses et tombe ainsi de Charybde en Scylla, à croire qu'il lui est impossible de se trouver un corps source de bonheur. Point de ton larmoyant pour autant car le registre reste en mode caustique. L'auteur épingle au passage la politique, les journaux, les spéculateurs boursiers, entre autres, usant de mordantes petites incises quand il ne développe pas davantage. S'il épouse parfois les travers de son époque (des clichés sur l'esclave noir, l'usurier au nom juif), il n'en demeure pas moins pourvu d'une plume fort acérée pour dépeindre l'impitoyable société américaine d'alors.
« Sheppard Lee » est un réjouissant roman satirique mené tambour battant. Paru en 1836 et donc écrit dans cette langue du 19ème siècle qu'il m'a été plaisant de goûter à nouveau, c'est la première fois qu'il est traduit en français. L'érudite postface de son remarquable traducteur, Antoine Traisnel, en offre une analyse très intéressante, permettant d'appréhender au mieux les lectures qui peuvent être faites de l'oeuvre.
Lien : https://surmesbrizees.wordpr..
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jeinus
  29 septembre 2017
La métempsychose ça vous parle? La transmigration peut-être? Non?
Pour faire simple c'est la croyance selon laquelle une âme, après le décès d'une personne, peut migrer vers un autre corps. Soit. Si les Hindous, les Platoniciens, les Kabbalistes et d'autres y ont cru ou y croit toujours, pourquoi pas après tout?
Robbert Montgomery Bird utilise donc cette croyance pour la transformer en un procédé d'écriture redoutablement efficace.
En effet, le personnage principal de son roman, Sheppard Lee, décède prématurément, et se découvre la capacité pour le moins inédite de pouvoir changer de corps, à condition d'en trouver un autre ayant fraîchement passé l'arme à gauche.
Modeste fermier qui voit ses affaires péricliter et sa rente diminuer à vue d'oeil pour cause de fainéantise aiguë, Sheppard Lee, ou plus justement son âme, entrevoit donc ici la possibilité d'améliorer considérablement sa situation en revêtant le corps d'un gentilhomme qu'il avait auparavant envié.
Au cours de ses différentes réincarnations il sera tour à tour dandy, prêteur sur gage, bourgeois, esclave, ce qui permet à Robert Montgomery Bird de dresser un formidable portrait de la société Américaine du milieu du 19ème siècle où des thèmes comme l'abolitionnisme, la fracture et les privilèges de classes seront très justement dépeints, de même que le thème de l'identité car chacun de ses personnages, tous très différents, nous plongeront dans la tête de ce que pense l'américain moyen, le bourgeois, l'esclave, ect...
Ce qui marque le plus dans ce roman, c'est que la narration s'adapte à la transformation de Sheppard Lee, qui conserve son moi profond tout en accédant à un nouveau corps, ce qui signifie qu'il devra à chaque fois tout réapprendre, ce qui le mettra dans des situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres.
Doté d'une dimension picaresque très prégnante, ce récit possède une dimension sociale puissante, qui tout du long conservera son souffle, celui de l'Amérique des pionniers.
#RobertMontgomeryBird #SheppardLee
Merci aux Forges de Vulcain d'éditer pour la première fois en Français ce grand roman!
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sorcierebienaimee
  17 octobre 2017
Un roman d'aventure américain génial, original, truculant et avant-gardiste.
Une pincée de science fiction, de conte et de quête de soi font que ce roman vous enchante de bout en bout.
Un portrait des Etats-Unis au XIXm pas si éloigné, en soi, de celui de notre époque...
C'est l'histoire...
De Shepard Lee qui a reçu de son père quelque terres mais qui par excès de nonchalance et après quelques mésaventures va les laisser péricliter.
Un jour à la recherche d'un hypothétique trésor, il va se découvrir le pouvoir de voyager de corps en corps. S'il ne pourra jamais modifier le caractère où les actes de ses propriétaires originels, il va néanmoins beaucoup apprendre de ses différentes vies. Il effectuera 6 transferts et sera tour à tour : usurier, dandy esclave, etc...
C'est un roman qui m'a captivé, bluffé, j'ai adoré et vous le recommande vraiment.
Waouh......... et dire qu'il était tombé dans l'oubli dans son pays et même pas traduit en France, merci Aux Forges de Vulcain.
Lien : https://justelire.wordpress...
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Citations & extraits (1) Ajouter une citation
thimiroithimiroi   30 septembre 2017
(Le narrateur, devenu quaker, reproche à son neveu de perdre son temps en faisant de la musique et en appréciant la peinture)

- "On m' a dit, Jonathan, que tu taquinais la flûte et que tu tirais des sons profanes d'un violon, et pis, que tu goûtais la vanité des images peintes, que tu achetais même des images, et que tu t'essayais à la peinture.
- En effet, dit Jonathan, et je ne trouve rien dans les Ecritures qui l'interdise. (...) Qu'est-ce que le monde autour de nous sinon une grande salle de concert, retentissant de la musique des oiseaux et des bêtes, du vent, de l'eau et des feuillages ? Sinon une grande galerie d'images peintes par la main de la Providence ? La nature est peintre et musicienne, et ses enfants ne peuvent rien faire de mieux que suivre son exemple."
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