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François Lasquin (Traducteur)
EAN : 9782253057123
281 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (19/06/1991)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 143 notes)
Résumé :
"...
On est allés directement au magasin de spiritueux, et je l'ai attendu dans la voiture. Il est ressorti avec un sac en papier dans une main et une poche de plastique pleine de glaçons dans l'autre. Il ne marchait pas très droit. Ce n'est qu'après qu'on a redémarré que je me suis aperçue qu'il était vraiment très ivre. Il se tenait tout recroquevillé au-dessus du volant, il avait les yeux vitreux et roulait à une allure d'escargot.
On échangeait des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  27 novembre 2012
Raymond Carver (1938-1988), c'est le peintre de l'ordinaire, le peintre de la vérité crue, de la réalité toute nue, celle des pavillons achetés à crédit, celle des vérandas et des petits jardinets, celle des cafétérias et des restoroutes. C'est le nouvelliste de la vie sans tambour ni trompette, sans éclat ni retentissement ; de la vie tout court, de la vie toute simple, qui s'égrène avec son lot de difficultés et d'obstacles, de tracas et de peines, de malaises et de mal-être.
Il est mort d'un cancer il y a près de 25 ans mais ses nouvelles n'ont pas pris une ride tant les personnages qu'elles mettent en scène nous semblent proches, piégés par les problèmes très actuels de la vie quotidienne : les relations de couple, l'alcoolisme, le surendettement, le chômage, les passages à vide, les remises en question….
Des personnages qui nous sont familiers car ils n'ont rien d'exceptionnels. Ils sont serveurs, facteurs, ouvriers, représentants, chômeurs, maris et femmes, maîtresses ou amants…Ce sont tous des êtres ordinaires, issus de la middle-class américaine, insignifiants, modestes, des gens comme tout un chacun, ni meilleurs, ni pires comme le commun des mortels.
Dans les histoires que raconte Raymond Carver, il y a toujours des vélos d'enfants posés négligemment contre un mur, de l'alcool et des cendriers pleins, des gens qui picolent et qui fument en se demandant quand ils ont bien pu louper le coche et faire de leur vie ce temps qui s'effiloche.
Des histoires qui sentent le vécu. Qui se font l'écho de millions d'individus engluées comme des mouches dans la mélasse de leur existence étriquée et que l'auteur observe avec l'attention d'un naturaliste et la proximité de celui qui a vécu les mêmes doutes, les mêmes tourments, les mêmes petites tragédies qui vous broient un type en moins de deux.
Pas d'aigreur pourtant chez ces américains moyens, nul ressentiment, pas même la force de changer les choses, pour eux, c'est déjà trop tard. Pourtant, à un moment donné, au détour de scènes apparemment anodines et banales, ils vont toucher du doigt l'insignifiance de leur vie. C'est de ce malaise-là que l'auteur rend compte et saisit avec l'oeil net, précis et lucide du photographe, cet instant où un individu fait le constat accablant, déprimant, d'avoir raté sa vie.
En cela, l'absence de chute des histoires mises en scène, la façon abrupte de clore sans clore qui peut dans un premier temps décontenancer, n'est en définitive qu'une conséquence de cette faillite intime.
Les 22 nouvelles qui composent le recueil de « Tais-toi, je t'en prie » ne débouchent ainsi sur aucune morale, ne sont porteuses d'aucun enseignement. Elles servent juste à montrer la vie dans sa réalité brute, sans fioriture ni falbala, au détour d'une partie de pêche dans des eaux polluées, d'une infidélité avouée ou de l'attente de créanciers.
Lire Raymond Carver c'est un peu comme sillonner l'Amérique dans un vieux Pick-up Ford et se faire le témoin de la vie au rabais de toute cette frange de la population en proie aux misères d'un quotidien fait de soucis financiers et de traites à payer, de lassitude et de désillusions, de rêves avortés et de déconvenues. C'est comme regarder vivre les gens à travers les carreaux, en spectateur muet et invisible de leur déconfiture. Des portraits saisissants de réalisme, happés au plus près du réel par une plume brillante, juste et concise, d'une efficacité redoutable.
Résignation et déception ; soumission et continuité…Chez Carver, la seule route à suivre, c'est celle qui mène au bout de la vie, quand bien même elle n'a pas été telle qu'on l'avait souhaitée.
Rien de bien grave au demeurant ; juste deux doigts d'American Dream noyé dans du spiritueux.
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Malabar_
  22 mai 2013
Plus je lis Carver et plus je l'apprécie. Pourtant, à première vue, rien de bien complexe chez cet auteur là. Nul besoin de relectures. Toutes ses nouvelles se ressemblent, alors pourquoi s'échiner à lire la prose banale et un rien déprimante de ce grand gaillard au regard triste?
Comme souvent, la facilité de lecture, la simplicité du style et du propos cache un travail conséquent. Chaque phrase est léchée, sculptée, ciselée. Rien n'y manque et rien ne saurait y manquer. Carver est un équilibriste du verbe, un perfectionniste. Il aborde la nouvelle à la manière d'un poète, en cela réside sa particularité. Ce style épuré a d'ailleurs fait sa réputation. Paradoxalement, on connait plus le nouvelliste que le poète.
Mais au delà du caractère éthéré et contemplatif de son écriture, Carver a surtout l'art de susciter l'émotion. Il manie comme personne le non-dit, l'ellipse, la suggestion. Car ce qui est important dans ses histoires, c'est ce qui n'est pas dit explicitement. Sous couvert de situations banales, on touche aux fêlures, à la douleur quotidienne. Pas de chutes sensationnelles, pas de morales bienveillantes ; juste ces clichés, ces portraits-robots d'êtres au bord du désespoir. Une incursion dans l'envers du décor. Carver, c'est la face cachée de l'american way of life, des hommes et des femmes qui vivent à crédit, cumulent les jobs, se débattent dans leur mariage, survivent tant bien que mal dans le marasme du consumérisme.
Comment faire passer autant avec si peu? C'est la question que je me pose à chaque lecture. Et chaque nouvelle lecture apporte son lot de nouvelles interrogations.
Voilà pourquoi il faut lire et relire Carver, cet homme qui ne jurait que par un minimalisme forcené. Ce grand gaillard au regard triste qui avait su, en toute humilité, s'effacer derrière l'émotion pour mieux la sublimer.
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paroles
  17 octobre 2013
Toutes ces nouvelles suent le désespoir, le mal-être, la solitude. Mais bon sang que l'écriture est juste. Pas un mot de trop, pas d'adjectif inutile ou superflu. Tout est dit, simplement dit, cruellement dit.
Raymond Carver nous parle des petites gens engluées dans leur quotidien, ne sachant comment sortir la tête de l'eau. Ces facteurs, chômeurs, garces, voisins, représentants, mères de famille, bûcherons, couples au bord de la crise de nerfs, tous à un tournant de leur vie, celui de la prise de conscience du vide de leur vie. Les uns enviant le sort de leurs voisins, les autres rejetant la faute de leurs déboires sur leurs chiens ou leurs locataires...
Peu importe ! Ils savent le degré zéro de leur vie mais ne cherchent pas à atteindre un autre niveau. Ils vivent parce qu'il faut vivre. Ils sont résignés. Ils n'attendent rien. D'ailleurs ces nouvelles n'ont souvent pas de chute. Pourquoi faire ? Puisque rien, jamais, ne change.
Mais tous ces personnages ont un point commun : l'alcool (quelquefois la drogue, ou les deux) et la clope leur servent très souvent de dérivatif, d'échappatoire.
Même les gamins sont déjà laminés par l'indifférence, le désamour ou la lassitude de leurs parents.
C'est de l'implacable solitude dont il s'agit ici. Raymond Carver nous brosse l'envers du décor de l'American way of life et c'est terriblement cinglant.
Un grand merci à Malabar pour ce moment de lecture dérangeant et passionnant et la découverte de cet auteur.
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voilier
  07 juillet 2013
Je crois que Mile Davis disait un truc du genre « La véritable musique est le silence, les notes ne font qu'encadrer ce silence »
Carver c'est la musique de Miles dans le texte, avec ses mots il encadre les silences d'une vie..... "Tais-toi, je t'en prie"
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myriampele
  15 février 2016
Des nouvelles sans chute? Etonnant! Mais ce n'est, à mon avis, que pour souligner la banalité de ce que vivent ces personnages, et leurs espoirs sont là, leurs fatigues aussi, et leurs silences...
De l'obésité à l'addiction au tabac, de la jalousie à la tendresse conjugale, de l'envie de vivre à la campagne aux soirées dans les cafés de la ville, tout est résumé dans ces quelques récits, servis par une très belle plume.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
EffeLouEffeLou   18 octobre 2014
"Il s'apprêtait à allumer une cigarette avec sa dernière allumette, mais ses mains se mirent à trembler. L'allumette s'éteignit et il resta là, tenant sa cigarette d'une main et sa pochette d'allumettes de l'autre, fixant d'un oeil vide la forêt qui s'étalait à l'infini à l'extrémité de la prairie d'un vert cru. Harry, il faut qu'on s'aime, dit Emily. Il ne nous reste plus qu'à nous aimer, dit-elle."
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oliviersavignatoliviersavignat   01 juin 2020
Je lui ai crié :
-- Cette femme ne vaut rien, petit. Moi, je l'ai compris aussitôt que je l'ai vue. Oublie-la, va! Va donc bosser, et tu penseras moins à elle! Tu as quelque chose contre le travail ? Moi, c'est de travailler jour et nuit, d'arrache-pied, qui m'a apporté l'oubli quand j'étais pareil à ce que tu es en ce moment et que je vivais dans un climat de guerre permanente...
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lehibooklehibook   08 août 2019
Au moment où il allait éteindre la lampe de chevet ,il lui sembla discerner quelque chose dans le couloir.Il regarda plus attentivement et, à nouveau,il crut voir une paire d'yeux .De très petits yeux. Il battit des cils et continua à regarder .Il se pencha hors du lit ., en quête d'un projectile quelconque .Il s'empara d'une de ses chaussures et s'assit dans le lit .Il se tenait très droit et agrippait sa chaussure à deux mains.Il entendit Mary qui ronflait et serra les dents. Puis il resta là,à l’affût du moindre son , du plus petit mouvement.
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myriampelemyriampele   15 février 2016
- Mon Dieu, dit-elle. mon Dieu, je vous en supplie, aidez-nous.
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Videos de Raymond Carver (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Carver
Raymond CARVER – Et vous trouvez ça drôle ? (Émission de radio, 2001) L’émission « Surpris par la Nuit », par Alain Veinstein, diffusée le mardi 3 juillet 2001 sur France Culture. Invités : Tanguy Viel, Marc Chenetier, Régis Geoffrey, François Bon et Olivier Cohen.
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