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EAN : 9782879291017
188 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (20/04/1996)
3.94/5   71 notes
Résumé :
Les récit, de Raymond Carver sont d'une simplicité déconcertante. S'ils nous touchent si profondément, c'est que les vraies tragédies de notre époque se déroulent dans l'intimité autant que sur les champs de bataille. Leurs héros : une serveuse de restaurant, un chômeur, un père anxieux, une femme divorcée, des voisins trop curieux, un enfant malade. Ils nous ressemblent...
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  20 août 2015
L'existence de ce recueil est très intimement liée à la sortie du film Short Cuts de Robert Altman en 1993 qui puise sa matière de ces neuf nouvelles et de ce poème. Les nouvelles qui constituent ce recueil proviennent à l'origine de recueils différents et ayant des dates de publication différentes s'échelonnant sur plus de quinze ans de la production de Raymond Carver.
Il est important de noter que le choix de réalisation qu'a fait Robert Altman, à savoir, entrecroiser toutes les histoires simultanément, dénature profondément l'écriture de Carver, qui, lui, nous propose des histoires indépendantes et très linéaires, prises une à une. Ceci pourrait avoir tendance à faire croire que l'écriture de Carver se rapprocherait de celle d'un Dos Passos, dans Manhattan Transfer, par exemple, qui mélange les destins de nombreux personnages non connectés, or il n'en est rien. Ce procédé n'est pas inintéressant et se prêtait particulièrement bien au propos du réalisateur, de vouloir brosser un tableau de l'Amérique moyenne contemporaine, mais ne correspond pas vraiment aux caractéristiques propres de l'écriture de l'auteur qui nous occupe aujourd'hui.
Ce sont donc dix histoires, déconnectées, mais ayant toutes un rapport avec l'Américain moyen, monsieur tout-le-monde, avec ses petits travers, avec ses coups de malchance, avec l'air du temps.
1) De L'Autre Côté Du Palier nous évoque le comportement légèrement envieux d'un couple d'amis qui gardent l'appartement de leurs voisins et se permettent quelques libertés en leur absence.
2) Ils T'Ont Pas Épousée est sans doute l'une des plus pathétiques — au sens pitoyable —, mais ne faisant écho qu'au pathétique — au sens minable — de certaines personnes, en l'occurrence un homme qui écoute les commentaires de certains pauvres types à propos du physique de sa femme et qui, ce faisant, lui impose des changements d'hygiène de vie drastiques.
3) Les Vitamines Du Bonheur abordent plusieurs thèmes, dont celui de la réussite professionnelle des femmes, dont celui de l'empiètement de la vie professionnelle sur la vie privée (plus d'actualité que jamais !) ou encore, celui, assez omniprésent chez Carver, de l'adultère.
4) Tais-Toi, Je T'En Prie, Tais-Toi ! est une Xème mouture de l'adultère et de ses conséquences selon Carver. Ici, l'évocation d'un simple souvenir, battement d'aile de papillon au Cap et qui provoque une tornade à Los Angeles…
5) Tant D'Eau Si Près De La Maison est une nouvelle assez inclassable, qui nous présente le prosaïsme et le manque d'empathie d'un groupe de copains partis à la pêche auprès d'une rivière sauvage et qui, découvrant un cadavre, terminent bien tranquillement leur partie de pêche avant de prévenir les autorités,puisque, de toute façon, il n'y a plus rien à faire pour elle…
6) C'Est Pas Grand-Chose, Mais Ça Fait Du Bien est, selon moi, la nouvelle la plus aboutie et la plus intéressante du recueil, en tout cas, c'est ma préférée. Elle nous conte un fait divers, une maman qui commande un gâteau d'anniversaire chez le pâtissier pour son fils et fils en question qui se fait faucher par une voiture le jour de l'anniversaire en question. L'angoisse des parents et la scène d'hôpital est magistralement rendue, de même que la scène finale que je vous laisse découvrir.
7) Jerry Et Molly Et Sam est encore une nouvelle bien sentie où le cadeau empoisonné d'une chienne bâtarde aux enfants devient le révélateur d'une vie loupée pour le père de famille. Très finement observé…
8) L'Aspiration, autre nouvelle un peu atypique du recueil, qui surfe sur la futilité de notre statut d'individu consommateur, pas si éloignée d'après moi de la pièce de Miller, Mort D'Un Commis Voyageur.
9) Dites Aux Femmes Qu'On Va Faire Un Tour (et je vous laisse deviner ce qui peut bien passer par la tête de deux copains de longue date, légèrement encroûtés dans leur vie de jeunes papas, lorsqu'ils ont quartier libre pour la journée…)
et enfin 10) Citronnade, un poème vaguement poétique, qui montre le regret d'un père qui demanda à son fils d'aller faire quelque chose et qui n'en revint jamais. Et si je ne lui avais pas demandé, et si…, et si…, et si… Bref, l'éternelle chaîne de causalité et l'éternelle vacuité de la vie.
En somme, un recueil solide, quelque peu inégal, je trouve, mais qui a le mérite de présenter un certain panorama de l'Amérique, ce qui a son intérêt et Robert Altman ne s'y est pas trompé. Peut-être pas un indispensable, mais un bon moment à passer par un orfèvre ès nouvelles. Mais ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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le_Bison
  13 avril 2020
Un café, une bière, un whisky, une photographie de Wim Wenders sur la couverture m'accompagnent. le ciel est bleu, le soleil se couche dans ce lointain horizon, quelques flaques d'eau renvoient ses derniers rayons. Une station-service qui semble déserte, à croire que le monde est en confinement. Un dinner qui sent la tarte à la cerise sortie du four. Des histoires pour une dernière bière. C'est toujours un plaisir de retrouver la plume simple, d'un autre temps, celle d'un Raymond Carver. En neuf histoires et un poème. Il décortique la vie, le couple, les histoires derrière une fenêtre ou une porte, celles qu'on se racontent autour d'un verre ou de deux, celles qu'on s'imagine lorsqu'on est allongé sur le dos et que sa femme appose ses lèvres sur ton sexe vieillissant. Dans ces histoires, j'y retrouve mon compte, un pauvre type qui se trouve vieillissant, un couple se confrontant à l'hospitalisation de son fils, une serveuse esseulée, un type qui veut boire une bière, un autre type qui veut boire une autre bière, un troisième type qui veut boire une énième bière. Tiens, j'ai envie de boire une bière également.
Rien de plus banales que les histoires de Carver. Pourtant, elles intéressent. Moi en particulier. Parce que je suis ce pauvre type dans cette nouvelle, le même dans l'autre nouvelle, celui qui boit une bière, seul dans son coin en rêvant de la serveuse, ou d'un sourire oublié. Je suis ce vieux qui se remémore ses histoires, la banalité de sa vie, l'échec de ses instants, des instants qu'une femme aimée oublie en quelques secondes. Je suis ce gars qui monte dans un pick-up, qui prend la route et qui ne sait pas jusqu'où rouler, jusqu'à ce que la route tourne vers un chemin caillouteux sans fin, ou jusqu'à ce qu'il tombe sur un bar encore ouvert, des néons clignotent, une lune bleue diffuse, un parfum de sueur, une odeur de patchouli. C'est pas la fin du monde, c'est juste la tristesse d'un monde.
Dans ce monde de poussière, un dernier verre, une dernière musique, une dernière histoire, la dixième celle de ma vie que Raymond Carver n'a pas eu le temps de composer. Je n'ai plus de citronnade, tu peux aller me chercher un pack de bières…
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SamDLit
  15 mai 2021
** Replay **
La citronnade: replay en poésie, frais & acide
oh j'aimerais tellement tellement refaire le chemin à l'envers,
et si et si
trouver consolation en le continuant à l'endroit, j'y arrive pas
ou en lui en inventant une autre fin.
"Ce serait une trop grande douceur.
Alors je me rappelle à l'infini
ce moment où
la vie était douce,
ce moment où
il m'avait été donné une autre vie"
- mon fils -
Concentré d'émotions
en quelques mots sur la perte d'un être, sur ce sentiment de culpabilité,
sur ces interrogations à l'infini, sur cette envie de ne plus être,
(à lire en français comme une nouvelle)
Condensé d'émotions
Dans ce menu gastronomique découverte, 9 plats et 1 dessert
la grande force de Carver:
liberté, libre-arbitre accordé à chaque lecteur
de se projeter sur son propre écran intérieur, en intimité
Il résonne comme un Hopper, superbe --- la couverture,
dans cette solitude de glace (s), chacun seul, en face à face.
Jean-Pierre Coffe, ressuscite, made US,
- confiné, il débarque, inspecte notre frigidaire
et nous concocte ( ! surprise !)
un repas nouvelle cuisine
en 9 assiettes individuelles
ou tupperwares, à mettre au congélateur.
( + dessert )
et c'est goûteux
Pour la saveur aigre-douce de l'ensemble du menu,
"compliments" au Chef Carver,
Quel univers singulier, particulier, codifié
que celui de la nouvelle (réussie)
Merci de me l'avoir fait découvrir
** Replay **
Il aurait été plus simple de faire mention
* soit de Short Cuts, the movie --- impossible de figer Carver à l'écran, c'est un moment qui passe à imaginer, à continuer ou à prendre tel quel
Vol au dessus d'un nid de coucou ?
* soit de la définition-même de la nouvelle dont
Carver semble se moquer librement en la respectant à la lettre et à l'esprit - càd en la réinventant totalement - le plus percutant exemple dans ce recueil serait "tais-toi je t'en prie" où seule, la pensée seule (solitude) est le personnage en mouvement, le reste est accessoire
** La poésie, citronnade, moins réussie en termes de sonorités, surtout en français, est une démonstration "accessible" de l'esprit de l'auteur et une des raisons de la maison d'édition de la rajouter à ce recueil.
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SZRAMOWO
  21 novembre 2019
Le style dépouillé de Carver renforce son propos.
Des gens simples, bien comme il faut, avec « l'encéphalo qu'il faut » dirait Bashung, pètent les plombs, se vengent sur autrui de l'aliénation qu'ils subissent chaque jour, trouvent dans l'oppression la solution pour échapper à la veulerie dans laquelle ils se vautrent chaque jour.
Un homme force son épouse vieillissante à suivre un régime en la harcelant au comptoir du bar où elle est serveuse, prenant à témoin d'autres clients.
Un père de famille décide d'abandonner le chine de ses enfants pour réduire les dépenses de la famille alors que lui-même s'autorise une double vie avec une autre femme.
Jaloux de la réussite de leurs voisins, un couple accepte d'arroser leurs plantes et de nourrir le chien lorsqu'ils sont en vacances et s'envoient en l'air en vivant chez eux.
Un homme alcoolique a retrouvé son équilibre auprès d'une femme qu'il aime, mais la harcèle pour qu'elle raconte comment, un soir de beuverie du passé, elle l'a trompé avec un ami. Poussée à bout, elle avoue. Il replonge.
Dévastés par la mort de leur enfant tué dans un accident de la route, le jour de son anniversaire, un couple trouve chez le pâtissier auprès duquel ils avaient commandé un gâteau, l'empathie et le réconfort qu'ils n'ont pas trouvé ailleurs.
Des histoires courtes, sans esbroufe, qui mettent l'humanité à nu et nous interpelle.
Pour apporter ma contribution au débat Altman, Short Cuts et Carver, 9 histoires, je dirai que le film Short Cuts n'a rien à voir avec les nouvelles de Carver.
En voulant faire plus fort que Carver, Altman en rajoute, les célébrités choisies pour incarner les personnages sur jouent (Tom Waits, Andie Mac Dowell, Jack Lemon ne convainquent pas). de plus l'idée géniale de créer un lien entre les personnages est hors sujet et n'apporte rien au propos de Carver.
Carver est un auteur de la solitude. Ses personnages sont face à eux même. Ils voient l‘autre comme une réplique de leur personnalité. Leur dérive vient du fait qu'ils imaginent le monde à leur image.
Lisons Carver sans penser à Altman. Et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Lien : https://camalonga.wordpress...
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Myriam3
  02 avril 2017
Ce recueil de nouvelles au titre sans prétention est à l'origine du film Short Cuts, de Robert Altman. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais dans ce très beau film, plusieurs histoires s'entremêlaient, dont deux plus tragiques que les autres. Quelques potes pêcheurs décidaient de ne pas ramener le cadavre noyée d'une femme pour ne pas gâcher leur weekend de pêche, et un enfant se faisait renverser par une voiture le jour de son anniversaire.
Ici, les nouvelles se suivent et sont totalement indépendantes. On pourrait les nommer "histoires de vie". Dans chacune, le quotidien est subtilement déséquilibré par un fait parfois minime. Ce déséquilibre est tout aussi physique que psychique, la folie n'est jamais loin, et le récit est entièrement tendu vers deux dénouements possibles. de quel côté le personnage va-t-il basculer? Va-t-il s'élancer vers l'inconnu ou revenir lentement comme une boule de flipper à sa situation d'origine, plus confortable?
Ces neuf nouvelles sont toutes aussi imprévisibles les unes que les autres et nous emmènent à chaque fois au coeur d'une intimité dérangeante et terriblement humaine. du grand art.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   23 août 2015
Les yeux de l'enfant s'étaient ouverts puis refermés. Ils se rouvrirent. Les yeux regardèrent droit devant eux une minute, puis pivotèrent lentement, se posèrent sur Howard et Ann, puis se détournèrent.
— Scotty, dit sa mère, s'approchant du lit.
— Hé, Scott, dit son père. Hé, fiston.
Ils se penchèrent sur le lit. Howard prit la main de l'enfant dans les siennes et se mit à la tapoter et à la serrer doucement. Ann se pencha et couvrit de baisers le front de son fils. Elle lui prit le visage entre ses mains.
— Scotty, mon chéri, c'est Maman et Papa. Scotty ?
L'enfant les regarda, mais sans les reconnaître. Puis sa bouche s'ouvrit, ses yeux se fermèrent, et il hurla jusqu'à ce qu'il n'eût plus qu'un souffle d'air dans les poumons. Alors son visage se détendit et s'adoucit. Ses lèvres s'écartèrent comme son dernier soupir remontait dans sa gorge et s'exhalait doucement à travers ses dents serrées.
Les docteurs appelèrent ça une occlusion cachée, disant qu'ils en voyaient un cas sur un million. S'ils avaient diagnostiqué son état et opéré immédiatement, peut-être qu'ils auraient pu le sauver. Mais c'était improbable.

C'EST PAS GRAND-CHOSE, MAIS ÇA FAIT DU BIEN.
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Nastasia-BNastasia-B   22 août 2015
Earl but son café en attendant le sandwich. Deux types en complet-veston, le col ouvert et la cravate desserrée, s'assirent à côté de lui et demandèrent du café. Au moment où Doreen s'éloignait, la cafetière à la main, l'un des deux types s'exclama :
— Vise-moi un peu cette paire de miche ! C'est pas croyable !
L'autre se mit à rire.
— J'ai vu mieux, fit-il.
— C'est ce que je voulais dire, dit le premier. Mais t'as des gars, ils aiment leurs chagattes bien grasses.
— Pas moi, dit l'autre.
— Moi non plus, dit le premier. C'est ce que je te disais.
[…]
Elle revint avec la cafetière et, après avoir rempli la tasse d'Earl et celles de ses deux voisins, elle s'arma d'une coupelle et leur tourna le dos pour puiser de la glace. Elle plongea un bras dans le bac du congélateur et racla le fond avec le presse-boules. Sa jupe de nylon blanc remonta sur ses hanches, découvrant le bas d'une gaine rose, des cuisses grises, fripées, un peu velues et des veines qui formaient un entrelacs dément.
Les deux types assis à côté d'Earl échangèrent des regards. L'un d'eux haussa les sourcils. L'autre, la bouche fendue par un sourire, continua de lorgner Doreen par-dessus sa tasse de café tandis qu'elle nappait la glace de sirop de chocolat. Lorsqu'elle se mit à secouer la bombe de chantilly, Earl se leva et se dirigea vers la porte en abandonnant son assiette intacte. Il l'entendit crier son nom, mais il ne s'arrêta pas.
[…]
Au matin, après qu'elle eut expédié les enfants à l'école, Doreen entra dans la chambre et releva le store. Earl était déjà réveillé.
— Regarde-toi dans la glace, lui dit-il.
— Hein ? fit Doreen. Qu'est-ce que tu racontes ?
— Regarde-toi dans la glace, c'est tout.
— Qu'est-ce que je suis censée y voir ?
Mais elle se campa devant le miroir de la coiffeuse et repoussa les cheveux qui lui tombaient sur les épaules.
— Alors ? dit Earl.
— Quoi, alors ?
— Ça m'embête de te dire ça, mais je trouve que tu devrais songer à te mettre au régime. Sérieusement. Je ne plaisante pas. Je trouve que tu devrais perdre quelques kilos. Ne te fâche pas.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Rien d'autre que ce que je viens de dire. Je trouve que tu devrais perdre quelques kilos. Maigrir un peu.
— Tu ne m'as jamais fait aucune remarque, dit-elle.
Elle releva sa chemise de nuit au-dessus de ses hanches et se mit de profil pour regarder son ventre dans la glace.
— Ça ne m'avait jamais gêné jusqu'à présent, dit Earl en pesant soigneusement ses mots.

ILS T'ONT PAS ÉPOUSÉE.
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Nastasia-BNastasia-B   24 août 2015
Depuis quelque temps, tout allait mal. Il avait bien assez d'emmerdements sans avoir à se soucier en plus de ce sale cabot. Chez Aerojet, on dégraissait, alors qu'en bonne logique il aurait dû y avoir de l'embauche. C'était le milieu de l'été, les contrats de la Défense affluaient, et la direction de l'usine parlait de réduire son personnel. Et le réduisait même bel et bien, à petites doses. Chaque jour, il y avait quelques licenciements de plus. Et Al était aussi menacé qu'un autre, même si son embauche à lui remontait à bientôt trois ans. Il avait d'excellentes relations avec les gens qu'il fallait, mais par les temps qui courent, l'ancienneté, le copinage, tout ça ne vaut pas un pet de lapin. Il suffirait de tirer le mauvais numéro, et vlan ! Personne n'y pouvait rien. S'ils décidaient de licencier, ils licencieraient. Par paquets de cinquante, ou de cent.

JERRY ET MOLLY ET SAM.
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Nastasia-BNastasia-B   21 août 2015
J'en pinçais pour Donna, l'autre membre du noyau. Le jour de la soirée, on avait dansé sur des disques de Duke Ellington. La main posée au creux de ses reins tout en évoluant sur le tapis, je la serrais de près, je sentais le parfum de ses cheveux. C'était chouette de danser avec elle. J'étais le seul homme, et il y avait sept filles, dont six dansaient entre elles. Le spectacle du séjour, c'était chouette.
J'étais dans la cuisine quand Donna est entrée avec son verre vide. On s'est regardé. Je l'ai prise dans mes bras et on s'est embrassé. Immobiles, on est resté un moment enlacés comme ça.
Puis elle a dit :
— Non. Pas maintenant.
En entendant ce « pas maintenant », je la lâchai. Je me disais que c'était aussi sûr que de l'argent en banque.

LES VITAMINES DU BONHEUR.
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le_Bisonle_Bison   09 avril 2020
Et maintenant il avait une maîtresse, bon Dieu de bois ! Un boulet de plus à traîner. Il ne tenait pas à ce que leur liaison s’éternise, mais il ne voulait pas rompre non plus : on ne peut quand même pas tout jeter par-dessus bord dès qu’une tempête se lève. Al était en train de partir à la dérive, il le savait, et il ne voyait vraiment pas comment ça finirait. Mais il avait le sentiment de plus rien contrôler. Plus rien. Ces temps-ci, la peur de la vieillesse s’était mise à le hanter après qu’il eut souffert de constipation plusieurs jours de suite, car c’était un trouble qu’il associait aux gens âgés. Et puis le début de la calvitie qui était apparu au sommet de son crâne commençait à le tarabuster, et il lui arrivait de se demander s’il n’était pas temps de réviser sa manière de se coiffer. Qu’allait-il faire de sa vie ? Il aurait bien voulu le savoir.
Il avait trente et un ans.
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Videos de Raymond Carver (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Carver
Raymond CARVER – Et vous trouvez ça drôle ? (Émission de radio, 2001) L’émission « Surpris par la Nuit », par Alain Veinstein, diffusée le mardi 3 juillet 2001 sur France Culture. Invités : Tanguy Viel, Marc Chenetier, Régis Geoffrey, François Bon et Olivier Cohen.
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