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ISBN : 2330117744
Éditeur : Actes Sud (02/01/2019)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Médée attend son mari dans un aéroport où ils sont en transit pour Sydney. Il s'est éloigné un instant, qui soudain s'éternise, et déjà elle comprend qu'il ne reviendra pas.Pour affronter la violence du choc, Médée se fige. Elle s'installe dans l'aéroport et se laisse submerger par l'abandon, puis se redresse, portée par son art. Car cette femme est sculpteur et c'est là, dans ce territoire qui n'appartient qu'à elle, que Médée retrouve la puissance et la force.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
fanfanouche24
  28 janvier 2019
Un immense coup de coeur ...Une pépite... qu'il faut surtout lire à un rythme ralenti...tant les phrases sont compactes, ciselées...et débordant de toutes part !
"Elle avait toujours refusé d'exposer ou de vendre cette sculpture, comme si ce qui s'y disait d'amour et de plénitude eût pu souffrir d'une telle mise à nu, souscrivant inconsciemment à cette idée que les grands bonheurs sont si fragiles qu'un regard malintentionné suffirait à les faire voler en éclats. (p. 22)"
Un choix déterminé par les sujets... et des lignes convaincantes de camarades babéliotes... m'ont fait choisir ce roman... En regardant de plus près, je me rends compte qu'il y a un certain moment, j'avais lu son premier texte (1999), "Cérémonie ", qui m'avait emportée...Des thèmes et
un style magnifique, avec des personnages féminins, très forts !!...
Dans cette nouvelle fiction, une femme,Médée, mère, sculptrice renommée en dépit d'une discrétion maladive... Son jardin secret,sa force, l'expression de son indépendance naturelle...vit heureuse depuis 30 ans... avec un mari, chirurgien...trois grands enfants... et un jour.... le cataclysme absolu... le départ brusque, inexpliqué, sans le moindre mot, ni signe avant-coureur... La fuite de l'homme adoré se déroule dans un aéroport... deux de ses enfants tentent de l'aider, dont son fils qui reste à proximité.... en ange protecteur.... Elle s'est installée dans une chambre d'hôtel à proximité de cet aéroport...comme prostrée, tétanisée, tentant de juguler la violence de cet abandon..;Son fils, Adam, lui dépose devant sa porte des petits blocs de
pâte à modeler... pour l'inciter à reprendre la sculpture... ce qui adviendra avec une rencontre "miraculeuse", Tanya, une réfugiée , [ayant perdu dans la guerre mari et fils...] elle a réussi à rejoindre la France, en voulant protéger ses deux autres enfants; Pour gagner sa vie, elle se voit embaucher comme "dame-pipi" dans cet aéroport où Médée s'est retrouvée "abandonnée" par son époux... La rencontre de ces deux femmes combatives , qui , chacune à leur manière ont touché le fond du désespoir...Cette rencontre merveilleuse va redonner l'Espoir à notre artiste, Médée...
La puissance de vie, la bienveillance envers les autres, L'Art..: des secours inestimables pour surmonter les fractures écrasantes qui peuvent détruire les êtres, au fil de leur existence !!
"Oui, répond Médée. Nous survivons. Je vois déjà en moi le début d'un après. (...) Nous sommes si promptes à organiser la vie sur les décombres de ce qui est perdu, n'est-ce pas là le comble de la folie ?
L'amour sans limite nous tient debout au milieu des cendres, alors que nous voudrions mourir là, mais il suffit que le chat de la maison ait survécu, nous voilà entêtées à lui porter du lait, l'éclat d'une prunelle d'enfant nous remet dans le devoir du jour. (...)
Pourquoi devenons-nous les héritières des guerres que nous n'avons pas menées, ni voulues ? " (p. 101)
Il est question de douleur, de perte... des femmes face au chagrin, de la destruction, des guerres menées par les Hommes ! Et l'Art, la création artistique féminine qui leur permet de transcender toutes ces blessures... notre héroïne, va renaître grâce à son art de sculptrice,de l'abandon brutal
de l'homme aimé, après 30 années de fusion amoureuse...

Un texte très dense, dont il faut savourer lentement chaque phrase, à la forme des plus ciselées !
"....toujours ce sont les mères, les épouses, les filles, qui demandent l'intercession des puissances sacrées pour alléger les peines, faire advenir les voeux, comme si seules elles étaient en charge de l'intimité des êtres, des espoirs, des douleurs, tous mouvements de la vie." (p. 40)
Un regret : aucun texte de cette auteure à ma médiathèque... Je voulais découvrir un autre roman antérieur, aux éditions Actes Sud " La mort est un enchantement"...Curiosité juste reportée !
Résilience, les pouvoirs curateurs de survie et de mémoire apportés par la création artistique..."
(...) ils se sont quittés trois jours plus tôt, après qu'elle l'a convaincu de partager ce projet d'une statuaire pour dire ce qui n'est plus mais qui continue d'être toujours tant qu sont vivants ceux qui gardent en mémoire ce qui a disparu dans la violence de la guerre, la désaffection de l'amour, l'oubli organisé par la nécessité de survivre, au sein d'un monde pressé d'effacer les traces des perdants, faisant précisément de la perte une sorte d'opprobre dont il convient d'éviter poliment l'évocation (...) "(p. 127)
Il y aurait beaucoup à dire ou à chercher sur les motivations de l'auteure quant au choix du prénom du personnage central féminin... Pouvoir de la magie, de la passion destructrice , l'âme humaine, ses lumières et ses ombres terribles , etc. J'avoue être perplexe quant à ce choix, car "notre" Médée, en dépit de la trahison insupportable qu'elle subit, qu'elle doit "encaisser"... elle reste hiératique et solaire...Un portrait de femme -mère-épouse-artiste saisissant de force et de détermination...
Ces deux adjectifs qui la qualifient sont soufflés par ce flux souterrain , constant, infini que représente la sculpture...qui l'habite de façon permanente. Son bouclier, sa force, et sa liberté , conjugués !...
Je vais cesser mes "bavardages"... car il y aurait encore "immensément" à dire sur ce texte merveilleux...Roman puissant charriant une multitude de sujets essentiels de l'Histoire des Humains, la place complexe du féminin, les pouvoirs gigantesques de la médecine, d'un côté, et de l'autre, la puissance de la Création artistique [avec des passages renversants, décrivant le travail, les gestes de la sculpture ].... et bien sûr , les affres , les lumières et les cauchemars (tour à tour) provoqués par l'AMOUR...constructeur ou dévastateur...
****intéressant lien à consulter : http://www.linflux.com/arts-vivants/personnage-mythique-medee/
© Soazic Boucard- Janvier 2019
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Verdure35
  19 janvier 2019
Nous essayons de lire de bons livres et parfois on tombe sur une pépite, et je pense que c'est le cas avec ce troisième opus de Y.Chami, arrivée au mitan de sa vie.
Ses romans sont toujours axés sur le pays de ses racines, le Maroc, sur la famille, les souvenirs.
Cette fois, la chaleur , le soleil, la famille, les enfants surtout , sont toujours présents mais comme des souvenirs douloureux. Et on ne se prénomme pas Médée par hasard.
Médée est sculpteur, son talent est reconnu, et des expositions de ses oeuvres se retrouvent dans les grandes capitales, mais Médée, superbe femme, est avant tout une épouse, une amante, une mére attentionnée, et elle veut que chacune de ces fonctions soit exercée à plein temps…
Son mari, chirurgien neurologue requiert tout son amour depuis trente années lorsqu'un jour en transit à Paris tous les deuxà Roissy (elle l'accompagne à un séminaire) il s'absente pour quelques instants mais ne revient pas la chercher. Abandonnée, et malgré l'affection de ses enfants accourus auprès d'elle, Médée s'isole avec son malheur dans un chambre d'hotel de l'aéroport.Elle est dévastée, , elle en sort au bout de quelques jours ,trouve de l ‘argile laissée par son fils sur le pas de la porte,il pressent comment la sauver, elle est aidée par une dame-pipi exilée aussi, de là elle essaiera de renaître de par son Art, qui était passé à la seconde place dans sa vie,et à ses dépens.
L'amour, l'art, sont la trame de ce texte magnifiquement écrit et que je relirai c'est certain.
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Agathethebook
  03 janvier 2019
Commencer la rentrée littéraire en BEAUTÉ !
« J'ai donné les clefs de ma vie à cet homme rencontré trente ans plus tôt, il me les a rendues, mais je ne sais plus m'en servir. »
Médée s'est enfermée dans une chambre d'hôtel, elle voudrait disparaître. Quelques heures auparavant, après trente ans d'amour fou, elle s'est fait quitter par son mari à l'aéroport. « Attends-moi ici, je reviens » lui a-t-il dit avant de partir définitivement.
Ce sont ses enfants devenus adultes qui viendront la recueillir et la soutenir.
Dans la douleur et la stupéfaction, Médée revient sur son histoire d'amour, sa vie de femme et d'artiste. Car Médée est sculpteur. Depuis toujours, elle modèle le marbre et s'écorche les doigts en représentant la tension des corps. Au début de son mariage, elle s'était aménagée une pièce dans les combles de la maison, pouvant ainsi répondre à ses devoirs d'épouse et de mère. Lorsque ses deux premières filles sont nées, elle a mis sa carrière de côté, mais pour Adam, le petit dernier, elle a réussi à concilier les deux, et c'est Adam aujourd'hui qui chaque jour la soutient et vient lui déposer une boule de pâte à modeler près de sa chambre d'hôtel.
Au fil des réflexions et des rencontres d'aéroport, Médée va progressivement retrouver l'espoir de vivre, grâce, encore et toujours au pouvoir réparateur de l'Art.
Plus q'une histoire, ce roman est une poésie, une ode à la vie. Les mots, les phrases et le rythme sont d'une beauté à couper le souffle.
Très intéressant aussi, l'angle maternel choisi : souvent les artistes n'ont pas d'enfant ou alors on n'en parle pas, toute leur force créatrice est dévolue à leur oeuvre. Ici, Médée est mère de famille, et comme toutes les femmes elle cherche à concilier son travail et ses devoirs d'épouse. Mais à trop vouloir se mettre de côté, à se cacher presque pour exprimer son art sur les temps impartis, il semblerait que cela ait pesé encore davantage sur les siens.


Lien : https://agathethebook.com/20..
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MariondeMontmorency
  26 mars 2019
Lorsque Médée comprend enfin que son mari Ismaïl l'abandonne, là au beau milieu de cet aéroport, c'est tout son univers qui s'écroule. Comment aurait-elle pu imaginer l'imprévisible ? Comment pouvait-elle s'attendre à une fuite si soudaine après vingt-cinq ans de vie commune ? Dévouée à ce brillant chirurgien qu'elle admire depuis leur rencontre, Médée reste anéantie, bouleversée, pétrifiée par cette étrange mise en scène. Ni les appels répétés de ses proches, ni les regards inquiets de ses enfants, envoyés en éclaireur par leur père, ne pourront permettre à cette femme anéantie de sortir de sa léthargie. Seule, elle erre dans cet aéroport qu'elle n'ose quitter, ne pouvant accepter que sa vie ait une suite, ne sachant plus qui elle est. Même Adam, son plus jeune fils, celui qu'elle a tant chéri, est impuissant face à sa douleur. Éclatée par la déflagration, son âme s'égare et sombre.
Sur le papier, Médée chérie avait tout pour me plaire : un drame intime et ensorcelant, une réécriture d'un mythe antique qui me plaît tant, une réflexion sur l'art et la création, une plume élégante. Pourtant, et bien malgré moi, je suis restée complètement à l'écart de ce roman, ne parvenant jamais à en ressentir toute la puissance. Sans savoir me l'expliquer, il m'a été difficile de ressentir la moindre empathie pour le personnage, d'être touchée par la beauté des mots. Peut-être n'était-ce pas le bon moment pour le lire ? Ou bien s'agit-il des très longues phrases, au rythme travaillé, qui ne m'ont pas permis d'accéder au plus profond de la douleur de Médée ? Je n'aurai sans doute pas réellement de réponse, mais une certitude subsiste : je suis passée complètement à côté de ce roman.
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Hayatte_B
  26 février 2019
Dans la mythologie grecque, Médée est la femme de Jason. Quittée par celui-ci pour une autre femme - folle de rage - Médée tuera leurs deux fils pour le punir.
Médée, c'est aussi le nom que porte l'héroïne de Yasmine CHAMI. Elle aussi a été quittée par son époux – Ismaïl - pour une autre femme.
Médée n'a pas tuée les enfants qu'ils ont eu ensemble. C'est porté par leur amour, et notamment celui d'Adam - son benjamin - qu'elle se relèvera.
Adam, qui l'aidera à reprendre goût à la vie à travers ce qu'elle aime le plus au monde après sa progéniture : la sculpture.
C'est son art qui la reconstruira.
Ce roman, c'est l'abandon. La douleur. le deuil de ce qui n'est plus. de ce qui ne sera jamais plus. La reconstruction. La vie malgré tout. La vie avant tout.
Ce roman parle de la perte de l'être aimé. La perte de sa moitié. Une moitié que l'on croyait indivisible.
Ce roman se lit en apnée. le temps d'une inspiration.
Le rythme est lourd et les phrases denses. La ponctuation y est rare. Tout est fait pour que le lecteur n'ait pas le temps de reprendre son souffle. Comme Médée.
Le texte est sublime. Tout en poésie. On y cueille des perles. Des phrases qui nous parle. Des phrases qui résonne. Des phrases qui sont belles. Comme Médée.
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critiques presse (2)
LeDevoir   04 mars 2019
Avec finesse, Yasmine Chami fait l’éloge de ces femmes, premières matrices du monde qui, dans le fatras des décombres, gardent leur aplomb, comme si la vie était un devoir.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaLibreBelgique   08 janvier 2019
L’histoire du couple qui se brise est en soi banale, même si elle est toujours unique pour celui ou celle qui la vit. L’écrivaine Yasmine Chami l’évoque dans Médée chérie avec une intensité particulière et une lucidité pointue vis-à-vis d’une femme qu’elle semble connaître de l’intérieur, la sondant dans ses pensées et son corps soudain récalcitrant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   26 janvier 2019
"Tu fuis la beauté, tu t'en défends, moi je la traque, je l'exhume, elle apparaît souvent où on ne l'attend pas, au coeur de ce qui est informe, détruit ou abîmé, hors d'usage...Ce qu'on ne voit même pas...qui demeure invisible pour l'oeil seul (...) L'intuition de la beauté , pas son évidence. " (p. 47)
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fanfanouche24fanfanouche24   27 janvier 2019
(...) ils se sont quittés trois jours plus tôt, après qu'elle l'a convaincu de partager ce projet d'une statuaire pour dire ce qui n'est plus mais qui continue d'être toujours tant qu sont vivants ceux qui gardent en mémoire ce qui a disparu dans la violence de la guerre, la désaffection de l'amour, l'oubli organisé par la nécessité de survivre, au sein d'un monde pressé d'effacer les traces des perdants, faisant précisément de la perte une sorte d'opprobre dont il convient d'éviter poliment l'évocation (...) (p. 127)
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   26 janvier 2019
Souvent Samia cherchait le regard d'Ismaïl, et ils souriaient, unis dans une même incrédulité, une même impatience peut-être, évaluant la silhouette menue de Médée, son visage lumineux, où puisait-elle cette énergie qui traversait la matière créant des liens improbables entre la dureté du marbre et la transparence de la résine, la mollesse de la cire et la violence de l'acier... Et toujours cet acharnement à suturer l'espace, luttant farouchement contre la distance, l'éloignement, la séparation des créatures déroutantes qui voyaient le jour sous le labeur de ses paumes calleuses, de ses doigts pleins de coupures, de cicatrices, traces de son obstination à s'inscrire en dehors d'elle et d 'eux. [ ses travaux de sculptures](p. 22)
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fanfanouche24fanfanouche24   27 janvier 2019
Les traces trop apparentes du malheur sont pour ceux qui les portent une source d'isolement supplémentaire, et les condamnent à une telle relégation que souvent la folie assumée devient pour eux une manière de dire leur rejet de ceux qui les excluent. (p. 116)
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fanfanouche24fanfanouche24   24 janvier 2019
"Tu espères qu'il va revenir ?" demande Tanya. " Non, répond Médée, il est vraiment parti, et je n'espère rien, mais il m'a rendue étrangère à moi-même. Je ne sais plus dire mon histoire, ma mémoire me trahit, je ne sais plus ce que j'ai vécu" . (p. 100)
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