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EAN : 9782080813336
204 pages
Flammarion (04/01/1999)
3.91/5   38 notes
Résumé :
Le 16 août 1870, à Hautefaye, petit village de Dordogne, un jeune noble est supplicié durant deux heures, puis brûlé vif sur le foirail, en présence d'une foule de trois à huit cents personnes qui l'accuse d'avoir crié : " Vive la République ! ".

Le soir, les forcenés se dispersent et de vantent d'avoir " rôti " un " Prussien ". Certains regrettent de ne pas avoir infligé le même sort au curé de la paroisse. Février 1871. Le journaliste républicain Ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Lu en suivant les conseils de mon directeur, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en commençant cette lecture si ce n'est qu'il était question de massacre mais massacre de qui, quand, comment et pourquoi ? C'est ce que je voulais absolument découvrir et pour tout vous dire, je n'ai pas été déçue. Non, il ne s'agit pas d'un immense massacre, d'une guerre qui aurait fait des milliers de morts mais il s'agit de a tuerie d'un seul homme -oui, d'un seul - mais laissez moi un peu vous en dire plus et vous comprendre pourquoi cet ouvrage mérite d'être lut pourquoi cet abominable crime est rentré dans les annales de l'Histoire.

Nous sommes dans un petit village au doux nom de Hautefaye en Dordogne alors qu la France de Napoléon III es en guerre contre la Prusse. 16 août 1870, Alain de Monéys, un jeune noble respecté dans le village aurait été surpris en train de clamer "Vive la République" en plein lieu de foire. Pour ces paysans, cela est inacceptable d'autant plus que son cousin, Camille e Maillard aurait également tenu des propos similaires quelques mois plus tôt non loin de là. Vous l'aurez bien compris, pour ces paysans et artisans (bref, ce qui appartiennent aux classes les moins aisées, il ne faut pas toucher à leur Empereur, même si ce dernier a récemment augmenté les impôts de vingt-cinq centimes mais ils préfèrent cela que de se faire envahir par la Prusse).
Cette histoire qui aurait très bien pu s'arrêter là éveilla une telle colère chez ces derniers qu'ils s'y mirent à trois-cents (et pas seulement des gens du village mais également des gens des bourgs voisins qui ont pris Alain de Monéys pour un prussien) pour molester, frapper et torturer ce jeune noble jusqu'à ce qu'ils se fassent brûler comme l'on aurait fait rôtir un porc. Même les enfants s'y sont mis pour mettre le feu au bûcher.

Bref, voici en gros un bref résumé de cette barbarie mais ce que je ne vous dis pas, c'est combien furent arrêtés (vous vous imaginez, même le maire de a laissé faire cet abominable spectacle qui s'est non seulement déroulé sous ses yeux mais s'est même passé, à un moment, sur ses terres), s'ils furent jugés, condamnés et comment s'est déroulé la suite de cet drame, ce supplice comme se plaît à l'appeler l'auteur.

En retraçant les grandes lignes historiques de cette époque de troubles que connaissait la France à ce moment-là, Alain Corbin amène le lecteur à comprendre (mais non pas à accepter et à pardonner) comment une tel acte de "cannibalisme" (pour reprendre les propos de l'auteur) a pu avoir au siècle dernier (si on se réfère à la date de publication de cet ouvrage). A découvrir !
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Après avoir lu le médiocre roman Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé, je m'étais promis de lire cet ouvrage d'Alain Corbin pour mieux appréhender les raisons du massacre d'Alain de Moneys. Confronter les deux points de vue du romancier et de l'historien m'a été utile dans la compréhension de ce sordide événement. Et, je me dois le dire, le succès remporté par Teulé pour Mangez-le si vous voulez, est injustifié et il confirme le compte-rendu de lecture que j'avais fait de l'ouvrage : les faits relatés ne sont pas contextualisés. de plus, d'après l'analyse de Corbin, les informations livrées sont erronées. Si le maire de Hautefaye a bien déclaré "mangez-le si vous voulez" en parlant d'Alain Monéys, les participants du massacre n'en ont rien fait. Ni les tartines à la graisse de la victime, ni les testicules grillées ne sont des faits avérés. Non pas que j'aurais aimé que cela soit vrai mais juste par souci de vérité. Et je trouve cela bien dommage d'autant que Teulé ne pouvait décemment pas se documenter sur cet épisode de l'histoire de Hautefaye sans avoir lu le village des cannibales. Evidemment un roman est par définition est oeuvre fictive et l'on ne peut blâmer Teulé d'avoir voulu adapter cet événement, mais à écouter son entretien pour les éditions Julliard, on se rend vite compte que son roman est une coquille vide... J'ai bien conscience que le travail de romancier n'est en aucune mesure comparable à celui de l'historien mais je soupçonne Teulé d'avoir écrit ce roman pour des raisons mercantiles et si ma réaction est si véhémente, c'est parce que je suis attachée à l'auteur et que j'ai vraiment été déçue. Cela dit, je reconnais volontiers que c'est grâce à Teulé que j'ai découvert cette passionnante étude d'Alain Corbin et je m'empresse après cette longue parenthèse, de me pencher sur l'analyse de l'historien.

Ainsi que le présente la quatrième de couverture du livre, ce massacre est avant tout un crime politique. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce massacre n'est pas une affaire de droit commun. Elle n'engage pas la responsabilité de groupe, argument que les avocats des bourreaux d'Alain de Monéys ont tous avancés durant le procès. D'après Corbin, les raisons de ce massacre sont multiples et entremêlées : rappelons que cette analyse se présente sous un angle historique et politique. Au moment où l'Empire de Napoléon III vascille et que la menace de l'avènement de la République s'affirme, le Régime voit croître la haine des paysans envers les nobles, les curés et les républicains. Voyant d'un oeil mauvais l'instauration de la République, les paysans, finissent par considérer tout opposant à Napoléon comme des ennemis et à plus forte raison, les Prussiens représentent-ils une menace tangible contre l'ordre établi. Tout en précisant que la foiraille de Hautefaye réunit des paysans de plusieurs régions, Corbin démontre que le massacre n'est pas la manifestation d'un acte prémédité mais bien celle d'un groupe organisé : les gens ne se connaissaient pas forcément et nombre de personnes ayant participé à la mise à mort d'Alain de Monéys ne savaient pas qui il était, excepté le fait qu'il "était prussien". Corbin souligne également que l'absence de contrôle de gendarme et la faiblesse du maire ont participé à la perte du jeune homme. Celui-ci apparaissait clairement comme ce que l'auteur a appelé l'équation victimaire : Alain de Monéys = un noble + un républicain = un prussien (p.91).

Par ailleurs, le village des cannibales n'en a que le titre : l''auteur relate en effet que "devant l'auberge, le maire aurait prononcé des paroles scandaleuses, peut-être sous forme de boutade. Son dire, abondamment souligné, va contribuer à étayer la rumeur de cannibalisme. Selon Jean Maurel, un couvreur de soixante-dix-huit ans qui réside à la chapelle saint-robert, les plus acharnés auraient dit à Mathieu (le maire), en parlant de la victime "alors arrêtée devant l'auberge" : nous voulons le tuer, le faire brûler et le manger." le maître aurait répondu : "Mangez-le si vous voulez". Ces mots terribles semblent avoir rapidement été colportés ; la femme Antony les a déjà reproduits au procès, avant que Maurel ne témoigne. Reste qu'il s'agit d'un bruit sans grand fondement." p.104 et que "le comportement des paysans obéit une à une logique propre" p.105. Corbin en appelle à l'historiographie de la violence pour expliquer cet événement : il ne s'agit pas pour lui, tant d'une question d'affaires communales, de conjoncture économique ou encore de justice populaire mais bien d'un moyen d'exorciser la peur. Si le massacre évoque l'horreur révolutionnaire, le supplice d'Alain de Moneys n'en est pas moins une manifestation identitaire : celle des participants au foirail de Hautefaye. Une analyse sous l'angle de la psychologie des foules (peu importe l'objet du massacre, il faut anéantir l'ennemi) est évidemment acceptée, mais Corbin va plus loin : ce fait "constitue une voie d'accès priviégiée à certains processus majeurs qui relèvent de l'anthropologie historique." p. 121. La "place centrale occupée par l'imaginaire et les pratiques de cannibalisme dans des conduites dont la cruauté nous est devenue proprement insupportable" p.122 est exacerbée dans cette affaire qui "ne prouve en rien l'irrationalité de la paysannerie du Nontronnais, mais seulement la spécificité des modalités de l'analyse effectuée selon un système autonome de représentations publiques". p.165

En fait, cet événement ne relève pas d'une affaire criminelle et l'on comprend à la lecture de cette conclusion de l'historien :"Avant d'être désavoués par la société dans laquelle ils étaient immergés, ces paysans n'avaient su dire, autrement qu'en suppliciant l'ennemi, la spécificité de leurs représentations du politique, l'intensité de leur angoisse et la profondeur de leur attachement au souverain. de ce balbutiement, de cette pauvre esquisse d'une révolution identitaire oubliée, seule reste à nu la cruauté, dans le ressac du sentiment." p.166, les raisons de cette analyse.

Cette étude m'a passionnée car au délà du simple rapport d'un massacre sanglant, on parvient à saisir du bout des doigts, le processus complexe qui caractérise les manifestations d'ordre identitaire. Mais cette étude est si dense qu'il est difficile d'en rendre toute l'essence. le chapitre 4 intitulé l'hébétude des monstres a particulièrement retenu toute mon attention. Pour conclure, je recommanderais particulièrement cet ouvrage aux lecteurs du Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé car il apporte un éclairage intelligent sur ce sombre épisode de l'histoire des paysans du Nontronnais.
Lien : http://livresacentalheure-al..
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Un livre à dévorer.
Alain Corbin est l'un des plus célèbres historiens français dans le monde. C'est encore l'un des plus importants spécialistes du XIXème siècle français. C'est enfin un habitué des médias avec ses livres portant sur des sujets originaux ( les arbres, les odeurs, le plaisir sexuel féminin parmi tant d'autres...). La lecture de ce livre, assez court et très bien écrit (c'est à signaler pour ceux qui seraient rétifs à la lecture d'un gros pavé complexe) permet de prendre la mesure de ce que peut faire un grand historien quand il s'attache à démonter les mécanismes d'un fait divers à la fois épouvantable et complexe.
Alain Corbin, spécialiste de l'histoire des représentations, est particulièrement à même de montrer l'importance de l'image négative de la noblesse dans un tel événement. Je simplifie, mais vraiment voici un livre qui permettra de comprendre ce qui distingue un livre d'histoire de base, d'un ouvrage magistral destiné à faire date.
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Une véritable enquête historique sur un fait divers : comment la population d'un village, en France, en 1870, avec des gens éduqués, en vient-elle à massacrer un homme, puis à le dévorer ? un récit effrayant sur des gens "ordinaires" au départ, qui se transforment en monstre. Alain Corbin en a fait un récit historique qui se lit comme un roman, mais en s'appuyant sur les faits, en le restituant dans son contexte.
A noter que Jean Teulé a produit lui aussi sa vision - romancée - de ce fait divers.
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Cet ouvrage classique est bien plus que l'analyse d'un fait divers. À partir du tragique événement de Hautefaye, l'auteur aborde l'évolution de notre rapport à la violence. C'est un livre que je recommande pour les amateurs d'histoire culturelle ou ceux qui souhaiteraient découvrir ce champs (et oui, on ne fait pas que l'histoire de l'État, des guerres et des princesses...).

Si vous l'avez apprécié, vous pouvez aussi vous tourner vers "Laetitia" d'Ivan Jablonka. La narration est similaire, le sujet moins dépaysant (l'affaire Laetitia Perez), mais la plume de l'auteur est beaucoup plus touchante.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
"Dans ce balbutiement, de cette pauvre esquisse d'une révolution oubliée, seule reste à nu la cruauté, dans le ressac des sentiments."
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"Le sacré, en effet, ne se laisse pas facilement évacuer [...]."
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"Chaque crime fait renaître l'angoisse."
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Et si au lieu de raconter l'histoire de ce que nous connaissons, nous faisions l'histoire de ce que nous ignorons ? Une histoire de l'ignorance, en somme. Croyez-moi, la tâche est immense et très importante !
« Terra Incognita. Une histoire de l'ignorance » d'Alain Corbin, c'est aux éditions Albin Michel.
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