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EAN : SIE55549_5974
Grasset (30/11/-1)
4.25/5   10 notes
Résumé :
Il était une fois à Ceylan de jeunes et beaux Anglais qui étaient de vrais princes charmants …, tel ce bien aimé Hollicott, que la mort subite d'un parent anoblit au terme de l'aventure ! de Croisset est un conteur et un prestidigitateur de talent : il fait à Ceylan s'évanouir tous les Ceylanais, et avec eux les conflits effectifs de l'île, pour ne sortir de son chapeau que des fantômes auxquels il donne un peu de consistance, ces Anglais qu'il nous montre déambulan... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Ce volume, paru en 1928, contient deux ouvrages. "La féérie cinghalaise" et "Nous avons fait un beau voyage". Ce sont deux élégants et passionnants récits de voyage que, nous offre Francis de Croisset, délaissant quelques temps la scène des théâtres parisiens où il est un auteur dramatique apprécié.

Du large des îles Éoliennes d'où l'on peut apercevoir la silhouette fumante du Stromboli, l'auteur nous convie à une somptueuse croisière sur un bateau anglais, qui en 17 jours d'une lente navigation, le portera jusqu'à Colombo, dernière escale tant convoitée.

Là, il découvre la ville indigène, faisant connaissance avec le lieutenant Hollicot qui deviendra son ami et se révélera, tout au long de son périple à Ceylan, être un guide précieux, très efficace et "so british"..

Deux ans plus tard, "du Croussett", malade, amaigri, et alors qu'il projette un voyage vers les Indes, reçoit, à Paris, la visite de son ami Hollicott.

Celui-ci est devenu, par suite de la mort providentiel d'un lointain cousin, marquis de Duringham, maître d'un vieux château dans le nord de l'Angleterre et a été nommé capitaine.

Parvenu au terme d'une longue permission, il part le lendemain pour le Khyber-Pass, une région de l'Inde sur la frontière afghane.

Francis du Croisset, qui est invité à Kapurthala au mois de novembre par le prince Karam aux fêtes du cinquantième anniversaire du règne de son père, promet au capitaine de le rejoindre.

Pourtant Hollicot est inquiet car "la déesse Kali grimpe sur les bateaux à partir d'Aden pour détruire les blancs dont l'esprit est surmené...Elle vient tous les soirs dans votre cabine et vous pique le crâne avec sa main morte aux doigts verts...C'est la vengeance de Kali !" - qui est inopérante sur l'officier anglais protégé par son uniforme, par le sport et par le whisky -....

Avec un style magnifique et très moderne, Francis de Croisset nous offre une peinture formidable des Indes anglaises, aux temps immuables des maharadjas où la jungle recelait des temples et des palais somptueux mais aussi des tigres, des éléphants sauvages et bien d'autres dangers.

Il réalise, avec un talent rare d'observation, une sorte de reportage littéraire que sa beauté inoubliable et sa cruelle dureté transforme en un véritable chef-d'oeuvre.

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le récit de voyages conté par Francis de Croisset est à la fois d'une grande subjectivité presque arbitraire dans les impressions, avec ironie le plus souvent, et d'une curiosité sincère et détachée de ce qu'il découvre.

Les choses les plus banales subissent son jugement, le simple excès de soleil, de luminosité, est un vilain défaut aux yeux de notre enfant gâté parisien :

« Que cette lumière est décevante ! Est-ce donc là la lumière de l'Extrême-Orient ? Tout est pâle, d'une pâleur stupéfiante de pellicule ratée »

Le gazon n'est pas vert, il est « métallique » à cause de tous ses rayons « blafards ».

Et quand c'est objectivement invivable, il est d'une sévérité implacable :

« Chaque rue est un couloir de hammam qu'empoisonne mollement un vent fétide comme une haleine de fiévreux »

L'élégant et raffiné parisien est souvent affolé, étonné, mais jamais définitivement découragé. Plus d'un aurait pris la fuite lors de la première nuit d'hôtel si le lit n'avait pas eu de moustiquaire, qu'une araignée noire bien velue avait élu domicile en la salle de bains ainsi qu'une famille de lézards innocemment suspendus sur les murs, le tout, sous une chaleur et une humidité suffocante.

L'une de ses voisines d'hôtel vit dans l'anxiété permanente, tout est suspect : les fruits touchés par les indigènes sont forcément tous contaminés, l'eau, la glace transmettent nécessairement la Typhoïde et même le thé n'échappe pas à une sévère réprobation. Celle-ci n'a pas du pénétrer bien loin dans la jungle cinghalaise…

L'auteur se montre au contraire courageux, son infatigable curiosité lui fait braver les forêts les plus denses malgré toutes les frayeurs qu'il va ressentir. Il est guidé par un officier anglais, le lieutenant Hollicott qui l'a pris en affection. Ruines, monuments, jungle profonde… Tout ou presque y passe.

C'est aussi indirectement la vie privée et publique des anglais et leurs relations avec les indigènes qui est observée.

L'invitation à dîner chez des amis cinghalais de haute classe affiche une amitié cordiale, mais aussi profondément hypocrite avec les anglais. La description est assez piquante et divertissante quand l'indiscrétion de l'auteur le mène dans le bureau du mari, feuilletant quelques livres ouverts dont les titres laissent peu de places au doute quant à l'hostilité politique du cinghalais à l'égard de la colonisation anglaise « La terreur anglaise aux Indes » « l'Inde, ou le martyre d'une race » (…) Alors que dans le salon figurait de solennels et graves portraits du roi George et de la Reine Victoria.

Mais comment douter des mauvaises intentions d'un tel individu alors qu'il s'habille à l'anglaise, est d'une parfaite courtoisie, et joue même au golf !

D'autres anglais ont des jugements rédhibitoires, nulle question d'avoir une quelconque relation avec un cinghalais, pire encore s'il s'agit d'un intellectuel : « Quand les « natives » (indigènes) n'ont pas des âmes d'esclaves, ils ont des âmes d'insurgés. Ils voudraient être maîtres chez eux »

« Dame ! Mettez-vous à leur place » … lui répond Francis de Croisset

« C'est précisément ce que nous avons fait ! »

Mais le véritable propriétaire de l'île semble être plutôt la très dominante nature. D'une végétation exubérante, féroce, hardie, destructrice, c'est elle qui ravage les ruines, envahit les temples et fait obstacle à l'homme. Comme le dit l'auteur, à Ceylan, le jardinier « ne cultive pas, il arrache »

En dehors de toutes ses notations spirituelles, légères et humoristiques, l'auteur a également toute la puissance d'évocation d'un poète :

« De cette orgie de feuilles, de fleurs, de troncs, de branches, de plantes, s'exhale une joie lyrique, furieuse, passionnée, et l'air est moins embaumé qu'alourdi de fortes sueurs de cette foule végétale. » les arbres de la jungle sont « délirants de sève et de lumière » et les toiles d'araignées pareilles à de « scintillants bouclier en filigrane d'argent » (...)

Quelques frissons nous traversent quand la chambre au rez-de-chaussée de l'auteur est inondée en pleine nuit de bêtes gluantes qui rampent dans l'ombre du parquet et dont la fenêtre ouverte laisse place à d'étranges animaux aux ailes déployées. Toute une nature surexcitée déborde dans la chambre et est continuellement entraînée par un concert infernal, sorte de mélange infâme de tous bruits d'insectes, râles et grognements sourds qui s'élèvent par milliers dans la jungle.

Quelques autres frayeurs encore quand, contemplant une statue de Bouddha au soleil, il observe un singulier collier… A moins qu'il ne s'agisse que d'un horrible python gigantesque gluant ! (…) Un serpent parmi de nombreuses espèces, dont l'un des serpents serait même domestique selon l'anglais, il faut s'y faire :

« Le serpent domestique fait partie du personnel de l'hôtel. Il est chargé de la chasse aux rats. »

« C'est un serpent de taille moyenne, dit Hollicott, qui, en principe, loge dans la cave, mais qui aime bien courir partout. Alors quand il siffle sous votre oreiller ou sous la table du Breakfast, la première fois, ça te fait quelque chose.

« C'est tout simplement odieux, dis-je »

"No, du Crousset, c'est inoffensif »

« Il suffit de sonner pour le sommelier et vous dire : « Desservez cette serpent » et il part avec » la mauvaise orthographe est volontaire, autant pour ajouter du piquant à l'humour anglais que de se moquer gentiment de la mauvaise prononciation fréquente des anglais qui tentent de parler français.

Tout ce que l'on trouve à chaque page est rempli d'esprit, extrêmement gai, spirituel, son voyage romancé est une constante raillerie jolie et fine et Francis de Croisset se moque aussi bien des hommes que des paysages eux-mêmes. Cet esprit léger n'est jamais hautain ou d'un jugement supérieur et dédaignant et il manie à la fois l'humour et l'instruction en confondant les deux avec un style tout à fait charmant et pétillant.

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Aïe ! Voilà un livre que j'avais bien mal jugé ! Lu de travers, trop vite et auquel je n'avais rien compris !

Certes, il ne s'agit pas là de grande littérature. Non, quand même pas! Mais de racisme il n'y en avait pas et cette féérie aurait même plutôt tendance à se moquer des colons et des touristes apeurés (voir mon ancienne critique sur noid.ch avec le lien ci-dessous)

La balade d'un français dandy-candide à Ceylan accompagné par un colon britannique un peu brutasse. Une façon (à l'époque) de découvrir en s'amusant.

Bref, après avoir jeté au feu ce bouquin je me suis fait remonter les bretelles à juste titre sur Babelio. Alors, cher Monsieur Francis de Croisset, veuillez bien accepter ici toutes mes excuses pour mon jugement totalement à côté de la plaque !


Lien : https://www.noid.ch/la-feeri..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation

La principale rue de Kapurthala traverse la petite ville qu'elle découpe comme un gâteau rose. C'est par cette voie étroite que va passer, se rendant au Durbar, le cortège.

Le peuple entier est sur les toits.

Les éléphants sur lesquels prendront place le Maharajah, le prince héritier et les princes sont transformés en salons. Des parasols d'or servent de plafond.

Dans la cour d'honneur du palais rose, les notables des villes et villages dont le Maharajah est suzerain attendent, assis sur leurs jambes repliées. Ils ont mis leurs habits de fête. Leurs habits de fête sont en or.

Face au trône d'or, une terrasse du vieux palais est affectée aux invités. Un velum bleu et or l'ombrage.

Tout cela flamboie. Il y a trop d'or, j'aurais dû emporter mes lunettes......

(extrait de "Nous avons fait un beau voyage", deuxième roman du recueil paru aux éditions "Le livre moderne illustré" en 1928)

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Port-Saïd - A huit heures du matin, nous sommes à quai.

Une petite ville de pacotille, des cafés à inscriptions arabes et françaises, un dédale de rues sordides qui se jettent comme des ruisseaux dans un boulevard trop neuf, bordé d'arbres maigres, et dont chaque bâtiment est une agence de voyage.

Partout des boutiques de tapis, de burnous, d'écharpes et, à chaque pas, des marchands de cigarettes. Toutes ces échoppes ne se réveillent qu'à l'arrivée des bateaux.

Entre deux escales, Port-Saïd compte ses sous et s'endort....

(extrait de "La féérie cinghalaise", premier roman du recueil paru aux éditions "Le livre moderne illustré" en 1928)

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Les femmes préfèrent aux jeunes gens riches qui leur envoient de magnifiques présents, les jeunes gens pauvres qui ne leur adressent que des souvenirs. Plus une femme est contente d'un cadeau, moins elle est heureuse. Et, certes, Miss Underfield doit tenir à Jerriman, mais ce soir elle aimera Hollicott.

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Sous les ventilateurs du salon, déjà plein de courants d'air, une vieille dame australienne, vêtue d,un sac à bonbons, casse des rag-times sur un piano qu'elle parvient à rendre mécanique.

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Videos de Francis de Croisset (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Francis de Croisset
« Portée par la lecture insistante de l'oeuvre de Flaubert, j'ai composé une série photographique sur notre territoire commun. Les Girouettes où je séjourne régulièrement se situant non loin du pavillon De Croisset, à une boucle de la Seine près.
Rien de ce décor ne semble avoir changé, hormis les inévitables poussées industrieuses et les plongées interdites dans le fleuve. C'est juste une Normandie plate, grisaillée, sans séduction apparente, où le trop de vert peut, disait-il, agacer les dents comme un plat d'oseille crue. Et la boue ne sèche qu'en été. Inlassablement, j'y passe des journées entières dans les arbres, à tailler, planter, greffer, récolter et remplacer les fruitiers abîmés.
Une fois descendue de mes pommiers, j'entretiens une autre forme de compagnonnage, longeant avec Flaubert nos rives, rêves intemporels. Si ici, les drames, les joies et les jours se suivent dans une apparente semblance, tout s'y vit au tremblement près. C'est rien ou presque pour l'oeil indifférent, mais tellement pour une rétine qui l'accueille. »
https://www.filigranes.com/livre/de-lautre-cote-de-leau/
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