AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 978B00JQ7JJ8C
160 pages
Actes Sud (07/05/2014)
3.55/5   29 notes
Résumé :
Cet homme qui soliloque dans un bar, nuit après nuit, c’est le frère de l’Arabe tué par un certain Meursault dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, rage et frustration inentamées, le vieillard rend un nom et une histoire au mort resté "l'Arabe" jusqu'ici. Un roman profond sur les héritages qui conditionnent le présent et sur le pouvoir exceptionnel de la littérature pour dire le réel.

Voir Kamel Daoud parle de son livre... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
afadeau
  23 juin 2021
Kamel Daoud commence ainsi son récit « Aujourd'hui, M'ma est encore vivante. » en écho à la première phrase du célèbre roman d'Albert Camus, L'Etranger : « Aujourd'hui, maman est morte. »
L'Étranger a été écrit en 1942. Meursault, contre-enquête sort en Algérie en 2013. Entre les deux, la guerre d'Algérie, ce n'est pas rien ! Suivie par la difficile réconciliation entre les deux rives de la méditerranée alors qu'approche le 60ème anniversaire de la fin de la guerre et de l'indépendance de l'Algérie en 2022.
Le début du roman est étourdissant de virtuosité et présente tous les thèmes. L'incipit, une citation d'E. M. Cioran, donne le ton :
« L'heure du crime ne sonne pas en même temps pour tous les peuples. Ainsi s'explique la permanence de l'histoire. »
Meursault, dans l'Étranger de Camus, sait raconter : le soleil trop fort, la mort de sa mère et l'Arabe (majuscule dans le texte) tué presque par accident sur la plage. L'Arabe jamais nommé, d'ailleurs existe-t-il vraiment ou est-ce un mirage ? Kamel Daoud part de là, il veut que justice soit faite. Il va donner le nom de cet homme. Il s'appelait Moussa. Il était illettré.
« Depuis des siècles, le colon étend sa fortune en donnant des noms à ce qu'il s'approprie et en les ôtant à ce qui le gêne »
L'auteur fait raconter par son frère, Haroun, l'enfance de Moussa, comment celui-ci a été tué sur la plage. J'aime ces romans qui prennent leur envol sur une oeuvre célèbre et éclairent des aspects restés inexplorés. Encore faut-il le faire avec talent, ce qui est le cas ici !
La démarche m'évoque Monsieur Bovary d'Antoine Billot, écrit en contrepoint au célèbre classique de Gustave Flaubert, Madame Bovary. Flaubert commençait et finissait le roman avec Charles Bovary mais l'oubliait totalement entre temps dans son insignifiance, en se focalisant sur le seul point de vue d'Emma. Antoine Billot lui redonnait une psychologie, une vie propre et une dignité...

On a, avec cette contre-enquête, une oeuvre virtuose, citant et adaptant certains passages – indiqués en italique. le nom de Camus n'apparaît jamais alors même que Kamel Daoud loue à maintes reprises l'écriture du célèbre romancier.
Les thèmes essentiels de l'oeuvre de Camus sont là : réflexion sur la religion, sur Dieu, sur la guerre, sur le crime et la justice – Haroun a tué un français pour venger son frère, il n'a pas non plus de nom au départ, ensuite on apprend qu'il se nomme Joseph –. Jeux de miroirs, le frère de Moussa devenant une sorte de double de Meursault.
L'auteur interroge l'oeuvre, la prolonge. Les non-dits doivent être énoncés et éclaircis afin que la justice passe, ce qu'il fait ici avec succès. Meursault est étranger à lui-même et au monde, ses explications traduisent l'absurdité de son monde à lui, pas du monde en général. Haroun et sa mère cherchent à faire leur deuil face à l'absurdité d'un homme étranger à sa propre vie. A bien y réfléchir je pense qu'Albert Camus, L'homme révolté, aurait certainement aimé cet auteur algérien qui n'écrit pas contre lui mais avec lui. Les deux auteurs, main dans la main, sont tous les deux étrangers à l'injustice.
Albert Camus ancre son récit dans une approche philosophique, Kamel Daoud ajoute l'histoire... le temps a passé apportant de nouveaux éléments dont la décolonisation et la montée de l'islamisme.
Merci à ce lecteur qui m'a signalé dans un commentaire l'absence d'auteur algérien sur ce blog – je doute qu'il y ait des auteurs de tous les pays et ce n'est pas l'objectif, je voyage en littérature au gré de mes seules envies de chroniques et de partages –. J'ai trouvé que cela avait peut-être du sens de relire l'Étranger et ce Meursault, contre-enquête. Cet auteur algérien a un nom maintenant sur Bibliofeel, il s'appelle Kamel Daoud. C'est un écrivain et journaliste algérien né en 1970. Après un baccalauréat scientifique, il fait des études de lettres et écrit en français. Ce premier roman lui ouvre d'emblée la voie à une consécration internationale et à une multitude de prix dont celui du Goncourt du premier roman en 2015. A signaler qu'il a raté le Goncourt en 2014 à une voix près (au bénéfice de Lydie Salvayre et son excellent roman Pas pleurer)... Ses écrits et positions par rapport à la religion lui ont valu les foudres des religieux. Tout comme pour Camus, la Liberté n'est pas un vain mot pour lui.
******
Chronique avec photo d'illustration - couvertures des livres L'Étranger et Meursault, contre-enquête, portrait d'Albert Camus - sur blog Bibliofeel, sur page Facebook et également sur Instagram à clesbibliofeel.

Lien : https://clesbibliofeel.blog
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          293
bilodoh
  16 juin 2022
Un roman particulier, car il reprend le fil de l'Étranger de Camus.

Comme dans l'oeuvre de Camus, on y trouve un narrateur à la personnalité étrange. Il a vécu toute sa vie avec sa mère et celle-ci a été vraiment perturbée par la disparition de son fils. Elle l'a obligé à se vêtir des habits de son grand frère et à porter psychologiquement le poids constant de la dépouille de son frère. Lorsqu'il a appris à lire, c'est pour pouvoir lire les articles concernant la mort de son frère. Et un jour, une femme lui a donné à lire un petit livre écrit par un étranger qui raconte le meurtre…

Il y a plusieurs façons de raconter une histoire et plusieurs points de vue. Et le point de vue des « coloniaux » n'est pas celui du narrateur qui s'indigne de l'absence du nom de son frère qui n'est que « l'Arabe ». Il sera question de deuil, de vengeance et des changements politiques qui ont secoué l'Algérie.

C'est un roman d'une forme particulière : c'est le narrateur qui parle et raconte sa vie à un « tu » invisible. C'est aussi une écriture belle et forte, une abondance de réflexions, mais toutes ces raisons en font une oeuvre dense, pas si facile d'accès.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          270
adtraviata
  02 avril 2021
Ce livre est dans ma PAL depuis sept ans et je dois avouer qu'il me faisait un peu peur. Et en effet, j'ai un peu traîné sur ma lecture alors que j'étais saisie par la force du texte et j'ai les doigts tremblants à l'instant où j'écris ce billet.
J'ai lu et relu L'étranger d'Albert Camus, j'adore ce roman et je trouve l'idée de Kamel Daoud à la fois bluffante et vertigineuse : imaginer d'écrire l'histoire du point de vue de « l'Arabe » tué par Meursault, ou plutôt de son frère Haroun, qui a dû porter sa vie durant l'histoire de ce frère assassiné sur une plage d'Alger, que Camus ne cite que comme « l'Arabe », en lui niant ? lui refusant ? une identité qu'Haroun va s'évertuer à lui reconstituer.
Haroun va raconter cette histoire dans un bar rempli de fantômes, où il assume son athéisme face à un personnage sans doute en train d'écrire une thèse. Comme Meursault, Moussa (et Haroun) ont une mère, Haroun a lui aussi été amoureux d'une femme nommée Meriem (l'équivalent en arabe de la Marie de Meursault), il porte lui aussi un crime sur la conscience, qu'il a commis sous l'influence de la lune tandis que Meursault était écrasé de la chaleur du soleil. Ce savant jeu de doubles m'a éblouie : puissance de la littérature qui fait d'une fiction une réalité qui devient elle-même fiction, mise en abyme construite en spirale, se nourrissant du récit pour avancer et aller jusqu'aux limites de l'absurde.
Mais ce premier roman brillant n'est pas qu'un hommage à Camus. On y sent à vif les blessures de la colonisation et de la décolonisation, on y devine l'évolution de la société algérienne jusqu'à une époque où la religion domine le mode de vie et où les femmes ne sont plus aussi libres que la Meriem d'Haroun. Haroun qui, comme Meursault face au prêtre dans sa prison, – autre jeu de doubles – est confronté, à la fin du récit, à l'iman de son quartier oranais.
Enfin, pour tenter de rendre justice à ce texte magnifique, j'ai particulièrement apprécié le style de Kamel Daoud. Je me suis souvent lu des passages à haute voix : le texte m'y appelait, par le choix du narrateur de s'adresser à un « tu » imaginaire, par le genre du plaidoyer et par le choix par Haroun du français comme langue pour comprendre l'histoire de ce frère disparu.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          202
AnitaMillot
  27 janvier 2021
L'auteur a eu l'idée lumineuse d'opter pour un narrateur – et principal protagoniste- de choix : Haroun, le frère de la victime, tuée à Alger par arme à feu (geste fou d'un certain Meursault, condamné à la guillotine – réf : « L'étranger » d' Albert Camus …) Soixante-dix ans après le crime, le vieil homme n'a toujours pas « évacué » la disparition de son grand-frère, Moussa, qu'on pourrait également nommer « Zoudj » (signification de deux, ou quatorze heures, soit le moment fatal de cet été 1942)
L'immense chagrin de la mère, les conséquences terribles sur l'existence de ce frère encore enfant, qui devait à tout prix prendre la place de l'absent … Et puis, vingt ans plus tard, durant l'été 1962 (et les tragiques évènements que nous connaissons …) le drame qui se répète, comme une fatalité, en sens inverse cette fois. La mère, soulagée d'un coup par un acte aussi peu justifié que le précédent, perpétré comme une vengeance, par son second fils âgé de vingt-sept ans.
Un très beau texte qui interroge et une écriture élaborée qui mérite sans conteste ce prix Goncourt du premier roman, reçu en 2015.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
cgayraud
  06 mars 2021
Kamel Daoud nous propose une réécriture de L'étranger d'Albert Camus.
Soixante-dix ans après les faits, le narrateur, Haroun se livre sur la mort de son frère Moussa tué par Meursault et dont sa mère et lui ne se sont jamais remis. Il souhaite venger son frère trop longtemps oublié et qui par sa mort l'a empêché de vivre.
Meursault, contre-enquête est un court roman. Kamel Daoud possède une très belle écriture. Mais, je n'ai pas du tout été emportée par ce récit, je me suis profondément ennuyée.
Challenge Multi-Défis 2021
Commenter  J’apprécie          60

Citations et extraits (5) Ajouter une citation
afadeauafadeau   23 juin 2021
D’ailleurs mon cher ami, le seul verset du Coran qui résonne en moi est bien celui-ci : « Si vous tuez une seule âme, c’est comme si vous aviez tué l’humanité entière.
Commenter  J’apprécie          190
bilodohbilodoh   16 juin 2022
Aujourd’hui, ma mère est tellement vieille qu’elle ressemble à sa propre mère, ou peut-être même à son arrière-arrière-grand-mère. À partir d’un certain âge, la vieillesse nous donne les traits de tous nos ancêtres réunis…

(Actes Sud, p.37)
Commenter  J’apprécie          80
bilodohbilodoh   13 juin 2022
La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J’aime aller vers ce Dieu, à pied s’il le faut, mais pas en voyage organisé.

(Actes Sud, p.76)
Commenter  J’apprécie          110
afadeauafadeau   23 juin 2021
Un certain goût pour la paresse s’installe chez le meurtrier impuni. Mais quelque chose d’irréparable aussi : le crime compromet pour toujours l’amour et la possibilité d’aimer. J’ai tué et la vie n’est plus sacrée à mes yeux. Dès lors le corps de chaque femme que j’ai rencontrée perdait très vite sa sensualité, sa possibilité de m’offrir l’illusion de l’absolu.
Commenter  J’apprécie          30
Lilinath07Lilinath07   27 janvier 2022
Pardonne au vieillard que je suis devenu. C’est d’ailleurs un grand mystère. Aujourd’hui, je suis si vieux que je me dis souvent, les nuits où les étoiles sont nombreuses à scintiller dans le ciel qu’il y a nécessairement quelque chose à découvrir quand on vit aussi longtemps. Autant d’efforts à vivre ! Il faut qu’au bout, nécessairement, il y ait une sorte de révélation essentielle. Cela me choque, cette disproportion entre mon insignifiance et la vastitude du monde. Je me dis souvent qu’il doit y avoir quelque chose, quand même, entre ma banalité et l’univers.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Videos de Kamel Daoud (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Kamel Daoud
Face à la “rente émotive du décolonial”, Kamel Daoud veut plaider le présent. Enfant de l'indépendance, il condamne des postures parfois victimaires, soixante ans après la fin de la guerre en Algérie.
#KamelDaoud #Algerie #decolonisation _____________
Écoutez l'intégralité de l'entretien ici : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affinites-culturelles/algerie-1962-la-culture-contre-le-cloisonnement-des-memoires-avec-r-depardon-k-daoud-m-rahal-et-n-juncker-4359884
Retrouvez-nous sur : Facebook : https://fr-fr.facebook.com/franceculture Twitter : https://twitter.com/franceculture Instagram : https://www.instagram.com/franceculture TikTok : https://www.tiktok.com/@franceculture
+ Lire la suite
autres livres classés : algérieVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Le Minotaure

Qui sont les parents du Minotaure

Poseidon et Athéna
Pasiphae et minos
minos er athena

4 questions
1 lecteurs ont répondu
Thème : Le minotaure 504 de Kamel DaoudCréer un quiz sur ce livre