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EAN : 9782363083104
125 pages
Arléa (25/08/2022)
4/5   4 notes
Résumé :
Quand la Mort revient narguer Violette, voûtant sa fluette silhouette, elle la fuit jusqu’à La Fenice. Elle entre au bar du Théâtre, et là, dans les effluves lactés de cappuccino, elle se redresse. Et elle la brave.

Violette a la passion de Venise, de sa splendeur unique. Après la perte tragique de sa soeur et la trahison de son grand amour, c’est là qu’elle trouve refuge. Défaite, elle appelle la beauté à son secours. Parmi les palais et les tableaux... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
L'abominablissime et la Sérénissime

Dans son nouveau et court roman Céline Debayle nous entraîne à Venise, ville-refuge pour Violette qui vient de perdre sa soeur, voit sa mère s'étioler et son amant fuir. Sous l'aile du lion, elle va chercher protection.

Rose, Blanche et Violette. Trois couleurs pour un drame qui s'est noué en quelques secondes, quand Blanche s'est crue colombe et qu'elle a pris son envol d'un immeuble du quartier Montparnasse. Elle s'est écrasée au sol, laissant Rose, sa mère, totalement désemparée, l'entrainant un peu plus vers la mort.
Sa soeur Violette a, quant à elle, trouvé refuge à Venise. Depuis la découverte de la Cité des Doges en compagnie de Stef, un premier amant – qui sera suivi de quelques autres – elle vient régulièrement s'y ressourcer. À tel point que la ville n'a plus guère de secrets pour elle.
Dans ses pas, on parcourt les rues de la Sérénissime, des endroits les plus fréquentés et les plus célèbres jusqu'aux coins plus secrets, loin des touristes et de cette écrasante affluence. On en profite aussi pour revisiter l'histoire si riche de la lagune, son architecture et ses oeuvres d'art.
Mais parviendra-t-elle pour autant à oublier le drame qui l'a laissée exsangue ? Saura-t-elle se séparer de cette soeur qui accompagne désormais ses pensées ? «Violette marche dans sa cité trempée et, comme les lions, elle pleure. Captive de Blanche, malgré l'air du large emportant au loin. L'âme en larmes, elle déambule, fouettée de gouttes, comme punie. le deuil est pénitence. Elle décline tant qu'elle peut s'imaginer vieille, et cette projection obscurcit encore ses ténèbres.»
Ce court et bouleversant roman, dans lequel Éros et Thanatos dansent ensemble, va nous ouvrir de nouveaux horizons, insoupçonnés.
Après Les grandes poupées qui nous ramenait dans la France des années cinquante et retraçait le divorce de ses parents Céline Debayle poursuit son exploration des failles intimes, des traumatismes qu'il va bien falloir affronter pour les surmonter. En phrases courtes, teintées de poésie, elle convoque le plus intime pour le marier à l'universel, le beau contre le mal, la vie contre la mort.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Céline Debayle propose un roman guère épais - seulement 125 pages - mais, d'une profondeur intense.

Les dialogues sont pratiquement inexistant. Il s'agit plutôt du ressenti de Violette dans lequel Venise est présentée comme une thérapie, voire un "médicament" suite au choc causé par le suicide de sa soeur Blanche et celui consécutif à une rupture sentimentale brutale.

Non seulement, Venise permet à Violette de se ressourcer physiquement, et, surtout émotionnellement. On a l'impression que Violette utilise la ville de Venise comme exutoire et en profite pour effectuer une analyse. Celui lui permet ainsi de se remettre en question afin d'affronter l'avenir sereinement, et, plus particulièrement la morte de sa mère, suite au syndrome du coeur brisé.

Une atmosphère plombée, triste, malheureuse semble de prime abord, se dégager, mais, très vite l'horizon s'éclaircit pour l'héroïne afin de présager un futur paisible et heureux.

Le tout est servi par un texte plein d'émotion, poétique sous couvert de sujets graves tel que le suicide et/ou une rupture. Céline Debayle est une romancière à découvrir.
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Ce bref roman très stylé parle de quatre personnages. Trois femmes, Rose, la mère, Blanche et Violette, les deux filles. le quatrième est sans conteste Venise, qui reflète les états d'âme de Violette, confrontée au deuil de sa soeur et la séparation de son amant.
Dit comme cela… cela n'engage peut-être pas. Mais… il suffit d'ouvrir le livre…
Havre de paix, comme au couvent pour se ressourcer, ou flamboyante quand Violette est heureuse et s'enivre de ses palais, de ses tableaux et sculptures, des reflets de ses canaux, de tous les éléments qu'elle sublime, Venise est aussi miroir de sa tristesse profonde et ne lui renvoie, dans ces moments, que désolation et décor sans vie.
Ce livre alterne les émotions de Violette. le choc de la mort de sa petite soeur qui s'est envolée par la fenêtre d'un immeuble de Montparnasse, et la douleur de sa mère qui a peine à se remettre du drame. Les moments d'exaltation amoureuse avec son amant l'emportent dans un tourbillon dans lequel tout se mêle, l'érotisme de cet amour et les beautés de la ville où ils ont vécu la passion.
Mais l'amour comme sa soeur sont mortes, et Violette revient demander à Venise de la consoler.
Tout est poésie dans ce roman, poésie et musique des mots. L'auteure a écrit de la dentelle, mariant des sonorités inhabituelles pour nous interpeller et nous ouvrir à d'autres définitions, d'autres imaginaires.
J'ai dégusté de livre. Je me suis retenu de l'avaler pour faire résonner les mots et les phrases, pour mieux m'en imprégner. J'en ai partagé à haute voix quelques extraits avec des proches. On ne se goinfre pas de ses pages, on les savoure, on les sirote, pour prolonger le plaisir, pour respecter la cuisinière.
Sous l'aile du lion, celui de Venise, prend tout son sens une fois la dernière page lue.
Après Les grandes poupées, Céline Debayle revient avec un tout autre univers, une écriture fleurie comme au printemps, et c'est un pur bonheur de lecteur.
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C'est un livre court puisqu'il n'a que 122 pages ; mais combien ces pages sont denses et ce roman touchant et poétique. Dès le début, on est transporté par une écriture fluide dans un univers poétique. Ainsi, page 11 on peut lire : « Son rêve ne devint pas réalité, il resta rêve. La cité endormie se voilait de tulle, les ponts fumaient et les palais pâles peuplaient les eaux vaporeuses. »

Les personnages de ce roman portent des noms de fleurs, de couleurs : Violette, Rose sa mère, et Blanche, sa soeur, morte tragiquement et omniprésente.
Bouleversée par la mort de sa soeur, par la vue de sa mère qui perd la raison et par la perte de son grand amour, Violette va chercher l'apaisement à Venise, Sous l'aile du Lion, là où elle ne voyait que joie et exubérance. Tout dans Venise la renvoie à des souvenirs d'amour et de sensualité. Mais parler de sexe n'est ici jamais vulgaire. On est sur les terres de l'art, de la poésie, de la beauté. Pourtant, on comprend très vite que, dans son enfance, Violette a été violée par son grand-père que jamais elle ne nomme ; c'est l'Autre.
J'ai trouvé ce roman bouleversant de sensibilité, de poésie, une belle ode à l'art, en particulier à la peinture et à la musique, un bel hommage à Venise qui est comme un personnage du roman.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
Blanche saute du clocher de San Giorgio Maggiore. En face, Venise quadrillée tel un cahier d’écolier.
Blanche devient colombe, vole jusqu’à la Salute, voltige parmi les statues de pierre, et s'envole avec les aigrettes de la lagune.
L'histoire préférée de Violette.
Celle au linceul en plastique, elle aimerait l'ignorer.

Violette vit à Paris et Venise, ville amie et ville amour. Dès que la Sérénissime lui manque, elle prend un avion blanc en fredonnant Ti amo. L'aéroport Marco Polo, aux senteurs imaginaires de safran et de soie, annonce déjà l’éblouissement d’un monde autre, d’une cité de conte, lieu miraculeux où le sablier résiste à la noyade, la magnificence à la décadence.

À chaque voyage Violette part loin, très loin. À une heure quinze de Paris, vers des siècles fameux, quand les arts renaissaient et les doges épousaient la mer. Au temps des demeures de Dieu créées par Andrea Palladio, le divin bâtisseur. Et des docteurs de la peste, au nez de vautour bourré de contrepoison. Aussi terrifiants que les bubons de pus et les miasmes de l'épidémie.
Venise aimante Violette par son magnétisme. Et ses béatitudes picturales, ses palais aux yeux en ogive. Son eau marine douce, vitale tel un sang, couleur vert Véronèse, étrangement artistique. Venise aspire le vent du large, expire un souffle salé, chuchote des clapotis, et quand sa troupe de cloches résonne, Violette entend battre un cœur. Elle n'est pas dans une ville, mais chez une créature, à l’intérieur de son être, étonnante intimité qui l’attache et l’exalte. Dans ses accès d'amour, elle embrasserait la joue d’un palazzo, boirait l’eau ensoleillée d’un rio. Croquerait les tétrarques, couleur chocolat, à l'angle de la basilique aux mosaïques. L'excès lui plaît, dans le tempéré elle dépérit, dans la frénésie elle s'épanouit.
Au petit matin, dans Venise vide, elle traverse et retraverse d'un pas allègre les canaux somnolents, ajoute des jambes aux jambes des ponts, se sent minérale dans les escaliers pierreux, et poisson-volant au-dessus de l’onde. Elle égare ses repères, atterrit dans le tableau de Canaletto, La Veduta del Bacino di San Marco, au ciel bleu ciel et eau vert d’eau. Et elle vogue avec le Bucentaure, l’extravagant bateau rouge à tête de bœuf. Une vie et une ville de sortilèges.
Mais Blanche, maintenant? Blanche de l'enfance et de la malchance, raffolant d’oiseaux et d'églises. Elle s’élance du clocher rosissant au couchant. Elle ne deviendra pas colombe. Elle ne sait pas voler.
Blanche morte sur le coup, loin de Venise. Un coup de courette d'immeuble. De carreaux de béton beige, son ultime décor sur terre. Si seulement un parterre de primevères ou un gazon douillet...
Sa mère n’oubliera plus la scène jamais vue, improbable: crâne ouvert et cerveau écoulé sur le sol carrelé, horreur à hauteur de sa douleur. Cette tête sortie de son sexe, d’une petitesse de poupée, salie de placenta mais intacte, terminait dans une flaque de sang, chair déchirée, os saccagés. Trente-six ans plus tard. Rue du Moulin-Vert fleurie de pétunias aux fenêtres, corolles multicolores n'ayant pas attendri le destin, repoussé sa lame arquée, l’impitoyable.
Blanche née la tête la première, morte la tête la première.
Ce jour-là, le soleil parisien riait fort. Comme si l'été, sur le départ, voulait rejouer sa petite vie. Le ciel avait un teint de vacances, azur brillant d'une mer tiède — mer de naissance, hélas. Si seulement des nuages étaient passés... Un banal dais rappelant que, là-haut, il n’y a ni sardines ni rascasses. Et les vagues n'existent pas, ni bleues ni vertes.
J'ai entendu le bruit et j'ai compris, dira un voisin. Violette n'a pas compris. Comment était ce bruit, mat ou craquant? Lourd ou discret? Le bruit souple d’un sac de fruits jeté dans le vide, ou sonnant d'un sac de graviers décroché d’une grue? Bruit d’un obsédant mystère, laissant imaginer des onomatopées de bande dessinée. On ne pense jamais à cet élément d’un humain qui tombe de haut, la dernière expression à l'instant mortel. Le cri du choc du corps. |
Dès lors Violette frémira aux chutes anodines, chaise, livre, même biscuit d’une légèreté de liège. Avec le temps, elle n'en tremblera plus. Elle ne craindra que l'oiseau chassé, dégringolant sanguinolent de son paradis. Les mois de balles et de fusils, elle fuira les paysages où l’on tue en l'air. Elle préférera le cadre calme des musées d'art. Là, les morts ont des peaux de peinture et les bécasses assassinées des plumes de peintre.
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Violette marche dans sa cité trempée et, comme les lions, elle pleure. Captive de Blanche, malgré l'air du large emportant au loin. L'âme en larmes, elle déambule, fouettée de gouttes, comme punie. Le deuil est pénitence. Elle décline tant qu'elle peut s’imaginer vieille, et cette projection obscurcit encore ses ténèbres.
Elle n’inhale plus à grandes goulées les effluves d’algues au Ponte Lungo, comme au temps des gelati à l’amande et des amori à la langue leste.
Elle ne parcourt plus le long quai, de la Dogana à San Sebastiano, l’église où le peintre de la République la gorgeait d’esthétisme. p. 91
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page 63 :
« À Venise, dit Violette, j’aime peindre avec les yeux…
C’était à l’église Dei Frari, devant le mausolée du sculpteur Antonio Canova… un grand lion ailé incarnant Venise abattue de chagrin. En le voyant, Violette étouffa et trembla, et, près du félin terrassé, elle aussi faillit s’effondrer. Ce jour-là, elle sut que le beau pénètre autant l’esprit que le corps, qu’il peut ressusciter autant qu’assassiner.. »
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Dès lors Violette frémira aux chutes anodines, chaise, livre, même biscuit d’une légèreté de liège. Avec le temps, elle n’en tremblera plus. Elle ne craindra que l’oiseau chassé, dégringolant sanguinolent de son paradis. Les mois de balles et de fusils, elle fuira les paysages où l’on tue en l’air. Elle préférera le cadre calme des musées d’art. Là, les morts ont des peaux de peinture et les bécasses assassinées des plumes de peintre.
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La caisse fleurie devient jardin, où Blanche ressuscitée flâne, respire les parfums de lys et de rose, en disant: les pétales, ce sont les jupes de l'été.
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