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Jean-Paul Gratias (Autre)
EAN : 9782869300170
198 pages
Payot et Rivages (01/09/1986)
3.59/5   51 notes
Résumé :
Rien, voilà à quoi son existence se résumait. Pas de boulot, pas d'argent, pas de petite amie. Il grappillait quelques pièces de monnaie à droite et à gauche, jouait au billard et buvait du mauvais whisky. Les jours se traînaient, gris, interminables, remplis de la douleur sourde des désirs refoulés. Jusqu'au jour où il la rencontra. Elle vint à lui, surgie du froid glacial et de la pourriture des ruelles étroites. Opulente, sensuelle et consentante, et brusquement,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
seb_libraire
  28 avril 2017
En 1936, dans une banlieue pauvre de Philadelphie, quatre hommes trentenaires attendent au coin d'une rue. Quatre copains qui vivent chez leurs parents et se retrouvent pour passer le temps en mangeant des pistaches et en fumant des cigarettes. Ils ne savent pas s'ils pourront en acheter demain, car ils sont au chômage. Il n'y a pas de travail pour eux, à part un petit boulot de temps en temps, dans lequel eux, les "visages sales", se feront exploités par les "cols durs". Alors à quoi bon chercher ?
Il faut pourtant bien "faire quelque chose". Ken compose des mélodies, sur lesquelles Ralph écrit des paroles. Phillip, dit Dingo, organise des soirées avec des filles en les contactant par téléphone. George suit le mouvement.
Partir, tout quitter, dans l'espoir de devenir riche, c'est la seule solution.
Et puis il y a Lénore, la belle-soeur de Dingo, qui en pince pour Ralph. Plantureuse et désirable. Tentatrice de l'assouvissement du désir sans lendemain. Une liaison sans attache qui évite de s'installer dans un "bonheur conjugal" vu ici comme une oppression, puisqu'il est conditionné à l'argent qu'ils n'ont pas. Ralph succombera-t-il à "la blonde au coin de la rue" ?
Mais, dans le "gris" et le "terne" de leur ville, dans "l'alignement des maisons toutes semblables" où les violences familiales sont sans limites, ces quatre hommes trouveront-ils la force psychologique et les armes sociales pour s'enfuir ? Tenter sa chance, n'importe où, au risque de perdre la seule chose qu'ils possèdent : l'espoir.
Une vision désabusée du rêve américain, dont la prégnance des thèmes reste très actuelle. Écrit dans un style simple, mais percutant, je reste envoûté par l'écriture de David Goodis, dont c'est le premier livre que je lis, mais certainement pas le dernier.
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Renod
  14 mars 2017
Philadelphie, 1936. Les Etats-Unis sont en pleine crise économique, une période qui sera nommée « la Grande dépression ». Ralph vit toujours chez ses parents à l'âge de trente ans. Il travaille occasionnellement mais ses contrats sont d'une durée assez courte. Alors il traîne avec ses amis ; aujourd'hui, nous dirions qu'ils « tiennent les murs ». Ils discutent, de tout et de rien, surtout de rien, et dépensent les dollars grattés auprès de leurs parents en pistaches et en cigarettes. Un de ses amis surnommé Dingo brise parfois la monotonie de leurs soirées par ses initiatives loufoques. Il téléphone à des inconnues trouvées dans l'annuaire et se débrouille pour faire inviter la bande à des soirées. Ralph apparaît aux yeux de sa mère et de ses soeurs comme un fainéant. Il est dépourvu de toute ambition et n'attend rien de particulier de la vie. Les places sont rares en ces temps de crise mais il ne se bat pas vraiment pour trouver un emploi. Ralph va se trouver face à un dilemme qui rappelle celui développé dans un autre roman de Goodis : « Cassidy's girl ». Il doit trancher entre deux choix de vie incarnés par deux femmes : l'une est sensuelle et assume ses formes généreuses, l'autre est sage et est issue d'un milieu très modeste. Quel sera le choix de Ralph ? La question serait plutôt, qui le choisira ? tant la fatalité se montre tyrannique dans l'univers de Goodis. le roman a une dimension très sociale puisqu'il traite de ces « millions de types au coin des rues, dans les grandes villes. Plantés sur le trottoir, les mains dans les poches, en attendant qu'il se passe quelque chose. » Une génération désoeuvrée qui ignore que quelques années plus tard, la Seconde guerre mondiale bouleversera le cours de l'Histoire. La bande de copains potaches amuse le lecteur sans véritablement parvenir à masquer la rudesse de leurs conditions de vie. Les disputes au sein des familles sont violentes, les personnages sont minés par la pauvreté et surtout Goodis offre une vision très sombre du « bonheur conjugal ». Ses personnages semblent subir la vie et être écrasés par une fatalité contre laquelle ils ne luttent pas. Ils ne partagent pas les aspirations de leur génération. Un roman qui pourrait facilement être transposé à notre époque.
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PauvreType
  29 mars 2021
C'est drôle, ai-je pensé, toutes mes lectures du moment me ramènent six ans en arrière, à Lyon. Il y avait une immense bouquinerie où je passais beaucoup de temps. Il n'y avait pas de caméra et le patron laissait les clochards et les gosses voler les poches à 0,50cts. La thune, c'était au troisième étage qu'elle se ramassait. Des originaux d'Hergé, des vieilles revues, des classiques dédicacés. C'est en tout cas ce que m'avait dit le patron, moi je ne suis jamais monté. Je me sentais bien plus à ma place, au milieu de ces livres à 0,50cts. Je ne partais jamais sans un Simenon ou un Thompson que j'allais lire sur un banc, quai Tilsitt ou Fulchiron, en fumant des clopes mal roulées. Un jour, un employé m'a dit que je devrais essayer Goodis. Puis il s'est dirigé vers le rayon et a sorti La blonde au coin de la rue.
Je n'ai pas compris comment j'avais pu lire tant de livres avant celui-ci. L'année précédente, j'avais découvert, avec le même ébahissement, Simenon et Thompson. Naturellement venait de se constituer le trio qui m'aiderait plus tard à ne pas me flinguer.
L'histoire de la blonde(…) est faite de rien, comme toujours chez Goodis, et plus généralement, dans le grand roman noir, et encore plus généralement dans la littérature. Bref, il y a cet homme trop petit pour la grande ville, végétant contre un mur, sans emploi, sans femme. Un homme qui attend qu'une putain de chose se passe. Et il y a cette demi-laide qui fait son apparition. Alors l'homme, Ralph, il se pose toute sorte de questions. C'est vrai qu'elle est plus proche de Jackie Sardou que de Lauren Bacall, mais lui, n'est-il pas plus proche de Sim que de Humphrey Bogart ? Puis il n'a pas un rond. Et il n'y a rien de plus con que de tomber amoureux quand on est à sec. de toute façon, il n'est pas question d'amour, mais de bagatelle pure et simple. le bordel. Il se demande à quoi ça rime, tout ça. Mais vlà, quand on est seul toutes les ziguesses ont le même sourire. Il se passe enfin quelque chose...
Je suis tombé amoureux quelques jours après avoir lu ce bouquin. J'avais moins de cent euros en poche. Goodis m'avait prévenu, mais j'ai plongé, comme Ralph. Et la mienne était brune...
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sido73
  05 juillet 2021
Quatre jeunes hommes, cigarette aux lèvres, traînent au coin de la rue, ils sont au chômage, n'ont que quelques piécettes au fond de leur poche ... et ?... et rien justement si ce n'est la fatalité !
Un très bon roman d'ambiance où le désespoir suinte à chaque page .
"Il y en avait plein, des coins de rue avec des boutiques. Et plein de types comme eux plantés sur le trottoir, au coin d'une rue, devant une boutique. Dans une grande ville comme celle-là, ça faisait plein de types au coin des rues. Et il y avait plein de grandes villes dans un grand pays comme celui-là. Et plein de coins de rue dans toutes les grandes villes de ce grand pays. Plein de types au coin des rues. Plein ? Des millions. Des millions de types au coin des rues dans les grandes villes. Plantés sur le trottoir, les mains dans les poches, en attendant qu'il se passe quelque chose. Et que pouvait il bien leur arriver ?"
Merci @cunegondedelahaute, @emeric_cloche pour ce direct spécial roman noir américain : je ne suis pas déçue par ces rencontres !
Traduction : Jean Paul Gratias .
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DonJoplin
  29 octobre 2019
Ce Goodis c est la mise en avant du rien. Mais un rien bien rempli. Rempli de galères, de débrouilles, de sincérité, d'échanges, de soutiens, de rêves... Des potes qui galèrent dans une Amérique triste et qui ont comme bureau un coin d'une rue. Moi ça me rappelle quand on était jeunes avec mes amis, à squatter le soir et le week-end autour d'une fontaine sous un sol pleureur, oui on avait des tunes avec les potos. Bon la fontaine avait pas d'eau mais ca claque de le dire...on glandait la, avec chacun nos baladeurs CD et nos écouteurs dans les oreilles, on parlait de nos nanas qui n'existaient pas, de nos dragues en soirée qui existaient encore moins, de nos projets futurs qui verraient jamais le jour... on se satisfaisait de ce rien car on savait que c'était le seul moment où on partageait des choses ensemble et c'est ca la vie pure et simple. Moi je l'ai aimé ce livre, plein de sincérité je valide
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
seb_libraireseb_libraire   26 avril 2017
Ralph sentit son souffle sur son visage, comme une vapeur chaude qui chassait le vent de l'hiver. Laissant son regard dériver, il contempla l'interminable rangée de maisons identiques qui se louaient pour quarante dollars par mois, et dont la valeur n'atteignaient pas trois mille dollars. Ralph ne savait pas très bien ce qu'il pensait, et c'est à peine s'il s'entendit murmurer :
- J'en ai assez de ce quartier. J'en ai ma claque de traîner dans ce coin en attendant qu'il se passe quelque chose. Il faut que je me tire, c'est la seule chose à faire. Il faut que je réagisse. Que je trouve une solution. Il y a sûrement mieux ailleurs.
- Mieux que moi ?
Ralph continua de regarder au loin, les yeux fixés sur l'alignement des maisons toutes semblables qui se répétait à l'infini pour se perdre dans la nuit.
- Il y a forcément mieux que cette vie-là. Ça ne peut pas continuer comme ca éternellement, jour après jour, la même routine minable, sans rien à faire, nulle part où aller, sinon rester planté au coin de la rue, à attendre, attendre...
- Attendre quoi ?
- Si seulement je le savais.

Page 13
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seb_libraireseb_libraire   26 avril 2017
Finalement, il se dit qu'il était plutôt mieux loti que les types qui avaient du travail. C'étaient des esclaves. Ralph était bien placé pour le savoir. Il savait ce que ça voulait dire de travailler dans un service d'expéditions à se crever la paillasse, à écouter les gros bonnets vous traiter d'imbéciles, vous montrer ci, vous monter ça, vous dire de faire ceci et de faire cela, et vous demander où vous étiez le jour de la distribution de matière grise. Et les paquets, et les colis, et les jurons, le papier, la ficelle. Et la poussière, la sueur, et tous les employés fatigués, déprimés, marmonnant des injures, haïssant le patron, se détestant les uns les autres, qui attendent et espèrent seule chose : l'heure de la sortie, et qui prient pour qu'il soit cinq heures et demie le plus tôt possible, parce qu'il y a des limites à ce qu'un homme peut supporter.
Et c'était cela, avoir un emploi.
C'était ce qu'on appelait "faire quelque chose".

Pages 52-53
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seb_libraireseb_libraire   26 avril 2017
Dans la minuscule salle à manger, ils s'installèrent autour de la petite table et se jetèrent sur leurs assiettes. Ils avaient tous faim. Sans dire un mot, ils enfournaient la nourriture avec le plus grand sérieux. Chacun d'entre eux était à peine conscient de la présence des autres , ou du vacarme de la radio qui diffusait de la musique à plein volume dans le salon.
Tous les autres mangeaient vite, mais Mr. Creel prenait son temps. Son travail à l'usine frigorifique exigeait bien assez de célérité à lui tout seul. Cela ralentissait toutes ses autres activités, le faisant manger moins vite, parler moins vite, marcher et penser moins vite.

Pages 48-49
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seb_libraireseb_libraire   26 avril 2017
Et elle hurle après lui, il ne sait pas trop pourquoi. Elle est bonne celle-là. Comme si sa femme avait le droit de lui crier dans les oreilles. Il pose son couteau et sa fourchette. Il a déjà perdu l'appétit. Il est prêt à tout, parce qu'il en a par-dessus la tête. Et elle continue d'aboyer, encore et encore. Tout à coup, il explose, et il lui dit de la fermer, sinon il va lui casser toutes les dents. Finalement, il se lève et il sort, et elle se met à pleurer. Et tout ça, c'est ce qu'on appelle une belle histoire d'amour. C'est ce qu'on appelle le bonheur conjugal.

Page 56
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seb_libraireseb_libraire   27 avril 2017
- Je suis sûre que tu ne saurais pas où aller. Tu ne sais pas ce que tu vas faire ce soir. Ni ce que tu feras demain. Ou après-demain. Qu'est-que tu es ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Tu traînes au coin de la rue. Comme tous les autres minables. Tu as trente ans, et qu'est-ce que tu possèdes ?
- Rien.
- Et c'est ça que tu veux ?
- Ça ne me donne pas beaucoup de soucis. Je n'ai pas à m'inquiéter de perdre ce que j'ai. Puisque je n'ai rien à perdre.

Page 234.
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La Collection Cinéma Cinémas : épisode 7
Sommaire : - Ferreri tourne "I love you"- Fragments d'un scénario : Eurstache- Cassavetes : "Loves streams"- Trois camarades- Apparitions : le ciel est à eux- Rencontre : Ben Gazzara- Petits papier : Pascale Ogier- Sur les traces de... David Goodis1. Ferreri tourne I love youà 22:30:43:00 - 00:01:57:00Reportage consacré au tournage du film "I love you" de Marco FERRERI dans les studios...
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