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EAN : 9782764646199
Éditeur : Boréal (01/02/2020)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Avril 1843, sur la digue de Saint-Louis, John James Audubon, le célèbre naturaliste, s’embarque pour ce qui sera sa dernière expédition. Son but est de capturer le plus grand nombre de spécimens possible pour les immortaliser dans le livre sur les quadrupèdes vivipares d’Amérique auquel il travaille. Lui qui est né Jean-Jacques Audubon à Saint-Domingue et qui a grandi en Bretagne se sent chez lui à bord de l’Omega, qui se fraie un chemin sur les eaux boueuses de la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Cannetille
  16 juillet 2020
Fasciné depuis l'enfance par les planches des ouvrages animaliers anciens, l'auteur a décidé de retracer la dernière expédition du grand naturaliste franco-américain Jean-Jacques Audubon : parti de Saint-Louis en 1843 avec pour guide le célèbre trappeur québécois Etienne Provost, le peintre ornithologue s'était lancé dans deux mille kilomètres de remontée du Missouri en bateau à aube, jusqu'à Fort Union qui, pendant quelques mois, lui servit de camp de base pour une gigantesque partie de chasse aux allures de massacre. Cent-soixante-quinze ans plus tard, alors qu'il nous relate cette aventure survenue dans des espaces alors encore préservés, Louis Hamelin entreprend lui aussi, mais en avion, le voyage jusque dans le haut Missouri : si les derricks de l'exploitation du pétrole de schiste ont remplacé les bisons, c'est toujours la même gloutonnerie humaine qui continue à dévaster ces terres…

L'aventure est au rendez-vous de ce récit, puisque remonter le Missouri à l'époque n'est pas une sinécure et qu'avec tous ses dangers, c'est une terre quasi inconnue qui s'ouvre aux visiteurs non-Amérindiens. L'Histoire que nous relate avec authenticité Louis Hamelin ne prête toutefois guère à rêver, car qui dit naturaliste au XIXe siècle ne doit pas penser ami de la faune et de son habitat, mais plutôt touriste bâfreur lâché sur le buffet des desserts : tout ce petit monde débarque en ce qui ressemble à une terre d'Eden tant les espèces y pullulent, pour y faire main basse et tuer sans vergogne, dans un répugnant carnage le plus souvent gratuit :
"Et les coups de feu qui visaient tous ces oiseaux étaient encore plus nombreux. Presque constamment environné d'un essaim de balles et de petits plombs, le vapeur était une forteresse flottante assiégée par la vie sauvage, pareille à un gros ruminant s'avançant sur le fleuve au milieu d'un nuage de moustiques. le capitaine Sire avait raison : on se serait cru à Fort Alamo."
Nul n'a alors en tête qu'aucun puits n'est sans fond et qu'à force de jouer à la nuée de sauterelles, plus grand chose ne subsistera bientôt, ni des lieux - mises à part quelques zones protégées -, ni de leurs populations autochtones, hommes ou bêtes.

"Tout le monde connaît le fameux proverbe navajo, peut-être apocryphe, qui dit que nos actes doivent être évalués à l'aune des sept prochaines générations. Ça correspondait à peu près au temps écoulé depuis la dernière expédition d'Audubon. le legs de sa génération, je l'avais sous les yeux."
Le constat est aussi amer qu'à frémir pour l'auteur qui revient sur les lieux moins de deux siècles plus tard : la grande prairie d'Audubon n'est plus qu'un lointain souvenir, remplacé par un décor d'enfer né de l'exploitation des schistes bitumeux. Pourtant désormais conscient des désastres et des destructions déjà irréversiblement commis, l'homme poursuit en connaissance de cause son grignotage de termite à l'encontre de la planète, gageant l'environnement et l'avenir de sa propre espèce contre une poignée de dollars, comme Faust avait vendu son âme au diable.

Epoustouflant récit d'une aventure historique qui fit partie de la conquête de l'Ouest américain, ce livre doux-amer, qui vient superbement rejoindre les rangs du nature-writing, est aussi une saisissante mise en perspective des radicaux impacts environnementaux de la cupidité humaine. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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critiques presse (1)
LeJournaldeQuebec   22 juin 2020
Il en faut du souffle pour remonter le Missouri en ce milieu du 19e siècle. Mais le célèbre naturaliste Audubon n’en manque pas, tout comme Louis Hamelin, qui signe un époustouflant récit de cette expédition.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   16 juillet 2020
Le monde compte aujourd’hui trois milliards d’oiseaux de moins qu’en 1970. Les populations de la plupart des espèces insectivores sont actuellement en chute libre. Celles des granivores incapables de s’adapter à nos immenses monocultures de maïs engraissées et déparasitées à coups de doses massives de produits chimiques le sont aussi.
D’après une estimation minimale, soixante-seize espèces de mammifères ont disparu depuis la fin du Moyen Âge. La Liste rouge établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature et mise à jour en 2018 établit que, toutes catégories confondues, vingt-six mille cent quatre-vingt-dix-sept espèces vivantes sont actuellement menacées d’extinction. La plupart des scientifiques s’entendent pour affirmer que la biosphère, vers le début de l’ère industrielle, est entrée dans une phase d’extinction massive, la cinquième depuis l’apparition de la vie sur terre, et la première à avoir pour cause principale l’activité humaine.
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CannetilleCannetille   16 juillet 2020
Mon hôtel, le Best Western Plus, surgissait avec autant de grâce qu’un amoncellement de parpaings d’un océan d’asphalte composé de parkings engorgés de poids lourds – dont les omniprésents camions-citernes – et de pick-up – presque tous blancs, ainsi qu’il sied à des véhicules de fonction destinés à promener les logos des compagnies – à perte de vue, et de voies de communication trop larges pour pouvoir être appelées « rues », dont émergeaient, dans un indescriptible désordre, d’innombrables entrepôts de toutes tailles mêlés à des immeubles – commerces, bureaux, appartements neufs de trois pièces à deux mille huit cents dollars par mois – avec lesquels ils avaient tendance à se confondre pour donner cette dantesque bouillie architecturale comme spontanément dégueulée par quelque monstre arachnéen dépourvu de cerveau.
Et tout ça démesurément espacé, éclaté, fragmenté, isolé, aux antipodes d’une densité habitée, comme un univers en expansion où chaque bâtiment était une étoile lancée sur sa propre course centrifuge et séparée des autres par des abîmes de vide cosmique. (…)
Je ne désirais plus qu’une chose : me garer quelque part et courir aux abris. Et c’était peut-être l’idée, la raison d’être de cette mer de goudron où il fallait rouler, se stationner ou crever. Je ne me demandais pas comment les humains réussissaient à y vivre, mais bien : où est-ce qu’ils vivent, au juste ?
En cherchant mon chemin à travers ce tissu urbain qui rappelait le jeu de construction d’un enfant enragé, j’ai fait l’expérience de me déplacer dans un lieu que n’illuminait pas la moindre idée. Je n’arrivais pas à diriger mes yeux vers quelque chose qui ne fût pas artificiel et d’une agressive fonctionnalité. Les lampadaires dominaient dans une écrasante proportion la végétation survivante constituée de minces bandes de gazon, d’étiques rangées d’arbres et de buissons rarissimes. Mais ne pas renoncer à l’espoir de voir briller la faible flamme d’un atome de beauté au fond de la fourmilière, n’était-ce pas déjà un signe de folie ? Si on avait confié à une agence de pub la tâche d’afficher l’avidité nue à la face du monde entier, elle n’aurait pu faire mieux que Williston. À Las Vegas, il y a au moins le jeu, l’étincelle du pari. Ici, la misérable transhumance de la version hyper moderne des losers de Steinbeck n’est le terreau que de l’ordinaire fleur noire du désir étiolé : prêt usuraire, prostitution, psychotropes et flacons de pilules.
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CannetilleCannetille   16 juillet 2020
Depuis que les technologies combinées de la fracturation hydraulique et du forage horizontal avaient fait du Bakken le nouveau Klondike des compagnies pétrolières, environ dix mille puits avaient été forés. La grande plaine où paissaient autrefois les bisons s’était couverte de derricks hochant leurs familières « têtes de chevaux » pour pomper un million deux cent mille barils par jour équivalant à 12,5 % de la production totale des États-Unis. (…)
Lui-même, qui pouvait avoir trente ans, était originaire de la vallée de la Cheat River en Virginie-Occidentale, région montagneuse dont ses ancêtres venus d’Irlande avaient coupé les immenses résineux à la hache et au godendard pour de prospères industriels new-yorkais au tournant du XXe siècle. Après avoir rasé la forêt, on avait éventré les montagnes, et les fils de ces bûcherons s’étaient retrouvés mineurs de charbon au pays des hillbillies. Leur petit-fils, qui me faisait la conversation pendant que la voix douce et feutrée d’une agente de bord nous intimait de nous préparer à l’atterrissage, étudiait dans l’Est pour obtenir, je le cite, un « bachelor of Science in Business » de Penn State Beaver. Endetté jusqu’au cou et suivant la voie tracée par ses aïeux, il venait participer au pillage d’une autre ressource naturelle pour rembourser mononcle Sam.
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CannetilleCannetille   16 juillet 2020
N’avais-je pas eu tendance, ces dernières années, à me braquer de plus en plus, avec un zèle aussi jubilatoire que jouissif, contre tout ce qui m’apparaissait nouveau et menaçait, de ce fait, la pérennité du monde tel que je l’avais connu et dont une des moindres qualités n’était pas de m’avoir vu naître et grandir ? Réseaux sociaux, innovations technologiques, nouvelles revendications de minorités toujours plus minoritaires, indifférenciation sexuelle assumée jusqu’à la confusion des genres, cours de catéchèse LGBTQ+ à l’école et autres dérives politiques et tendances culturelles lourdes sur lesquelles la masse, dans sa quête désespérée d’individuation, fondait à la vitesse du faucon pèlerin en piqué s’apprêtant à frapper et plumer un autre pigeon : il est un fait que plus grand-chose ne trouve grâce à mes yeux.
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CannetilleCannetille   16 juillet 2020
Il fallait, disait Provost, de soixante à soixante-dix castors pour faire un ballot de cent livres qui pouvait valoir de trois cents à cinq cents dollars. Les bonnes années, un trappeur expérimenté pouvait capturer jusqu’à cinq cents castors et se faire pas loin de quatre mille dollars. À l’époque où les Rocheuses regorgeaient encore de ces chapeaux de fourrure sur pattes, une brigade de la compagnie comptait de trente à quarante hommes équipés chacun d’une dizaine de pièges et de deux chevaux. Chaque homme installait et entretenait sa propre ligne de trappe, et seules les peaux étaient rapportées au camp, où quelques hommes demeuraient en permanence pour les apprêter et les faire sécher. (...)
Dans la seconde moitié des années 1830, se rappelait Étienne, il commençait à y avoir « pas mal de monde » dans la montagne. Les colonies de castors avaient pratiquement été éradiquées, et les caprices de la mode européenne avaient fait le reste. En 1838, les beaux jours de la trappe étaient finis. Avec la montée en puissance de la peau de bison comme nouveau produit-vedette, la traite s’était ensuite déplacée de la montagne vers la prairie.
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Video de Louis Hamelin (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis Hamelin
La collection « L'Oeil américain » est un lieu ouvert au nature writing, aux aventures de la littérature dans la richesse du monde sauvage. Elle est dirigée par le romancier Louis Hamelin. « L'expression de notre américanité littéraire, de cette part de notre imaginaire collectif qui appartient en propre au continent américain, appelait une telle collection. C'est une question de territoire. Une situation géographique comme la nôtre, privilégiée quant au rapport à la nature sauvage, a forcément produit des écrivains proches du monde vivant. » (Louis Hamelin)
Les trois premiers titres de la collection paraissent le 9 juin 2020. Pour en savoir plus, rendez-vous dans la section « Focus » de notre magazine web le Boréal Express : https://bit.ly/3eQwJm6.
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