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EAN : 9782211304580
Globe (26/08/2020)
4.08/5   40 notes
Résumé :
Aucune enquête, aucun chiffre, aucun reportage ne saura nous faire prendre en haine l'esclavage contemporain comme l'image des moignons maculés de sang d'Eddie, 17 ans, conduisant sa Subaru dans la scène d'ouverture, hallucinée, de ce roman. Il vient de s'évader de la ferme Delicious Foods, exploitation géante - et pas seulement agricole -, au cœur de la Louisiane où Darlene, sa mère, a été recrutée 6 ans plus tôt, comme d'autres toxicomanes.
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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JIEMDE
  20 décembre 2020
Passer un peu à côté d'un livre pourtant adulé : ça arrive diront certains ; c'est dommage diront d'autres ; ça m'interroge toujours pour ma part. Et encore aujourd'hui après la lecture de Delicious Foods ® de James Hannaham, traduit par Cécile Deniard.
Pourtant ça démarrait fort avec une incroyable scène d'ouverture mettant en scène Eddie, jeune ado black en fuite, tentant de garder le contrôle de sa voiture de cavale du bout de ses moignons ensanglantés. Puis, à coups de flash-backs choraux permettant de remonter le cours de la vie de Darlène, la mère d'Eddie, la tension retombe peu à peu, finissant même par un début d'ennui heureusement sauvé par les dernières scènes.
Car si le thème de l'exploitation humaine et raciale par des entreprises sans foi ni loi au fin fond du deep-south US est ici traité avec un réalisme qui fait froid dans le dos, la crédibilité de l'ensemble m'a souvent paru faiblarde. La longue descente aux enfers de Darlene, sous les effets combinés de Scotty – personnage mystérieux mais central du livre - et d'une accumulation de mauvais sorts et de mauvais choix, m'a parfois semblée déjà vue, déjà lue.
Il reste un style original et agréable à lire, une construction complexe mais maîtrisée, et un livre couronné de plusieurs prix littéraires outre-Atlantique et plutôt apprécié par chez nous. D'où l'impression d'un avis assez marginal qui m'interroge, et un livre qu'il faudra, peut-être, que je relise.
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sweetie
  10 juin 2021
« Quand on travaille dur, elle se disait, qu'on n'est pas vraiment payé et qu'on peut aller nulle part, tout le monde sait comment ça s'appelle. »
L'esclavage moderne peut prendre divers visages : un salaire minimum inadéquat, des heures supplémentaires mal payées, des conditions de travail atroces ou des retenues sur salaire injustifiées. James Hannaham nous en fait découvrir une version sordide et particulièrement abjecte dans Delicious Foods. Un récit construit autour de trois voix : celle de Darlene, mère afro-américaine paumée, celle de son fils Eddie et la troisième, celle de la drogue, le crack, surnommée Scotty par sa dépendante, Miss d'pour Darlene.
« Elle a fait : Tu le veux encore, ce kif? Il est à toi, si tu veux. J'ai souri à Darlene dans son cerveau. Je savais ce qu'elle allait faire. C'est pas pour faire mon centre du monde ni rien, mais je suis vraiment irrésistible. »
Basé sur des faits réels survenus dans une ferme de St. Augustine, le roman se déroule dans un territoire à la limite des États de la Louisiane, du Texas et de la Floride, « au tréfinfonds de la Louisifloride » pour reprendre les mots de l'auteur. Un endroit où la discrimination et l'injustice raciales font partie du quotidien des Noirs. Pauvres, drogués, alcoolos, putes, clodos, ces sans avenir sont recrutés par Delicious foods, une sorte de coopérative agricole qui ratisse les bas-fonds des petites villes à cette fin : obtenir une main-d'oeuvre bon marché pour travailler aux champs. La suite est indescriptible, il faut le lire.
Ce roman agit comme un électrochoc dans nos vies confortables, démontrant une fois de plus que la condition humaine ne tend pas à s'améliorer avec le temps. La sentez-vous, cette odeur de pourriture qui s'élève de la société américaine? Bouchez-vous le nez et plongez dans Delicious Foods…
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Sofiert
  11 avril 2021
Le premier à s'engouffrer dans le roman a des moignons ensanglantés, qu'il a coincés entre le volant pour s'enfuir au volant d'une vieille voiture sur les petites routes de Louisiane. Il a 17 ans.
Voilà qui donne le ton de ce superbe roman.
Eddy a dû sacrifier ses mains pour échapper à ses tortionnaires, les gérants d'une ferme agricole qui maintiennent leurs employés, tous des éclopés de la vie en esclavage. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : recruter des drogués et des marginaux pour les faire travailler sans répit, les entasser dans un poulailler infâme, les obliger à contracter des dettes pour qu'ils ne puissent pas s'enfuir et les maintenir dans l'addiction à la drogue et à l'alcool pour les empêcher de se révolter.
Mais Eddy ne se drogue pas, il est arrivé à Delicious Foods pour retrouver sa mère et la sauver de la déchéance. Et il est même capable d'une étonnante résilience : faire de son handicap un atout professionnel, le "manchot pas manchot". Celui qui débarquait dans le roman comme une victime est en fait un héros positif.
Et puis, il y a Darlene, la mère. Une noire américaine tout à fait ordinaire qui commence des études à la fac, tombe amoureuse, puis enceinte. Elle ouvre une petite épicerie avec son mari, Nat, noir lui aussi. Un soir il disparaît, victime d'un crime raciste. Et c'est la chute, la prostitution, la drogue, l'incapacité à gérer sa vie et celle de son fils. Juste une femme trop fragile qui devient une victime. Une esclave !
Troisième personnage, et non des moindres, Scotty. Il parle le langage du peuple, des déshérités, des marginaux. Il les manipule et les console. Il les rend dépendants mais dépend d'eux également. Il connaît tout de leurs histoires, de leurs souffrances, de leurs désirs secrets. Il est comme un lutin maléfique qui se niche au plus profond des êtres. Il est la drogue..
Ce choix original de personnifier une substance ou l'addiction à une substance était un pari risqué. La personnification aurait pu être une simple prouesse littéraire peu convaincante, en marge du roman. Mais Scooty est un personnage à part entière, qui évolue et fait evoluer le roman. Il est psychologiquement crédible, il a son propre langage et sa propre identité, sa voix à l'intérieur des personnages qu'il contamine et ses faiblesses aussi.
Et lorsque l'on a tant de choses à dire sur un roman, sur les sujets qu'il aborde, sur les personnages qui le composent, sur l'atmosphère qu'il distille, sur l'écriture elle-même ; c'est qu'il s'agit d'un sacré bon roman !
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Allily
  09 janvier 2021
Un homme, un enfant presque encore, fuit l'enfer avec deux moignons sanglants à la place des mains.
L'enfer ? Une terre agricole américaine, où des accros au crack sont exploités dans des conditions indignes.
C'est cet endroit qu'Eddie fuit. Après y avoir été conduit pour retrouver sa mère, Darlene, toxicomane. Une addiction qui remonte au décès de son mari assassiné par on ne sait qui, probablement des hommes blancs qui, dans le Sud des États-Unis, considèrent bien davantage les animaux que les personnes de couleur.
Ce roman est, aussi incroyable que cela puisse paraître inspiré d'une histoire vraie. Des hommes ont eu l'idée cynique et détestable de profiter de l'addiction de SDF et de marginaux pour les exploiter sur leurs terres en l'échange d'une dose de drogue - bien évidemment, déduite de leur misérable salaire.
On retrouve, dans ce récit, le racisme banalisé qui conduit à laisser impuni le meurtre d'un homme noir, à retarder un procès, à laisser la pauvreté et la drogue enchaîner comme les chaînes ont pu le faire dans le passé.
Mais ce récit aborde aussi la question de la dépendance, grâce au personnage de Scotty, qui n'est autre que la drogue, personnage indépendant qui tire une partie des ficelles.
L'on suit impuissant, Darlene et le gouffre de désespoir qui va la saisir, l'entraînant vers sa première pipe de crack. Cette addiction va la détruire physiquement et moralement, mais aussi tout autre sentiment que l'impérieuse nécessité de se faire un nouveau kif.
Les liens filiaux vont se couper entre cette mère accro et son fils, malgré toutes les tentatives de ce dernier pour sauver sa mère. Petit à petit, Eddie va comprendre l'impossibilité de renouer toute la confiance brisée entre eux, ces promesses jamais tenues.
Malgré quelques petits bémols, comme un rythme plus lent en milieu de roman, ou certains rebondissements en fin de récit, il n'en demeure pas moins que cette lecture est très marquante.
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MadameTapioca
  02 novembre 2020
Le premier chapitre annonce la couleur et vous enlève immédiatement tout sentiment de confort par sa brutalité; le reste du roman est une lente et profonde brûlure.
James Hannaham aspire le lecteur dès le début alors que le jeune Eddie s'échappe (de quoi, nous ne savons pas encore) au volant d'une Subaru volée juste après s'être fait amputer des mains. Les premiers chapitres vont nous raconter comment Eddie est parvenu à se construire une vie agréable malgré son handicap. Mais comment a-t-il perdu ses mains? C'est toute l'histoire de Delicious Foods et vous vous doutez bien que je ne vais pas vous la dévoiler.
Pour la découvrir il vous faut écouter les 3 narrateurs: Eddie, Darlene sa mère et Scotty. Qui est Scotty ? C'est la voix du crack dans la tête de Darlene. Oui vous avez bien lu, l'un des narrateurs est la drogue ! C'est même un personnage clé racontant l'histoire par-dessus l'épaule de Darlene observant son environnement avec humour, perspicacité et beaucoup de crédibilité. Scotty c'est « l'ami qui vous veut du bien », c'est le séducteur, celui qui vous dit « fais moi confiance ». Tour de force de l'auteur.
Les thèmes abordés sont loin d'être légers: l'esclavage moderne, la suprématie blanche, l'injustice raciale, l'exploitation humaine, la toxicomanie, la mondialisation, le capitalisme sans entraves.
Alors oui, Delicious Foods est dur et violent mais c'est un sacré bon bouquin grâce à un sujet principal peu traité et grâce à un parti pris narratif surprenant. Inspiré de faits réels, ce roman a obtenu en 2016 le Pen/Faulkner Prize.
Traduit par Cécile Deniard
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
sweetiesweetie   10 juin 2021
Ce fut alors seulement qu'elle put accepter un peu la poésie de cette idée; celle d'êtres humains, seuls sur un caillou humide aux avant-postes d'un univers dont ils ne pouvaient concevoir la taille et qui observaient les cieux pour y tracer dans l'air des dessins primitifs en fonction d'astres qui n'existaient peut-être même plus. Et un jour tout cela disparaîtrait, du moins tel que Sirius le racontait : l'espace s'effondrerait sur lui-même, la planète serait déchiquetée par une comète, le soleil grillerait le système solaire en devenant une supernova, une catastrophe quelconque rayerait d'un trait l'histoire des hommes et la civilisation. On aura de la chance, disait-il, si nos ossements deviennent des fossiles pour d'autres.
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JIEMDEJIEMDE   19 novembre 2020
N'importe quel Noir sait comment réagir devant une tragédie. Il suffit de prendre une pleine brouette de cette Bonne Vieille Colère, de la répandre sur la Frustration Habituelle et d'arroser le tout de Quelqu'un Devrait, toutes choses que fit Bethella.
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AllilyAllily   09 janvier 2021
C'était réellement arrivé : on avait brumé vif son mari, on l'avait arraché pour toujours à sa vie et elle se retrouvait seule. Et à présent, elle-même pourrait tout aussi bien se faire poignarder ou brûler par ces gens qui avaient décrété que cela n'avait aucune importance de tuer et mutiler un corps de cette façon. Elle aurait voulu être morte. Non, elle aurait voulu être allée avec Nat à l'épicerie et avoir modifié le cours des choses, ou ne pas avoir eu du tout la migraine ce soir-là, ou ne pas avoir laissé Nat repartir au magasin alors même qu'elle avait dit que ça irait, qu'elle avait pris un sédatif. Puis elle se demanda si un membre des forces de l'ordre avait participé au meurtre, ou savait quelque chose. Peut-être l'un des leurs avait-il aspergé son mari d'essence ? Et peut-être qu'un deuxième avait craqué l'allumette, que d'autres l'avaient poignardé, et qu'ils faisaient partie de ceux qui venaient à l'instant même de la rejoindre dans la salle d'attente.
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SofiertSofiert   07 avril 2021
Quand elle est rentrée dans sa chambre et qu'elle a fermé la porte, elle s'est effondrée direct sur son lit et elle a pris une pipe en verre sur sa table de nuit. Elle m'a mis dedans, elle a allumé et moi j'y ai souri avec mon absence de visage, j'ai pétille et crépite comme d'hab, j'ai rempli les entrailles de la pipe de ma fumée bien épaisse. A l'intérieur de cette fumée j'ai ouvert une porte et elle l'a pris. Elle a couru dans un couloir irréel en passant devant tout un tas de pièces dans la demeure que j'avais construit pour elle, jusqu'à en trouver une avec un feu dans la cheminée et un canapé chaud recouvert d'un tissu doux qu'à fait frissonner sa chatte quand elle a passé sa main dessus.
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JIEMDEJIEMDE   21 novembre 2020
Le grand amour ne se prouve pas par des mots, se disait-elle, seulement par la lire des sacrifices auxquels on consent pour le faire vivre.
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