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EAN : 9782902039265
320 pages
Editions Dépaysage (24/06/2022)
4.36/5   7 notes
Résumé :
Deux personnages qui narrent leur propre histoire, Elle et Lui.
Elle se remémore sa jeunesse, passée entre les lacs et les forêts de son territoire ancestral, le Nitassinan, jusqu'à son mariage qui la conduit à quitter les siens et à s'installer en ville.
Lui, journaliste à Montréal, vient se recueillir sur sa dépouille à Elle, et s'interroge sur son identité, car l'Indien, lui dit-on, il l'a en lui.
Elle, c'est Jeannette, la fille d'Almanda ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Kirzy
  13 juillet 2022
C'est le troisième roman de cet auteur que je lis, et à chaque fois, j'ai l'impression qu'il me parle comme si on se connaissait depuis très longtemps. Michel Jean a le talent de questionner l'intime sans tomber dans l'exposition de soi, parlant de lui, de sa famille, plus largement de l'histoire des Innus et encore plus largement de celle des relations entre autochtones et Canada / Québec.
Le décès de sa grand-mère agit comme un catalyseur d'émotion et d'introspection sur l'auteur, le renvoyant face à lui-même. Lors des funérailles, une cousine de Jeannette lui dit : « Michel, l'Indien, tu l'as en toi ». Lui qui se sentait si peu autochtone à ce moment de sa vie, lui qui n'a pas grandi dans une réserve, lui qui n'a pas appris la culture de ses ancêtres. Lui qui avait l'impression de marcher dans un labyrinthe alors qu'il aurait pu demander le chemin à suivre à sa grand-mère. Michel Jean déterre alors sa propre histoire pour remonter vers ses origines.
La narration se fait à deux voix, «elle », la grand-mère, et « lui », le petit-fils, remontant chacun le sentier de leur parcours respectif, pour tresser le portrait d'un monde, celui des Innus et de Nitassinan ( « notre terre », le territoire ancestral des Innus ), qui n'a pas disparu mais se transmet génération après génération. Jeannette a fait le chemin inverse de sa mère, Almanda ( la magnifique héroïne de Kukum, Irlandaise devenue véritable indienne après avoir épousé un Innu ). Jeannette est née Shashuan Pileshish, « Hirondelle », une fille des bois, de la rivière et du lac Pékuakani. Elle a quitté le quotidien des chasseurs de la forêt boréale, a perdu son prénom indien, est devenue Jeannette par amour pour Thomas, mi-indien au statut de blanc, ce qui l'a exclue de sa communauté innu, l'a fâché avec son père et l'a forcée à se sédentariser à Pointe-Bleue. Michel, lui, journaliste, urbain, cherche à se reconnecter à l'Indien qui est en lui.
Et c'est très fort de voir comment les échos du monde de Jeannette se répercute dans celui de Michel, terriblement touchant aussi car Michel Jean est un conteur sensible, tout en retenu. Son écriture pudique, simple, minimaliste enveloppe le lecteur de douceur. On remarque à peine son écriture pour se focaliser sur le récit. Moins de mots mais chaque mot en dit plus, les silences disent beaucoup.
Il n'y a rien de rageur dans cette réappropriation culturelle, ce qui n'empêche l'auteur d'évoquer des sujets lourds comme le racisme subi par les Autochtones. Un exemple des humiliations qu'ont vécues au quotidien les Innus m'a particulièrement marqué. L'auteur y raconte comment, enfant, dans le cadre d'une représentation théâtrale scolaire, il a du jouer le rôle d'un iroquois tortionnaire du missionnaire jésuite René Goupil ( 1682 ), traumatisé et honteux de devoir mimer une attaque à la hache sur ce martyr.
Aujourd'hui, Michel Jean a fait inscrire sur les registres d'état civil officiels son appartenance au peuple innu. Il creuse son sillon d'écrivain d'une autre histoire des Autochtones canadiens, avec fermeté et sérénité, à l'image de ce magnifique dernier chapitre conclu en une émouvante passation culturelle avec son neveu, sur le lac Péribonka qui abrite sous ses eaux l'ancien territoire de sa famille englouti après la construction d'un gigantesque barrage hydraulique. L'indien en eux vit toujours.
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JIEMDE
  12 août 2022
Je ne suis pas indienne, moi !
Livre après livre, en racontant les siens, Michel Jean nous invite partager sa réflexion identitaire, lui qui est redevenu officiellement innu par la « grâce » du gouvernement fédéral. Comme si l'identité était affaire de paperasse plus que de filiation, d'histoire ou de souvenirs…
On avait laissé Michel Jean avec sa Kukum adorée, son arrière-grand-mère Almanda : nous le retrouvons dans Atuk avec sa grand-mère, Shashuan Pileshish, Hirondelle en innu, Jeannette pour les autres. Mère et fille, et pourtant :
« le contraste entre Almanda et Jeannette est frappant. Deux personnes peuvent difficilement paraître aussi différentes, tant dans leur tenue que dans leur attitude. Elles semblent issues de deux mondes opposés. Pourtant, il s'agit bien d'une mère et d'une fille. »
À deux voix, Atuk alterne en mode choral, les témoignages d'« Elle » et les souvenirs de « Lui ».
À « Elle » les souvenirs d'enfance des migrations annuelles sur le territoire de chasse ; les histoires et légendes de Tsikapesh ou des chamans, écoutées à la veillée ; la quête périlleuse de nourriture en plein hiver ; l'école forc »e à Pointe-Bleue ; ou la rencontre avec François-Xavier, constructeur du chemin de fer qui allait signer la fin d'une époque mais ouvrir le début d'un amour, un temps devenu faute.
À « Lui » le retour sur ces terres qui abritèrent tant de batailles héroïques avant qu'elles ne cèdent la place à l'industrie galopante ; les souvenirs de la façon dont on lui apprit, petit, l'histoire du monde mais pas sa propre histoire ; l'évocation du racisme anti-indien à Radio Canada, sur un chantier à Midland ou contre une jeune autochtone en passe d'intégrer une école de Trois Rivières ; ou encore le délicieux souvenir d'une veillée de Noël en tête à tête avec sa grand-mère.

À eux deux, en commun, Nitassinan : le territoire. Mais aussi le rapport différent au temps : « Les Blancs vivent dans la crainte de l'avenir (…) L'Innu ne vit pas dans l'avenir, mais dans le présent. Qui sait ce qui l'attend demain ? ». Et enfin, ce sentiment insupportable d'illégitimité dans leur identité indienne, quand Jeannette épousera un Blanc, ou quand Michel ira en reportage à la rencontre d'autochtones « historiques ».
Atuk est une pierre de plus sur le cairn littéraire que construit Michel Jean, qui après Almanda, nous offre avec Jeannette, un deuxième et beau personnage de femme debout et aimante. Jusqu'à la fin…
« Mourir ne m'effraie plus depuis longtemps (…) Je ne le regrette pas quand je vois nos enfants réunis. Notre descendance, mon amour perdu. Je vois en eux un peu de nous. Et c'est ce qui réchauffe encore ma vieille carcasse décharnée. de savoir qu'un peu de nous vit encore et nous survivra. C'est fort, l'amour, quand on y pense, mon homme, non ? »
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Lishbks
  09 juillet 2022
Lorsque Michel Jean nous avait présenté Almanda, son arrière-grand-mère, nous avions été nombreux à tomber sous le charme non seulement de la personnalité envoûtante de sa Kukum, mais également de cette plume réconfortante qui de ses mots adoucissait la rudesse des hivers et du temps qui passe.
Dans Atuk, le récit se fait plus intimiste encore. Deux voix se répondent en un écho lointain. Il y a Lui et il y a Elle. L'auteur tour à tour se livre sans masque puis se glisse dans la peau de Jeannette, sa grand-mère.
Les souvenirs sont plus tangibles, sans doute parce que les photos défilent et que nous percevons toute la force de ces racines qui nourrissent alors même qu'elles se dévoilent. Pour l'un comme pour l'autre c'est un cheminement, une prise de conscience que leur vie ne se résume pas à ce qu'ils ont vécu mais que le parcours de leurs ancêtres les a impacté.
Tandis que Michel s'imprègne de sa part d'Innu, Shashuan Pileshish (Hirondelle) doit faire le parcours inverse, découvrant que les yeux bleus de sa mère, Almanda, sont le reflet de tout un pan de son identité dont elle n' avait pas conscience.
Et il serait formidable de simplement s'émerveiller de ces mondes qui se mélangent dans un être et qui en font naître de nouveaux. Mais le kaléidoscope de la vie n'a de cesse de trouver des obstacles sur son chemin. Histoire, sociologie et décisions politiques se chargent de l'illustrer. On ne comprend jamais aussi bien ces dernières que lorsqu'on prend le temps de mesurer leur impact sur une vie particulière. C'est d'autant plus le cas lorsque ces vies se trouvent à des carrefours, lorsqu'elles franchissent des barrières sans nier leur réalité.
J'ai adoré cette lecture, tant pour les émotions qu'elle provoque que pour l'analyse qu'elle permet. Je chéris tout particulièrement les moments de compréhension muette entre Almanda et Jeannette qui m'ont tellement émue. Je dois le dire, j'ai eu bien du mal à laisser s'envoler cette merveilleuse hirondelle.
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florence0805
  26 septembre 2022
Elle et Lui racontent leur histoire à tour de rôle. Elle, c'est Jeannette, fille d'Almanda et de Thomas, découverts dans Kukum. Lui, c'est Michel, son petit fils .
Jeannette, de son vrai nom Shashuan Pileshisk (Hirondelle, en français) se remémore son enfance ; elle raconte sa fascination pour le Lac Pekuakumi (Saint-Jean en français) ; les longs voyages, à la fin de l'été, vers les territoires de chasse : l'organisation minutieuse avant le départ, puis la remontée du Lac et des rivières en canoë, les longues marches à travers bois avec de lourdes charges sur le dos, la faim parfois dévorante et l'entraide bien présente, les veillées et les histoires fascinantes de son grand-père autour du feu. Mais le coup de foudre pour un jeune homme vivant chez les blancs la pousse à suivre le chemin inverse de sa mère Almanda, Irlandaise qui avait adopté le mode de vie des Innus en épousant Thomas. Son mariage conduit Jeannette à quitter les siens. Pourtant à la fin de sa vie, l'Hirondelle choisit de revenir à Mashteuiatsh (Pointe Bleue en français).
Michel se rend aux funérailles de Jeannette, qui vient de mourir à l'âge de 100 ans. En remontant le temps, il cherche à comprendre comment le choix de vie effectué par sa grand-mère a déterminé la vie de toute sa descendance, implantée dans le monde des Blancs. Il a fallu qu'une autre Jeannette, nièce de celle qui vient de décéder, lui souffle : « Michel, l'Indien, tu l'as en toi » pour qu'il perçoive que ses racines Innus font bien partie de son ADN. Au fil de ses souvenirs, l'identité de Michel se construit ; et c'est avec émotion que le lecteur assiste à son évolution au fil du roman, à la réappropriation de son identité autochtone.
Mais au-delà de l'histoire familiale, c'est toute l'histoire du peuple Innu que Michel raconte, l'histoire volée, qu'on ne lui a jamais enseignée à l'école : « Je ne connais rien de l'histoire des Innus. On ne m'en a rien dit à l'école. On m'a parlé des Grecs et des Romains ». Sur un ton dépourvu de rancoeur, Michel nous bouleverse lorsqu'il raconte les humiliations vécues à l'école ou le racisme rencontré dans sa vie professionnelle.
La construction du roman est tout simplement époustouflante, car les chapitres se répondent : en évoquant les souvenirs de sa grand-mère, Michel se rend compte à quel point elle et ses ancêtres lui ont transmis leur amour de la nature : « J'ai toujours aimé la forêt. Je m'y sens bien. »
D'Elle à Lui Michel Jean restitue à la fois son parcours personnel et les savoirs ancestraux, dans sa très belle langue à la puissance évocatrice et où chaque mot est pesé.
Tout me semble résumé dans cette très belle phrase énoncée par Michel Jean lors du Festival America : « Si nous on raconte pas nos histoires, qui va le faire à notre place ? »
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OuvrezLesGuillemets
  29 juin 2022
J'attendais avec impatience la sortie du nouveau livre de Michel Jean, et une fois encore je ressors émue de ma lecture.
Kukum nous plongeait dans le mode de vie des innus, à travers le regard d'Almanda, son arrière-grand-mère, qui a vécu leur sédentarisation forcée.
Dans Atuk, Michel Jean poursuit l'exploration de ses racines familiales avec le témoignage de sa grand-mère Jeannette, la fille d'Almanda et Thomas. Il s'attache cette fois à la question de la transmission et à celle de l'identité.
J'ai été particulièrement touchée par les échanges de Jeannette avec son père Thomas et son grand-père Malek. Ils nous éclairent en partie sur leur mode de vie ancestral, leur attachement à la nature et ce que cela signifiait alors d'être et de se sentir innu.
« C'est ainsi que la manière se transmet chez nous. Les choses que l'on apprend dans l'enfance nous suivent et nous servent toute notre vie. Elles deviennent une part de nous que l'on a la responsabilité de porter jusqu'aux générations suivantes. Comme un héritage. » (p. 20)
En parallèle du témoignage de Jeannette, Michel Jean nous partage ses réflexions et ses questions sur sa propre identité.
« Il est difficile de se reconnaître chez les autres et de déterminer sa place quand on n'arrive pas à définir sa propre identité. Faute de savoir, j'ai souvent eu l'impression dans ma vie de tourner en rond dans un labyrinthe où je suis seul à marcher. » (p. 178)
L'introspection de l'auteur qui cherche à saisir la signification de se considérer aujourd'hui comme un Innu trouve une résonnance universelle et donne au livre une profondeur qui m'a particulièrement séduite.
Une très belle réflexion sur la réappropriation de l'identité dans une écriture sobre et toujours empreinte de beaucoup de sensibilité.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
OuvrezLesGuillemetsOuvrezLesGuillemets   06 juillet 2022
Il faut vivre de longues années pour arriver à discerner les horizons qui se profilent. Hélas, quand nous y parvenons, c’est que nous approchons du terme de notre voyage et que nos forces nous ont déjà quittés.
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Videos de Michel Jean (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michel Jean
La communauté est pour une grande part ce qui forge notre identité. Lorsque celle-ci est menacée, force est de constater que les aînés restent les dépositaires d'un savoir. Ces trois récits explorent comment, pour réparer ce qui a été brisé, il est nécessaire que la trame des liens familiaux, distendue par une volonté d'indépendance, se resserre. Michel Jean, Katherena Vermette et Kawai Strong Washburn
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