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EAN : 9782362292699
Éditeur : Editions Bruno Doucey (02/01/2020)
3.81/5   13 notes
Résumé :
"Pour l'instant, il te faut étudier le terrain, parler avec les soldats. Collecter leurs paroles, leurs mots, surtout ne pas les trahir ― la trahison, les hommes n'en peuvent plus ! Tu voudrais, toi, le poète, que l'on sente la vermine grouiller entre les syllabes. Que l'on voie l'ergot de mort fleurir dans les bouches, la mâle-mort entre les dents. Tu voudrais des mots qu'ont de la gueule. Mots crus, vécus, poussés vent debout. Paroles de soldats dans leur tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Hulot
  18 février 2020
Ce livre retrace, de façon originale, un épisode peu connu de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 : celui du cantonnement, à Conlie, d'une "armée de Bretagne" constituée de volontaires et de conscrits. Les autorités civiles et militaires, craignant que cette "armée de Chouans" ne marche sur Paris , pour renverser la démocratie et mettre en place une monarchie - qui sait ? -, avaient désarmé ces soldats, ne leur avaient donné aucune formation au combat, et les avaient juste placés en attente sans leur confier aucun rôle dans la suite des événements (une petite partie de ces hommes combattra quand même, sans ayant eu d'instruction militaire et avec des armes obsolètes par la suite).
L'originalité de ce livre tient au fait que l'auteur raconte cest épisode de l'Histoire à travers le regard d'un poète de l'époque, réformé, et qui choisit de rejoindre le camp pour réaliser un travail journalistique : précisons que Tristan Corbière, puisque c'est de lui dont il s'agit, n'a jamais été présent, dans la réalité, à Conlie.
Deux périodes de L'Histoire se font écho dans le récit et trois personnages marquants échangent, malgré les époques : Tristan Corbière, Max Jacob et Jean Moulin.
Le style du livre est enlevé, rapide, coupé de passages de la poésie de Tristan Corbière et de références littéraires ou artistiques et restituant à merveille les paysages de Bretagne chers au coeur du poète.

Je tiens à remercier Babélio pour la Masse Critique et les éditions Doucey pour leur envoi particulièrement attentionné (un petit mot fait toujours plaisir !).
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andras
  22 février 2020
Encore un magnifique roman consacré à un grand poète, publié par les Editions Bruno Doucey, après celui d'Ysabelle Lacamp, "Ombre parmi les ombres", qui nous racontait admirablement la vie et la fin tragique, dans le camp de concentration de Theresienstadt, du poète Robert Desnos.

Il s'agit cette fois du poète breton Tristan Corbière, décédé à l'âge de trente ans et auteur d'un seul recueil de poésie "Les amours jaunes", publié à compte d'auteur. Par son dilettantisme, son mépris des conventions et son peu d'acharnement à transformer son talent en production littéraire, il mérite de figurer parmi ces poètes et romanciers peu prolixes ou qui décidèrent subitement de ne plus rien publier, et que Enrique Vila-Matas dénomme les "Barlebys" ou encore les écrivains du Refus dans son ouvrage "Bartleby et Compagnie".

Fabienne Juhel est une spécialiste de l'oeuvre du poète breton et elle nous livre ici un roman truculent et malicieux, très éloigné de tout académisme et tout-à-fait à l'unisson avec le caractère fantasque de son principal protagoniste. L'auteur s'appuie tout particulièrement sur le récit poétique que Tristan Corbière a tiré de l'épisode tragique du Camp de Conlie, où, cantonés sur l'ordre de Gambetta pendant la guerre de 1870, des milliers de soldats bretons, enrôlés ou volontaires, furent abandonnés dans des conditions inhumaines, et où nombre d'entre eux moururent de faim ou de maladies contagieuses.

Fabienne Juhel prend la liberté de faire rentrer son personnage dans ce camp en prenant la place d'un soldat décédé pour mieux raconter ce que s'y passe et dénoncer l'incurie des autorités transformant notre poète breton en reporter de guerre. Parsemé d'extraits de poèmes, ce portrait plein de vie et d'humour du poète est à la fois une leçon d'histoire et un régal littéraire. Nous y apprenons au passage que le chef de la résistance Jean Moulin, alors en poste dans le Finistère avant la guerre, découvrit l'oeuvre de Tristan Corbière grâce à l'entremise de son ami Max Jacob et qu'il en tomba sous le charme au point de tirer une eau-forte de la "Pastorale de Conlie" (reproduite dans l'ouvrage).

Merci à Fabienne Juhel d'avoir su si bien ressusciter ce poète breton et nous l'avoir rendu si proche !
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MaminouG
  26 janvier 2020
S'il est un roman que j'attendais en cette rentrée littéraire de janvier 2020, c'est bien le dernier de Fabienne Juhel, "La Mâle-mort entre les dents". Après "La femme murée" et "La chaise n°14" qui m'avaient enthousiasmée, j'étais impatiente de retrouver l'écriture de l'auteure. Je n'ai pas été déçue.
De sa toujours très belle plume, coruscante, bariolée presque, extrêmement travaillée, riche de jeux de mots,
"Toi, tu as juste une gueule, de bois et de travers, la gueule des mauvais jours. Pas la gueule de l'emploi."
d'allusions littéraires,
"Aimé Vacher resserre le col de sa capote. Il manque deux boutons à son vêtement, deux trous au côté droit."
" L'île de Batz est ton indienne d'île. Jamais tu ne verras ton sang ne faire qu'un tour au large d'Ouessant, ni tu ne sentiras ta fin arriver au large de l'île de Sein."
l'auteure, subtile, donne la parole à Tristan Corbière. Il pénètre dans le camp de Conlie, dans la région mancelle, aux côtés de son beau-frère Aimé et rejoint nombre de soldats bretons arrivés là pour former l'armée de Bretagne et arrêter les Prussiens. Hélas, dépourvus d'armes qui n'arrivent pas, affamés faute de ravitaillement, ils pataugent dans la boue. Ils dorment sous la tente, le plus souvent affublés de vêtements mouillés. Et ne résistent guère aux diverses maladies contractées. Elle fait ainsi de ce grand poète breton le témoin d'un épisode peu glorieux de la guerre de 70.
C'était osé de la part de Fabienne Juhel de se lancer un tel défi. C'était osé d'utiliser le poète, en réalité réformé, de faire fi de la chronologie, de lui organiser une rencontre avec Jean Moulin, même si ce dernier fut un temps Sous-Préfet de Châteaulin. C'était osé d'introduire aussi Max Jacob et même Colette Pons la collaboratrice de Jean Moulin dans le cadre de ses activités de camouflage en marchand d'oeuvres d'art. Mais elle y réussit parfaitement. le mélange des petites histoires à la grande fonctionne à merveille. Si je peux reprocher peut-être un manque d'action – mais y en avait-il ? – je me suis laissée transporter dans un passé honteux de ma région natale, passé que j'ignorais totalement. Et surtout, surtout, cet ouvrage m'a incitée à relire les poèmes de Tristan Corbière et notamment la "Pastorale de Conlie". Tristan Corbière, ce fameux poète maudit.
J'attribue aussi un bon point aux Editions Bruno Doussey pour le format de l'ouvrage, peu commun et la couverture striée, couleur du feu, qui donne au visage du poète un magnifique éclat.

Lien : https://memo-emoi.fr
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Komboloi
  12 avril 2020
Dans ce très bon livre, l'écrivaine met un coup de projecteur sur un évènement peu connu et peu glorieux de la guerre franco-prussienne de 1870 : l'armée bretonne du camp de Conlie. Des milliers d'hommes mobilisés dans des conditions inhumaines, sans matériel et sans instruction militaire notamment car Gambetta se méfie de cette armée bretonne. Toute cette histoire se soldera par un massacre.
Tristan Corbière, poète, créera "la pastorale de Conlie", vraisemblablement grâce au témoignage de son beau frère. Là commence le roman puisque l'auteur imagine que ce poète réformé va en fait se faire passer pour un soldat afin de vivre en immersion dans ce camp dans le but de denoncer ce qu'il s'y passe dans la presse.
Ce roman, qui mêle donc habilement la vraie Histoire et un aspect un peu plus romanesque qu'est l'immersion de Corbière, est intéressant et bien écrit. On y croisera même Jean Moulin dans des passages peut-être un peu moins intéressant où il verra le fantôme de Corbière. Cela vient un peu encadrer l'histoire mais finalement ça n'apporte pas grand chose. Ce n'est qu'un détail cependant, car l'ensemble est de grande qualité.
Une belle surprise donc que ce roman à l'écriture soignée qui m'a fait connaître ce fait historique tout en y apportant un souffle romanesque par l'immersion du poète au coeur de cet enfer. Une lecture fort instructive que je conseille !
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Loubhi
  21 janvier 2021
Ce livre est à là fois onirique, historique, poétique et un roman partagé entre témoignages, récits, échanges épistolaires, réalité historique et fantastique (le genre) avec cette rencontre entre le poéte de cette fin du 19 ème siècle (époque du conflit prusso - français) ; Tristan Corbière et Jean Moulin, sorte d'écho à deux conflits mondiaux aux sensibilités artistiques et poétiques communes.
C'est aussi et surtout la description d'une région Bretonne jugée encore trop "chouanne" par le pouvoir politique et mililtaire pour que ses enfants - trouffions disposent du minimum (armes, vêtements, nourritures...) dans le cantonnement de la ville de Conlie pour survivre et battre l'armée prussienne et de Paris ville -  assiégée réduite à se nourri de rats et des animaux du zoo.... Un traitement honteux de jeunes hommes quasi - condamnés à la mort par les épidémies et totalement épuisés. Les descriptions de cette armée de fantômes maltraités est juste ahurissante, la gabegie, le refus de leur donner le minimum vital d'équipement et de nourriture comme le mêpris de ces bretons par l'armée, un pouvoir politique en fuite sautent à la gorge. On voudrait anéantir ces bretons que l'on ne s'y prendrait pas autrement, ce n'est d'ailleurs pas, sans rappeler le sort que l'on réservera à tous les soldats lors de la première guerre mondiale.
 Seul le poète Corbière par sa présence auprès de ses frères bretons, par ses lettres, ses vers pamphlétaires semble s'en préoccuper et sa verve, ses sarcasmes et une certaine forme de désespoir sait nous sensibiliser à ce drame. Tout cela est saisissant, juste dans la narration et la description de la vie au quotidien comme des sentiments et du vécu de notre pays à cette époque. Vers, descriptions, échanges, interpellation et passage de témoin aux générations futures en la personne de Jean Moulin, l'ensemble forme un roman à la fois juste et ambitieux.
J'avoue, néanmoins, avoir été perdu dans l'enchaînement des faits et ce parallèle (?) avec Jean Moulin ne m'a permis de lire l'ensemble dans un certaine fluidité. Cela reste anecdotique et le livre comme son auteure méritent que l'on s'y attarde.
Lien : http://passiondelecteur.over..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
andrasandras   22 février 2020
Tristan [Corbière] a toujours fait à son idée. Il suffit de voir comment il conduit sa barque contre vents et marées. Comment il s'habille en porte-à-faux des modes, comment il porte le chapeau, la blouse de peintre, le caban du matelot, ensemble et indistinctement; comment il monte à cheval, fait du canot, de la musique, peint, rime, chante; comment il fait plus de cas d'une araignée et d'un crapaud, des bestioles pour lesquelles il a de l'estime, quand d'autres se piquant de lettres se prennent pour des loups, des cygnes ou des albatros.

Tout à l'envers, et toujours là où on ne l'attend pas, où on ne l'espère plus. Et dans la plus sublime dissonance. [...]

Une espèce de Diogène breton se plaisant dans son hamac comme l'autre dans son tonneau. Et qui a dû prendre au pied de la lettre la devise de la ville de Morlaix pour mordre les chevilles des bourgeois contents d'eux, enflés d'orgueil, posant en famille entourés de leurs garnitures de mioches.

Voilà, l'Indien !
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HulotHulot   07 février 2020
"Maudit...mal dit et , par conséquent, mal lu."


( Propos entre jean Moulin et Max Jacob, à propos de Tristan Corbière.)
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crapettecrapette   05 novembre 2020
- Vous m'avez l'air d'être un drôle de soldat...Que faites-vous dans la vie ?
- Je tutoie les étoiles.
-Vous êtes poète ?
- Prophète in partibus par kilo d'âme . Une espèce de ce genre-là ,oui, rossignol de la boue pour rossignoler le coeur des filles.
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andrasandras   22 février 2020
On vient de dépasser Saint-Brieuc, et déjà la petite gare d'Yffiniac. Un triangle de mer apparaît, et, au loin, l'îlot du Verdelet. On dirait une miniature de volcan plantée sur une plaque de métal clair.

Ton petit Vésuve breton.
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crapettecrapette   22 octobre 2020
- Moi je suis le maigre coucou...
Ma patrie ... elle est par le monde ;
Et puisque la terre est ronde, Je ne crains pas d'en voir le bout... Tristan Corbière
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