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EAN : 9782864327561
58 pages
Éditeur : Verdier (06/03/2014)
3.83/5   18 notes
Résumé :
Rien n'est jamais trop étrange pour Krzyzanowski. Voilà qu'un de ses grands textes - tout petit en nombre de pages - que l'on croyait perdu à jamais vient de réapparaître aux archives à Moscou, restitué en 1995 par le FSB (ex-KGB) puis oublié au fond d'une réserve. S'il n'a pas valu à son auteur d'être arrêté, c'est peut-être parce que celui-ci portait par hasard le même nom qu'un grand révolutionnaire, ou parce qu'il était un écrivain à ce point invisible que l'abs... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  03 avril 2015
La langue ivre de Sigismund Krzyzanowski.
Malgré la considération dont il jouissait auprès des intellectuels, aucun livre de Sigismund Krzyzanowski ne fut publié de son vivant, jusqu'à la découverte extraordinaire de ses écrits dans les archives soviétiques et le début des publications près de quarante ans après sa disparition. Né en 1887 en Ukraine de parents polonais, il s'installa en 1922 à Moscou, dans une petite chambre du quartier de l'Arbat, d'où il ne bougera quasiment plus jusqu'à la fin de sa vie en 1950.
C'est d'une chambre minuscule comme celle-ci que le narrateur insomniaque de Rue Involontaire expédie, par le vasistas, des lettres à sept destinataires anonymes et hasardeux, lettres écrites avec leur coauteur la vodka pour écluser un trop-plein de timbres, reçus comme monnaie pour l'achat de bouteilles de ladite vodka.
«Voilà comment j'ai contracté cette étrange maladie qu'on pourrait appeler épistolomanie. C'était il y a deux ans, quand la vodka suscitait de longues et soudaines files d'attente, et qu'on nous rendait la monnaie en timbres-poste. Je bois. À cause de quoi ? me demanderez-vous. Un regard trop sobre sur la réalité. Je suis vieux – j'ai les cheveux filasse et les dents jaunasses – et la vie est jeune, donc il faut me laver, comme une tache, m'effacer avec de la vodka. C'est tout.
Comment je commence mes matinées ? Levé de bonne heure, je vais au croisement et j'attends. Comme un chasseur à l'affût. Assez vite, ou parfois pas vite du tout, d'un côté ou de l'autre du carrefour apparaît une carriole remplie de caisses en bois. Dedans, bien fermé sous du verre et des bouchons, il y a de l'alcool. Je sors de mon immobilité et je suis la carriole, où qu'elle aille, jusqu'à l'arrêt et le déchargement. Voilà qui vous donne l'impression de marcher d'un pas solennel derrière un catafalque portant vos propres cendres.»
Plongeant le lecteur dans le Moscou du début des années 1930, ces lettres frappent surtout par leur écriture, déstabilisante comme l'abus de vodka, progressant en zigzags inventifs et fulgurances, sur le langage, le temps, et la possibilité de dompter par l'ivresse des mots l'avancée vers la mort.
«Le temps m'apparaît tantôt comme un tourbillon d'instants, tantôt comme une chute d'eau tombant vers l'avenir».
«Je bois parce que l'ivresse est un modèle réduit de la vie (l'eau-de-vie) : d'abord l'attente de la vie – puis l'excitation adolescente – puis l'impression juvénile à la fois d'ivresse et de lucidité, l'apparition d'images érotiques – puis le sentiment d'inertie, verre après verre, la confusion mentale, l'envie de dormir, l'indifférence de la vieillesse – et enfin la décrépitude, la désintégration des pensées, le verre pas terminé, la saturation – et, pour finir, le sommeil sans rêves, la mort… et tout ça en vingt minutes»
Ce recueil traduit du russe et présenté par Catherine Perrel pour les éditions Verdier comporte aussi deux nouvelles fantastiques et très gogoliennes, «La clepsydre», la légende d'un ivrogne moscovite, et «Le feutre gris», les pérégrinations d'un chapeau et les pensées noires qu'il inspire aux crânes qu'il recouvre successivement.
«Quand je mourrai, laissez les orties pousser sur ma tombe - et qu'elles piquent !»
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/04/03/note-de-lecture-rue-involontaire-sigismund-krzyzanowski/
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topocl
  31 mars 2017

Voilà le genre de livre qui me fait dire qu'il me manque une case, ou que mes cases n'ont pas la bonne forme (ou, comme l'écrit Krzyzanowski "Cette vision du monde ne correspond pas à mes dioptries"), car il est unanimement encensé un peu partout, à juste titre je pense, et que je passe complètement à côté. Si la forme courte n'est pas idéalement adaptée pour moi, ce n'est pas que cela, car c'est une contrainte que je sais parfois dépasser.
Certes je ressens la noirceur, la solitude et le désespoir, cet insomniaque alcoolisé, qui parcourt les rues la nuit et s'adresse aux fenêtres éclairées.
Certes je perçois cette absurdité du système soviétique, si inepte qu'il faut écrire des lettres pour utiliser des timbres inutiles, sonner selon des codes incongrus pour rencontrer l'autre, et si c'est çà la Révolution....
Certes je perçois la beauté de l'écriture:
" Ainsi, j'aime me promener la nuit. le jour, quand l'espace rayonne de soleil et que dans la ville tournent les rayons des roues et s'arrachent les pas, le temps est peu perceptible. Mais avec la nuit, quand les objets, vivants et morts, s'inaniment, l'ombre prend la place de la chose et la repousse dans les rêves, dans la vie ombreuse."
Peut-être même un peu trop ciselé pour un ivrogne alcoolisé, dont on attendait un certain empâtement de la pensée et de l'expression.
J'aime les promenades nocturnes, j'aime les fenêtres éclairées dans le noir, parlant des insomniaques "compagnons de la pensée qui ne s'éteint pas »". La vodka n'est pas mon recours, et je n'écris pas de lettres, encore moins aux inconnus, mais parfois des commentaires qui, pourquoi pas, m'aident à lutter contre certains désarrois. Mes jours ne sont pas solitaires, mais néanmoins parfois effrayés, mais mes timbres sont utiles et non absurdes. J'aurais dû partager avec cet auteur, ce ne fut pas le cas.
Je ne parlerai guère du deuxième récit, La clepsydre où je ne reconnais rien, et ne comprends pas beaucoup mieux, histoire absurde ou sens caché ? Ni du troisième, le feutre gris où les pensées, qui naviguent, semant la mort, d'un cerveau à l'autre à dos de chapeau, comme des puces à dos de chien, ne m'ont guère convaincue, malgré la pirouette finale.

J'analyse donc les qualités de cette oeuvre, mais elles ne m'accueillent pas. Il y a là une poésie sombre et absurde qui m'échappe et me désarçonne. Peut-être aurais-je dû préparer ma lecture par un bon verre de vodka, j'aurais été plus réceptive.
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artemisia02
  22 avril 2017
Recueil de 7 lettres plus 2 textes que l'on pensait perdus à jamais et découverts par hasard dans les archives de Moscou restituées par le KGB. La vie de l'auteur elle aussi est pleine de mystère.
Rien qu'avec cette introduction digne d'un film d'espionnage, cela m'a donné envie de le lire.
Soyons honnête, l'auteur a bien raison de préciser que le coauteur est la vodka. Il flotte dans ces lettres une brume alcoolisée mais pas une ivresse totale, c'est à dire que l'auteur est bien conscient qu'il écrit alors qu'il est sous l'emprise de la vodka, qui, pour lui, est son état normal maintenant.
Disposant de timbres rendus comme monnaie pour tout achat de vodka, et ne sachant pas quoi en faire, l'auteur décide d'écrire et d'envoyer des lettres au facteur, à ses voisins d'immeuble ou de rue.
J'ai trouvé ces lettres pleines d'humour noir, de réflexions faites à base de vapeurs d'alcool mais avec une certaine conscience de cette réalité , du coup son auteur, en pleine solitude, en devient plus touchant,
J'ai bien aimé le style de l'auteur et ce côté autobiographique. Les nouvelles, quant à elles sont un plus alambiquées mais restent sympathiques.
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JimmyCz
  07 septembre 2016
Composé de trois texte, Rue involontaire, la clepsydre et le feutre gris pour clore l'ouvrage. Si ces trois récits sont passionnants, je coupe tout suspense en déclarant avoir préféré le dernier.
Dans le premier texte qui est épistolaire, le narrateur écrit à des gens qu'il ne connait pas. Seul, souffrant de cette solitude, et ayant des timbres qui ne servent pas, il décide d'écrire à ses voisins, des voisins semblant partager une vacuité existentielle dans un lieu vide également. C'est triste, mais tristement vrai.
Le second est l'histoire d'un homme qui, pour combler son inutilité ontologique, décide de boire de telle sorte que son ivresse puisse renseigner du temps qu'il passe et de l'heure qu'il est. Sa fonction deviendra alors sa nature, et son vide sera un trop plein de ce qui lui nuit. Sage conclusion philosophique de penser que le vide comme le plein peuvent constituer le néant de nos vies. grosse leçon qui n'en est pas une, un bien bel apprentissage que seuls les livres peuvent nous indiquer avec tant de clarté.
Le dernier est l'histoire d'un chapeau parasité par un pessimisme dépressif personnifié. Dès qu'un quidam passe et porte le chapeau qui se transmet suivant une malédiction fatale, le pauvre homme broie du noir par cet esprit Aquoibon jusqu'à désirer le suicide. Encore un très bon enseignement philosophique que de penser que le nihilisme et l'inertie sont davantage une cause de suicide que le simple mais douloureux malheur. Car à l'inverse de ce dernier, ne plus savoir quoi faire, ne plus tenir compte des conséquences et ne plus rien ressentir sont déjà des débuts de mort.
Très petit livre par le nombre de pages, chef d'oeuvre par le style, ouvrage indispensable par le contenu. Kant déclare qu'il y a des impératifs catégoriques en morale, il y a je pense des impératifs littéraires, des livres qui par leurs écrits conduisent à un universel et doivent donc être lus par l'univers entier. Cet ouvrage en fait partie. Magnifique.
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monocle
  28 novembre 2019
Sigismund Dominikovitch Krzyzanowski est né à Kiev en 1887 et mort à Moscou en 1950. Il fait de brillantes études, parle sept langues et fait partie du monde fermé des érudits.
On perd sa trace durant la première guerre mondiale.
On le retrouve à Kiev en 1919, où, connu des milieux intellectuels et étudiants par les conférences qu'il donne et les séminaires qu'il anime.
En 1922, Krzyżanowski s'installe à Moscou, dans le quartier de l'Arbat, où il habite une chambre de huit mètres carrés qui lui inspirera sans doute l'un de ses récits fantastiques : La Superficine. Il ne la quittera pratiquement plus jusqu'à sa mort, en 1950.
Il aurait écrit plus de 3000 pages dont pratiquement aucune n'aura été publiée dans son pays. Jugé insignifiant une partie de ses textes ont été saisis par l'appareil politique de l'URSS et conservé dans des conditions qu'on pourrait estimer désuète. En 1995 ils réapparurent aux archives à Moscou et oubliés dans une réserve.
Rue involontaire est composé de sept lettres. L'auteur miné par l'alcool, la maladie et la solitude donne ici quelques fragments de sa personne.
Même si l'écrit en soi (un trentaine de pages) n'est pas vraiment un joyau de la littérature au point de vue technique d'écriture, cela passe presque en second plan. La réelle émotion c'est de pouvoir les consulter en imaginant le chemin qu'ils ont parcouru. Pour passer d'un cerveau désespéré, imbibé de vodka, dans le pays le plus surveillé du monde. Conservés pendant des décennies (la date de création étant inconnue) et reprises par les éditions Verdier qui tente une belle aventure dont l'appât du gain n'est certainement pas le but premier.
a lire : le Marque-page, traduit par Catherine Perrel et Eléna Rolland-Maïski, 1992 qui comprend le texte "la superficine" qui serait celui qu'il ne faut pas laisser au bord du chemin.

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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
artemisia02artemisia02   22 avril 2017
Je me suis éloigné des hommes et rapproché de la bouteille. Je bois.
Maintenant, même les enfants du quartier s'ecrient quand ils me voient : " Voilà le pépé au nez rouge qui va de travers ! " Eh bien, mieux vaut avoir le nez rouge et aller de travers que le nez creux et aller dans le sens du vent.
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artemisia02artemisia02   22 avril 2017
Au facteur
Camarade facteur, cette lettre n'ajoutera rapport aucun pas à votre travail déambulatoire et n'alourdira pas d'un gramme votre besace. Je crains seulement que l'habitude de porter des lettres ne vous entraîne à emporter ces lignes jusque dans votre appartement. Mais je vous conseillerais plutôt de l'ouvrir sur-le-champ, de la lire et de la jeter - dans la poubelle la plus proche,.
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walterver2terrewalterver2terre   11 octobre 2016
Je bois parce que l'ivresse est un modèle réduit de la vie (l'eau-de-vie) : d'abord, l'attente de la vie - puis l'excitation adolescente - puis l'impression juvénile à la fois d'ivresse et de lucidité, l'apparition d'images érotiques - puis le sentiment d'inertie, verre après verre, la confusion mentale, l'envie de dormir, l'indifférence de la vieillesse - et enfin la décrépitude, la désintégration des pensées, le verre pas terminé, la saturation - et, pour finir, le sommeil sans rêves, la mort... et tout ça en vingt minutes.
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AifelleAifelle   12 janvier 2015
"Cette vision du monde ne correspond pas à mes dioptries".
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Lena40Lena40   25 février 2017
Il sauta de la vie en marche.
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Videos de Sigismund Krzyzanowski (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sigismund Krzyzanowski
Vadim Perelmouter à propos de l'écrivain Krzyzanowski (1) .Vadim Perelmouter, éditeur et essayiste, raconte comment il a découvert l'écrivain Sigismund Krzyzanowski.
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