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ISBN : 2809703523
Éditeur : Editions Philippe Picquier (17/08/2012)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 18 notes)
Résumé :
"L'enfant du ciel", premier des quatre livres composant ce magnifique roman, commence comme une réécriture de la Genèse. C'est l'histoire d'un adolescent, un ingénu qui, chargé de garder un camp de "novéducation" pour intellectuels, finira par se crucifier au-dessus d'un tapis de fleurs rouges pour leur rendre la liberté et sceller leur rédemption.
Il y a aussi "Le Vieux Lit", récit de l’Écrivain, et le mémoire "Des criminels", qu'il doit rédiger pour les aut... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Zebra
  01 mai 2013
« Les quatre livres », c'est un témoignage romancé, distancié, froid et méthodique que nous livre YAN Lianke sur les ravages produits en Chine dans les années 1959 à 1961 par « Le Grand Bond en Avant ». Remontant le cours de l'histoire contemporaine, le lecteur est ainsi plongé dans ce qui sera successivement « une utopie socialiste, un rêve insensé puis un vrai cauchemar » (YAN Lianke, documentaire sur la Chine, ARTE, 30 avril 2013). Effrayant !
Petit retour en arrière. Obsédé par l'objectif de hisser son pays à la première place des producteurs d'acier dans le monde, obnubilé par une volonté de puissance et de démonstration, scotché par son idée d'avoir à dépasser l'Angleterre et de rattraper les États-Unis, hypnotisé par la nécessité de démontrer à tous – et plus particulièrement à l'URSS - la suprématie éternelle de l'Empire du Milieu, Mao Dze Dong fait, pour cette cause, déplacer et interner en camps de travail (YAN Lianke parle de camps de « novéducation ») des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, pour la plupart des intellectuels. Pour ces hommes et femmes, forcément plus intelligents que la paysannerie locale, le Pouvoir central n'a qu'un seul mot d'ordre : produire de l'acier en quantité inimaginable, en pulvérisant les rendements habituellement obtenus. Alors ces hommes et femmes se mettent à couper puis à bruler progressivement toutes les forêts afin d'entretenir des « gueulards » en pierre dans lesquels ils fabriquent l'acier tant désiré. Au début, le procédé fonctionne parfaitement, mais, mois après mois, en proie à un appétit insatiable, le Pouvoir central exige d'eux qu'ils battent encore et encore les records de production d'acier, pourtant péniblement décrochés. Alors les « gueulards » ronflent, jours et nuits, et les galettes d'acier s'entassent, obtenues par la fusion de tout le métal disponible, morceaux de rails de chemin de fer, pelles, pioches, fourchettes, bols, casseroles, etc. Résultat ? Il n'y a bientôt plus de métal disponible et plus de bois à couper : la production d'acier dégringole et les sols - mélange de terre peu enrichie en engrais et de sable - se montrent nus, exposés aux vents et aux intempéries. Pour nourrir tous ces travailleurs, le Pouvoir central puise dans les stocks régionaux (essentiellement des céréales), organise des distributions et rationne ces esclaves des temps modernes, mais les stocks ne sont pas illimités. Qu'à cela ne tienne : le Pouvoir central donne l'ordre aux travailleurs de tous les camps de « novéducation » de produire du blé en quantité inimaginable, en pulvérisant les rendements habituellement obtenus (air connu). Mais les sols des campagnes ont été lessivés par les pluies et sont devenus alcalins, puis il y a eu des inondations qui ont fait pourrir les semences comme les premières récoltes, et la météo estivale a été défavorable (alternance de fortes pluies et de sècheresse) : au final, les rendements sont médiocres. le Pouvoir central donne alors l'ordre à tous de faire des efforts, demande qu'on punisse celles et ceux qui trichent ou ne s'impliquent pas suffisamment, exige que soient dénoncés les ennemis du Peuple, les contre-révolutionnaires. Rien n'y fait : la nourriture vient à manquer, c'est la disette puis la famine. Durant l'hiver 1960 - 1961, hiver particulièrement froid puisque la température va descendre jusqu'à – 30°C, les « novéduqués » brulent tous les livres qu'ils avaient cachés sous leurs paillasses afin de produire un peu de chaleur, puis ils mangent leurs chaussures et leurs ceintures de cuir et ils finissent par tomber comme des mouches : ceux qui ne meurent pas de faim se sont pour la plupart livrés à des actes de cannibalisme. Par sa bêtise et son entêtement, Mao Dze Dong aura ainsi sacrifié 36 millions de ses compatriotes. C'est à ces millions de sacrifiés que YAN Lianke dédie son roman : «  A ce pan d'histoire oublié et à ces dizaines de milliers d'intellectuels, les morts et les survivants ».
Le roman de YAN Lianke se passe dans la zone 99, un camp de « novéducation », près du fleuve Jaune. C'est un Enfant qui dirige ce camp : il applique à la lettre, en toute naïveté, les consignes révolutionnaires. L'Enfant donne la permission à l'Écrivain de coucher par écrit les faits et gestes des « novéduqués », celles et ceux que le Pouvoir central appelle « Les Criminels » car ils se sont rendus coupables d'un crime abject, celui d'être contre-révolutionnaire. L'Érudit observe la vie du camp et la bêtise humaine ; il se lie d'amitié avec une femme, La Musicienne, femme qui aura recours à divers artifices pour assurer sa survie. le Religieux essaye jusqu'au bout de cacher son penchant pour des lectures interdites (en fait, la Bible), lectures qu'il lui faudra renier devant tous ses codétenus. D'autres personnages particulièrement bien campés apparaissent au fil des pages, comme le patron de la zone 98 ou quelques hauts dignitaires provinciaux qui font des promesses stupéfiantes, promesses qui ne seront hélas jamais tenues (comme on sait, elles n'engagent que ceux qui les écoutent). Tous ces personnages jouent une pièce de théâtre très particulière : ils en sont à la fois les acteurs et les spectateurs. Sans ménager leur peine, tels Sisyphe, obéissant aveuglément aux ordres imbéciles de cette Bête immonde qui les tient pour quantité négligeable, les sacrifiés avancent et tentent de tout mettre en oeuvre pour exécuter servilement les consignes reçues tout en préservant au maximum leur existence. le récit (400 pages) avance lentement jusqu'à son final, surprenant. Quelques images poétiques, toutes en illusion, s'imposent, ici et là. le lecteur aura peut-être l'impression de visionner un documentaire d'époque, en noir et blanc. Dans « Les quatre livres », YAN Lianke ne dénonce pas ouvertement Mao Dze Dong : mettant en cause l'entreprise totalitaire et ses impacts nuisibles sur le peuple Chinois, YAN Lianke tente de rétablir la vérité historique. Il sait de quoi il parle: il est né en 1958 d'une famille de paysans illettrés, touchée de plein fouet par « le Grand Bond en Avant ». le rendu est précis, puissant mais glacial : l'auteur nous montre l'absurdité, la brutalité et l'inhumanité de l'entreprise.
Vous pourrez profiter de votre lecture pour vous interroger sur les vertus éducatives du travail, sur les efforts à accomplir (on parle aujourd'hui de « challenge ») au nom de la l'efficacité économique, sur le maintien au pouvoir d'idéologies peu respectueuses des droits de l'homme, sur les dégâts collatéraux provoqués par l'irrésistible ascension économique de certains pays ...
Un très bon livre.
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GabySensei
  15 août 2012
Tant de Bêtise prêterait à rire si elle n'avait pas fait 36 millions de morts!
L'auteur nous raconte "le Grand Bond en avant" de l'intérieur et c'est effrayant!
Nous sommes dans la zone 99, un camp de "novéducation" pour intellectuels, près du fleuve jaune. Ce camp est dirigé par un Enfant qui encourage la délation et les bassesses en tout genre. Ces érudits sont incités par le travail forcé à devenir des agriculteurs et à cultiver du blé. Mais comme ils sont plus intelligents que les autres, l'État leur demande des rendements impossibles à atteindre.
Puis l'État décide qu'il faut produire de l'acier pour rattraper les États-Unis. Nos "agriculteurs" font alors fondre tout leur métal (pioches, pelles, fourchettes) pour contenter le parti. Comment atteindre les quotas quand on a plus d'outils et que la terre sableuse n'est pas adaptée à la culture? Et bien il suffit d'irriguer avec son sang!
"Oui, fabriquer de l'acier à grande échelle pour abasourdir l'univers, cela s'est fait dans tout le pays. Toutes les forces de la nation y ont participé. Et partout où cela s'est fait, dans la montagne, sur les rives des fleuves, à l'entrée des villages, les hommes ont coupé les arbres. Or là où ils les ont coupés, il y a eu des inondations puis la sécheresse. Partout les cataclysmes se sont produits, et personne n'a pu éviter la disette."
La famine et le cannibalisme poussent les prisonniers à s'échapper seulement pour constater que le même drame sévit dans toute la chine et que leur zone 99 n'était peut-être pas la pire.
Le style de l'auteur est très neutre et distancié, presque froid. Cela contribue à augmenter l'horreur de la situation. Les personnages n'ont pas de nom. L'auteur évoque une musicienne, un écrivain, un religieux et un érudit. En s'en tenant à des personnages archétypaux on sent que l'auteur n'a pas voulu stigmatiser son pays mais plutôt le phénomène totalitaire en général. Yan Lianke signe en tout cas un grand livre.
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Cath36
  11 février 2013
Mon Dieu que ce roman est alambiqué ! D'une part, plagier la Genèse pour décrire les commencements d'un camp de réeducation communiste (sous Mao, c'est dire si c'est tordu) était un pari risqué mais je dois dire assez réussi, faisant ressortir la volonté dogmatique du principe de rééducation par le travail avec tout ce qu'elle a d'absurde, d'incohérent, d'illogique et d'inhumain ; d'autre part y mêler brutalement (sans transitions aucune) les récits de l'écrivain interné sur ce même camp et, dans la foulée, ses rapports adressés au parti ne contribue pas à ménager le lecteur pris au dépourvu par tant de bizarreries. D'autres écrivains ont réussi ce type de mélanges, mais là, carrément, c'est un peu loupé. "Forte, violente bouleversante" me paraissent des adjectifs un tantinet exagérés pour décrire cette oeuvre certes puissante, mais qui perd de sa force tant on a l'impression que l'auteur tourne en rond dans son récit comme ses personnages dans leur camp sans plus pouvoir en sortir. Reste l'efficacité de sa démonstration sur le plan relationnel où le rôle de la flagornerie et de la délation remplacent tout rapport humain digne de ce nom. Reste aussi la possibilité de transposer ce récit à l'époque actuelle, en se demandant, si, au nom de la rentabilité et de l'efficacité économique, les choses ont vraiment changé sur le plan humain... : " Sur l'aire vide de la cour, ils défrichèrent un terrain, y semèrent le maïs et eurent un champ expérimental. Puis, tandis que les pousses étaient hautes comme des baguettes, voici que devant chacune ils plantèrent une pancarte en bois et que sur cette pancarte un nom était écrit. Chaque criminel était responsable d'un plant, il était exigé que tous les trois ou quatre jours il se pique le doigt et le poignet pour faire couler le sang sur la racine."
D'abord enthousiaste au cours des premiers chapitres, j'ai vu ma flamme se refroidir peu à peu jusqu'à me demander si j'allais finir ou non ce livre. Je l'ai fini, et me suis dit qu'une civilisation qui transformait ses intellectuels en cannibales (à cause de famines, certes mais aussi à cause d'une idéologie qui cherche à détruire son élite et qui brûle les livres pour parer au froid) n'était effectivement pas une civilisation digne de ce nom. Ahurissante, délirante, ubuesque, absurde tel le Sysiphe qui se résigne à sa condition et y trouve même sa joie (cf dernier chapitre) , cette fable est un cauchemar éveillé, un peu tout de même à la limite du grand guignol.
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michelekastner
  17 août 2013
Toute la folie des hommes et les conséquences absurdes et meurtrières d'un pouvoir mégalomaniaque, irraisonné, dominateur, démesuré sont condensées dans ce roman cauchemardesque qui se joue dans un camp de rééducation pour intellectuels obligés de se soumettre à une production démente d'acier, de cultures sous la direction et l'arbitraire d'un enfant manipulé par les autorités qui, entre autoritarisme et chantage, entre punitions et rétributions, les incite à la délation et la concurrence, avec, au bout du chemin, la famine et l'horreur. Quatre livres écrits comme une nouvelle Genèse sous Mao.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
ZebraZebra   30 avril 2013
page 144
[...] Les gueulards des quelque vingt fourneaux étaient déjà ouverts, les hommes apportaient avec leurs palanches l'eau de la rivière et la déversaient seau après seau par cette ouverture et celles des poitrines pour qu'elle se répande à l'intérieur. Tandis que, glacée, elle arrosait le four bouillant, le froid et le chaud entraient en collision avec un bruit assourdissant de gigantesque explosion. Des fumées noires et blanches jaillissaient, sautaient en grondant hors de la bouche et s'échappaient en fonçant vers le ciel. A l'intérieur les loupes se formaient. La vingtaine de colonnes de fumée s'enroulaient comme des nuages. L'Enfant s'avança à l'intérieur de cette vapeur, et il fut comme l'oiseau quand il s'envole au plus profond du firmament. Premier fourneau, deuxième fourneau, lorsqu'il fut au treizième, le plus grand, voici qu'il vit l'Erudit agenouillé au sommet, à deux pieds à peine du gueulard, d'où montait un panache d'un bon mètre de diamètre qui lui frôlait le visage et s'y accrochait. Et comme il s'approchait, à la clarté de la neige, dans sa lumière immaculée, il vit aussi que sur son haut chapeau conique, en plus du "fornicateur" originel en caractères noirs gros comme le poing, il avait ajouté "traitre à la patrie, anti-Parti, renégat, insulte à la nation, ne respecte pas les dirigeants, méprise le petit peuple, rejette la civilisation humaine, s'oppose au bien-être du peuple, pelote les femmes, met l'amour au-dessus de tout, martyrise les vieillards et les enfants, prend des chemins erronés", toutes sortes de crimes, enfin, répartis autour du "fornicateur", à droite, à gauche, au-dessus et au-dessous, ainsi qu'à l'arrière de la coiffe. La fumée et la vapeur bouillonnantes s'élevaient devant lui, l'encre noire lui dégoulinait sur le visage. [...]
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Cath36Cath36   11 février 2013
Et voici que l'Enfant était dans ce rouge et que son visage était lumineux et son coeur transparent. Or l'Erudit se tenait là, abasourdi par tout ce rouge, l'absolu de ce rouge, et ses traits étaient rigides, durs, comme s'il avait eu une pierre rouge sur la figure.
Or l'Enfant lui parlait. Il dit : "Tu dois m'écouter. C'est pour ton bien. Il faut que tu m'obéisses, que tu acceptes de te faire critiquer et de porter le chapeau car en vérité tu en seras généreusement récompensé."
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GabySenseiGabySensei   15 août 2012
Vous voulez voir ce que je prépare?
Personne ne répondit, mais nos regards convergèrent sur le couvercle en carton. Ailleurs certains avaient éteint le feu, et tenant à la main la tasse ou le bol émaillé qui avait servi de casserole, ils s'étaient accroupis pour manger. Des bruits de déglutitions nous parvenaient par intermittence, comme une eau qui se serait écoulée dans le lointain. Elle jeta un œil dans leur direction avant de revenir à nous pour platement annoncer:
"Nous mangeons de la chair humaine. La tempête a duré une semaine, le sable a enseveli les herbes de la lande, personne n'a pu déterrer la moindre racine aujourd'hui."
(P365)
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GabySenseiGabySensei   15 août 2012
L'univers était clair. On avait dit "que la lumière soit", et la lumière avait été. Dieu avait vu que la lumière était une bonne chose et Il l'avait séparée des ténèbres. Il avait vu que l'homme se fatiguait facilement, Il avait fait le matin pour qu'il se mette au travail et la nuit pour qu'il se repose. Le crépuscule approchait. A l'extrémité ouest du village, le jujubier au faîte duquel le soleil rouge et jaune avait autrefois coutume de s'accrocher avait été brûlé pour fabriquer l'acier. Tous les arbres étaient allés dans les fourneaux. L'univers était chauve. Rien ne faisait obstacle à la claire lumière, qui s'épandait partout, sur la terre comme au ciel, et les dernières lueurs du couchant, que rien ne venait voiler, s'étalaient comme du sang sur le sol.
(P151)
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GabySenseiGabySensei   15 août 2012
Pour fabriquer l'acier, tous les arbres avaient été coupés, la terre n'était plus qu'une étendue immaculée, une gigantesque page vierge. N'ayant nulle part où se poser, les moineaux voletaient en piaillant sans trêve ni repos puis, lorsque la fatigue les prenaient enfin, ils cherchaient sur le sol enneigé une épine, une haute armoise solitaire et ils s'y perchaient en ribambelles qui faisaient plier l'épine ou l'armoise.
(P168)
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