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EAN : 9782809726626
128 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (02/03/2017)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 25 notes)
Résumé :
You Sipo, qui était arrivée au village des monts Balou en chantant un air d'opéra, est désormais silencieuse, elle a trop à faire pour élever seule ses enfants malheureusement idiots de naissance. Alors qu'elle est à la recherche d'un "gens-complet " pour marier sa troisième fille, elle apprend que seule une décoction d'os humains venant d'un proche parent serait susceptible de guérir ses enfants. You Sipo fouille la tombe de son défunt époux, le médicament est effi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Yaena
  04 février 2019
Un chant céleste fut pour moi une découverte surprenante : celle de la plume de Yan Lianke qui est d'une poésie et d'une élégance rare. L'auteur nous emmène dans la campagne chinoise à travers les montagnes et les champs de maïs, pour une balade poétique empreinte de tristesse. Il fait de la nature un être vivant, un personnage à part entière de sa nouvelle. Les descriptions sont un vrai travail d'orfèvre, il fait appel à nos sens et ses mots font naître des odeurs de terre fraîchement retournée, des bruissements de vent dans les hautes herbes et la sensation de la brise sur notre peau. En quelques lignes il nous transporte à l'autre bout du monde et plante le décor, un dépaysement total pour une immersion dans un petit village reculé de Chine. Ce village où une mère se débat seule pour élever ses quatre enfants nés « idiots ». Yan Lianke nous dresse un beau portrait de femme, une femme forte qui ne renonce jamais; sa mission est d'assurer un avenir à ses enfants et elle mettra tout en oeuvre pour la mener à bien, quoi qui lui en coûte. Une nouvelle aux allures de conte puisque les morts ont la parole et qu'il se déroule pas mal événements invraisemblables. Pour autant cela n'enlève rien à la beauté du récit au contraire. On retrouve l'antagonisme de la culture chinoise à travers ces lignes à la foi tristes et gaies. L'auteur nous donne également un aperçu de la Chine rurale et des croyances qui l'habitent. Pour autant si certains éléments sont concrets et réalistes, ce récit est à ne pas prendre au pied de la lettre sous peine de passer complètement à côté. Il faut se laisser bercer par les mots comme les enfants le font quand ils écoutent un conte et laisser de côté son esprit rationnel. de temps en temps ça ne fait pas de mal.
Il y a dans ce petit livre une délicatesse et une subtilité dans l'écriture que j'ai vraiment appréciée.
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Osmanthe
  14 juin 2017
Particulièrement emballé par "Les jours, les mois, les années", je poursuis ma découverte de cette grande plume de la littérature chinoise, Yan Lianke. Et Un chant céleste confirme tout le bien que je pense de son auteur.
Nous sommes encore une fois dans la campagne chinoise, dans ces monts Balou chers à l'écrivain. L'héroïne, You Sipo, qui croyait avoir trouvé son bonheur avec son mari You Shitou ("elle était arrivée au village en chantant un air d'opéra"), se retrouve quelques années plus tard affublée d'une charge terrible...elle a enfanté trois filles et un fils...tous idiots ! Devant les reproches de son épouse qui le rend responsable de ce fardeau décidément trop lourd à porter, You Shitou se jette dans la rivière.
Si elle a réussi tant bien que mal à marier ses deux premières filles, elle doit partir battre la campagne en vue de trouver un homme pour sa troisième. Il y a urgence, elle commence à avoir des envies, et son petit frère ne pense plus qu'à la tripoter. Mais You Sipo est maligne et intransigeante : hors de question de mettre ses filles dans les mains d'hommes eux-mêmes idiots. La troisième aura donc un "gens-complet". Mais pour cela, il va falloir que sa fille, et plus tard son fils, guérissent de leurs maux. Car les hommes aux alentours savent bien que You Sipo est la mère d'enfants tarés, il va falloir user de persuasion pour les convaincre de faire une affaire avantageuse. Or il paraîtrait qu'un remède, un seul, pourrait faire des miracles : la décoction d'os humains, et mieux encore, de la cervelle humaine...Son défunt mari devenu mort-vivant, qu'elle seule peut voir et qui l'accompagne partout dans sa quête, pourrait bien faire oeuvre utile, et s'acquitter en quelque sorte de sa dette envers cette famille maudite.
Ce court roman, qui est quasi une nouvelle est passionnant de bout en bout. Tout y est : une histoire originale, une bonne qualité d'écriture, un fond permanent d'humour et de truculence, un peu de fantastique avec la présence du mari-fantôme...la force de ce récit aux allures de conte, c'est de montrer la vie dans les campagnes chinoises, un peu arriérées, simple, dure, où l'on se ne se fait pas forcément de cadeaux. L'auteur est lucide sur la mentalité de ces chers paysans chinois, brossant ces travers qui nous font sourire...ils ont clairement le sens du commerce en toutes circonstances et une idée claire des avantages qu'ils peuvent tirer d'une situation.
Au-delà, c'est aussi plus sérieusement un hommage au courage d'une femme qui, quoi que n'échappant pas elle-même à ces petits travers, fait preuve d'un fort caractère, d'une détermination sans faille pour parvenir à ses fins, et qui par amour maternel se sacrifie totalement pour ces enfants.
Pour ma part, à lire et sans doute à relire avec plaisir.


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gonewiththegreen
  12 septembre 2018
Dans les romans chinois, souvent les morts conversent avec les vivants.
Dans les romans chinois, la poésie côtoie l'horreur, la mort la vie, l'humour la tristesse, la joie la peine.
Dans les romans chinois, la nature éclate de beauté , les têtes de folie.
Dans les romans chinois, l'amour n'est jamais loin. Ici Lianke porte celui d'une mère à son paroxysme, en y mêlant tous les ingrédients suscités.
Mètre de quatre idiots, You Sipo va se démener pour leur trouver une issue favorable . On est dans le conte , le fantastique mais aussi dans le quotidien des campagnes chinoises.
On est dans l'archétype du roman chinois : Dense , métaphorique, triste , gai, passionné, suintant d'amour et d'horreur.
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Walden-88
  12 mars 2017
Le village des You en plein coeur de la chaîne des Balou (si chère à Yan Lianke) est tristement célèbre pour ses terres qui n'étaient que pentes mais aussi car c'est le village des "quatre idiots". Après avoir engendré trois filles idiotes, lorsqu'il se rend compte que son garçon est lui aussi déficient, You Shitou se jette dans la rivière, laissant à son épouse, You Sipo, la lourde tâche d'élever seule ses quatre enfants.
Après avoir marié ses deux premières filles, la troisième âgée de 28 ans ressent le besoin de trouver un homme. Mais elle ne veut pas d'un boiteux ou d'un borgne comme ses aînées mais bien d'un "gens-complet". You Sipo parcourt ainsi la vallée à la recherche d'un époux pour sa fille, accompagné par le fantôme de son mari, qui ne se gêne pas pour émettre son avis.
Dans court roman bercé par les croyances et les superstitions de la Chine rurale, Yan Lianke nous conte l'histoire de cette mère qui ne recule devant rien pour le bonheur de ses enfants, prête à tout pour les sauver de la maladie qui les frappe. Surtout lorsqu'elle apprend qu'une décoction d'os humain venant d'un membre de la famille serait susceptible de les guérir. Quelle joie de retrouver Yan Lianke, incontestablement un de mes auteurs préférés !!! Ici on retrouve la puissance et la poésie mais aussi la finesse d'écriture qu'il y avait dans Les jours, les mois, les années.
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zazimuth
  03 août 2017
J'ai trouvé cette histoire insolite mais plaisante si on la lit comme un conte.
L'héroïne, le personnage principal qui fait les actions et mène l'intrigue, est You Sipo, mère de quatre enfants "idiots" désormais à l'âge adulte dont les deux aînées sont mariées. Son mari s'est suicidé ne pouvant supporter la pression d'élever une telle descendance mais son fantôme rôde toujours et accompagne sa femme en l'aidant à sa manière.
Le récit débute avec la demande de la Troisième (les enfants n'ont pas de nom...) à sa mère de lui trouver un "gens-complet" pour mari alors que ses aînées ont épousé un boiteux et un borgne.
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critiques presse (2)
Telerama   07 juin 2017
L'auteur, qui publie aussi un essai sur la littérature, signe là un conte truculent et poétique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   04 mai 2017
Dans « Un chant céleste », Yan Lianke repousse justement les limites du réalisme en racontant la vie paysanne dans la Chine d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   14 juin 2017
Tant de silence eut pour effet de faire ressurgir You Shitou de sa tombe, il était là, devant elle, quand elle demanda : « Qu’est-ce que tu viens de dire, la Troisième ? »
L’idiote tendit le cou : « Je veux un foyer. La nuit je veux dormir comme mes sœurs dans les bras d’un homme. »
« Comment est-ce que tu le voudrais, cet homme ? » s’inquiéta sa mère après un instant de réflexion.
« Gens-complet. Pas boiteux. Ni borgne. Un brave garçon qui ne m’obligerait pas à couper le maïs dans les champs. »
« Tu t’es bien regardée ? » protesta You Shitou.
« A quoiqu’elle ressemble, c’est à toi qu’elle le doit », rétorqua You Sipo.
« Tu l’imagines avec un gens-complet ? »
You Sipo cracha par terre et tordit le nez : « Bon, on va lui en chercher un. Et si on ne trouve pas, au moins demi-complet. Va faire les villages les uns après les autres. Regarde où il y aurait un époux convenable pour ta fille. »
« Mais toi aussi tu es folle, maman ! Toi aussi, tu es malade : personne ne t’a parlé ! » s’étonna sa fille.
« Retourne moissonner, toi. Si le Quatrième recommence à déchirer tes habits, donne-lui une claque. J’irai te chercher une bonne famille et un homme encore mieux que ceux de tes sœurs dès que le maïs sera fini et que j’aurai planté le blé.
La Troisième écarquilla les yeux, ses lèvres se mirent à trembloter et ses joues rose pâle prirent la teinte plus éclatante des fleurs de pêcher.
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OsmantheOsmanthe   14 juin 2017
Au printemps elle avait attaché ses quatre idiots comme quatre chiens à un arbre à la lisière de son lopin et installé devant eux les criquets, les moineaux, et puis des galets et des morceaux de tuile avec quoi ils pourraient jouer pendant qu'elle faucherait le blé. Du lever du soleil à son apogée, quand il avait été exactement au-dessus des têtes elle avait moissonné. Mais quand elle était retournée à l'ombre pour s'y reposer, les enfants avaient écrasé criquets et moineaux à coups de pierre sur les tuiles. La cervelle des oiseaux avait giclé aux quatre coins, leur sang tout éclaboussé, les crânes des insectes s'étalaient comme du jus d'ail sur les tuiles. Et les quatre s'empiffraient, de pattes, d'ailes, de ventres et de têtes, bouches et joues barbouillées de rouge, ils avaient fait tant et si bien que l'univers entier était infesté de sombres relents garance.
Sous le choc, elle était restée bouche bée, paralysée. Puis avait éclaté en sanglots bruyants, pleuré à en réveiller les morts et tournée vers l'arête où était enterré son mari entre deux hoquets l'avait injurié : "Tu mériterais d'être coupé en morceaux, You Shitou ! Au lieu de quoi tu es parti te la couler douce et nous as laissés à notre malheur, les enfants et moi !"
"Tu te crois un homme, espèce de chien ? Avec le tort que tu nous as causé, la nuisance que tu as été ?"
"Tu t'imaginais que ta mort allait arranger la situation ? Qu'il te suffirait de partir pour trouver la paix ? Laisse-moi te dire une bonne chose : tant que les petits ne seront pas tirés d'affaire, je ne te laisserai pas un jour de repos, sale bête !"
"Sors de ton trou, avait-elle continué, et prosterne-toi devant moi ! Mets-toi à genoux et admire ta progéniture. Après tu regarderas le blé que j'ai coupé toute seule en une matinée !"
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OsmantheOsmanthe   14 juin 2017
Ses deux grandes avaient pris époux dans des lieux reculés. S'il était déjà rare que les hommes du dehors consentent à convoler avec des filles de la montagne - c'eût été trop compliqué d'aller rendre visite à la belle-famille, des idiotes comme les siennes ne trouvaient à se caser qu'au fin fond de la chaîne, dans des localités dépeuplées que la nature avait déshéritées. Elle allait à foulées pressées qui faisaient flottiller son ombre comme une gaze légère. Hameau de la famille Li, Ruisseau de la famille Liu, et puis les villages du Grand et du Petit Bachelier avaient défilé tels papiers au vent, accrochés à la pente dans la lumière. Avec pour seule compagnie le chant des oiseaux et des criquets, elle avançait.
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zazimuthzazimuth   04 août 2017
Ecoutez-moi bien, vous les vieux et les jeunes du village des You : je nique vos ancêtres sur huit générations ! Je profane leurs tombes ! Vous empêchez mes filles de se marier gentiment et vous racontez à tout le monde que j'ai une nichée de tarés à la maison. Mais ces crétins, est-ce qu'ils vous ont empêché de forniquer comme vous vouliez dans vos lits ? Est-ce qu'ils ont gêné vos vieux quand ils cherchaient le chemin qui mène aux enfers ? (p.25)
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FuyatingFuyating   16 janvier 2020
L'univers était parfum d'automne.
Un automne profond, dont le temps était venu. Dans les monts flottait une odeur sucrée de maïs , si dense qu'elle prenait à la gorge. Sur les auvents des maisons, aux pointes des herbes, et dans la chevelure de ceux qui travaillaient aux champs, partout elle accrochait son jaune, ruisselant à goutte que ceux-ci, chatoyant d'un éclat d'agate à illuminer un village.
La chaîne en était embrasée.
L'univers s' était allumé.
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