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ISBN : 2371000434
Éditeur : NOUVEL ATTILA (12/01/2017)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan, qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
motspourmots
17 janvier 2017
Oh le beau coup de coeur ! Ce premier roman m'a enthousiasmée du début à la fin. Je suis passée du sourire aux larmes avec un même bonheur, soufflée par la beauté de ce texte à la fois fort et tendre, poétique et politique. L'auteure aborde le thème de l'exil et de l'identité avec une finesse qui rend son propos terriblement efficace et percutant. Mais c'est l'émotion que l'on retient. Celle qui nous étreint à chaque fois que se dressent les images qui traduisent le vécu et les sentiments de l'auteure.
"Ma mère porte la vie, mais la Mort danse autour d'elle en ricanant, le dos courbé...". Maryam est dans le ventre de sa mère aux premières heures de la révolution iranienne qui marquera son enfance au sein d'une famille d'opposants portés par la doctrine communiste. Position intenable qui aboutira à l'exil, l'installation en France d'abord du père puis de la famille entière, l'apprentissage d'une nouvelle langue, d'une nouvelle culture, d'un nouvel environnement. Une deuxième naissance en quelque sorte. Née deux fois, à deux endroits différents, Maryam porte en elle deux cultures qui s'affrontent et qu'elle utilise selon les moments et les services qu'elles peuvent lui rendre. Il lui faudra bien une troisième naissance pour parvenir à réconcilier les deux, par la grâce de l'écriture.
Il y a des pages magnifiques sur ses parents, la relation avec sa mère. Des mots somptueux pour tenter de décrire ce lien indestructible qui l'attache à ses ancêtres et à sa culture par l'intermédiaire de celle qui lui a donné la vie. Il y a des moments de grâce, une plongée dans la poésie persane qui irrigue la culture iranienne, de l'ironie face aux fantasmes suscités par ses origines. Il y a cette façon d'appréhender le monde propre à ceux qui ne sont plus chez eux nulle part mais trouvent partout de quoi construire et enrichir une vie.
Et puis, il y a ce moment sublime, ce dialogue entre les deux langues, le français et le farsi, l'une oubliée et délaissée l'autre investie par nécessité mais devenue LA langue principale et qui symbolisent si bien l'affrontement permanent, le tiraillement entre les deux cultures.
C'est un livre précieux que nous offre Maryam Madjidi, encore magnifié par le très beau travail d'édition et de direction artistique du Nouvel Attila. Un livre magnifique, touchant, puissant et sensible. A découvrir toutes affaires cessantes.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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lucia-lilas
03 février 2017
« Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines. »
Magnifique autobiographie dans laquelle Maryam Madjidi, née en Iran, raconte son enfance entre des parents militants qui organisent des réunions clandestines, une grand-mère refusant que sa première petite-fille serve à transporter des documents secrets dans ses couches et deux oncles en prison.
Elle se souvient. Des images, comme des bulles, éclatent ou s'envolent.
Elle se souvient qu'elle doit donner ses jouets avant de partir en France : posséder est une vilaine chose lui disent ses parents. La petite fille pleure : ses jouets, elle veut les garder !
Avant de quitter ce pays sans avenir, les parents aussi enterreront leur bien : des livres. Marx, Engels, Lénine, Makarenko dans un trou.
Elle se souvient.
Son oncle Saman, dix-neuf ans, est en prison, il y restera huit ans. C'est ce qui arrive aux gens qui s'opposent au pouvoir.
Elle se souvient.
Abbâs vient aux réunions, il est jeune, il croit qu'un changement est possible. Ils l'ont arrêté en pleine nuit. Il n'a même pas eu le temps d'enfiler ses chaussures. Il ne reste de lui qu'une sandale. Une pauvre sandale en plastique.
Elle se souvient encore.
Les « Fatmeh Commando », police des bonnes moeurs, enlèvent les femmes mal voilées ou insuffisamment habillées à leur goût, comme ça, dans la rue. Elles les embarquent brutalement. Après leur passage, la rue est vide.
Alors, il faut partir.
Partir, c'est se retrouver en pays inconnu, entendre des mots inconnus, sentir des odeurs inconnues. Être étranger, être d'ailleurs. Et petit à petit, alors qu'on s'habitue au nouveau pays, on devient de nulle part. On n'appartient plus au pays d'origine dont on oublie doucement la langue et l'on n'est toujours pas du pays où l'on vit. D'où venez-vous ? D'Iran. Ah, comme ça doit être beau, là bas, j'aimerais moi aussi avoir une double culture, quelle richesse ! Maryam reste muette : être d'ici et d'ailleurs, c'est être de nulle part, coupée en deux, arrachée et non vraiment replantée, étrangère partout. Perdre son identité.
Paris : 15m². La mère attend. La petite fille voit la mère qui attend.
« J'aurais aimé ramasser les lambeaux de tes rêves, les sauver, les enfiler comme des perles dans ma guirlande de mots à moi, et l'accrocher au sommet d'un arbre pour que ça bouge et vive encore.
Te réveiller. Te ressusciter. Noircir tes traits, mettre du rouge sur tes joues, sur tes lèvres, t'injecter de la vie pour que tu chantes, tu ries, tu cries mais rien à faire, tu te diluais silencieusement dans une eau imaginaire. »
Et puis, l'école, les autres : la petite fille ne joue pas. Elle n'a pas les mots pour cela. Elle est seule.
L'autre, la langue maternelle, est là, tapie au fond de la petite fille. Elle attend. Elle sait que la petite fille ne l'a pas oubliée. Elle viendra la rechercher mais pas tout de suite, plus tard.
Bien sûr, être d'ailleurs a des avantages : avec humour, Maryam raconte comment elle s'amuse et joue auprès des hommes de son charme oriental : « Je lui fais mes regards langoureux, je deviens aussi sensuelle que possible, je suis une toile de Delacroix. Je passe la main dans mes cheveux. Je renverse ma tête, dévoilant la chair souple et fraîche de mon cou. Si je pouvais je demanderais au serveur quelques coussins, voilages et riches tentures. »
Si ça ne marche pas, on passe au plan B : Maryam récite des vers d'Omar Khayyâm en persan : « En veux-tu, en voilà ! »
Elle joue à « l'exilée romanesque » et ça marche souvent !
Mais dans ce livre, Maryam ne joue plus : elle se met à nu et raconte son histoire, l'histoire d'une femme libre et libérée : « Je vous le donne, ce masque, prenez-le, je le dépose dans vos mains. »
Un très beau texte, sensible et original, mêlant prose des souvenirs, contes et poésies, multiples formes d'expression pour dire l'arrachement, la violence du départ, la coupure de l'exil, la difficulté de renaître ailleurs, dans un pays qui n'est pas le sien mais qui finira par être un lieu à soi, un lieu où être soi, enfin !
Superbe !

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hcdahlem
29 mars 2017
Si vous cherchez un jour une définition du mot «littérature», alors sortez votre exemplaire de Marx et la poupée, car ce livre doit figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme. Pour le résumer, il suffit d'une phrase: c'est l'histoire d'une famille iranienne contrainte à l'exil et qui doit s'inventer une nouvelle vie en France. Mais ce qui fait sa force, c'est qu'en le refermant, il vous restera des images fortes, des épisodes inoubliables, des émotions intenses. Bref, ce qui constitue l'épine dorsale de la bonne littérature.
L'un de ces épisodes marquants arrive dès les premières pages. Nous sommes en 1980 à Téhéran et la narratrice n'est pas encore née. Ella même failli ne pas naître car sa mère, enceinte, se retrouver au coeur de la répression qui a suivi l'arrivée des ayatollahs, pourchassée par les gardiens de la révolution. « Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d'elle en ricanant, le dos courbé ; ses longs bras squelettiques veulent lui arracher son enfant ; sa bouche édentée s'approche de la jeune femme enceinte pour l'engloutir. »
Elle finira par s'en sortir et accoucher, mais ni elle, ni sa famille ne voudront renoncer à leur liberté. La maison familiale, dans le quartier de Tehranpars sert aux réunions politiques clandestines. On y discute de Marx et d'une autre révolution, on parle de liberté. Vu par les yeux de la petite fille qui grandit dans cette ambiance, ce monde d'adultes est absurde. On y cache les tracts dans des couches-culottes, on enterre les livres signés Marx, Lénine, Che Guevarra dans le jardin ou on met en prison des gens dont les cheveux volent au vent. L'oncle Saman, qui a pris l'habitude de lui offrir une Golé Maryam, la belle fleur qui embellit son jour d'anniversaire, ne viendra pas. Il a été arrêté porteur de tracts et jeté en prison à Evin.
C'est là qu'un détenu passe son temps devant la télévision, regardant un stupide dessin animé. On se dit que l'intellectuel est en train de perdre la raison avant qu'il n'explique qu'il écoute la voix de son épouse, chargée de doubler l'un des personnages.
La répression est de plus en plus forte. Les participants à des fêtes privées sont impitoyablement poursuivis. Il est temps de songer à fuir. Les jouets sont répartis entre les enfants pauvres du quartier, achevant de briser le moral de la petite fille : «Je me sentais si seule au monde. J'étais convaincue que je vivais avec deux monstres qui me déposséderaient de tout.»
La vocation littéraire de l'auteur – double de la narratrice – date sans doute de ce moment où elle a dû monter dans un avion partant vers la France en laissant derrière elle sa grand-mère chérie et son pays natal : « Je voudrais semer des histoires dans les oreilles de tous les êtres. Je veux que ça fleurisse, qu'il en sorte des fleurs embaumantes à la place de toutes les fleurs manquantes, absentes, de toutes les Golé Maryam qui auraient dû être offertes et qui n'ont pas pu l'être. »
Si dans les chapitres suivants il n'est pas question de violence ou de répression, la tension ne faiblit pas pour autant. Car Maryam Madjidi dit la souffrance née de l'exil. Elle raconte, par exemple, comment son père doit subvenir aux besoins des famille en acceptant tous les petits boulots qui se présentent. Pour cela, elle nous raconte comment les mains de son pères changent. Grâce à un Iranien d'origine turque, il est d'abord tôlier-peintre dans un garage, avant que ce dernier ne ferme. Au chômage, ses mains devaient trouver quelque chose d'autre rapidement. Elles vont alors devoir travailler le bois, le béton, les briques, le ciment, le gravier, la peinture, les tuiles, la moquette, les enduits, le carrelage. « Puis un jour ses mains ont commencé à moins travailler, elles étaient fatiguées, ridées et craquelées par endroits. Il y avait aussi la marque d'innombrables blessures laissées par la matière et l'outil. La peau était devenue aussi dure que du cuir. »
Il passera alors à la calligraphie, dessinant de belles lettres persanes et cherchera dans l'opium de quoi soulager son vague à l'âme.
Sa fille ne va guère mieux. Elle ne retrouve pas les saveurs de son enfance, la musique de la langue de son pays. Elle va refuser de manger, refuser de parler. Fort heureusement pour elle, l'arrivée d'un couple de réfugiés iraniens et leur fille Shirin va lui permettre de retrouver le moral. Avec cette compagne de jeux joyeuse et pleine de vie, elle trouvera la complice qui lui permettra de trouver une place dans cette société parisienne. Comme un bouchon de champagne qui explose, elle accepte de lâcher les mots qu'elle a patiemment appris, sans toutefois vouloir les dire. « Les mots se pressaient pour sortir, impatients qu'ils étaient, ça fusait dans le petit studio, ils volaient, ils dansaient, ils butaient contre les meubles, ils s'élançaient de ma bouche comme des flèches et touchaient le plafond et les murs, ils virevoltaient eux-mêmes, soulagés d'être enfin libérés de ma bulle intérieure, enchantés de pouvoir enfin communiquer avec les autres. Tout l'espace était rempli de mes mots français. »
N'allez toutefois pas croire que ce premier roman si sensible devient alors une ode à l'intégration. Tout au contraire, il est question de rentrer au pays, de retrouver les parfums qui manquent tant à la famille, les amis et les proches qui souffrent en silence. Une image de plus suffit à faire voler en éclats ce rêve. En voyant sa petite fille faire du vélo en short et débardeur, son père comprend que ce retour est impossible : « On ne peut pas partir. Je ne peux pas lui enlever cette liberté si innocente. »
Il faudra attendre 2003 pour que la jeune femme retourne à Téhéran. Mais ne pourra pas y rester car son passeport ne suffit pas à faire d'elle… une iranienne.
Voilà sans doute le plus authentique des témoignages sur la condition des migrants. Ici foin de considérations politiques ou économiques. C'est le coeur, la chair, les sens qui parlent. C'est poignant, ironique, vrai. C'est de la grande littérature.

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karineln
09 mars 2017
Marx et la poupée de Maryam Madjidi. (68 premières fois)
Je ressors de cette lecture avec un sentiment étrange que j'ai bien du mal à définir et à formuler. Ce livre se lit facilement, la lecture y est limpide. Il y a du léger dans les mots malgré la violence d'une insurrection, d'un peuple torturé et la douleur d'un exil. Un air de rien syntaxique propre à la poésie… Et de vouloir le garder près de moi pour chaque jour l'ouvrir et en lire une page, quel que soit l'ordre…La chronologie importe peu, ce sont les mots ciselés, en perles, que l'on goûte et que l'on savoure et ce même dans la dureté et l'âpreté qu'ils délivrent. Il y a du beau dans la tristesse, il y a de la grâce dans les pages, les premières qui parlent de cette mère absente à son enfant à naître…à son enfant vivant…
J'y retourne, feuillette, relis encore et encore pour que ces mots s'amarrent et pèsent, qu'ils prennent du poids et ne puissent plus s'échapper. Il y a du fantomatique dans ces lignes et comme les fantômes que l'auteur déterre de sa mémoire, les mots sont là sans y être. Ils sont élégants, forts, justes mais s'enfuient, se dérobent…
« Je déterre les morts en écrivant. C'est donc ça mon écriture ? le travail d'un fossoyeur à l'envers. (…) Je me promène sur une plaine vaste et silencieuse qui ressemble au cimetière des maudits et je déterre des souvenirs, des anecdotes, des histoires douloureuses ou poignantes ».
Quand j'ai refermé ce livre, cette sensation d'évanescence m'a envahie et je reste troublée par l'urgence et la nécessité de retourner à ces pages, d'entendre ma voix haute énoncer des passages pour qu'ils ne s'évaporent pas, ce qu'ils semblent faire cependant dès que je m'en éloigne de nouveau. Quel est donc ce sentiment ?
Bien plus qu'un récit sur l'exil, sur l'Iran, et même si l'histoire autobiographique en est le coeur et en a ordonné son écriture, cet ouvrage s'apparente peut-être moins pour moi à un roman qu'à un recueil de poésie, une longue poésie en prose pour résonner une vie, des vies, nos vies. Il y a de la pureté propre à l'enfance dans ces mots, dans la volonté de dire les choses avec une authenticité désarmante de simplicité…
Au-delà de son histoire unique, Maryam Madjidi écrit l'enfance (comme sa façon d'écrire sa mère) et elle l'incarne devant nos yeux. Elle nous livre dans une justesse d'orfèvre et une innocence intelligente le monde des grands perçu par l'enfant, avant que celui-ci devenu adulte ne s'encombre des vérités arrangées et détournées. Il y a de l'universel dans ces lignes. L'auteure, dans un tour de force magistral, ravive les maux, le coeur battant, la magie et le désarroi du jeune âge, quand le corps reçoit et saisit instantanément, instinctivement, ce qui se trame et se joue autour de lui ; et elle nous offre le précieux témoignage d'une langue qui nous rappelle, nous souvient une essence première, originelle.
« Alors il se passa quelque chose d'étrange : elle avala sa langue. Elle ferma les yeux et elle engloutit sa langue maternelle qui glissa au fond de son ventre, bien à l'abri, au fond d'elle, comme dans le coin le plus reculé d'une grotte ».
Les fables et métaphores qui égrainent le fil du récit sont percutantes et pertinentes pour nous parler l'arrachement à une terre, l'identité volante entre deux cultures, l'accueil maladroitement ambivalent et l'embarras à se fondre…La poésie est délicate, fine, expressive…La drôlerie drape avec pudeur la tristesse….Pourtant, il y a un pourtant qui s'immisce…Les mots s'envolent comme des ballons colorés dans le ciel azur, peut-être comme si l'exil se glissait entre eux dans les lignes, pour ne pas peser, ne pas compter, s'attacher, s'enraciner…
« Je tire les rideaux et je me demande ce qu'il y a à l'intérieur. Et puis d'abord c'est quoi « de l'intérieur »? Ca veut dire quoi ? Je me suis toujours méfiée de ce mot, « l'intérieur », parce que je l'associe à une illusion, quelque chose de fuyant que l'on poursuit en vain ».
Gageons que le talent indéniable de Maryam Madjidi déploie son écriture et n'ait crainte d'inscrire d'avantage la justesse de sa perception, de son regard et de semer en plus de belles fleurs des plants de jeunes arbres qui s'élèveront et porteront les guirlandes de ces mots.
« Je suis une guirlande de mots accrochée à un arbre qu'un enfant montre du doigt ».

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mireille.lefustec
09 mars 2017
Trois décennies : 1980 - 2 014. Maryam, née à Téhéran, fille de militants communistes, doit quitter son pays et son régime islamiste . Elle a six ans.
C'est la révolte d'une enfant qui refuse d'abandonner sa maison, ses jouets, qui voit, sans tout comprendre que la situation est dramatique : son oncle « est dans une cage gardée par des gens dégoûtants ». Pendant six ans.
Sa « mère parle peu. Des rêves tournent autour de sa tête comme des oiseaux au-dessus des tours du silence ».
Cette enfant a entendu « le murmure de toutes les mères qui répètent chacune leur mot, leur mot de douleur, leur mot écorché vif, leur mot d'injustice ».
« Ce pays massacre ses meilleurs enfants ».
C'est donc le départ pour la France, Paris où le père les attend.
Au bonheur des retrouvailles succèdent la pauvreté, le déchirement de l'exil, le traumatisme de la langue étrangère, incompréhensible, la honte de ne pas être comme les autres.
Ce sera l'écartèlement entre deux langues, deux nationalités, deux personnalités . Inconciliables.
« C'était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l'origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J'ai failli perdre la tête. J'ai glissé sur mon identité. Je suis tombée ».
Ce livre, autobiographique est dédié à Abbâs « qui est prêt à mourir pour tous ces bébés qui sont nés sous la révolution ».
« Abbâs, c'est une étoile filante : il n'aura pas une longue vie parce que son coeur, un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner ».
Un grand coup de coeur.
L'écriture est maîtrisée, la construction également.
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Les critiques presse (2)
Lexpress24 avril 2017
Maryam a choisi les fragments, refusant la narration au long cours, pour ne pas tricher, tout en s'inscrivant dans la tradition des contes qui s'enchaînent sans se suivre.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress27 février 2017
Un premier roman introspectif original.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche2425 mai 2017
Enfin, je t'attrape dans mes bras [la grand-mère de la narratrice]. Je plonge ma tête dans ton cou et je respire mon enfance. (p. 185)
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fanfanouche24fanfanouche2424 mai 2017
On efface, on nettoie, on nous plonge dans les eaux de la Francophonie pour laver notre mémoire et notre identité et quand c'est tout propre, tout net, l'intérieur bien vidé, la récompense est accordée: tu es désormais chez les Français, tâche maintenant d'être à la hauteur de la faveur qu'on t'accorde. Etrange façon d'accueillir l'autre chez soi. Un contrat est passé très vite entre celui qui arrive et celui qui "accueille"; j'accepte que tu sois chez moi mais à la condition que tu t'efforces d'être comme moi. Oublie d'où tu viens, ici, ça ne compte plus. (p. 135)
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche2424 mai 2017
Elle pensait au début que la langue lui jouait un tour. Le persan s'était déguisé en français pour un temps et bientôt il réapparaîtrait à nouveau. Puis elle dit que le persan n'avait peut-être jamais existé, que c'était un rêve. Ensuite, elle sombra dans une profonde mélancolie en pensant que le persan était mort, comme meurent les personnes, les animaux, les végétaux, comme tout ce qui vit sur cette terre. Une langue peut donc mourir ? Mais se ressaisissant, elle envisagea un temps de l'enseigner à tout le monde.... (p. 137-138)
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fanfanouche24fanfanouche2421 mai 2017
En exergue

La vie n'est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
mais au sérieux à tel point,
Que les mains liées, par exemple, dos au mur,
Ou dans un laboratoire en blouse blanche,
avec d'énormes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n'auras même pas vu le visage.
Et tu mourras tout en sachant que rien n'est plus beau, que
rien n'est plus vrai
Que la vie"

Nâzim Hikmet
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fanfanouche24fanfanouche2421 mai 2017
Puis un jour ses mains ont commencé à moins à travailler, elles étaient fatiguées, ridées et craquelées par endroits. Il y avait aussi la marque d'innombrables blessures laissées par la matière et l'outil. (...)Alors lentement, elles ont cherché un repos, un apaisement quotidien. (...) Elles se sont mises à toucher de l'encre, des calames, des pinceaux et du papier. Il traçait des lignes, des courbes, des traits secs, des boucles, les mains valsaient avec la poésie de Khayyâm, de Rumi ou de Hâfez sur la scène blanche du papier: mon père faisait des calligraphies. (p. 55)
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Videos de Maryam Madjidi (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maryam Madjidi
Après le roman «Écoutez nos défaites», et la pièce «Danse, Morob», publiés en 2016, Laurent Gaudé revient avec «De sang et de lumière», publié chez Actes Sud, un recueil de poésies dénonçant le sort que les hommes font aux opprimés, hier aux esclaves du commerce triangulaire et aujourd'hui aux réfugiés déboutés du droit d'asile. À ses côtés, Jérôme Ferrari évoque «Il se passe quelque chose», une série d'essais qui passent au crible la société et l'exacerbation des passions tristes. Philippe Djian publie «Marlène», chez Gallimard, Louis-Philippe Dalembert «Avant que les ombres s'effacent», chez Sabine Wespieser, et Maryam Madjidi «Marx et la poupée» au Nouvel Attila.
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