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ISBN : 2757869906
Éditeur : Points (05/04/2018)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 97 notes)
Résumé :
En guise de prologue à cette fresque conduisant son protagoniste de Lódz, en Pologne, à Portau-Prince, l’auteur rappelle le vote par l’État haïtien, en 1939, d’un décret-loi de naturalisation in absentia, qui a autorisé ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à des centaines de Juifs, leur permettant ainsi d’échapper au nazisme. Avant d’arriver à Port-au-Prince – à la faveur de ce décret – au début de l’automne 1939, le docteur Ruben Schwarzberg, né en ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  13 avril 2018
VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT DE CRISTAL.
Ouvrage lu dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Points 2018.
Il en est de certaines destinées comme de certaines périodes, souvent noires, pour ne pas dire terrifiantes, de notre histoire commune : elles revêtent tous les aspects de l'impossible, de l'improbable, de l'invraisemblable tandis qu'elles sont pourtant grandement vraies. Enfin... presque ! Louis-Philippe Dalembert s'en est d'ailleurs expliqué dans un entretien sur France Culture le 17 Juillet de l'an passé : il n'est pas question d'un livre historique, ni même d'une biographie classique dans Avant que les ombres s'effacent, affaire de liberté revendiquée par l'auteur, que l'historien ne peut avoir à l'égal du romancier. Alors, si presque tout ici prend racine dans le réel - qu'il soit question de personnages, qu'il soit question d'histoire moderne ou d'Haïti, il s'agit bel et bien ici d'un roman, et quel !
Partie avec armes et bagages de leur Pologne natale où certains vents mauvais lui semblait devoir arriver, la famille Schwarzberg connait son premier exode - volontaire même si poussé par les événements - peu après la fin de la première guerre mondiale. Bien que Mme Schwarzberg mère entretienne une étrange histoire d'amour, essentiellement littéraire et fantasmée, d'avec la France (Paris, bien entendu), c'est à Berlin que ces petits juifs ashkénazes d'Europe centrale poseront leurs bagages pour les quelques vingt années à venir. Hélas, les vents mauvais de l'histoire n'ont de cesse de les poursuivre et si, à l'instar sans doute d'une grande partie de leur communauté toute entière, ils ont voulu faire contre mauvaise fortune bon coeur, une certaine forme de cécité inconsciente les atteignant malgré l'annonce de la nuit et du brouillard, avec cette accumulation de lois anti-juives promulguées par le régime nazi, de violences quotidiennes, de déprédations et d'exactions innommables mais peu à peu normalisées par le quotidien, ainsi qu'un certain atavisme lié à ces peuples qui ont toujours souffert, quelle que soit l'époque, quel que soit le pays, d'ostracisme, de ghettoïsation, de pogroms.
Cependant, une certaine nuit de la peur et de la honte d'une nation à l'égard des plus faibles et des plus vilipendés de ses enfants - la fameuse "Nuit de Cristal" - va en quelque sorte réveiller les membres doucettement assoupis de cette famille, laquelle, malgré quelques résistance, va programmer consciencieusement sa fuite, malgré toutes les difficultés qu'on peut imaginer. Ainsi, la tante Ruth, femme au caractère bien trempé, l'athée de la famille, et très engagé dans le sionisme va-t-elle choisir d'aller refaire sa vie en Palestine, et y promouvoir les bases du futur état d'Israël. Toutefois, l'essentiel du clan va se retrouver aux USA - bien que la politique d'immigration d'alors se fut considérablement durcie (ce que l'on a tendance à oublier aujourd'hui), conséquences de la crise de 29 oblige - où la soeur aînée de notre narrateur, le Docteur Ruben Schwartzberg, avait pu s'établir quelques temps avant avec son mari, ceux-ci ayant un permis de travail au titre d'universitaires. Tout aurait pu se dérouler sans anicroche si... notre héros malgré lui, ainsi que son oncle - un peronnage haut en couleur et jamais à cours d'une histoire - , ne s'étaient fait arrêter sur le chemin les ramenant du paquebot où ils venaient de faire leurs adieux aux parents et grands-parents. A la suite de quoi, tout va s'enchaîner à une vitesse folle - avec la mort comme équipière possible - et sans avoir la moindre possibilité d'influer sur le cours des événements : d'abord envoyés au commissariat du quartier, ils vont être expédiés dans le camp, encore récent à ce moment de l'Histoire(1937), de Buchenwald. malgré la dureté de la lutte pour la survie en un tel lieu, la formation de médecin de Ruben va lui permettre de travailler à l'infirmerie (poste tout petit peu moins horrible dans ce pays de l'horreur), où il va rencontrer un personnage stupéfiant se prétendant américain de Chicago (tandis qu'il est en réalité haïtien), Jean-Marcel Nicolas qui va permettre à Ruben et à son oncle de se sortir de ce guêpier mortel, non seulement en lui redonnant espoir mais en permettant à quelques courriers essentiels de sortir de ce camp pourtant presque parfaitement hermétique. Ainsi, grâce à son ancien mentor en médecine, voila le neveu et l'oncle à nouveau libre mais contraints de partir le plus rapidement possible vers d'autres horizons.
Leurs pas, ou plus exactement la mer va les emporter vers les rivages cubains, où l'oncle amerrira de la plus farfelue des façons, tandis que l'infortuné paquebot devra, pour de sombres motifs administrativo-politiques, faire machine arrière avec l'infortuné Ruben. Voilà donc notre "juif errant" débarqué au Havre, dont il découvre l'existence à l'occasion, pour prendre presque aussitôt la direction de la "Ville Lumière" : Paris ! Quoi que relativement échaudé par ce qu'il y découvre - on est très loin du rêve littéraire et poétique que sa chère maman a entretenu au fil des années au sein de cette famille gentiment foutraque -, il va y vivre certains des plus belles heures de son existence, une fois qu'il aura rencontré la communauté haïtienne de la capitale, toujours sur les vifs conseils de celui qui, au bout du compte, lui aura sauvé la vie : ce faux américain mais vrai commensal de Port-au-Prince, Jean-Marcel Nicolas, un homme assurément hors du commun que le futur médecin "nègre-juif" regrettera toute sa vie durant de n'avoir pu sauver de la monstruosité. Mais l'histoire poursuit son oeuvre de destruction et il s'en faudra encore de peu que notre narrateur ne termine une fois de plus dans un camp de rétention, dans un premier temps (on imagine ce qu'eût été la suite si elle avait eu lieu). le narrateur se permettant d'ailleurs une espèce de comparatif aussi truculent que macabre entre l'efficacité carcérale industrielle des allemands opposée au capharnaüm organisationnel des français ! Fort heureusement, le jeune Docteur sera sauvé in-extremis par un diplomate haïtien haut en couleur dont Ruben s'était fait l'ami.
La troisième partie du roman nous conte l'installation du docteur en Haïti : le retour de Cuba du tonton qui va pouvoir y assumer son goût immodéré pour les affaires et trouver enfin une certaine sérénité liée à son homosexualité qu'il ne sera plus obligé de cacher autant que lorsqu'il habitait la vieille Europe ; la rencontre avec sa future épouse dont le tempérament de feu ne le cède en rien à cette tante partie s'installer en Terre Sainte ; et, bon an mal an, "l'haïtisation" du narrateur, reconnu pour être l'un des ces "nègres polychromes" qui constitue cette population caribéenne, devenant par ailleurs une sorte de célébrité locale, un genre de Dr Schweitzer haïtien, vivant de peu et donnant tout à ses malades, à commencer par les plus déshérités, tant sa reconnaissance pour ce pays qui l'a accueilli sans aucun faux semblant, ni contrepartie, ni hypocrisie, tant cette reconnaissance, donc, est immense et lui est impossible à rassasier tout à fait.
Même si nombre des faits relatés ici sont en prise avec L Histoire, la vraie, il s'agit bel et bien d'une oeuvre d'imagination, parfaitement assumée et même revendiquée, que nous donne là Louis-Philippe Dalembert, dans un style d'une grande maîtrise, d'une vigueur vivifiante et d'une justesse jamais mise en défaut, y compris lorsqu'il s'essaye, avec truculence, au parler pointu de l'argot parigot de ces années-là. Les intentions quasi-homériques de l'ensemble, la force de conviction avec laquelle tous ces événements - parfois bouffons, souvent cruels, plus loin drolatiques, ici et là tendre, poétiques et enamourés - nous sont contés constitue l'essence même de cet ouvrage. Superbe déclaration d'amour à un pays, le sien, que l'auteur porte assurément en son coeur où que ce véritable globe-trotteur puisse-t-il se trouver, Dalembert nous donne à découvrir une autre Haïti, très éloignée de cette vision systématiquement tragique, misérabiliste, miséreuse, chaotique, irrémissible que l'on rencontre tant dans les médias que dans nombre d'oeuvres la décrivant. À travers cet espèce de récit confession - c'est un vieux docteur Schwarzberg que nous découvrons vers le mitan du livre, au détour d'un bref chapitre intitulé "répit", et qui conte l'histoire de sa vie et de ses proches à la petite-fille de sa défunte tante Ruth, elle aussi médecin et venue avec l'aide d'urgence envoyée par Israël suite au tremblement de terre qui défigura l'île en 2010 - c'est ainsi un autre portrait de cette terre Caraïbe que l'auteur nous donne à découvrir, à savourer, à aimer. L'ensemble est savoureux, profond dans la légèreté et léger dans la profondeur, il illumine d'un zeste de grâce l'une des pires périodes de l'histoire de notre monde en mettant sous les feux de la rampe ce petit pays trop souvent considéré comme presque rien mais qui eut ce courage un rien bravasse mais tellement noble de déclarer la guerre au Japon dès après Pearl-Harbour, au IIIème Reich dans la foulée, non sans avoir offert, dès 1939, à tous les juifs qui le demandaient, la nationalité haïtienne ipso facto et sans même y avoir jamais mis les pieds afin de les soustraire à l'inhumain des lois génocidaires ! Un livre qui, malgré les thèmes et la période abordée, apporte une véritable bouffée d'air frais dans ce flots quasi ininterrompu de textes consacrés à cette période fantastiquement monstrueuse, avec ces personnages et ces destins qui débutent comme certains romans d'un Joseph Roth ou d'un Leo Perutz, qui se poursuit comme si l'on se trouvait chez Mac Orlan avec son Paris de l'entre-deux guerre, peut-être aussi un hommage au Paris est une fête d'Ernest Hemingway (Paris, ce sont peut-être ses visiteurs étrangers qui en parlent le mieux...), pour terminer du côté de certains auteurs sud-américains (plus que spécifiquement antillais, nous semble-t-il), baroque, enthousiaste, amoureux, fantasque et délicatement décalé.
Alors, si un certain souffle épique ou lyrique manque peut-être à l'ensemble pour que ce très bon livre - n'en doutons point - puisse être un réel chef-d'oeuvre, si l'on y sent un professionnalisme parfois presque trop roué pour être humble, un rien trop calculé dans l'art - absolument indéniable au demeurant - de conter de Louis-Philippe Dalembert, il n'en demeure pas moins un très beau titre, grave et gai, sombre et optimiste qui portera le lecteur tant à la réflexion sur notre temps, nos civilisations, qu'au seul et sincère plaisir de se laisser embarquer quelques paires d'heures pour des ailleurs captivants, chatoyants et extraordinaires !
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domisylzen
  18 octobre 2017
Né en Pologne en 1913 le jeune Ruben s'établit avec sa famille, de confession juive, à Berlin. Au cours des années suivantes l'antisémitisme monte en puissance. La nuit du pogrom de 1938, son père est lui seront sauvés par l'ambassadeur d'Haïti. Arrêté début 39 il sera interné dans le camp de Buchenwald. Après diverses péripéties et aller et retour entre Europe et Amérique il sera accueilli par la jeune république d'Haïti qui vient d'établir une loi naturalisant tous les Juifs qui en font la demande.
Un roman au style léger pour traiter d'une période trouble de l'humanité. Un héros qui se retrouve au coeur de situations extravagantes, un auteur avec une imagination débordante et vous aurez un livre original et passionnant. Tout de même quelques longueurs nuisent au rythme du récit.
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lucia-lilas
  09 juillet 2017
Ah ! Voilà qui commence bien, très bien même, d'abord parce que c'est les vacances et qu'il était temps, grand temps, et puis parce que je viens d'achever un roman, un vrai coup de coeur : Avant que les ombres s'effacent de Louis-Philippe Dalembert.
C'est l'histoire du docteur Ruben Schwarzberg dont on suit l'incroyable parcours, de sa naissance, en 1913, à Lödz en Pologne, sa jeunesse et ses études à Berlin jusqu'à la terrible nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938, sa découverte du Paris de 1930 et sa vieillesse à Port-au-Prince où il est devenu un médecin réputé. Cet homme originaire d'une famille juive polonaise sera victime du nazisme : avec sa famille, il devra fuir, prendre la route encore et encore afin de trouver un refuge, une terre d'accueil, une seconde patrie.
Nous le suivons à travers ses pérégrinations et si nous ne savions que tout ce qui est raconté a bien existé, nous trouverions tout cela très très romanesque ! En effet, l'on découvre des épisodes incroyables de l'Histoire, notamment, j'en cite un, celui du Saint-Louis, transatlantique allemand sur lequel embarquèrent à Hambourg le 13 mars 1939 plus de neuf cents juifs allemands possédant un visa et à qui Cuba, les États-Unis et le Canada refusèrent l'hospitalité. Obligé de faire demi-tour et donc de repartir vers l'Allemagne au risque de livrer les passagers aux nazis, le commandant Gustav Schroeder, après avoir immobilisé le bateau près des côtes anglaises, menaça d'y mettre le feu afin que soient enfin accueillis les passagers. Cela heurta l'opinion publique et plusieurs pays européens (Pays-Bas, Belgique, GB et France) acceptèrent de recueillir les familles qui se trouvaient depuis 44 jours à bord ! Quand je vous dis que L Histoire a toujours beaucoup d'imagination !
Donc, disais-je, en écoutant le récit de Ruben Schwarzberg, on découvre aussi (pour ma part, je ne le savais pas!) que l'état haïtien, après avoir voté en 1939 un décret-loi autorisant ses consulats à délivrer des passeports à tous les juifs qui le demanderaient afin qu'ils puissent trouver en Haïti une terre d'accueil, déclare la guerre à l'Allemagne du IIIe Reich, à l'Italie et au Japon le 12 décembre 1941. « Premier pays de l'Histoire contemporaine à avoir aboli les armes à la main l'esclavage sur son sol, le tout jeune état avait décidé lors, pour en finir une bonne fois avec la notion ridicule de race, que les êtres humains étaient tous des nègres, foutre ! Article gravé à la baïonnette au numéro 14 de la Constitution. »
Le docteur Ruben Schwarzberg a 95 ans et, au lendemain du séisme qui a meurtri Haïti en 2010, il se trouve avec sa petite-nièce Deborah qui est venue d'Israël porter secours aux Haïtiens. Assis sur la terrasse, il lui raconte son histoire qu'il n'a jamais racontée à personne, même pas à ses enfants. Il lui dit ce qu'il a vécu tout au long de ce XXe siècle, avant qu'il ne soit trop tard, « avant que les ombres s'effacent ».
Ce roman est à la fois l'histoire d'une saga familiale sur quatre générations et le récit d'un destin, celui d'un homme meurtri par L Histoire et qui échappa au pire grâce à des rencontres extraordinaires. Les portraits hauts en couleur des membres de sa famille ou des personnages dont il fait la connaissance sont absolument fabuleux. Par ailleurs, l'humour et l'autodérision omniprésents dans le texte ouvrent la voie au sourire, au rire même parfois et offrent toujours une lueur d'espoir, une lumière de réconfort même quand ce sont des événements terribles qui sont narrés. « Tendre », « généreux », « plein d'humanité, de vie, d'amour » sont les mots qui me viennent à l'esprit pour parler de ce roman dont la langue très sensuelle et poétique est un pur bonheur.
Je vous recommande très chaudement ce roman magnifique qui donne une bien belle leçon de vie !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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Aela
  14 août 2017
Ce roman est basé sur des faits historiques et relate l'accueil par Haïti, pendant la guerre, de réfugiés juifs venus d'Europe.
Ruben Schwarzberg, médecin réputé de Berlin, va devoir fuir son pays avec sa famille. Après son internement à Buchenwald, il va fuir vers la France et sera interné au camp d'Argenteuil. Certains membres de sa famille vont pouvoir s'exiler aux Etats-Unis et en Palestine. Pour Ruben, le salut viendra de Haïti, après l'épisode tragique du Saint-Louis, un paquebot à bord duquel environ un millier de juifs allemands embarquèrent d'Hambourg en 1939 avec le vain espoir de rejoindre l'Amérique. Les passagers du navire se virent refuser l'entrée à Cuba malgré les visas que leur avait accordés l'ambassade de Cuba en Allemagne.
Le débarquement aux États-Unis fut également refusé par les autorités américaines. le bateau et ses passagers durent repartir vers l'Europe. Grâce aux efforts du capitaine du navire, Gustav Schröder (devenu "Juste parmi les nations" après sa mort à la fin des années 1950), la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France acceptèrent d'accueillir les réfugiés juifs condamnés sinon à retourner en Allemagne. C'est ainsi que Ruben se retrouvera à Paris à la fin des années 1930 avant son départ définitif pour Haïti. En effet, en mai 1939, le gouvernement haïtien décide d'accorder la naturalisation immédiate à tous les juifs qui le souhaitent. Deux ans plus tard, le courageux président haïtien, Elie Lescot va déclarer la guerre au IIIème Reich.
Arrivé à Port-au-Prince, Ruben va s'intégrer très vite dans la société haïtienne, pourtant très marquée par l'occupation américaine qui avait exacerbé les tensions raciales et de classe héritées de la colonisation et laissé des traces bien qu'elle se soit achevée cinq ans auparavant.
Après avoir brûlé volontairement son dossier de demande d'entrée aux Etats-Unis, Ruben Schwarzberg va faire son chemin sur place et devenir un médecin très apprécié et reconnu. Bien des années plus tard, en 2010, il va recevoir la petite-fille de sa tante, née en Israël et devenue médecin elle aussi. Ces retrouvailles avec sa famille vont intervenir en même temps qu'un épisode tragique de l'histoire de Haïti, à savoir le terrible tremblement de terre qui a fait tant de victimes.
Magnifique livre qui revient sur des épisodes moins connus de la montée du nazisme et de la guerre. Ce livre nous fait découvrir un pays, Haïti, peu connu, et rend hommage au courage de ses ressortissants qui n'ont pas hésité, dans le passé, à affronter les troupes napoléoniennes venues rétablir l'esclavage et bien plus tard, à s'affirmer contre le régime du IIIème Reich.
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Fleitour
  12 septembre 2017
Le vendredi 12 décembre 1941, la république démocratique d'Haïti déclara les hostilités au troisième Reich et au royaume d'Italie. On aurait pu penser à un canular il n'en était rien, l'honneur d'Haïti était en jeu, depuis la réponse Anténor Firmin, au comte Joseph Antoine de Gobineau, et à son livre de l'inégalité des races humaines.

L'article gravé à la baïonnette au numéro 14 de la constitution était clair le vocabulaire de l'île précisait que " les êtres humains étaient tous nègres, nègres noirs, nègres blancs, nègres cannelle, nègres juifs, nègres chinois aux yeux déchirés... ".
" Dans la foulée, tout individu, ou nègre polychrome, peut trouver refuge sur le territoire sacré de la nation qu'il soit persécuté pour sa foi ou son ethnie, il sera sous la protection des esprits Vaudou".
Ce roman, Avant que les Ombres s'Effacent, rend hommage, par la voix d'un haïtien Louis-Philippe Dalembert, à cette constitution, et désigne la moustache d'Hitler comme son ennemi N°1. Louis-Philippe Dalembert souligne que nazi en créole signifie grippe-sou.

La famille du docteur Ruben Schwarzberg, notre héros, n'imaginait pas trouver refuge sous le soleil des Caraïbes. Entre la première rencontre avec un ressortissant haïtien à Berlin, au cours d'une nuit de cauchemar et son installation définitive sur l'île en 1939 se déroule un exode tumultueux qui donne toute sa saveur au coeur du roman.
Cette nuit terrible à Berlin au cours de laquelle les magasins juifs avaient été souillés, saccagés, sous l'oeil parfois goguenard de gendarmes en patrouille, cette soudaine haine, orchestrée, allait précipiter les décisions de quitter cette ville infamante. L'intervention de diplomates haïtiens ayant permis de sauver in-extremis de la vindicte raciste, Ruben et son père encore coiffé de sa kippa.
Quand Ruben et l'oncle Joe se font rafler en pleine rue par des hommes aux brassards éloquents, c'est l'enfer qui s'invite sous nos yeux, il se nomme Buchenwald. C'est Johnny l'Américain qui dans ce camp de la mort les persuade d'aller à la rencontre d'une petite communauté haïtienne de Paris et de la belle Ida Faubert.
Cet immense Johnny ironie du sort les aidera à trouver une faille pour quitter le camp !Mais pas lui.
Le déroulement de cette saga familiale tient du rocambolesque, et aux concours de circonstances fortuits, des dénouements miraculeux se déclenchent , mais la délivrance viendra avant tout de l'accueil si chaleureux de belles haïtiennes du club, le Bal Nègre, où Johnny lui-même allait à la chasse aux oies blanches.
La belle Ida Faubert sera une compagne bien au-delà de tout ce que Rubén pouvait imaginer de grâces féminines, poétesse si imprégnée du désir des hommes, entre parenthèse, flamboyante.' "au lendemain d'une nuit de rêve, l'une lui avait fait miroiter des jours entiers plus étoilés encore dans les bras de ses compatriotes."

La magie du style de Louis-Philippe Dalembert éclate dès les premières pages, elle ne quittera pas le lecteur jusqu'à ses dernières lubies, et nous verrons le docteur Schwartzberg retrouver sa tante après le séisme de 2010, qui dévasta l'ile d'Haïti.
Le Roman, est captivant, drôle parfois, émouvant, un hymne à Haïti et à l'hospitalité des Haïtiennes.

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critiques presse (2)
LePoint   02 juillet 2017
Un roman à la fois grave et drôle qui raconte la participation haïtienne à la Seconde Guerre mondiale.
Lire la critique sur le site : LePoint
LePoint   11 avril 2017
Un roman captivant.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   29 mars 2018
A force, les deux hommes avaient perdu un peu de leur tendre complicité. Enfant et même adolescent, oncle Joe représentait un personnage de légende pour son neveu, à l'égal des pirates sortis de l'imagination de Salomé, et dont il attendait les retours avec impatience ; à l'arrivée, il buvait ses paroles à l'écouter évoquer ses voyages lointains, ses aventures aussi nombreuses qu'improbables, avec force humour et un talent de comédien consommé, capable de tenir son public, les femmes du clan et lui, toute une soirée en haleine. Aujourd'hui, le Dr Schwartzberg n'aurait su dire si c'était l'imagination débridée d'oncle Joe, sa fascination d'enfant ou l'éloignement dans le temps qui en avait fait un héros et peuplé tous ces ailleurs de tant de merveilles.
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AelaAela   14 août 2017
Le Dr Schwarzberg ne mit pas longtemps à s'en apercevoir: à l'hôpital, dans les ministères comme dans le reste de la fonction publique, les postes de décision semblaient revenir de droit à une minorité, les Mulâtres, reconnaissables à leur peau moins sombre et aux cheveux moins crépus, quitte à forcer sur la vaseline, encore que, pour certains, il fallait chercher à la loupe les différences avec la masse.
Mais ici, les multiples nuances épidermiques, dans lesquelles le docteur se perdait, revêtaient une importance considérable, pouvant décider de l'appartenance sociale, et donc du destin d'un individu.
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AifelleAifelle   02 mai 2017
Longtemps, le Dr Schwarzberg choisirait de taire cet endroit sur lequel tant de choses seraient racontées, filmées, écrites, peintes, chantées, sculptées, sans épuiser pour autant l'étendue des abominations qui y furent perpétrées, à l'instar d'un cadavre qui n'en finirait pas de livrer ses vérités sur les mille et une manières dont la chair vivante avait été souillée. Son naturel de taiseux ne ressentit pas le besoin d'ajouter sa parole au trop-plein de mots qui tomberaient, par la suite, de partout et de nulle part pour tenter de dire l'ignoble. Au-delà de l'horreur, ce qui le marquerait le plus, ce fut d'avoir trouvé, au moment où il s'y attendait le moins, une parcelle d'humanité dans ce lieu, comme un bourgeon en fleur au mitan du champ de bataille. Un clin d'oeil de la vie, là où des hommes donnaient avec jubilation la mort à d'autres hommes.
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Erik35Erik35   01 avril 2018
Il n'avait rien contre Le Havre, dont il entendait parler pour la première fois de sa vie. La faute d'ailleurs aux français, qui, à l'étranger, n'ont que Paris à la bouche, comme s'il n'existait pas d'autre ville dans leur pays, ou qu'ils avaient honte de ce qu'ils appellent la province ; exception faite des Bretons, mais eux, c'est spécial, ils ne parlent jamais que de la Bretagne.
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motspourmotsmotspourmots   21 juin 2017
.. s'il avait accepté de revenir sur cette histoire, c'était pour les centaines, les millions de réfugiés qui, aujourd'hui encore, arpentent déserts, forêts et océans à la recherche d'une terre d'asile. Sa petite histoire personnelle n'était pas, par moments, sans rappeler la leur. Et puis, pour les Haïtiens aussi. Pour qu'ils sachent, en dépit du manque matériel dont ils avaient de tout temps subi les préjudices, du mépris trop souvent rencontré dans leur errance, qu'ils restent un grand peuple.
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Videos de Louis-Philippe Dalembert (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis-Philippe Dalembert
Maison de la poésie (10 nov 2017) - Texte et Lecture de Jean-Philippe Domecq, extrait du Dictionnaire des mots en trop (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution novembre 2017).
Le Dictionnaire des mots en trop :
Comment ? s?entend-on déjà reprocher, des mots en trop ? Mais les mots, on en manquerait plutôt.
Et pourtant. Ame, artiste, coach, communauté? ils sont légion ceux qui éveillent notre résistance intime à tout ce qu?ils charrient d?affects, d?idéologie, de pseudo-concepts ? notre résistance mais pas celle du voisin ! ? Quarante-quatre écrivains explorent ici les raisons pour lesquelles ils renâclent devant certains mots, et leurs réflexions critiques témoignent autant d?un état de la langue que des poétiques et des enjeux de notre temps.
Une expérience littéraire qui vient compléter, en l?inversant, celle du Dictionnaire des mots manquants.
Auteurs : Malek Abbou, Jacques Abeille, Mohamed Aïssaoui, Jacques Ancet, Marie-Louise Audiberti, Michèle Audin, Olivier Barbarant, Marcel Bénabou, Jean Blot, Jean-Claude Bologne, François Bordes, Lucile Bordes, Mathieu Brosseau, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Thibault Ulysse Comte, Seyhmus Dagtekin, Louis-Philippe Dalembert, Remi David, Erwan Desplanques, Jean-Philippe Domecq, Christian Doumet, Renaud Ego, Eric Faye, Caryl Férey, Michaël Ferrier, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Cécile Guilbert, Hubert Haddad, Isabelle Jarry, Cécile Ladjali, , Marie-Hélène Lafon, Sylvie Lainé, Frank Lanot, Fabrice Lardreau, Mathieu Larnaudie, Linda Lê, Guy le Gaufey, Jérôme Meizoz, Christine Montalbetti, Christophe Pradeau, Marlène Soreda, Abdourahman A. Waberi.
http://www.editions-marchaisse.fr/catalogue-dictionnaire-des-mots-en-trop
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