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Frédéric Collemare (Traducteur)
EAN : 9782901207023
352 pages
Callidor (06/05/2022)
4.5/5   2 notes
Résumé :
La flamme de la rébellion vient de surgir d'anciennes braises et consume peu à peu la plaine italienne. Tissée d'une étoffe de sang et de rage, la légende enfle à l'appel répété des buccins : les esclaves rêvent d'une liberté qu'ils savent éphémère, d'un espoir qu'ils savent illusoire. À leur tête marche un homme aux yeux hantés par la haine, un géant taciturne dont l'emblème arbore un serpent.
Le regard fixé sur la Louve romaine, il la devine frémir au chan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
JustAWord
  29 mai 2022
Personnage de légende, le gladiateur Spartacus a connu moult itérations dans la littérature comme au cinéma. Si tout le monde connaît le film de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas ou, plus récemment, la série de Steven S. DeKnight, il aura fallu attendre 2022 pour que l'un des plus grands classiques littéraires à son sujet — datant tout de même de 1933 — soit enfin traduit dans la langue de Molière par Frédéric Collemare au sein de la toute nouvelle collection Épopée des éditions Callidor.
Sous la sublime couverture de Jocelin Carmes, découvrons à présent cette figure mythique sous la plume d'un des plus fameux écrivains écossais modernes : James Leslie Mitchell.
De façon curieuse, Spartacus ne s'ouvre pas sur l'apparition du héros thrace. C'est avec Kléon, un esclave et literatus grec, que commence l'épopée imaginée par James Leslie Mitchell. Brisant ses chaînes après avoir eu vent de la révolte des gladiateurs à Capoue, Kléon saisit sa dague et son exemplaire de la République de Platon pour rejoindre les renégats. En proposant d'abord un personnage autre que celui de Spartacus, l'auteur écossais affirme immédiatement sa volonté d'embrasser une multitude de points de vue au sein de ce qui deviendra rapidement les Légions Libres. C'est aussi une façon malicieuse de magnifier d'emblée la figure héroïque incarnée par le Thrace, approché d'abord par l'eunuque comme l'un des commandants rebelles parmi d'autres avant qu'il ne revête les habits flamboyants du Strategos.
Dès après la jonction entre Kléon et les gladiateurs, le récit prend l'ampleur qui lui est dû, celle d'une fresque historique où la guerre fait rage, où les batailles sanglantes s'enchaînent et où la survie devient une question centrale. du bruit et de la fureur, vous en trouverez des tombereaux dans Spartacus, avec une précision chirurgicale lorsqu'il s'agit de décrire les charges et les pièges imaginés par le Gladiateur. Pourtant, réduire le roman de James Leslie Mitchell à un pur récit d'action serait un non-sens puisqu'il s'agit avant tout d'un récit ample et passionnant sur la liberté et le prix à payer pour en jouir.
Ardent défenseur des idées de Gauche de l'époque, James Leslie Mitchell trouve en Spartacus un héros rêvé, une figure presque providentielle pour celui qui piochait dans la caisse pour aider les syndicats ouvriers écossais.
Spartacus devient le point de mire du roman, un symbole plus qu'un homme et, paradoxalement, un homme du peuple avant d'être un dictateur. Réaliste, Spartacus comprend qu'avant d'atteindre l'âge d'or où les hommes pourront vivre égaux et sans loi aucune, il lui faut d'abord vaincre les maîtres.
Et pour vaincre les maîtres, il faut une certaine discipline et un idéal à suivre. Un idéal qui devra tenir tant bien que mal sur les épaules du Gladiateur et qui sera un fardeau tout du long autant qu'une force inestimable.
Personnage fascinant, minutieusement décrit par James Leslie Mitchell, Spartacus est à la fois le rêve de l'individu supérieur, ce meneur (presque) invincible du haut de son imposant étalon, mais aussi celui du Peuple tout entier avec qui il fait corps, avec qui il souffre, pleure et rugit. C'est cette figure christique avant l'heure que consacre l'auteur écossais avec une étourdissante maestria narrative alternant les envolées guerrières et les considérations philosophiques.
Mais Spartacus n'est pas seul, il existe d'autres héros à ses côtés. le grec Kléon qui rêve d'une République idéale, le juif Gershom ben Sanballat tiraillé entre son pays et sa haine viscérale des Romains, l'Ibère Titul convaincu d'être l'un des derniers survivants de l'Atlantide ou encore le Gaulois Crixus, véritable Roc dans la bataille. L'armée servile est un kaléidoscope de peuples : des Thraces, des Scythes, des Italiotes, des Germains, des Nègres, des Gaulois, des Bythiniens… et comme toujours lorsque autant de peuples se retrouvent mêlés les uns aux autres, il faut trouver une cause commune pour les souder.
Ce but est ici tout trouvé : la libération. Car c'est un récit sur le rapport entre dominant et dominé, entre le maître et l'esclave. On trouve dans le roman de James Leslie Mitchell une volonté d'en finir avec l'esclavage, qu'il soit antique ou moderne. Pour l'Écossais, si l'on veut la paix, il faut se débarrasser de tout rapport de force. Mais cet idéal, pourtant, semble bien illusoire tant les humains semblent voués à la guerre dès qu'ils entrent en société.
Spartacus ne fait pas l'erreur d'idéaliser ses héros. On les découvre violents et souvent sans pitié, peu regardants sur la condition des femmes qui n'existent que comme trophée ou compagne (mais qui deviennent aussi de temps à autre de vibrantes histoires d'amour à l'écart de la fureur du monde), parfois même en totale contradiction les uns avec les autres pour des questions d'orgueil ou de pouvoir.
Malgré cette volonté de réunir tous les opprimés pour jeter les puissants à bas, Spartacus lutte constamment avec l'idée de l'après. Les héros de l'armée servile ne seront-ils pas les maîtres de demain, remplaçant une tyrannie par une autre ?
Enfin, et c'est peut-être le plus surprenant au fond, Spartacus est un roman sur Dieu ou, plutôt, les Dieux. Car chaque peuple et chaque personnage croit différemment, en des Dieux différents, en des religions différentes.
James Leslie Mitchell, patiemment, délicatement, montre de quel façon la croyance des uns et des autres façonne l'avenir, du Gaulois au Germain en passant par le Juif et son Dieu Unique, même Kléon et son Platon presque divin. Spartacus lui-même devient un symbole religieux, un martyr descendu sur Terre pour se battre pour les hommes et promit inévitablement au supplice, à la Croix. Ce qui ne cesse d'interroger dans le récit imaginé par l'auteur écossais, c'est la nécessité de l'homme de croire en quelque chose.
À ce titre, Spartacus, souvent montré de façon presque surnaturelle, devient la première pierre d'une religion nouvelle, d'une foi nouvelle.
Une foi qui semble rejoindre les convictions de l'écrivain derrière le mythe, celle d'une société égalitaire et libre, d'une société où personne n'est fouetté à mort ou corvéable à merci, où l'esclave n'a plus de maître et où le maître lui-même n'a plus raison d'être. Un rêve de printemps en somme, avec en germe celui de la révolte, qui bat encore et encore.
Fresque magnifique constamment tiraillée entre l'humanité poignante de ses héros et les charges guerrières de ses batailles homériques, Spartacus est avant tout un roman qui rêve et qui s'interroge. Comment imaginer le monde de demain si l'esclave et le maître existent toujours ? Comment atteindre l'idéal quand on n'est qu'humain à l'ombre des Dieux ?
James Leslie Mitchell vous confie l'histoire d'un homme devenu un Dieu, à vous de savoir quoi en faire.
Lien : https://justaword.fr/spartac..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   28 mai 2022
Et une pensée familière vint à l'eunuque : il est décidément bien étrange de voir les humains s'agiter et souffrir sur cette petite Terre qui ne les connaît pas - qui ne connaît que ses vents et ses pluies et les astres qui font mûrir ses cultures, et la lumière et l'éclat du soleil, mais jamais les semeurs et les faucheurs. C'était la peur des Parques et des dieux qui guidait les hommes, faisant naître des ombres dans leur cœur sombre.
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JustAWordJustAWord   28 mai 2022
Je ne connais rien des histoires et des projets des hommes, mais je sais qu'il n'y aura pas de paix pour les femmes et leurs enfants ou de tranquilité pour les hommes au travail, ni d'État inébranlable tant que les esclaves et les maîtres s'opposeront sur cette Terre.
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JustAWordJustAWord   28 mai 2022
Nul homme ne peut être pour toujours un esclave, mais il en affiche les stigmates jusqu'à sa mort. Et ces stigmates, son âme les porte. Nous ne sommes pas des hommes libres. Nous sommes des esclaves entrés en rébellion.
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