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EAN : 9782070393169
600 pages
Gallimard (03/03/1995)
3.55/5   28 notes
Résumé :
" Le lieutenant Auligny est un jeune officier d'une intelligence moyenne, élevé dans des idées excellentes mais très étroites.
L'an 1931, en garnison en France, sa mère, fille de général, le fait affecter au Maroc, pour qu'il y gagne du galon ou la croix. Auligny s'intéresse peu, d'abord, à la chose nord-africaine. Mais il se lie avec une jeune Bédouine, dont peu à peu il s'éprend, et alors tout change. Ce garçon sans envergure est un homme très droit, très j... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ce roman propose la découverte du Maroc colonial à travers les yeux d'un jeune officier patriote. La question coloniale y est abordée dans toute sa complexité. La palette des comportements des différents personnages français ou marocain m'a paru plutôt réaliste, on est très loin d'un manichéisme simpliste sans entrer dans la négation de certains comportements inhumains. La petite graine d'empathie que porte le lieutenant Auligny va progressivement éclore et faire croître un sentiment de révolte face à la dure réalité de son quotidien et malgré de nombreux efforts pour rester dans "le droit chemin", celui de la grandeur de son pays qu'il aime tant.
Au delà du thème du colonialisme, ce roman porte une profonde réflexion sur le conformisme et les questionnement d'Auligny, qui nourrissent constamment le récit, pourront trouver écho dans certains cas de conscience de notre quotidien. Vaut-il mieux être fou avec les fous que sage tout seul? Question qui résume bien ce thème.
L'histoire d'amour que contient le récit est plus dérangeante (limite de la pédophilie) et m'a paru peu intéressante, si ce n'est qu'elle participe aux réflexions d' Auligny. Ce dernier est très tourmenté par cette relation plutôt insipide. Son désir absolu d'amour parait parfois absurde...
En résumé, La rose de sable est un roman à réflexion écrit par un écrivain du début du XXe siècle qui a su dépasser le paradigme de son époque pour proposer une critique humaniste de la colonisation, le tout dans une langue française sublimée.
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Le récit se déroule dans un fortin français du sud Maroc en 1932. On se souviendra au passage que la "pacification du Maroc " de 1904 à 1932 a fait plus de 100 000 morts. Mais pas de combats ou de batailles dans ce roman, plutôt le désert des tartares où un jeune lieutenant de la coloniale, pour tromper son ennui, va s'amouracher d'une gamine arabe de moins de quinze ans, tout en la payant comme une prostituée. Mais, parfait exemple de la coloniale, il ne voit pas malice dans sa situation et reste un coeur pur, ouvert à l'autre et surtout à ces populations arabes miséreuses, incultes, et surtout soumises, ceux que l'on appelle alors "les vaincus". Notre lieutenant va se retrouver pris entre l'incompréhension, la vulgarité et la violence des militaires français et le mépris et la révolte rentrée des autochtones. S'il souhaite emmener cette jeune fille avec lui, il le fait comme il le ferait avec une boniche, et son refus de participer à une opération militaire ne va pas jusqu'à démissionner de son corps. Il n'y a pas de morale à cette histoire et seul l'artiste aristocrate s'en sort grâce à son cynisme le plus total. le roman peut sembler touffus de prime abord mais c'est pour vous emmener dans les méandres les plus intimes des raisonnements et des sentiments des personnages. Ecrire une telle description de la mesquinerie méprisante de la France coloniale au Maghreb en 1932 a du demander beaucoup de courage à l'auteur.
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Ce roman, souvent caustique et ironique dans la présentation de certains personnages, nous plonge dans le Maroc colonial des années 20, du protectorat français et de la guerre du Rif. Loin des clichés orientalistes, Montherlant, qui a d'ailleurs lui-même séjourné à de long reprise en Afrique du Nord, choisit de s'interroger sur les rencontres civilisationnelles ratées, sur l'humanisme qui se heurte aux rigidités de sociétés inégalitaires, sur un trop plein d'idéalisme parfois. le style est déroutant, tantôt baroque, tantôt réaliste, tantôt encore ironique mais l'intrigue est là, la candeur d'Auligny, malgré lui chez de poste dans l'oued, fascine. Un roman original, dont l'absence de manichéisme est appréciable, autant par sa justesse que par son auteur, malgré tout contemporain de l'épopée coloniale
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Il s'agit d'une oeuvre de jeunesse de Montherland, sur un officier français de l'Entre-deux-Guerres, affecté dans un village au fin fonds du Maroc, Birbatine. Peu à peu il se laisse "contaminer" par les idées anticolonialistes, notamment au travers de ses amours avec une jeune Marocaine. le roman, souvent trop descriptif, notamment sur les ressorts psychologiques des personnages peut être parfois lassant. Il en va de même avec les considérations politiques, qui ne sont plus nécessairement d'actualité. Toutefois, malgré les lourdeurs, cela reste bien écrit, et les personnages ont de ce fait une profondeur psychologique. On sent que c'est un premier roman, qui annonce du lourd (certains reconnaîtront dans Guiscard une ébauche de Pierre Costals).
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Auligny, jusqu’à vingt-cinq ans peut-être, n’a jamais réalisé qu’on puisse être un honnête homme et n’être pas clérical, nationaliste, etc. Pour lui, seuls les hommes de son parti ont des principes. Un révolutionnaire est un homme qui ne mange pas de poulet et veut en manger, et c’est tout. Un socialiste est un homme qui n’aime pas la France, et qui ramasse tout et n’importe quoi contre elle, et c’est tout.
[...]
L’intérêt de la patrie est-il donc l’unique loi morale ? On le dirait. Gouvernement, diplomatie, armée, administration, justice, police fonctionnent dans la seule vue de l’intérêt de la patrie, aucune autre considération n’étant admise. On peut lire une bibliothèque entière de Livres Jaunes, d’annales judiciaires, d’ouvrages d’officiers et d’économistes, de comptes rendus de sociétés concessionnaires, concernant une colonie ou un protectorat, sans soupçonner jamais que tout cela, pour reprendre un mot fameux, est écrit sur la peau vive, sans y trouver jamais une trace du respect de l’homme pour l’homme. On taillade dans l’être humain avec l’insensibilité de l’enfant qui arrache, en détail, les ailes, les pattes, les yeux d’une libellule, comme s’il s’agissait d’un objet inanimé. Humanité, honnêteté, droit des gens ne sont tolérés qu’à condition de rester des mots. Une espèce d’unanimité se fait sur un homme qui essaye de mettre le réel, ou seulement sa vie, en accord avec des principes : c’est un imbécile. Cela se dit ouvertement, cela s’imprime, comme il est imprimé, sous des noms respectés de tous, que la justice, la vérité, etc., sont de « solennelles âneries ». Quelles que soient la simplicité, la sobriété, voire la sécheresse voulue avec lesquelles vous exprimez un sentiment moral, si ce sentiment se trouve, sur un point donné, contrarier l’ordre établi, vos paroles seront des « déclamations ». De quel ton, si vous parlez moralité, on vous répondra « sensiblerie » ! Avec quels ricanements on prononce les mots de « philanthropes » ou d’« idéalistes » ! Mais ce n’est pas assez, vous n’êtes pas qu’un serin, vous êtes un mauvais Français : aux colonies, quelqu’un qui veut la justice est un délinquant.
[...]
Auligny sent qu’il ne peut plus être complice de cela. En même temps, s’il s’élève contre, comment ne croirait-il pas qu’il trahit ? Et il reste incertain et déchiré. De son propre mouvement, dans un bel élan tout pur, il a bondi hors du mensonge officiel concernant les colonies. Mais il ne va pas au bout de son élan. Renoncer aux colonies ? Démence ! Horreur ! Blasphème ! Accorder des droits civiques à l’indigène ? Tout doux ! Il entre en plein dans le système, réputé bien français, du retapage par bouts de ficelle ; il veut l’impossible : qu’on enseigne aux coloniaux à être de petits saints. Ses scrupules le privent des bénéfices de la manière forte. Et sa complaisance pour l’ordre établi le prive du bénéfice moral de ses scrupules…
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Comme Auligny enfilait quelques-unes de ses raisons en faveur des indigènes, Guiscart dit :

— En Afrique du Nord, il faut que tu marches dans un rêve, sinon ce que tu vois te donne le cafard. Soit le rêve « français » : réduire, gouverner, exploiter. Soit le rêve « artiste » : danseuses, jasmin, petits garçons. Soit le rêve « humain » : assimilation, fraternité, justice. Tu as choisi le rêve numéro 3, qui t’a fourni une occupation pendant ton séjour à Birbatine : l’essentiel est donc acquis. Pour moi, tout ce que je sais de la question indigène, je l’ai appris en feuilletant des revues, à Alger, dans le salon d’attente d’un médecin. Par malheur, ce médecin, ayant fini par apprendre qui j’étais, décida de me donner toujours la priorité, de sorte qu’on me fit passer par un autre petit salon, où je ne restais jamais que quelques instants, et que je perdis ainsi mon unique occasion de me mettre au courant des grands problèmes de la vie coloniale. Quand je te disais que, pour un agrément, on a dix embêtements de la notoriété ! Mais j’en sais assez pour penser que ces problèmes, comme tous les problèmes, naissent des divergences entre deux groupements qui ont l’un et l’autre des droits et des torts à peu près égaux. Ces problèmes, s’il fallait, premièrement, recueillir sur eux une documentation, deuxièmement, réfléchir sur cette documentation, troisièmement, se faire une opinion (sans compter que, leurs données se modifiant, tout serait bientôt à recommencer), la vie y passerait, et pour quelques-uns d’entre eux seulement. Et alors, quand jouirait-on ?

— Pourtant, la justice…

— Oh ! mais nous ne nous piquons pas de justice ! dit Guiscart, avec un air un peu offensé. Pour moi, le monde n’est pas un objet à comprendre ni à moraliser, mais à respirer. Tu vois, respirer c’est le contraire d’aller profond. J’ai respiré l’Afrique du Nord, et tout ce que j’y ai trouvé d’exquis était le fruit et la fleur de trois mille ans d’iniquités, dont la série continue et continuera toujours, parce qu’elle est dans l’ordre des choses. Mais comme je n’ai d’autre but, sur ce globe calomnié, que de collectionner des illusions agréables, je ne me mets pas martel en tête à cause de l’iniquité. L’autre jour, à Marseille, une femme du peuple, devant qui je m’étonnais qu’elle eût tant d’enfants, étant si pauvre, me donnait en une seule phrase une justification sublime de la volupté : « Ah ! monsieur, quand on est sous la couverture, on ne sent pas la misère. » Je te répondrai de même : « Quand on est sous la couverture, on ne sent pas l’injustice. » Peut-être cela n’est-il pas bien. Mais n’ai-je pas le droit de préférer ce qui n’est pas le bien ? J’ai assez de sentiments nobles à d’autres propos. Il faut bien que je les contrebalance. Car il s’agit de savoir si on veut rester équilibré.
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Il faut marquer enfin qu'il n'était aucune des qualités, aucun des défauts les plus caractérisés du lieutenant Auligny qu'à maintes reprises il n'eût démenti par la qualité ou le défaut opposé. Ce tendre avait été dur pour bien des êtres, et notamment pour ses parents. Ce passionné de justice s'était buté dans de menues mais flagrantes injustices, qu'il n'apercevait pas. Ce mol, à ses heures, avait montré de l'énergie. Ce généreux était plein de petitesses. L'homme est , d'abord un animal inconséquent; il ne parait conséquent que lorsqu'il s'est "arrangé" pour la galerie. Les caractères qui se tiennent n'existent qu'au théâtre et dans les romans.
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La question indigène n'est pas une question de races ni de couleurs. Encore moins de religion, car il n'y a en Afrique du Nord qu'une religion, la musulmane: le catholicisme, en tant que foi, peut y être négligé. La question indigène est la question des gros et des petits. Les gros sont aussi bien indigènes que français. Tout de suite les gros indigènes et les gros français se reconnaissent entre eux, s'acoquinent, et s'unissent pour exploiter le prolétaire indigène.
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Toute la vie amoureuse de M. de Guiscart était sur fond de lassitude. il nous arrive à tous, lisant un roman plein d'intérêt et qui nous passionne, de jeter malgré tout un coup d’œil sur la tranche, pour voir au volume de pages si nous en aurons bientôt fini. Guiscart, avec les êtres qu'il aimait le plus, avait ce coup d’œil.
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Narcisse Slam a répondu au décalé et intimiste Questionnaire de Trousp, autant inspiré par celui de Proust que des questions de Bernard Pivot. Site Internet: https://trousp.ch/
0:00 Introduction 0:17 Que pensez-vous de cette citation? «C'est curieux un écrivain. C'est une contradiction et aussi un non-sens. Écrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. C'est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup.» Marguerite Duras 1:19 Quel métier n'auriez-vous pas aimé faire? 3:06 Quelle qualité préférez-vous chez l'Homme? 4:22 Quel est pour vous le pire des défauts? 5:38 Avec quel écrivain décédé, ressuscité pour une soirée, aimeriez-vous boire une bière au coin du feu? 8:33 Comment imaginez-vous les années 2050? 11:18 Quel mot vous évoque le plus de douceur? 12:48 Comment commence-t-on un roman? Par exemple L'Épouse? 16:23 Si vous pouviez résoudre un problème dans le monde, lequel choisiriez-vous? 20:18 Que pensez-vous de cette citation? «Les écrivains sont des monstres.» Henry de Montherlant 23:19 Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte? 25:09 Si votre maison brûle, qu'aimeriez-vous sauver en premier? 28:36 Comment construit-on un personnage? 32:04 Remerciements
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