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EAN : 9782070360123
192 pages
Gallimard (18/01/1972)
3.73/5   297 notes
Résumé :
La Reine morte est une pièce de théâtre d'Henry de Montherlant écrite en 1942 et représentée pour la première fois le 8 décembre 1942 à la Comédie-Française dans une mise en scène de Pierre Dux avec Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud.

C'est une des pièces les plus connues de l'auteur, qui développe le thème classique de l'amour contrarié par la raison d'État.

Cette pièce est librement inspirée de l'histoire des rois de Portugal Alp... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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"Promets-moi si tu me survis

D'être plus fort que jamais

Je serai toujours dans ta vie.

Près de toi, je te promets."

Immortelle Inès de Castro, la Reine morte!

Elle était la dame de compagnie de Constance de Castille, lors de son mariage avec Don Pedro du Portugal.

"Il y a tant de beautés dans La Reine morte ! "

Inès parle à Pedro de l'enfant qu'elle porte en elle ( ils se sont mariés en secret, et Ferrante , le roi du Portugal et père de Don Pedro, l'ignore)

-"Le jour, il ne me préoccupe pas trop. C'est la nuit… Il est au chaud de mon coeur, et je voudrais me faire plus chaude encore pour l'abriter mieux. Parfois il bouge, à peine, comme une barque sur une eau calme, puis soudain un mouvement plus vif me fait un peu mal.

-Ton nom prononcé dans ma solitude, prononcé dans mes rêves. Et voilà que je t'ai retrouvé. Et j'ai retrouvé l'odeur de tes vêtements… Quand je t'ai vu, mon coeur a éclaté.

Car j'accepterais de mourir, moi et ce que je porte en moi, oui, j'accepterais de mourir si la mort devait me fixer à jamais dans un moment tel que celui-ci.

Pedro est en prison, et le roi Ferrante a accepté qu'Inès reparte, saine et sauve... "

"N'oublie pas ce que je t'ai dit

L'amour est plus fort que tout

Ni l'enfer ni le paradis

Ne se mettront entre nous."

Mais, si le Roi Ferrante décide de faire tuer Inès, à la fin de la pièce, la raison d'État n'y est pour rien. le pape n'annulera pas le mariage d'Inès et de Don Pedro..." Ferrante est un peu hagard... Il se souvient avoir dit à Inès, à son arrivée:

- La cour est un lieu plein de ténèbres. Vous y auriez été une petite lumière…

- Oui, une petite lumière… Inès avait 26 ans!

Une petite lumière éblouissante de pureté qui révèle le côté obscur de l'âme du Roi (et lui fait prendre conscience de sa faiblesse, de ses échecs et de son fils Pedro qu'il n'a pas su aimer...)"

"Pense à moi, comme je t'aime

Et tu me délivreras

Tu briseras l'anathème

Qui me tient loin de tes bras". On se retrouvera, Francis Lalanne.

Devenu roi après la mort de son père, Don Pedro fera déterrer, puis couronner Inès. Il obligera ensuite tous les grands du royaume à baiser la main de la Reine morte...

Mortels, vous qui passez au Monastère d'Alcobaça, au nord de Lisbonne recueillez vous devant les tombeaux d'Inès et de Don Pedro...

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Théâtre, Montherlant, La Reine Morte... des mots qui peuvent faire peur à celui qui n'est pas tellement adepte des classiques ni du théâtre ni des choses un peu vieilles comme on croit en déceler à chaque fois qu'on entend parler de rois ou de reines de temps révolus et de contrées lointaines.

Je conçois qu'on ne soit pas forcément très sensible au cadre formel contraignant des pièces de théâtre et, ce faisant, qu'on s'avance toujours prudemment sur le terrain parfois lourd ou glissant de la prose si particulière à ce genre. Je conçois qu'on ressente toujours une certaine appréhension quand on se lance dans les bras d'un auteur qui nous est inconnu et dont la réputation forme comme une chape de plomb au-dessus de nos têtes.

Personnellement, je n'avais jamais rien lu De Montherlant avant d'aborder cette pièce et je peux seulement dire qu'elle m'a donné l'envie d'en lire d'autres.

Quelle ne fut pas ma surprise de trouver chez cet écrivain français du XXè des accents dignes de Lope de Vega et des intonations qui ne sont pas sans me rappeler un Shakespeare !

Un beau style, sobre mais travaillé et surtout, un propos, à mon sens, tout aussi philosophique que du Sartre ou du Camus qu'on monte aux nues. (Sans que je sache toujours bien pourquoi, mais ça, c'est une autre histoire.)

Ici, Henry de Montherlant nous emmène à la fois dans un autre pays (le Portugal) et une autre époque (une sorte d'Ancien Régime à la portugaise) afin probablement qu'on ne se focalise que sur le propos qui, lui, est intemporel et universel.

Le vieux roi (Ferrante) aimerait que son fils épousât l'Infante de Navarre pour des raisons politiques, peu importe qu'ils s'aimassent ou non, lui n'ayant aucune illusion, ni sur l'amour, ni sur l'humain en général.

Ce vieux roi désabusé et conscient de toutes formes de bassesses au sein de ses propres rangs est particulièrement attachant malgré les apparences.

Son fils n'a que faire du pouvoir et a bien compris que son bonheur personnel ne passait pas par les exigences du trône, c'est pourquoi il a de longue date préféré une belle bâtarde plutôt que l'Infante d'un quelconque royaume, aussi mirifique et bon pour le Portugal soit-il.

Évidemment, c'est un revers pour la politique royale, pour l'Infante bafouée et la vie de la dulcinée du Prince ne tient plus alors qu'à un fil, sachant que les conseillers du roi, qui eux n'ont aucun intérêt dans le bonheur du prince mais par contre en ont probablement dans les alliances intéressées poussent à la roue pour évincer la belle roturière...

Intérêt général contre intérêt personnel, que dit votre âme ?

En somme, une bien belle pièce, qui réussit le dépaysement qu'elle nous propose tout en ne lâchant rien sur la teneur du fond.

Chapeau bas Monsieur de Montherlant, en tout cas c'est mon avis, certes, ce n'est pas grand-chose.

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Montherlant fait partie de mes dramaturges préférés et je le préfère de loin dans ses pièces plutôt que dans ses romans ou ses essais. Comme quoi…

La reine morte met en scène un vieux roi portugais, Ferrante qui, sentant sa mort arriver, veut mettre en ordre son royaume. Il ordonne ainsi à son fils, le prince Don Pedro, d'épouser l'infante de Navarre, Dona Bianca. Il la fait venir en son royaume afin que les deux jeunes se rencontrent. Mais il y a un problème : le rejeton est amoureux de la belle Inès de Castro. Il ne se préoccupe donc pas de Bianca. Cette dernière, déçue, bafouée dans sa fierté, ne tarde pas à trouver le vieux roi afin de lui faire part de ses sentiments à ce sujet. Ferrante entre dans une colère noire. Il fait enfermer Inès et tente de la persuader qu'elle doit faire changer d'avis le prince afin qu'il épouse l'infante. Mais ce qu'il va apprendre à ce moment-là risque de le surprendre…

Cette pièce, parue en 1942, est inspirée par celle d'un autre écrivain, Luis Velez de Guevara, Régner après sa mort (1570). Montherlant s'est servi du fait réel qui avait donné lieu au texte, l'assassinat d'Inès de Castro par Alphonse IV) mais en a fait une oeuvre toute personnelle. Les personnages sont travaillés. Ainsi, le vieux roi Ferrante paraît complètement hermétique. Certaines réactions peuvent surprendre car il peut prôner la sagesse et faire preuve, pourtant, de haine et de sadisme. Viennent ensuite les femmes au caractère bien trempé. Quant à Pedro… la pauvre garçon fait bien pâle figure face à Bianca ou Inès. le jeune prince est un pleutre. le seul acte qui le fera remonter dans notre estime sera le dernier.

Quel talent ce Montherlant !


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Le titre de cette pièce nous indique quel sera le choix dicté par la raison d'état qui triomphe de l'amour. Deux femmes obstinées et monolitiques, et un prince falot, permettent de mieux comprendre les desseins d'un roi vieillissant, personnage complexe et véritable héros de cette pièce.

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Il m'en aura fallu du temps pour me lancer dans l'oeuvre De Montherlant! Ce dernier a longtemps eu pour moi, je crois, une image un peu faussée d'auteur inaccessible et un peu désuet.

Pour autant, il y a tout de même quelque temps que je lorgnais du côté de "La Reine Morte" en me disant que quitte à rencontrer Montherlant, autant le faire par l'entremise d'Inès de Castro.

C'est en effet l'argument de la pièce -grandiose drame en trois actes- qui m'a d'abord attiré chez l'auteur. le fait historique, authentique, dont il s'inspire avait tout pour attiser mes ardeurs et j'en ai conçu une durable fascination depuis ma lecture adolescente de "La Reine Crucifiée" de Gilbert Sinoué. Rien de plus fou, de plus inquiétant et de plus extrême que ce ténébreux prince du Portugal qui força, le jour de son couronnement, ses courtisans à s'incliner face au cadavre d'une épouse idolâtrée, assassinée quelques années plus tôt sur les ordres d'un roi qui voulait d'une autre belle-fille dont le sang coulerait bien bleu, plus bleu en tout cas que celui d'Ines qui éclaboussa sans doute les capes de ses meurtriers.

Quand on y pense, c'est assez surprenant que si peu d'auteurs -romanciers ou dramaturges- se soient emparés du sujet. Passé "Les Lusiades", il faudra attendre Victor Hugo et ses dix-sept ans (!) pour que la reine morte sorte de l'ombre. Un sujet pareil… Imaginez ce qu'aurait pu en faire un Corneille, lui qui se passionnait pour l'irréconciliable conflit entre la passion et la raison… Ce qu'en aurait fait aussi et surtout un William Shakespeare... Cet épilogue mortifère, glauque même, il en aurait fait de l'or, un sublime incendie.

Maurice Maeterlinck a dit: "Avoir écrit La Reine Morte suffit à justifier une vie", peut-être est-ce excessif, mais je me dis que l'avoir écrit excuse et efface les siècles de silence. En effet, si j'ai longtemps regretté que la fiction ne se soit pas davantage emparée de la passion tragique de Pedro et d'Inès, je dois confesser que ces regrets ont fini par fondre comme neige au soleil à la lecture de "La Reine Morte": les personnages, en définitive, pouvaient bien attendre Montherlant et 1942 pour revenir brûler les planches, parce que cette pièce est un somptueux écrin, un chef d'oeuvre qui les rend éternels et incroyablement vivants, humains.

Montherlant a donc su s'emparer de cette histoire avec brio, brillance. Au delà du plaisir que j'ai ressenti à l'idée de l'intrigue, j'ai été happée par sa langue que j'ai trouvé sublime: sobre, sans impuretés ni volutes inutiles mais profonde, travaillée, ciselée. Elle n'a pas été sans me rappeler les accents, la poésie un peu sombre et avec eux les angoisses et les obsessions d'un Shakespeare. A chaque scène, à chaque page, j'aurai voulu souligner une réplique, une phrase tant les mots sonnent justes et beaux, tant ils ont du sens, de la profondeur. Et une beauté confondante. Ce texte, il est beau à pleurer et à trembler.

Sous la plume du dramaturge, cette tragédie -fable d'amour et de mort, de pouvoir et de mensonges- d'un autre temps et d'un pays presque lointain devient intemporelle, universelle même. L'amour et l'intérêt personnel se cognent contre la raison d'état, le pouvoir et la corruption, entament un combat perdu d'avance qui les laisse exsangues. Au pays du roi Ferrante, les jeunes, les amoureux sont des naïfs, des rêveurs que le temps et la réalité finiront par corrompre ou piétiner tandis que les vieux ne se font plus d'illusions et nimbent leurs actes de leur désenchantement. C'est beau quoique désespéré et immensément pessimiste.

A cet égard, le personnage le plus réussi de la pièce n'est ni Pedro -"le veuf, le ténébreux, l'inconsolé"-, ni Inès, si douce, si émouvante. Ce n'est pas non plus l'Infante de Navarre, pourtant si grande, si singulière. Non.

C'est Ferrante, le roi, pour qui on ne peut s'empêcher d'éprouver de la compassion malgré la cruauté dont il fait preuve, malgré ses atermoiements et son hypocrisie, malgré enfin le dédain et la haine même que lui inspire son fils. On le prend en pitié, on s'y attache parce que lui sait.

Il sait la vanité du monde et ses mirages. Il sait que ce n'est qu'un théâtre où chacun avance masqué, que tout file et se corrompt, que rien ne demeure que l'amour le plus pur qu'un rien peut tuer, que le pouvoir est un nectar autant qu'un poison, qu'on se lasse de tout et qu'il vaut mieux souffrir de lassitude que mourir de vouloir vivre heureux.

Histoire d'amour tragique sublimée par la langue De Montherlant, "La Reine Morte" est aussi une pièce de théâtre magnifique sur l'absurdité de la condition humaine, sur les conflits de générations jaillis de la cruauté du temps qui passe.

J'espère tant pouvoir la voir sur scène un jour...

Quand on sait qu'elle fut créée en décembre 1942 à la Comédie Française, alors que le bruit des bottes résonnait sur le pavé parisien, ça laisse songeur quand même...

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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation

Inès : II redoutait cette colère.

Ferrante : II savait bien qu'un jour il devrait la subir, mais il préférait la remettre au lendemain, et sa couardise égale sa fourberie et sa stupidité. Il n'est plus un enfant, mais il lui est resté la dissimulation des enfants. A moins que... à moins qu'il n'ait compté sur ma mort. Je comprends maintenant pourquoi il se débat contre tout mariage. Je meurs, et à l'instant vous régnez ! Ah ! j'avais bien raison de penser qu'un père, en s'endormant, doit toujours glisser un poignard sous l'oreiller pour se défendre contre son fils. Treize ans à être l'un pour l'autre des étrangers, puis treize ans à être l'un pour l'autre des ennemis : c'est ce qu'on appelle la paternité. (Appelant) Don Félix ! Faites entrer don Christoval, avec trois officiers. Madame, ce n'est pas vous la coupable, retirez-vous dans vos chambres : on ne vous y fera nul mal Don Félix, accompagnez dona Inès de Castro, et veillez à ce qu'elle ne rencontre pas le Prince.

Inès : Mais don Pedro ? Oh ! Seigneur, pour lui, grâce !

Ferrante : Assez !

Inès : Dieu ! il me semble que le fer tranche de moi mon enfant.

Ferrante : Don Christoval je vous confie une mis­sion pénible pour vous. Avec ces trois hom­mes de bien, vous allez arrêter sur-le-champ le personnage que j'ai pour fils. Vous le conduirez au château de Santarem, et vous l'y détiendrez jusqu'à ce que j'aie désigné qui le gardera.

Don Christoval : Seigneur ! Pas moi ! Un autre que moi !

Ferrante : Vous, au contraire, et nul autre que vous Cela vous fait souffrir ? Eh bien, maintenant il faut que l'on commence à souffrir un peu autour de moi.

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L'INFANTE

Je me plains à vous, je me plains à vous, Seigneur! Je me plains à vous, je me plains à Dieu! Je marche avec un glaive enfoncé dans mon coeur. Chaque fois que je bouge, cela me déchire.

PREMIERE DAME D'HONNEUR, chuchoté, aux autres dames d'honneur.

La pauvre! Regardez! Comme elle a mal!

SECONDE DAME D'HONNEUR

Elle est toute pétrie d'orgueil. Et c'est son orgueil que ce glaive transperce. Oh! comme elle a mal!

TROISIEME DAME D'HONNEUR

Ah! elle est de Navarre!

L'INFANTE

Vous êtes venu, Seigneur, dans ma Navarre (que Dieu protège!) pour vous entretenir avec le Roi mon père des affaires de vos royaumes. Vous m'avez vue, vous m'avez parlé, vous avez cru qu'une alliance entre nos couronnes, par l'instrument du Prince votre fils, et de moi, pouvait être faite pour le plus grand bien de ces couronnes et pour celui de la chrétienté. Vous deux, les rois, vous décidez d'un voyage que je ferai au Portugal, accompagné de l'Infant, mon frère, peu après votre retour. Nous venons, nous sommes reçus grandement. La froideur du Prince, à mon égard, ne me surprend ni me m'attriste. J'avais vu plus loin ; au-delà de lui, je voyais l'oeuvre à faire. Trois jours se passent. Ce matin don Pedro, seul avec moi, me fait un aveu. Il plaide n'avoir su vos intentions qu'à votre retour de Navarre, quand il était trop tard pour revenir sur notre voyage. Il me déclare que son coeur est lié à jamais à une dame de votre pays, dona Inès de Castro, et que notre union n'aura pas lieu. (...)

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(La pièce représentée en 1942).

Quelquefois, d'abord on ne savait pourquoi, un applaudissement isolé fusait. Je percevais alors que telle parole d'un de mes personnages avait paru une allusion politique. Un zigoto perdu dans son idée fixe (l'idée fixe de l'actualité) avait sauté dessus et, laissant passer tout le reste, avait gobé juste cette petite phrase-là ; comme un fox-terrier qui saute et gobe une mouche. Si, en faisant dire au roi Ferrante : "Ah! quand je vois ce peuple d'adorants hébétés, il m'arrive de songer que le respect est un sentiment horrible", j'avais songé à certain chef d'Etat que ne rebutaient pas les adorants (Pétain, note 3), ce personnage était l'inspirateur de ma phrase, il n'en était pas la cible. On l'y voyait pourtant. Mais que ne voyait-on pas ! Des jeunes gens de la Résistance, au poulailler, faisaient un sort, fréquemment, aux paroles d'Egas Coelho poussant le roi à assassiner ("On tue, et le ciel s'éclaircit"), qui leur semblaient une apologie du terrorisme. Mme Odette Micheli, alors déléguée de la Croix-Rouge suisse pour l'assistance aux enfants français de la zone occupée, a entendu dire un soir par deux officiers allemands, tandis qu'ils se levaient et quittaient la salle : "Je ne comprends pas comment on laisse représenter de pareilles pièces."* Sans doute étaient-ce les répliques sur les prisons, et l'honneur qu'il y a à y être, qui les avaient choqués. Rien de plus divers, d'ailleurs, que les réactions de l'occupant. Le volume de La Reine Morte fut interdit dans plusieurs camps de prisonniers en Allemagne. Dans d'autres, au contraire, les prisonniers jouèrent entre eux la pièce sans la moindre opposition, et même, au camp de Wistznitz, avec l'appui des autorités.

*Même anecdote sur les représentations d'Antigone à Paris au début de 1944.

pp. 186-187

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EGAS COELHO

(...) La mort de dona Inès, qui maintenant vous tourmente, c'est elle qui vous rendra libre. En cette occasion, la femme est comme la poule : tuez-la et elle vous nourrit. Les actes ne demeurent pas autant qu'on le croit. Combien de vos actes, après avoir rempli l'objet que vous attendiez, se sont desséchés, ont perdu leur venin, sont désormais aussi inoffensifs qu'un serpent mort rongé par les fourmis.

ALVAR GONCALVES

en outre, à partir d'un certain âge, il n'y a plus intérêt à faire les choses par une lente intrigue : on risque de n'en pas voir le bout. Vive alors un acte prompt, dont on peut jouir dans son entier.

EGAS COELHO

Et n'est-il pas insensé que des hommes acceptent de peiner, de souffrir, d'être ligotés par une situation inextricable, seulement parce qu'un être est vivant, qu'il suffirait de supprimer pour que tout se dénouât, tandis que des milliards d'êtres meurent, dont la mort est inutile, ou même déplorable? On tue, et le ciel s'éclaircit. En vérité, il est stupéfiant que tant d'être continuent à gêner le monde par leur existence, alors qu'un meurtre est chose relativement si facile et sans danger.

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Pour moi, tout est reprise, refrain, ritournelle. Je passe mes jours à recommencer ce que j’ai déjà fait, et à le recommencer moins bien. Il y a trente-cinq ans que je gouverne : c’est beaucoup trop. [Ma fortune a vieilli. Je suis las de mon royaume. Je suis las de mes justices, et las de mes bienfaits; j’en ai assez de faire plaisir à des indifférents. Cela où j’ai réussi, cela où j’ai échoué, aujourd’hui tout a pour moi le même goût. Et les hommes, eux aussi, me paraissent se ressembler par trop entre eux. Tous ces visages, ensemble, ne composent plus pour moi qu’un seul visage aux yeux d’ombre, et qui me regarde avec curiosité. ] L’une après l’autre, les choses m’abandonnent; elles s’éteignent, comme ces cierges qu’on éteint un à un, à intervalles réguliers, le jeudi saint, à l’office de la nuit, pour signifier les abandons successifs des amis du Christ. Et bientôt, à l’heure de la mort, le contentement de se dire, songeant à chacune d’elles : “Encore quelque chose que je ne regrette pas.”

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Vidéo de Henry de Montherlant
"[…] les auteurs d'aphorismes, surtout lorsqu'ils sont cyniques, irritent ; on leur reproche leur légèreté, leur désinvolture, leur laconisme ; on les accuse de sacrifier la vérité à l'élégance du style, de cultiver le paradoxe, de ne reculer devant aucune contradiction, de chercher à surprendre plutôt qu'à convaincre, à désillusionner plutôt qu'à édifier. Bref, on tient rigueur à ces moralistes d'être si peu moraux. […] le moraliste est le plus souvent un homme d'action ; il méprise le professeur, ce docte, ce roturier. Mondain, il analyse l'homme tel qu'il l'a connu. […] le concept « homme » l'intéresse moins que les hommes réels avec leurs qualités, leurs vices, leurs arrière-mondes. […] le moraliste joue avec son lecteur ; il le provoque ; il l'incite à rentrer en lui-même, à poursuivre sa réflexion. […]
On peut toutefois se demander […] s'il n'y a pas au fond du cynisme un relent de nostalgie humaniste. Si le cynique n'est pas un idéaliste déçu qui n'en finit pas de tordre le cou à ses illusions. […]" (Roland Jaccard.)
0:14 - Bernard Shaw 0:28 - Julien Green 0:45 - Heinrich von Kleist 1:04 - Georges Henein 1:13 - Ladislav Klima 1:31 - Michel Schneider 1:44 - Hector Berlioz 1:55 - Henry de Montherlant 2:12 - Friedrich Nietzsche 2:23 - Roland Jaccard 2:37 - Alphonse Allais 2:48 - Samuel Johnson 3:02 - Henrik Ibsen 3:17 - Gilbert Keith Chesterton 3:35 - Gustave Flaubert 3:45 - Maurice Maeterlinck 3:57 - Fiodor Dostoïevski 4:08 - Aristippe de Cyrène 4:21 - Générique
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Référence bibliographique : Roland Jaccard, Dictionnaire du parfait cynique, Paris, Hachette, 1982.
Images d'illustration : Marquise de Lambert : https://de.wikipedia.org/wiki/Anne-Thérèse_de_Marguenat_de_Courcelles#/media/Datei:Anne-Thérèse_de_Marguenat_de_Courcelles.jpg George Bernard Shaw : https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Bernard_Shaw#/media/Fichier:G.B._Shaw_LCCN2014683900.jpg Julien Green : https://www.radiofrance.fr/franceculture/le-siecle-d-enfer-de-l-ecrivain-catholique-et-homosexuel-julien-green-8675982 Heinrich von Kleist : https://fr.wikipedia.org/wiki/Heinrich_von_Kleist#/media/Fichier:Kleist,_Heinrich_von.jpg Georges Henein : https://www.sharjahart.org/sharjah-art-foundation/events/the-egyptian-surrealists-in-global-perspective Ladislav Klima : https://www.smsticket.cz/vstupenky/13720-ladislav-klima-dios Michel Schneider : https://www.lejdd.fr/Culture/Michel-Schneider-raco
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