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ISBN : 2070360121
Éditeur : Gallimard (18/01/1972)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 237 notes)
Résumé :
La Reine morte est une pièce de théâtre d'Henry de Montherlant écrite en 1942 et représentée pour la première fois le 8 décembre 1942 à la Comédie-Française dans une mise en scène de Pierre Dux avec Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud.

C'est une des pièces les plus connues de l'auteur, qui développe le thème classique de l'amour contrarié par la raison d'État.

Cette pièce est librement inspirée de l'histoire des rois de Portugal Alp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  13 mai 2013
Théâtre, Montherlant, La Reine Morte... des mots qui peuvent faire peur à celui qui n'est pas tellement adepte des classiques ni du théâtre ni des choses un peu vieilles comme on croit en déceler à chaque fois qu'on entend parler de rois ou de reines de temps révolus et de contrées lointaines.
Je conçois qu'on ne soit pas forcément très sensible au cadre formel contraignant des pièces de théâtre et, ce faisant, qu'on s'avance toujours prudemment sur le terrain parfois lourd ou glissant de la prose si particulière à ce genre. Je conçois qu'on ressente toujours une certaine appréhension quand on se lance dans les bras d'un auteur qui nous est inconnu et dont la réputation forme comme une chape de plomb au-dessus de nos têtes.
Personnellement, je n'avais jamais rien lu De Montherlant avant d'aborder cette pièce et je peux seulement dire qu'elle m'a donné l'envie d'en lire d'autres.
Quelle ne fut pas ma surprise de trouver chez cet écrivain français du XXè des accents dignes de Lope de Vega et des intonations qui ne sont pas sans me rappeler un Shakespeare !
Un beau style, sobre mais travaillé et surtout, un propos, à mon sens, tout aussi philosophique que du Sartre ou du Camus qu'on monte aux nues. (Sans que je sache toujours bien pourquoi, mais ça, c'est une autre histoire.)
Ici, Henry de Montherlant nous emmène à la fois dans un autre pays (le Portugal) et une autre époque (une sorte d'Ancien Régime à la portugaise) afin probablement qu'on ne se focalise que sur le propos qui, lui, est intemporel et universel.
Le vieux roi (Ferrante) aimerait que son fils épousât l'Infante de Navarre pour des raisons politiques, peu importe qu'ils s'aimassent ou non, lui n'ayant aucune illusion, ni sur l'amour, ni sur l'humain en général.
Ce vieux roi désabusé et conscient de toutes formes de bassesses au sein de ses propres rangs est particulièrement attachant malgré les apparences.
Son fils n'a que faire du pouvoir et a bien compris que son bonheur personnel ne passait pas par les exigences du trône, c'est pourquoi il a de longue date préféré une belle bâtarde plutôt que l'Infante d'un quelconque royaume, aussi mirifique et bon pour le Portugal soit-il.
Évidemment, c'est un revers pour la politique royale, pour l'Infante bafouée et la vie de la dulcinée du Prince ne tient plus alors qu'à un fil, sachant que les conseillers du roi, qui eux n'ont aucun intérêt dans le bonheur du prince mais par contre en ont probablement dans les alliances intéressées poussent à la roue pour évincer la belle roturière...
Intérêt général contre intérêt personnel, que dit votre âme ?
En somme, une bien belle pièce, qui réussit le dépaysement qu'elle nous propose tout en ne lâchant rien sur la teneur du fond.
Chapeau bas Monsieur de Montherlant, en tout cas c'est mon avis, certes, ce n'est pas grand-chose.
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LydiaB
  22 janvier 2013
Montherlant fait partie de mes dramaturges préférés et je le préfère de loin dans ses pièces plutôt que dans ses romans ou ses essais. Comme quoi...

La reine morte met en scène un vieux roi portugais, Ferrante qui, sentant sa mort arriver, veut mettre en ordre son royaume. Il ordonne ainsi à son fils, le prince Don Pedro, d'épouser l'infante de Navarre, Dona Bianca. Il la fait venir en son royaume afin que les deux jeunes se rencontrent. Mais il y a un problème : le rejeton est amoureux de la belle Inès de Castro. Il ne se préoccupe donc pas de Bianca. Cette dernière, déçue, bafouée dans sa fierté, ne tarde pas à trouver le vieux roi afin de lui faire part de ses sentiments à ce sujet. Ferrante entre dans une colère noire. Il fait enfermer Inès et tente de la persuader qu'elle doit faire changer d'avis le prince afin qu'il épouse l'infante. Mais ce qu'il va apprendre à ce moment-là risque de le surprendre...

Cette pièce, parue en 1942, est inspirée par celle d'un autre écrivain, Luis Velez de Guevara, Régner après sa mort (1570). Montherlant s'est servi du fait réel qui avait donné lieu au texte, l'assassinat d'Inès de Castro par Alphonse IV) mais en a fait une oeuvre toute personnelle. Les personnages sont travaillés. Ainsi, le vieux roi Ferrante paraît complètement hermétique. Certaines réactions peuvent surprendre car il peut prôner la sagesse et faire preuve, pourtant, de haine et de sadisme. Viennent ensuite les femmes au caractère bien trempé. Quant à Pedro... la pauvre garçon fait bien pâle figure face à Bianca ou Inès. le jeune prince est un pleutre. le seul acte qui le fera remonter dans notre estime sera le dernier.

Quel talent ce Montherlant !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Henri-l-oiseleur
  31 décembre 2017
Même si le titre de ce drame historique attire l'attention sur l'héroïne, le héros véritable est le vieux roi Ferrante dans ses conflits avec son fils. Tout les oppose, et en particulier, de façon irrémédiable, le Temps : Ferrante aimait son fils quand il n'était qu'un enfant, mais il se prend à le haïr quand il devient adolescent, homme, amoureux, voire sentimental, et inférieur à ses devoirs de futur roi. Par ce biais, Montherlant renouvelle le vieux conflit cornélien entre le coeur et la raison d'état. Il ancre ce conflit abstrait dans les dégoûts du vieux père pour son fils, jeune homme qui veut simplement être heureux et non être roi : on pourra comparer avec Mithridate de Racine rival de ses fils en amour et en politique, ou avec la grande figure, dans Rodogune de Corneille, de la mère atroce jouant ses fils l'un contre l'autre. Grand ressort tragique que les haines entre parents et enfants... Le souci de reconstitution historique fidèle (malgré les grandes libertés que prend l'auteur avec l'histoire du Portugal médiéval), héritage du Romantisme, n'alourdit pas la pièce, car les personnages sont forts, éloquents, bien campés et semblent vivre naturellement au milieu de ce décor. Comme Anouilh, et deux ans avant son Antigone de 1944, l'auteur dresse l'un contre l'autre le devoir d'état et l'exigence individuelle, en les incarnant dans deux personnages, au lieu de la conscience d'un seul comme chez les classiques. Il donne clairement raison à Ferrante, son vieux roi, contre le fils, le sentimental Dom Pedro, à la différence de l'ambigu Anouilh.
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claudine42
  07 janvier 2015
Henry de Montherlant est né un peu avant l'aube du vingtième siècle, en 1895, époque industrielle un peu noire mais encore empreinte de ces rêves de modernisme, de grandeur et d'amélioration sociale. Il est ensuite mobilisé en 1916, à 21 ans. Il reviendra blessé et décoré, mais surtout meurtri et profondément marqué par la grande guerre. Puis vient la seconde guerre mondiale et l'occupation parisienne (sa ville natale) qu'il subit avec un peu moins de fougue et d'engagement que précédemment. D'aucuns lui reprocheront ses textes moins « vaillants ».
C'est dans ce contexte et fort de ses expériences qu'il écrit la Reine Morte en 1942. Tragédie en trois actes dans la plus pure tradition shakespearienne, ce drame est celui de tout monarque qui planifie des alliances et se voit contré !
Le roi Ferrante d'Espagne veut marier son fils à l'Infante de Navarre. Son fils refuse car il en aime une autre. Qu'à cela ne tienne ! Tu épouses l'Infante et tu fais de l'autre ta maîtresse (classique, voulu, demandé, légal, souhaité, applaudit… à l'époque). Euh, oui mais je suis déjà marié avec « l'autre » ! Zut de flûte, avec ce pape qui ne m'aime pas, ce ne sera pas évident de dissoudre ce mariage. Oui mais, je ne veux pas le dissoudre moi !
Je le résume de façon amusante, mais il n'en est rien dans ce texte ou de chaque page coule le sang versé par Ferrante dans sa course au pouvoir. Il est vieux, dans l'antichambre de la mort, mais il est encore fort et ne supporte pas la remise en question. ou alors, par faiblesse passagère. de longs dialogues ou monologues parsèment cette pièce dont la profondeur n'a d'égale que la noirceur. Mais, quelle verve !
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Dosamuse
  30 septembre 2014
Bon ! Comment l'expliquer ? Les pièces de théâtre, quelque soit l'époque, qui parlent de rois, de reines, de courtisans...me font flipper ! Un stress intense en souvenir des profs de francais qui prenaient la liste d'appel et nommaient un élève au hasard pour sortir au tableau réciter l'extrait qu'il fallait apprendre. J'en ai froid dans le dos.
C'est donc non sans courage que j'ai sorti La reine morte de ma bibliothèque, j'ai dû l'y enterrer depuis un moment.
Le texte est passionnant, puissant...j'ai beaucoup aimé.
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   22 janvier 2013
Inès : II redoutait cette colère.

Ferrante : II savait bien qu'un jour il devrait la subir, mais il préférait la remettre au lendemain, et sa couardise égale sa fourberie et sa stupidité. Il n'est plus un enfant, mais il lui est resté la dissimulation des enfants. A moins que... à moins qu'il n'ait compté sur ma mort. Je comprends maintenant pourquoi il se débat contre tout mariage. Je meurs, et à l'instant vous régnez ! Ah ! j'avais bien raison de penser qu'un père, en s'endormant, doit toujours glisser un poignard sous l'oreiller pour se défendre contre son fils. Treize ans à être l'un pour l'autre des étrangers, puis treize ans à être l'un pour l'autre des ennemis : c'est ce qu'on appelle la paternité. (Appelant) Don Félix ! Faites entrer don Christoval, avec trois officiers. Madame, ce n'est pas vous la coupable, retirez-vous dans vos chambres : on ne vous y fera nul mal Don Félix, accompagnez dona Inès de Castro, et veillez à ce qu'elle ne rencontre pas le Prince.

Inès : Mais don Pedro ? Oh ! Seigneur, pour lui, grâce !

Ferrante : Assez !

Inès : Dieu ! il me semble que le fer tranche de moi mon enfant.

Ferrante : Don Christoval je vous confie une mis­sion pénible pour vous. Avec ces trois hom­mes de bien, vous allez arrêter sur-le-champ le personnage que j'ai pour fils. Vous le conduirez au château de Santarem, et vous l'y détiendrez jusqu'à ce que j'aie désigné qui le gardera.

Don Christoval : Seigneur ! Pas moi ! Un autre que moi !

Ferrante : Vous, au contraire, et nul autre que vous Cela vous fait souffrir ? Eh bien, maintenant il faut que l'on commence à souffrir un peu autour de moi.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   31 décembre 2017
(La pièce représentée en 1942).
Quelquefois, d'abord on ne savait pourquoi, un applaudissement isolé fusait. Je percevais alors que telle parole d'un de mes personnages avait paru une allusion politique. Un zigoto perdu dans son idée fixe (l'idée fixe de l'actualité) avait sauté dessus et, laissant passer tout le reste, avait gobé juste cette petite phrase-là ; comme un fox-terrier qui saute et gobe une mouche. Si, en faisant dire au roi Ferrante : "Ah! quand je vois ce peuple d'adorants hébétés, il m'arrive de songer que le respect est un sentiment horrible", j'avais songé à certain chef d'Etat que ne rebutaient pas les adorants (Pétain, note 3), ce personnage était l'inspirateur de ma phrase, il n'en était pas la cible. On l'y voyait pourtant. Mais que ne voyait-on pas ! Des jeunes gens de la Résistance, au poulailler, faisaient un sort, fréquemment, aux paroles d'Egas Coelho poussant le roi à assassiner ("On tue, et le ciel s'éclaircit"), qui leur semblaient une apologie du terrorisme. Mme Odette Micheli, alors déléguée de la Croix-Rouge suisse pour l'assistance aux enfants français de la zone occupée, a entendu dire un soir par deux officiers allemands, tandis qu'ils se levaient et quittaient la salle : "Je ne comprends pas comment on laisse représenter de pareilles pièces."* Sans doute étaient-ce les répliques sur les prisons, et l'honneur qu'il y a à y être, qui les avaient choqués. Rien de plus divers, d'ailleurs, que les réactions de l'occupant. Le volume de La Reine Morte fut interdit dans plusieurs camps de prisonniers en Allemagne. Dans d'autres, au contraire, les prisonniers jouèrent entre eux la pièce sans la moindre opposition, et même, au camp de Wistznitz, avec l'appui des autorités.

*Même anecdote sur les représentations d'Antigone à Paris au début de 1944.


pp. 186-187
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stcyr04stcyr04   31 août 2012
Pour moi, tout est reprise, refrain, ritournelle. Je passe mes jours à recommencer ce que j’ai déjà fait, et à le recommencer moins bien. Il y a trente-cinq ans que je gouverne : c’est beaucoup trop. [Ma fortune a vieilli. Je suis las de mon royaume. Je suis las de mes justices, et las de mes bienfaits; j’en ai assez de faire plaisir à des indifférents. Cela où j’ai réussi, cela où j’ai échoué, aujourd’hui tout a pour moi le même goût. Et les hommes, eux aussi, me paraissent se ressembler par trop entre eux. Tous ces visages, ensemble, ne composent plus pour moi qu’un seul visage aux yeux d’ombre, et qui me regarde avec curiosité. ] L’une après l’autre, les choses m’abandonnent; elles s’éteignent, comme ces cierges qu’on éteint un à un, à intervalles réguliers, le jeudi saint, à l’office de la nuit, pour signifier les abandons successifs des amis du Christ. Et bientôt, à l’heure de la mort, le contentement de se dire, songeant à chacune d’elles : “Encore quelque chose que je ne regrette pas.”
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CosaqueCosaque   19 septembre 2015
L'INFANTE: Quelle impression vous a-t-il faite ? (Geste vague, prudent, d'Inès. ) Eh bien, je vais vous le dire. La chaîne de vos médailles a appuyé sur votre cou, et l'a marqué d'une raie rouge. C'est la place où vous serez décapitée.

INÈS: Dieu!

L'INFANTE: Les princes mettent des lions sur leurs armoiries, sur leurs oriflammes. Et puis un jour ils en trouvent un dans leur cœur. [...]

ACTE II — SCÈNE V
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stcyr04stcyr04   31 août 2012
Car il devenu un homme, c’est-à-dire la caricature de ce qu’il était. Vous aussi, vous verrez se défaire ce qui a été votre enfant. Jusqu’à ce qu’il n’en reste pas plus en vous que n’est restée cette page où pour la première fois, à cinq ans, le mien écrivit son prénom, cette page que je conservai durant des années, et qu’enfin j’ai déchirée et jetée au vent.
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