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ISBN : 2743644958
Éditeur : Payot et Rivages (03/10/2018)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Situé à Atlanta en 1948, Darktown est le premier opus d’une saga criminelle complexe et fascinante qui explore les tensions radicales au début du mouvement des droits civiques, dans la lignée de Dennis Lehane et Walter Mosley.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Bigalow
  11 octobre 2018
Je ne peux qu'encourager la lecture de ce roman policier/social, qui m'a fait passer un excellent moment. Enfin, tout est relatif, parce que les événements décrits y sont plutôt glaçants.
Darktown, c'est l'histoire croisée de policiers noirs et blancs, dans la ville d'Atlanta en 1948, qui sont confrontés à une affaire de meurtre que beaucoup voudraient voir enterrée.
Point de départ classique, mais tout l'intérêt du roman est dans la retranscription des moeurs de l'époque, au premier plan la condition (déplorable) des Afro-américains.
Inégaux en tout points aux blancs, méprisés, humiliés, lynchés même, ils vivent une vie peu enviable. En symbole de cette situation, le policier noir qui fait office de personnage principal, l'officier Boogs, est témoin et acteur de ces injustices quotidiennes. le propos du livre m'a fait réagir, il est en effet difficile de rester de marbre quand on lit tout ce que ces hommes ont dû subir au nom d'un racisme malheureusement ordinaire à l'époque aux Etats-Unis.
Petit plus pour la plume de l'auteur, qui réussit bien à mettre en scène ses personnages et la ville d'Atlanta avec finalement assez peu de descriptions. C'est un style agréable, qui se lit assez vite, mais sans empressement.
Finalement, si ce roman se voit accorder une suite, comme l'annonce l'éditeur, c'est avec plaisir que je la lirai.
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mimo26
  23 octobre 2018
On est en Georgie dans la ville la plus peuplée de l'état suivant la seconde guerre mondiale. Pour la première fois des agents du département de police sont recrutés parmi la communauté noire. Dans cette atmosphère électrique, où malgré une volonté politique de poser les fondements d'une concorde et d'une égalité de façade, on assistera à la coexistence de deux unités policières distinctes. Et justement, l'équité de traitement, de mission, de statut restent loin d'atteindre son but. le plafond de verre est toujours solide mais des hommes tentent de faire évoluer les lignes en se battant avec leurs armes.
«Atlanta, 1948. Sous le mandat présidentiel de Harry S. Truman, le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith. Mais dans l'Amérique de Jim Crow, un flic noir n'a le droit ni d'arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la vraie police. Quand le cadavre d'une femme métisse est retrouvé dans un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse. Alors que leur tête est mise à prix, il leur faudra dénouer un écheveau d'intrigues mêlant trafic d'alcool, prostitution, Ku Klux Klan et corruption. »
En se lançant dans cette saga, Thomas Mullen, nous offre une vision, sa vision, d'une Amérique amputée de ses forces vives en n'octroyant pas les mêmes chances à ses différentes communautés. C'est de cette période trouble et charnière de la fin des années 40, début des années 50, que se situe son propos. Il nous permet alors de suivre deux binômes policiers, l'un blanc, l'autre noir. Et leur combat se détermine par leur histoire, leur passé. Entre courage d'affronter l'injustice ou abnégation de conserver des acquis raciaux, les frictions seront légions et conduiront à une désinhibition de valeurs opposées.
Thomas Mullen transpose avec maestria son propos dans ce sud U.S où règne ambivalence, discrimination et violences raciales. Il dépeint avec justesse et documentation une période qui sera un des points de départ d'un volonté émancipatrice de ce peuple opprimé. En mettant en scène un duo d'agents noirs face à leur « pendant » blanc, il s'éloigne de l'écueil du manichéisme. Chaque tentative de créer de la liberté, de l'égalité fait face à des actes contraires aux vertus de fraternité. Et c'est bien en cela que le roman est moins binaire qu'il n'y parait. L'enquête en toile de fond est révélatrice de ce que le politique refuse de voir. Il l'entraperçoit, il le distingue plus ou moins clairement mais se refuse à l'avouer.
Cette série policière sera adaptée à l'écran et l'on peut se ravir à l'idée qu'elle soit partie sur des bases solides teintées de noir lumineux.
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MadameTapioca
  26 octobre 2018
Un roman policier assez classique mais qui se démarque largement par le fond historique.
Atlanta 1948, Boggs et Smith font partie des 8 premiers policiers noirs de la ville. Pas le droit de patrouiller en voiture, pas le droit de boire de l'alcool, pas le droit de porter l'uniforme en dehors des horaires de boulot, pas le droit d'exercer dans les quartiers blancs et surtout pas le droit d'enquêter! Des policiers noirs pour les quartiers noirs, pour régler les problèmes entre ivrognes. Des policiers noirs très mal vus par leurs confrères blancs.
Quand une jeune fille métisse est retrouvée morte, nos deux hommes refusent que le dossier soit enterré et vont aller contre toutes ces règles absurdes pour découvrir la vérité.
Un scénario qui peut sembler finalement assez simple pour ce genre littéraire mais se serait sans compter sur la retranscription des moeurs de l'époque qui donne de la consistance à cette histoire.
Amateur de policier, foncez. C'est un sans faute. Amateur de littérature US, foncez aussi, vous découvrirez une intéressante peinture de l'Amérique ségrégationniste de l'après guerre.
Boggs et Smith ont tout pour devenir des personnages récurrents et on comprend aisément que la télévision pense à l'adapter en série.
Traduit par Anne-Marie Carrière
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encoredunoir
  31 octobre 2018
Sous la pression de la communauté noire qui, malgré la ségrégation, représente néanmoins une certaine force en termes de voix lors des scrutins municipaux, le maire d'Atlanta, en cette année 1948, a dû se résigner à recruter des officiers noirs dans la police de la ville. Ils sont seulement huit, dont Lucius Boggs et son coéquipier Tommy Smith. Attention toutefois : dans une police municipale encore très majoritairement raciste et noyautée par le Ku Klux Klan, pas question pour ces policiers noirs de patrouiller en dehors des quartiers noirs. Pas question non plus de procéder eux-mêmes a des arrestations ou de partager les mêmes locaux que leurs collègues blancs. Alors quand Boggs et Smith commencent à s'intéresser aux circonstances de la mort d'une jeune fille noire qui a été vue pour la dernière fois avec un ancien policier blanc, autant dire qu'ils s'engagent sur un chemin semé d'embûches. de son côté, le jeune policier blanc Denny Rakestraw, vétéran de la guerre en Europe, obligé de faire équipe avec Lionel Dunlow, vieux flic raciste et corrompu, n'entend pas non plus laisser impuni le meurtre de cette jeune femme. Lui aussi va se heurter à la dure réalité.
Annoncé comme le premier volet d'une série, Darktown est un roman classique dans sa forme, tant pour la façon dont le récit est mené que par son intrigue à base d'alliances de la carpe et du lapin dans un contexte ultra corrompu. Mais le contexte dans lequel il s'inscrit, cette Amérique raciste d'avant le grand mouvement en faveur des droits civiques, lui confère une dimension autrement originale. Cela tient bien entendu à tout ce que peut nous dire Thomas Mullen sur cette époque et ce Vieux Sud, la manière dont le lynchage persiste, celle dont est gérée la ségrégation au sein de la police, ou le fait que même après avoir combattu sous la bannière étoilée, les noirs américains de ces États ségrégationnistes n'ont pas intérêt à défiler en uniforme au risque de se faire salement amocher ou d'être purement et simplement battus à mort. Cela tient aussi, indéniablement, à la façon dont Mullen sait faire ressentir l'extrême frustration de Boggs et de ses collègues, le poids des vexations qu'ils subissent mais aussi leur position ambigüe vis-à-vis de la population noire qui voit en eux à la fois ceux qui pourraient les protéger, et au mieux les faire-valoir ou pire les complices d'un pouvoir qui les opprime. Par ailleurs, l'auteur sait aussi rendre avec mesure et sans caricature la position elle aussi précaire de Rakestrow, la manière dont il se retrouve écartelé entre ses principes et le fonctionnement de la société dans laquelle il évolue et de l'institution pour laquelle il travaille.
C'est, alliée à une intrigue qui pour n'être pas foncièrement originale est solidement menée, ce qui fait de Darktown un roman prenant et intelligent et, donc, un début prometteur et très convaincant pour cette série annoncée. Une belle découverte.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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mimipinson
  20 novembre 2018
Si la rentrée littéraire commence sérieusement à vous piétiner l'aorte, si vous êtes en manque de bons polars, un conseil : écoutez Poirette la samedi matin à la radio, ce gros nounours à la voix de velours et à la diction parfaite est un amateur du genre et surtout de très bon conseil !
Nous sommes en 1978 à Atlanta, en pleine ségrégation raciale. La police de la ville vient d'embaucher huit policiers noirs pour faire bonne figure…bonne figure seulement car bien évidemment, dans cet état sudiste et raciste en 1948, nos 6 flics n'ont pas le droit de rentrer au commissariat central avec leurs camarades blancs, ne peuvent pratiquer d'arrestations. Tout juste ont-ils le droit d'éviter les bagarres, et surtout, surtout, ne pas faire de vagues. Ils sont "nègres", et se doivent donc de rester à leur place de " nègre".
Sauf qu'un soir, Tommy et son acolyte Boggs vont vite sortir de leur rôle de potiche pour rentrer dans le vif du sujet. Ils sont témoins un soir d'une étrange scène où une jeune femme noire se fait tabasser pas un blanc, jeune femme qui sera retrouvée morte et sérieusement amochée dans une décharge. L'affaire semble en rester là, à ceci près que nos deux compères vont braver les interdits.
Darktown est tiré d'une réalité historique. Thomas Mullen campe un polar glaçant peuplé de personnages savamment décrits et tout en contraste. Les mauvais ne sont pas toujours ceux que l'on croit, parfois mauvais en apparence et si l'on gratte un peu, plus humains qu'on ne le pensait…On s'attache bien volontiers à Tommy et Boggs , nettement moins à dunlow…
Darktown n'est pas un polar tonitruant, néanmoins il parvient sans difficulté à ferrer son lecteur, et l'embarquer dans un monde que l'on aimerait considérer comme révolu…

Ah, ce sacré Poirette, avec son polar de la semaine ! Et dire que j'ai failli perdre sa trace !

Lien : https://leblogdemimipinson.b..
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critiques presse (1)
Lexpress   05 novembre 2018
Nouveau venu sur la scène policière française, même s'il est déjà l'auteur de cinq romans aux Etats-Unis, Thomas Mullen inaugure, ici, une singulière saga. La première aventure est formidable. Même les plus réticents aux séries mettant en scène des héros récurrents voudront connaître la suite. C'est dire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
mimo26mimo26   23 octobre 2018
Il était près de minuit quand l’un des nouveaux réverbères d’Auburn Avenue eut la malchance d’être embouti par une voiture, une Buick blanche dont un phare explosa en mille éclats sur le trottoir, au pied du poteau désormais plus penché que la tour de Pise.
Les sauterelles continuèrent de striduler dans l’air lourd de juillet. Des fenêtres s’ouvrirent, le fracas de la collision en ayant réveillé plus d’un. Le seul piéton sur les lieux, un vieux balayeur noir qui rentrait du travail, se trouvait à une dizaine de mètres du point d’impact. Il avait reculé de quelques pas
en voyant la voiture mordre le trottoir et, prudent, s’était arrêté, de peur que le réverbère lui tombe dessus.
La Buick effectua une lente marche arrière, afin de dégager sa roue avant droite du trottoir. La manœuvre fit osciller le réverbère, tel un métronome géant qui reprit ensuite sa position initiale.
Le vieil homme entendit une voix de femme crier : « Qu’est-ce que vous faites, ramenez-moi chez moi ! » Il secoua la tête et, au cas où ça tournerait vinaigre, s’éloigna en traînant des pieds.
Il avait fallu bon nombre d’années aux dirigeants de la communauté noire d’Atlanta pour convaincre le maire de l’utilité d’un éclairage public. La présence de ces réverbères, installés depuis quelques mois sur cette grande artère commerçante, était ressentie comme un don céleste par les habitants
du quartier.
Détails évidemment ignorés du conducteur de la Buick.
En tentant un demi-tour au milieu de l’avenue déserte, il avait mal évalué la largeur de la chaussée, ou surestimé le rayon de braquage de son véhicule. Et sans doute pas remarqué les silhouettes de deux policiers de l’APD.
Cinq minutes plus tôt, l’agent Lucius Boggs s’était décidé à questionner Tommy Smith, son équipier, à propos de sa blessure au genou.
– Tu ne t’es pas fait ça au base-ball, avoue.
– J’ai salement glissé, riposta Smith.
– Mais tu as dit à McInnis que tu étais en base trois.
Pendant l’appel, Smith avait assuré à leur supérieur, le lieutenant McInnis, qu’il allait très bien ; il avait juste senti un pincement au ménisque en disputant un match avec des copains.
Vous savez comment sont ces terrains de jeu, monsieur, trop mous, ça accroche pas. McInnis l’avait écouté, imperturbable, du genre encore un négro qui me raconte des craques, et avait jugé que le sujet ne méritait pas approfondissement.
– Bon, OK. Je suis tombé d’une fenêtre, admit Smith.
Ils patrouillaient sur Hilliard Street, non loin du YMCA 2 dont le sous-sol servait de cantonnement aux policiers noirs.
Le soleil, couché depuis longtemps, avait laissé derrière lui une chaleur étouffante qui persisterait jusqu’à son lever. Les deux flics transpiraient dans leur uniforme.
– Tombé de ta fenêtre ?
– D’après toi ?
Boggs croisa les bras et ne put s’empêcher de sourire.
– Qui était la dame que tu essayais d’impressionner avec tes acrobaties ?
– En fait, j’étais en train de la régaler de mes voltiges quand le mari a déboulé. Soi-disant il l’avait quittée et il s’était tiré à Detroit. Elle racontait qu’elle cherchait un avocat pour le divorce.
Les policiers d’Atlanta étaient tenus de respecter un code de conduite très strict – interdiction de consommer de l’alcool, même chez eux, et défense de courir les filles. La seconde règle n’était pas parvenue jusqu’au cerveau de Smith.
À l’instar de ses sept collègues noirs, il ne buvait pas une goutte, sachant qu’il risquait la suspension si un témoin malveillant le dénonçait ; en revanche, l’idée de faire ceinture côté gaudriole était pour lui inconcevable.
– Tu vas finir avec une balle en pleine tête, Tommy…
– Je t’assure que je cours pas après les femmes mariées !
– Excepté celle-là, et celle qui faisait ce fameux gâteau
aux noix caramélisées, et aussi…
– Oh, elle, c’est une vieille histoire…
– Tu disais, le mari a déboulé… Et après, que s’est-il
passé ?
– Devine… J’ai enfilé mon froc vite fait et j’ai sauté par la fenêtre.
– De quel étage ?
– Du troisième.
– Non !
– Pas le choix, mon vieux, y avait pas d’échelle d’incendie.
Je m’en suis plutôt pas mal tiré, pas vrai ?
– Tu as eu des nouvelles de la dame, depuis ?
– Je suis pas retourné écouter aux portes, figure-toi.
– Tu ne t’inquiètes pas pour elle ?
C’est le genre de nana qui a la tête sur les épaules et les pieds sur terre.
Lucius Boggs était fils de pasteur. Même s’il n’avait pas suivi les traces de son père, l’idée de coucher à droite à gauche lui était complètement étrangère. Avant de rencontrer sa fiancée, son expérience en la matière s’était limitée à quelques rendez-vous innocents avec des jeunes filles bien élevées de l’élite intellectuelle de la communauté. Aujourd’hui, il se remettait de la rupture de ses fiançailles, la demoiselle lui ayant avoué que sa constitution fragile ne supporterait pas le stress de savoir que son futur époux pouvait à tout moment être abattu ou passé à tabac.
Une voiture de patrouille approchait, feux éteints. Hilliard Street ne possédait ni réverbères ni trottoirs. Les deux flics se turent et attendirent, chacun se demandant si reculer de quelques pas le ferait passer pour un dégonflé.
Soudain le véhicule accéléra, fonça sur eux, les évita in extremis et s’immobilisa dans un crissement de pneus.
Boggs et Smith eurent le temps d’apercevoir deux flics qui poussaient des cris de primates en criant : « Garez vos miches, les négros ! »
Et la voiture repartit sur les chapeaux de roues, emportant les deux Blancs hilares.
Ne jamais montrer sa peur. Toujours réagir comme à une blague innocente, même s’ils lancent leur bagnole sur vous quand vous traversez la rue, même si la carrosserie vous frôle.
Plus d’une fois, Boggs, en quête d’aide pour une arrestation, avait hélé une voiture de patrouille, laquelle, loin de lui prêter main-forte, avait roulé vers lui à tombeau ouvert. Il entendait encore résonner le rire gras des Blancs. Le jour où ils écraseront un flic de couleur, ils diront que c’est un accident.
Boggs et Smith marchèrent jusqu’à l’angle d’Auburn Avenue sans échanger une parole. Seules les stridulations mécaniques des sauterelles, auxquelles répondaient les criquets, venaient troubler le silence. Les néons du cinéma Bailey’s Royal, les devantures du bijoutier et du tailleur étaient éteints ; quelqu’un avait oublié de fermer la lumière au troisième étage des bureaux d’une compagnie d’assurances.
Hormis cette lueur et celles des réverbères, la nuit était d’encre. C’est alors qu’ils entendirent le fracas.
Ils rebroussèrent chemin, avec le vague espoir que la voiture de patrouille ait percuté une borne d’incendie ou un mur de briques. Au lieu de cela, ils virent une Buick blanche montée sur le trottoir, et, titubant tel un homme ivre, un réverbère dont l’ampoule se mit à papilloter.
La Buick descendit du trottoir en marche arrière – à cette distance, impossible de lire la plaque d’immatriculation. Puis elle repartit droit vers eux.
Incorporés dans la police depuis moins de trois mois, Boggs et Smith patrouillaient chaque soir à pied – les flics noirs n’avaient pas droit aux véhicules – le secteur d’Auburn Avenue et le West Side, de l’autre côté du centre-ville. On leur avait fourni la tenue réglementaire : casquette à visière ornée de l’écusson doré de la ville d’Atlanta 1, chemise de serge bleu foncé avec plaque nominale en laiton épinglée au-dessus de la poche de poitrine, pantalon noir et courte cravate.
Smith était l’un des seuls à avoir choisi l’option nœud papillon, plus chic à son goût. Ils portaient tous un large ceinturon auquel était accroché un attirail d’armes défensives, dont un revolver, ce qui terrifiait bon nombre de Blancs.
Boggs s’avança sur la chaussée, paume levée, et fit signe au conducteur de se rabattre. Les flics blancs pouvaient s’amuser à faire semblant d’écraser leurs collègues, mais les civils, tout de même… Il espérait que non. La Buick roulait plus lentement que la normale, comme si elle avait honte d’avoir embouti le réverbère. L’éclat de l’unique phare fit étinceler la plaque sur la chemise du policier.
Le véhicule stoppa.
– Il a pas éteint son moteur, chuchota Smith.
Gênés par la lumière du phare, ils distinguèrent deux silhouettes à l’avant, celle d’un homme corpulent coiffé d’un chapeau et celle, plus petite, d’une passagère, tête nue.
Boggs s’approcha de la portière côté conducteur, imité par Smith côté passager. Leurs semelles ne faisaient aucun bruit.
Le trottoir avait été balayé. Pas une brindille, pas un mégot en vue. Il s’apprêtait à demander ses papiers au chauffard lorsqu’il s’aperçut qu’il s’agissait d’un Blanc.
Il ne s’y attendait pas du tout. Il eut confirmation que l’individu était ivre lorsque des relents de whisky parvinrent à ses narines. Le gros type l’observait avec un mépris agacé.
– Les papiers du véhicule et votre permis de conduire, s’il vous plaît, monsieur.

On voyait rarement des Blancs à Sweet Auburn, le quartier noir le plus huppé d’Atlanta – voire du monde, claironnaient certains vantards. Ceux qui cherchaient des putes et des tripots allaient plutôt sur Decatur Street, près de la voie de chemin de fer, cinq cents mètres plus au sud, ou dans d’autres
zones mal famées surveillées par des flics de couleur. Ce type était donc perdu, bourré, ou alors assez stupide pour imaginer que tous les quartiers noirs de la ville offraient les sensations fortes qu’il recherchait. Or, Sweet Auburn, c’étaient des églises, des agences immobilières, des banques, des compagnies
d’assurances, des entreprises de pompes funèbres et des barbiers. À cette heure-ci, tous les restaurants étaient fermés.
Quant aux deux night-clubs de l’avenue – des boîtes de nuit respectables, tenues et fréquentées par des Noirs respectables –, ils n’ouvraient leurs portes aux Blancs que le samedi, jour où l’accès était interdit aux nègres.
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